Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Les répercussions du 22e Congrès du P.C.U.S. et nos tâches (Résolution du Secrétariat international de la IVe Internationale)

6 décembre 1961 · Secrétariat international · Le VIe Congrès mondial et après (1961-1963) · 4 974 mots

In English: The Repercussions of the 22nd Congress of the CPSU — Resolution adopted by the International Secretariat — texte anglais publié à l’époque.

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Le XXII" Congrès du P.C.U.S a ouvert une nouvelle phase particulièrement aiguë de Ja crise du stalinisme. En tant qu'un ensemble de dogmes, le stalinisme est d'ores et déjà mort; personne dans le monde communiste ne se comporte plus strictement comme un « ‘stalinien » de jadis, puisque même le P.C. albanais a enfreint au moins deux règles sacrées du stalinisme: la fidélité inconditionnelle aux tournants tactiques de la bureaucratie soviétique, et l'absence délibérée de toute discussion publique la direction officielle du P.C.U.S. Cependant le stalinisme plutôt qu'un système de dogmes, est avant tout la déformation de la doctrine et de la politique marxiste-léninistes au service de la caste bureaucratique qui a usurpé le pouvoir politique en U.R.S.S. En ce sens, le stalinisme subsiste encore, à travers la talinisation, dans la mesure où cette déstalinisation n'est qu'une tentative désespérée de la burcau-cratie soviétique de se cramponner au pouvoir devant les for: montantes de la atie soviétique, en U.R.S.S. même, et de la révolution dans le monde entier. ant, elle donne elle-même, indépendamment de ses intentions, une impulsion nouvelle À toutes les forces révolutionnaires qui sapent son propre pouvoir, sur le iat en U.RS.S., sur les « démocraties populaires », et sur le mouvement communiste international.

La nouvelle phase aiguë de la crise du stalinisme prend deux formes particulières en interaction dialectique l’une sur l'autre:

a) En faisant des révélations, cette fois-ci publiques, sur les crimes de Staline qui vont au-delà des révélations secrètes du XX° Congrès ; en reconnais Staline a viol les normes démocratiques dès la mort de Lénine; en reconnaiss: publiquement le caractère provocateur du meurtre de Kirov; en reculant dès lors le début du « culte de la personnalité » vers les années 1933-34, Khrouchtchev donne un argument puissant à la demande de révision juridique des procès de Moscou et de réhabilitation juridique de toute la vieille garde bolchévique, Trotsky en tête.

On peut être certain qu'en U.R.S.S. même, et dans tous les partis communistes du monde, ies voix se multiplieront pour réclamer ces réhabilitations et: qu'en décidant l'ouverture d'une enquête juridique sur les dessous du meurtre de Kirov, la bureaucratie soviétique pourra de plus en plus difficilement échapper à ces réhabilitatio d'ailleurs déjà préparées par l'érection d'un monument aux victimes de la terreur stalinienne et par l'expulsion du cadavre de Staline du Mausolée de la Place Rouge.

Tout l'effort de la bureaucratie se concentrera maintenant sur le refus d'une réhabilitation politique de la vieille garde bolchévique, et avant tout de Trotsky. Mais, ce faisant, la bureaucratie provoquera de plus en plus la demande de discuter publiquement, ouvertement, les idées des oppositionnels, de faire reparaître leurs ouvrages, d'examiner leurs points de vue à la lumière des événements ultérieurs, ce qui amènera la crise du stalinisme à un niveau encore plus élevé. parce que politique.

b) En rendant public le différend entre.le P.C.U.S. et le P.C. albanais — et, par ce truchement, le différend entre le P.C.U.S. et le P.C. chinois — Khrouchtchev a favorisé une nouvelle et rapide différenciation entre P.C. et au sein des P.C, Actuellement, outre notre tendance, il y a déjà trois tendances politiques différentes qui se manifestent au sein du monde communiste: le courant Khrouchtchev, le courant du P.C. chinois, le courant du P.C. yougoslave. Au sein de ces tendances. toute une série de différenciations se font jour, donnant naissance au courant du P.C. italien, à celui du P.C. albanais, qui n’est pas la même chose que celui du P.C. éhInoIs, au courant du P.C. polonais qui recommence lui aussi, à se singulariser, après le long reflux qui a suivi l'« octobre polonais » de 1956. Le P.C. français s'oppose publiquement au P.C. italien. Le P.C. cubain défend, sur la nature de classe de l'Etat cubaïn, des positions différentes d'autres partis communistes, etc. Un cas extrême de différenciation publique est bien celui de la majorité du P.C. de l'Inde, qui se solidarisa publiquement avec sa pronre bourgeoisie contre le P.C. chinois, lors des derniers incidents frontaliers. Ces différenciations ne pourront qu'aller en s’accentuant.

a

Cette nouvelle phase aiguë de la crise du stalinisme s'explique en dernière analyse par l'accélération de la montée de la révolution, aussi bien dans les Etats ouvriers eux-mêmes que dans les pays coloniaux, accompagnée d’une aggravation ou d'une reprise de la lutte de classe dans plusieurs pays impérial'stes (Belgique, Grande-Bretagne, Italie, France):

— En URSS. même, pour la première fois depuis l'arrivée au pouvoir de

Khrouchtchev, une pression politique de la base s’est jointe à la pression des consom-S sur le gouvernement. Des manifestations spontanses provenant de désaccords >s implicites ou ouverts avec fraction dominante de la bureaucratie ont été : grève à Odes$a; manitestations des étudiants lors de l'arrivée des « pèle-rins de la paix »; mamilestations autour du poète Eviouchenko; discussions idéologiques au sein du Parti pour supprimer la décision de 192} inter nt momentané-ment la formation de fractions; demandes de poursuivre la déstalinisation, ete, Cette I ion a été puissante, non seulement au sein de la jeunesse, des étudiants et des intellectuels, mais aussi au sein du Parti lui-même. Lans les pays et les m s entrainés dans la révolution coloniale, les illus s de la « co: tence pacifique », les bavardages sur « l'esprit du camp David », l'orientation générale de la bureaucratie soviétique vers une alliance avec la bourgcoisie coloniale, sa passivité à l'égard de la révolution algérienne ainsi que Ja pas-sivite crimnnetle du Y.C.F., le sort malheureux des F.C. d Egypte et d'lrak par suite de la politique catastrophique dictée par le Kremlin; le rôle minime sinon nul, joué par les P.C. en Algérie et à Cuba dans les deux révolutions puissantes qui se déroulent dans ces pays — tous ces signes de refus d'utiliser l'énorme potentiel de la révolution coloniale en faveur de la révolution socialiste mondiale, et les tentatives multiples pour freiner, même arrêter cette révolution, ont provoqué des discussior et un mécontentement croissant au sein de ces partis et de ces pays, dont le PC. ct rois st fait en partie l'interprète, et qui a exercé une énorme pression sur la couche dominante de la bureaucratie soviétique. Au cœur même de l'Etat que dirige cette bureaucratie, à Moscou, la courageuse activité anti-impérialiste des étudiants coloniaux de l'Université Lumumba a abouti à plusieurs reprises à des heurts public avec l'appareil bureaucratique et même avec la police, comme ce fut le cas lors de la dernière manifestation devant l'Ambassade de France, en faveur de la libération de Ben Bella.

L'interaction entre la montée révolutionnaire en U.R.S.S. même, la montée de la révolution coloniale, et les effets de cette double montée sur le P.C.U.S. et sur Jes P.C. dans ee monde, donne maintenant à la crise du stalinisme de plus en plus la caractéristique d’un processus permanent, explosi avançant par bond: sujet à des rebondissements sensationnels, quelles que soient les tentatives désesp: rées de la bureaucratie pour l'arrêter à un quelconque palier, tentatives en elle mêmes inévitables, et qui se répéteront encore, comme au lendemain du XX° Congr mais avec de moins en moins de chances de succès.

Lu

Pourquoi Khrouchtchev at-il pris l'énorme risque des révélations du XXII Congrès et du conflict public avec le P.C. albanais ? Tout en tenant compte du caractère même du personnage, qui manifeste une certaine tendance aventuriste dans tous les domaines, on ne peut expliquer ce tournant plein de dangers extrêmes pour la bureaucratie soviétique que par la situation politique difficile dans laquelle se trouvait le maître actuel du Kremlin : il était pris dans l'étau d’une double opposition qui montait contre lui de toute part, l'opposition des forces dynamiques, progressistes, jeunes, révolutionnaires dans la société soviétique et dans les partis communistes d'un côté, et l'opposition des forces les plus conservatrices et les plus rétrogrades de la bureaucratie d'autre part, qui s'opposaient avec de plus en plus d’acharnement aux innovations que Khrouchtchev préconisait dans de nombreux domaines.

C'est la puissance de cette double pression, à laquelle s'était sans doute jointe également celle de la caste militaire en U.R.S.S. même (elle n’a jamais accepté la réduction du budget militaire et des effectifs militaires des dernières années), qui a acculé Khrochtchev à une option désespérée, afin d'éviter que tous ses adversaires ne se coalisent contre lui. La coalition, en outre, était favorisée par la persistance de la crise agricole, et notamment par l'échec relatif de l'expérience des « terres vierges » qu’il avait patronée. Son option a été double: sur le plan international, un net raidissement à l'égard de l'impérialisme (crise de Berlin, reprise des expériences nucléaires, bombe de 50 mégatonnes), en vue de désarmer les critiques qui lui reprochaient de faire des concessions à Washington; sur le plan intérieur, une relance de ja déstalinisation, qui était la manœuvre la plus apte à lui assurer une base de masse extrêmement large et à isoler ses adversaires soviétiques et internationaux, en les présentant plus Ou moins comme des « complices » des crimes de Staline ou comme des partisans d’un retour aux méthodes staliniennes, ce que les masses s0-viétiques veulent empêcher à tout prix.

Mais en agissant avec cette audace et en prolongeant ainsi son pouvoir, Khrouchtchev a, en même temps, fait sauter une série de digues autour du pouvoir et des privilèges de la bureaucratie soviétique. À travers les brèches ainsi créées, les flots de la critique révolutionnaire se frayeront un chemin avec de plus en plus de chances de provoquer de puissants échos dans les masses soviétiques. Et si Khrouchtchev lui-même se présente encore pour le moment devant ces masses comme le héros de la déstalinisation, il ne se passera pas longtemps avant qu'aux dénonciations du

QUATRIEME INTERNATIONALE É 69 rôle que Malenkov a joué dans l'épuration en Arménie, où aux dénonciations du rôle de Kaganovitch dans l’épuration parmi les cheminots, ne fasse écho la demande insistante de savoir qui a organisé l'épuration en Ukraine.

Après son arrivée ou pouvoir, Krouchtchev s'est efforcé d'arrêter la montée révolutionnaire en U.R.S.S. au palier atteint au XXème Congrès, avant tout grâce à des promesses (en partie d’ailleurs lisées) d'amélioration du niveau de vie des citoyens soviétiques. Son intention première était de contenir au XXIIème Congrès la pression au même niveau, en promettant aux travailleurs la solution de tous les problèmes... dans vingt ans. C'était une traite en échange de laquelle le peuple soviétique était appelé à tolérer le pouvoir de la bureaucratie pendant toute la période de « construction du communisme ».

Mais la pression des masses s’est avérée trop forte pour être contenue à un tel niveau. Il a donc fallu élargir la brèche et poursuivre la déstalinisation. Khrouchtchev s'efforcera sans aucun doute de créer ainsi un nouveau palier, Réussira-t-:il ? En tout cas, il est improbable qu'il parvienne à gagner cing ans, comme ce fut le cas entre 1956 ci 1961. La pression de la révolution internationale aidant, il est plus probable que je prolétariat soviétique avancera dans quelques années rapidement sur la voie de la révolution politique qui devra balayer la bureaucratie comme caste dominante.

IV

La tentative de la bureaucratie soviétique de mettre ses crimes'sur le seul compte de Staline, et d'esquiver la critique socio-économique marxiste par le subterfuge de la seule dénonciation du « culte de la personnalité » peut d'ores et déjà être considérée comme ayant échoué. De plus en plus, dans les partis communistes du monde entier, y compris dans celui de l'U.R.S.S. la question est posée : comment c& crimes ont-ils été possibles, et pourquoi a-t-il fallu plus de vingt, sinon plus de vingt-cinq ans, pour les dénoncer? Au dernier comité central du POUP (PC polonais), Oskar Lange a posé la question d'une explication marxiste du « culte de la personnalité », et il a demandé aux « camarades soviétiques » de fournir cette explication. Gomulka a mentionné l'isolement de l'U.R.S.S. et son état arriéré, Dans le document du Secrétariat du PC italien, la nécessité d'une explication est également soulignée, avec une même demande adressée au PC de l'U.R.S.S.

La publication d'un long éditorial dans la « Pravda » du 22 novembre 191 consacré en partie à une polémique contre l'idée d'une « dégénérescence de l'U.R.S.S. » dont on parle ouvertement dans différents milieux du PC italien et surtout parmi les jeunes, prouve que d'ores et déjà ce débat a commencé au sein du P.C.U.S. lui-même.

La manière dont se déroule ce débat permet à la IVème Internationale d'intervenir avec tout le poids de son expérience et de sa position marxiste révolution naire sur la nature de l'U.R.S.S. Le mouvement trotskyste mondial est le seul à offrir l'explication du stalinisme selon des critères marxistes-léninistes rigoureusement scientifiques. [1 est le seul à saisir le phénomène du stalinisme comme un phénomène social explicable par les contradictions de la société soviétique.

Ce n'est pas par hasard que l'éditorial de la « Pravda » ne polémique qu'avec ceux qui conçoivent la « dégénérescence de l'U.R.S.S. » comme voulant impliquer le rétablissement de la propriété capitaliste dans ce pays. Il peut facilement réfuter cet argument. Mais il serait extrêmement plus difficile aux bureaucrates de réfuter l'explication d'une contre-révolution politique qui s'est produite en U.R.S.S. sur la base du nouvean mode de production introduit par la révolution d'Octobre, de même que s'étail produite. la contre-révolution thermidorienne au cours de la Révolution françai sans aue cela ait impliaué un retour à l'ancien régime. Car, si l'éditorialiste de la « Pravda » affirme au’un seul homme ne pouvait radicalement modifier le régime social et politique de l'U.R , Comment un marxiste pourrait] admettre que l'assassinat de centaines de milliers de personnes, la liquidation de toute la ieille garde bolchéviaue. la liau‘dation de la direction de l'Armée Rouge, faits qui ont causé des dommages terrible l'U.R.S.S. et qui sont des faits de dimension socirle (exprimant donc des conflits sociaux), soient de simples séquelles du « culte de la personnalité » venues on ne sait comment, un simple « incident regrettable » et non pas le produit d'une extrême dégénérescence du régime politique, dégénérescence dont la nature doit être mise à nu?

L'analvse trotskyste de la dégénérescence bureaucratique du pouvoir soviéti-aue éveillera de plus en plus d'intérêt, connaîtra de plus en plus d'échos au sein des PC, avant tout dans les Etats ouvriers et en U.R.S.S. même. Ce sera notre contribution majeure à la discussion en cours dans ces pays. contribution qui aidera puissamment à combattre tout révisionnisme, et tout défaitisme à l'égard des principes communistes, à maintenir intact tout l'héritage marxiste-léniniste et 2 denner une réponse principielle et politique à tous les problèmes qui se posent dans les Etats ouvriers, à l'étape actuelle.

V L'idée de « l'Etat-guide » du prolétariat mondial, l'idée du « monolithisme cairain » du mouvement communiste mondial — deux idées éminemment révision-et anti-léninistes élevées au niveau de dogmes à l'époque stalinienne — se retournent maintenant d'une manière imprévue contre la bureaucratie soviétique. Elles aboutissent à une différenciation de plus en plus rapide et chaotique de l’ensem_ ble du mouvement communiste international, au développement de tendances centrifuges qui, dans la mesure où l'on refuse toujours d'introduire la nécessaire distinction et séparation entre l'Etat et le Parti, risquent même de menacer l'alliance politique, économique et militaire entre les Etats ouvriers.

En l'absence d'une véritable Internationale communiste, ayant une structure fondée sur le centralisme démocratique, l'éclatement de toute discussion idéolo- °gique — absolument normale et inévitable entre partis communistes — aboutit rapidement à la rupture de l'unité d'action. En l'absence d'un régime intérieur sain, d'une véritable démocratie prolétarienne, de la liberté des tendances, cette discussion aboutit à l'opposition entre bureaucraties nationales, entre P.C. de différents pays, chaque bureaucratie maintenant Ja fiction du « monolithisme » au sein de Son propre parti. Alors que les courants actuels sont de toute évidence des courants internationaux, et que tous les importants partis communistes comptent dans leurs rangs des représentants de ces différents courants, le centralisme bureaucratique étouffe toutes minorités au sein des Partis, et donne à la nécessaire discussion internationale l'aspect nuisible et dangereux d'une querelle entre Etats ou « nations ».

Cette situation en s'aggravant, aussi longtemps que le mouvement communiste mondial n'opèrera pas un franc et complet retour aux principes du léninisme qui comportent 19 Ja suppression du centralisme bureaucratique et son remplacement par le centralisme démocratique léniniste qui implique le droit de constituer des tendance:

Le rétablissement d'une entière liberté de discussion, d'un véritable régime de démocratie prolétarienne au sein de tous les partis communistes, avec la parution régulière de Bulletins Intérieurs ainsi que de Tribunes de Discussion dans la presse publique, pour que se déroule périodiquement une véritable discussion idéologique et politique ; . 2° l'organisation d'une discussion internationale dans le mouvement communiste sur toutes les questions controve sées, passées et présentes. La participation organisée à cette discussion des cour.

nts communistes oppositionnels qui ont été exclus de l'IC. et des divers partis communistes, et notamment et avant tout de la IVème Internationale, pour avoir dénoncé les premiers les crimes de Staline. La publication en U.R.$.S. et dans tous les partis communistes, de tous les matériaux et plateformes des oppositions au sein du P.C.U.S., et avant tout de l'Opposition de Gauche, de Trotsky, Zinoviev et Kamenev, et de l’'Opposition de Boukharine ; È _

39 Ja préparation d'un Congr Mondial du mouvement communiste qui jettera les bases de la reconstitution d'une Internationale Communiste fondée sur le centralisme démocratique et sur la démocratie prolétarienne, avec participation de tous les partis et courants communistes sans exclusive aucune. )

40 l'admission du principe d'une distinction nette entre devoirs et tâches des Etats ouvriers, et devoirs et tâches des partis commun la discussion franche et publique entre partis allant de pair avec un effort unanime pour resserrer les liens de l'alliance nécessaire, sur un pied d'égalité, entre tous les Etats ouvrier et avant tout entre l'U.R. et la R.P. de Chine. L'abandon de toute mesure riminatoire où de sanctions économiques à l'égard de la R.P. de Yougoslavie, de la R.P. de Chine et de la R.P. d'Albanie À En défendant cette plate-forme, les trotskystes, ayant conscience de leurs responsabilités, agissent non pour défendre d'étroits motifs fractionnels, mais pour la cause du communisme, des Etats ouvriers et de la révolution mondiale dans son ensemble, Leurs propositions pour organiser la discussion et t oudre la crise mondiale du communisme sont les seules qui, tout en portant un coup décisif à la bureaucratie soviétique et aux diverses bureaucraties nationales, permettent de conserver et de renforcer la cohésion entre Etats ouvriers, de renforcer et non d'affaiblir l'unité d'action du mouvement ouvrier et du mou vement communiste international.

V

La dynamique de la discussion déclenchée dans le mouvement communiste international tend à soulever tous les problèmes, à réexaminer tous les dogmes, à remettre en question tous les aspects de la politique stalinienne, Nous, trotskystes, ne pouvons qu'encourager une discussion aussi large, aussi générale que possible, fermement basée sur les principes du marxisme-léninisme, ne laissant dans l'ombre aucune auestion, aucun my. aucun problème prétendûment « trop explosif » pour être posé. Les jeunes générations soviétiques, les jeunes générations communistes dans le monde entier, réclament impérieusement qu'on leur i la vérité. La révolution na rien à leur cacher.

Cette discussion pose tous les problèmes fondamentaux de la politique communiste. Elle dépasse de ce fait, très largement les débats entre staliniens et commu rist entre khrouchtchéviens et communistes chinois, débats qui avaient un Ca conjoncturel, plus limité à une zône spécifique du programme communiste. C'est pourquoi, sans exclure la possibilité d'alliances tactiques pour chtenir gain de cause sur des points pr , surtout à l'intérieur des Partis Communistes eux-mêmes, la tâche des trotskystes est avant tout celle de verser dans ce débat leur propre réponse programmatique sur toutes les questions controversées.

La nécessité d'une telle attitude découle également du caractère idéologiquement hétérogène des courants en présence, qui ne sont pas encore clairement définis et délimités, et qui en général lient des positions plus avancées sur certaines questions avec des positions conservatrices ou rétrogrades sur d'autres questions. En ce qui concerne plus exactement les positions réciproques adoptées aujourd'hui sur la question de la déstalinisation par la bureaucratie soviétique et la bureaucratie chinoise, elles s'expliquent par les pressions différentes que subissent ces deux bureaucraties, de même d’ailleurs que la position plus avancée qu'adopte le P.C.Chinois à l'égard de la révolution coloniale. Ce-dernier subit plus par iculièrement la pression de cette révolution, mais il la subit indirectement, surtout à travers sa situation internationale, et dans des conditions objectives détériorées, d'énormes tensions des p-ports sociaux en Chine, qui ne sont guère de nature à inciter une bureaucratie à s'engager sur la voie de la déstalinisation.

Khrouchtchev par contre subit de plus en plus la pression d'un prolétariat moderne, le deuxième du monde en puissance numérique et en qualification, et sans doute le premier en culture générale et politique, ce qui pousse le pouvoir soviétique sur une toute autre voie lorsqu'il est obligé de faire des concessions. 1° En ce qui concerne la tendance Khrouchtchev, nous donnerons un appui critique à sa lutte pour la déstalinisation contre les tendances plus cons rvatrices mais tout en exigeant que toute la lumière soit faite, que toutes les complicités soient di É que la réhabilitation des victimes soit publique, totale et individuelle, er aucun Cas en supens, à commencer par celui de Trotsky lui-même. En même temps, nous poursuivrons notre criti 3 i ire à l'égard de cette tendance, en dénonçant le pouvoir et les pri S.S. même, en défendant tout le programme de la révolution politique antibureaucratique en

U.R.S.S. (conseils ouvriers, rétablissement et épanouissement d'un véritable pouvoir soviétique, droit à l'existence de plusieurs partis soviétiques, refonte démo cratique de la planification, plafond aux traitements des membres du parti, etc..).

Nous continuons de même notre critique révolutionnaire à l'égard de la politique menchévique, conciliatrice, envers la révolution coloniale, de la traction

Khrouchtchev, qui en se basant sur une « coexistence pacifique » illusoire — non sans oscillations aventuristes — ne mise pas dans la lutte contre les menaces de guerre de la part de l'impérialisme, avant tout sur la mobilisation des masses travailleu dans les pays impérialistes, coloniaux et semi-coloniaux, et en dernière analyse sur le renversement du capitalisme dans ses principales forteresses 29° A l'égard de la tendance Mao-Tsé-Toung, nous lui accordons, comme par le passé, un appui critique là où elle défend une attitude plus nette à l'égard de l'impérialisme et de la bourgeoisie coloniale, là où elle accorde une aide plus nette à des révolutions en cours (Algérie, Laos), surtout là où elle revise toute la conception stalinienne de la « révolution par étapes » dans les pays coloniaux et s'achemine empiriquement, à sa manière, vers théorie de la révolution permanente. même temps nous maintencns notre critique révolutionnaire à son égard pour sa défense. inadmissible, sans principes, du régime stalinien, ce qui est d'ailleurs en contradictibn avec certaines positions prises par le PC chinois lui-même en 1956-1957. Nous critiquons les aspects bureaucratiques prononcés de son propre régime en Chine, nous exigeons un retour franc et net à la démocratie prolétarienne et au régime léniniste dans le PC chinois, et une discussion générale et libre, au sein de ce parti, sur toutes les questions débattues dans le mouvement communiste international. Tout en appuyant les justes critiques du PC chinois à l'égard de la politique inadmissible de réduction d'aide économique soviétique à la Chine (les échanges commerciaux entre les deux pays ont diminué de plus de 35 ‘ en 1960), nous critiquons en même temps les excès de rythme du « bond en avant » et demandons un examen critique, démocratique, d'esprit léniniste, de l'orientation économique actuelle, à la lumière des difficultés des deux dernières _anné ‘ensemble du problème des sacrifices supportables par le peuple chinois sur la voie d'une rapide industrialisation du pays; A l'égard du PC yougoslave, nous lui accordons, comme par le passé, un appui critique sur la question des conseils ouvriers et de l'administration plus démocra-tiuue de l'économie en général, tout en critiquant la bureaucratisation prononcée du Parti, l'opportunisme de sa politique étrangère, de son attitude à l'égard des révolutiens coloniales, et de la bourgeoisie coloniale en particulier, et tout en demandant également un retour de ce parti aux méthodes d'organisation et aux principes du léninisme, une organisation d'Etat vraiment soviétique fondée sur une véritable démocratie prolétarienne avec droit à l'existence de plusieurs tendances et partis soviétiques ; 4° En ce qui concerne le PC italien, nous soulignons la portée objectivement positive de certaines de ses attitudes, dans la mesure où il pousse plus en avant la désta-iinisation, où il légitime en fait le droit de tendance et la multiplicité des partis après la conquête du pouvoir, tout en critiquant avec vigueur son opportunisme sur les questions de politique intérieure, son incapacité à définir une voie révolutionnaire vers le soc sme dans la société italienne d'aujourd'hui, et tout en opposant à sa conception du « polycentrisme » l'idée d'une Internationale com-unit fondée sur le centralisme démocratique et la démocratie prolétarienne la plus large. À l'égard du PC albanais et du groupe Molotov en U.RS.S. tout en dénonçant le caractère bureaucratique extrême de ces tendances, les crimes dont elles ont oi o été complices ou qu'elles commettent encore en Albanie, nous demandons que leurs documents et plateformes — et notamment la lettre de Molotov au CC. du P.C.U.S. — soient rendus publics et soumis à la discussion internationale. Nous sommes et restons adversaires de toute mesure d'élimination administrative à l'égard de cette tendance comme à l'égard de toute tendance dans le mouvement ouvrier. Nous sommes et restons adversaires de toute intervention étrangère militaro-bureaucratique, pour règler le sort de la clique d’Enver Hodja. Son élimination ne peut être que l’œuvre de la nécessaire et urgente révolution politique, antibureaucratique du prolétariat et des masses laborieuses d’Albanie elles-mêmes.

Partout nous nous efforçons de faire connaître et de répandre internationale-ment les positions plus justes, adoptées sur telle ou telle question, par tel ou tel Parti Communiste, en vue d'accentuer l'évolution générale de la crise du stalinisme. Partout nous défendons les principes léninistes afin d’apparaître comme le courant le plus principiel, le plus responsable, le seul héritier du léninisme au sein du mouvement communiste international, le seul capable de donner une réponse d'ensemble aux problèmes qui se posent au mouvement ouvrier international à l'étape actuelle.

VI

Notre intervention pratique dans la discussion au sein du mouvement communiste et dans la crise du stalinisme doit être plus particulièrement axée sur tel ou tel aspect de la question, selon que dans chaque pays, le mouvement communiste a déjà été entraîné ou non dans la discussion, et que celle-ci y a atteint tel ou tel niveau,

D'une manière générale les questions de la réhabilitation de la vieille garde bolchévique, en particulier de Trotsky, de la révision s procès de Moscou, de la réhabilitation de toutes les victimes ouvrières assinées par le Guépéou hors des frontières de l'U.R.S.S. (Andrès Nin, Léon Sedov, Ignace Reiïss, Rudolf Klement, Erwin Wolf et les nombreuses victimes du Guépéou en Espagne) ont occupé la place la plus importante dans la première phase de notre intervention. Elles continueront à jouer un rôle important dans des partis comme le P.C.F. ou le P.C. britannique, qui n'ont pas encore admis explicitement la « réhabilitation juridique » de fait, comme l'a, pratiquement fait le PC italien. L'admission explicite du P.C, italien ne peut cependant remplacer une révision juridique et une réhabilitation formelle.

Au fur et à mesure que la discussion progresse, ce sont cependant des questions idéologiques plus fondamentales et des questions politiques plus précises, qui passeront au premier plan de notre intervention dans la crise du stalinisme. Ces questions sont notamment les suivantes 1° l'explication marxiste du « culte de la personnalité », c'est-à-dire de la dégénérescence bureaucratique de l'U.R.S.S., et la discussion des positions politiques défendues par Trotsky et le trotskysme depuis 1923 ; 29 Ja définition d’une politique léniniste à l'égard de la révolution coloniale (pour les

PC des Etats ouvriers et des pays impérialistes) et dans la révolution coloniale

(pour les PC des pays coloniaux et semi-coloniaux) ;

39 ja définition d’une politique léniniste dans la lutte contre les menaces de guerr de l'impérialisme, et à l'égard des menaces plus précises que les armes nucléa s font peser sur l'avenir de l'humanité ;

40 Ja définition d'une politique révolutionnaire pour le renversement du capitalisme dans les pays impérialistes eux-mêmes, partant d'une analyse correcte de la situation objective de ces pays et de la situation de leur classe ouvrière et de leur mouvement ouvrier ; la défense du principe de l’Internationale communiste centraliste démocratique et de notre conception léniniste des relations entre partis communistes d'une part, et Etats ouvriers de l'autre ;

6° le rétablissement de la liberté de constituer des tendances au sein des partis communistes ;

7° la défense de notre programme de rétablissement et d'épanouissement dela démocratie soviétique et de la démocratie prolétarienne dans les Etats ouvriers, tel qu'il a été précisé dans le document « Déclin et Chute du Stalinisme » adopté par le Vème Congrès Mondial de la IVème Internationale.

Le Secrétariat International appelle toutes les sections de la IVème Internationale, tous les trotskystes du monde entier, à se jeter avec audace, ardeur et enthousiasme dans cette bataille pour la victoire de l'héritage bolchevik-léniniste, dans cette bataille pour régénérer le mouvement communiste mondial. Les possibilités de faire triompher nos idées, de renforcer nos organisations et d'assurer leur fusion avec une large avant-garde communiste, avec de larges avant-gardes ouvrières, sont plus grandes que jamais par le passé. Tous les trotskystes interviendront de manière résolue, pour que ces possibilités soient effectivement exploitées. [ls prépareront pour 1962 un grand Congrès Mondial d'unité trotskyste et révolutionnaire, qui constituera un véritable pôle d'intérêt et d'attraction aux milliers et aux milliers de militants communistes qui, de par le monde, se posent aujourd’hui des questions auxquelles seule la [Vème Internationale est à même d'apporter les réponses révolutionnaires, cohérentes et satisfaisantes.

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6 décembre 19%1.

Source : Quatrième Internationale, n°15, avril 1962 · scan (Radar, 16-014-00095).

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