Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

[…] les conseils démocratiques des ouvriers, paysans, habitants des bidonvilles et étudiants ! Lutter pour l'armement du prolétariat et la formation d'une milice populaire ! Construire le parti révolutionnaire !

15 avril 1972 · Secrétariat unifié · Le IXe Congrès mondial et après (1969-1974) · 6 596 mots

In English: Intercontinental Press, vol. 10 no. 7, 21 Feb 1972, p. 26 of PDF (inventory #120; IP1007.pdf) (texte anglais publié, pas encore en ligne ici).

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habitants des bidon illes et étudiants! lutter pour lParmement du prolétariat et la formation d’une milice populaire ! construire le parti révolutionnaire !

@ Résolution adoptée par le secrétariat unifié de la Quatrième Internationale @

Il y a quatorze mois à la suite des élections du 4 septembre 1970 et d'un accord conclu entre les partis de l'Unité Populaire et le Parti Démocrate-Chrétien, Salvador Allende devenait président du Chili et formait un gouvernement de front populaire. C'était un événement majeur face auquel toutes les formations, dans le pays et dans l'ensemble du continent américain, devaient se définir. Depuis le début, il a joué le rôle de pierre .de touche, révélant les conceptions et les pratiques des différents courants du mouvement ouvrier. L'expérience chilienne est regardée par le monde entier comme un test de l'efficacité de la voie électorale, parlementaire et pacifique vers le socialisme défendue par les réformistes.

Dans un contexte de vigoureuse mobilisation des forces sociales et politiques opposées, la crise chilien-ne ne cesse de s'aiguiser. En particulier, depuis la défaite des masses boliviennes en août dernier, le Chili est devenu le centre des contradictions et des luttes en Amérique Latine, Il est donc impératif pour les marxistes révolutionnaires de saisir la nature des événements, de comprendre les tendances qui se développent et les solutions qui se rapprochent, et de définir sans ambiguïté leur position pour être capable d'intervenir activement.

-La victoire de la révolution cubaine — qui a coinci-dé avec la crisesirréversible des mouvements nationalistes révolutionnaires bourgeois ou petit-bourgeois, qui ont marqué toute une étape de la lutte politique dans de nombreux pays latino-américains — a conduit l'impérialisme US. et les classes dominantes locales à réexaminer leur attitude. D'un côté, les impérialistes ont accéléré leurs préparatifs militaires, conscients du danger possible de luttes révolutionnaires inspirées par l'exemple cubain ; d'un autre côté ils conçurent le projet d'une politique réformiste dont le but était de renforcer les secteurs économiques considérés comme les plus dynamiques, de favoriser un déplacement du rapport de force au sein des classes dominantes vers les couches bourgeoises « nouvelles » et d'élargir si peu que ce soit la base de masse du système. Cette tentative — à laquelle cependant Washington n'oc-troya que les fonds dérisoires de la soi-disant Alliance pour le Progrès — s'est achevée par un échec total. Dans ce contexte, les expériences réformistes ou tendanciellement réformistes (par exemple Goulart au Brésil, Belaunde au Pérou) ont soit été écrasées dans l'œuf, soit fait rapidement faillite. L'une des conséquences fut prolifération des régimes militaires, la plupart réactionnaires, et la tendance à utiliser de plus en plus l'armée pour remplacer les mécanismes politiques traditionnels qui s'étaient révélés incapables d'accomplir leurs tâches.

La dictature des gorilles brésiliens a été l’une des variantes adoptées pour établir un relatif équilibre politique et pour relancer l'économie grâce à une exploitation accrue de la classe ouvrière et des masses laborieuses en général. Une autre variante a été l'expansion du réformisme dans le but de moderniser et de rationaliser les structures économiques et sociales, d'imposer un nouvel équilibre entre les classes dominantes elles-mêmes aux dépens de l'oligarchie traditionnelle, et d'établir de meilleures et de plus actives relations avec les masses ou de larges couches en leur sein. L'expérience pilote en la matière fut le régime militaire établi au Pérou par Velasco Alvarado en Octobre 1968.

La réussite relative du régime péruvien, combinée aux impasses et aux défaites d'autres gouvernements, a favorisé la montée de tendances analogues — militaires ou civiles — dans d'autres pays, même si ces tendances sont encore embryonnaires. Dans l'ensemble, ces courants ont posé le problème de la modernisa-tion des structures agricoles par des réformes agraires dirigées contre les plus conservateurs des propriétaires terriens et visant à la formation de couches de petits et moyens paysans propriétaires. Ces courants souhaitaient un déplacement plus substantiel du capital vers les secteurs industriels et urbains de l'économie, avec la volonté de briser la domination directe de l'impérialisme. sur les secteurs des matières premières traditionnelles. Contre l'ancien état de choses, ils étaient partisans d'une:plus vigoureuse intervention de l'Etat dans l'économie (Etat à qui ils attribuent un rôle croissant de stabilisateur), et favorisaient la « collaboration » avec les secteurs industriels dits modernes. Une telle orientation rendait possible à leurs yeux une amélioration des relations avec les masses, qui, dans des limites étroites, pourraient jouer un rôle de soutien aux nouveaux régimes contre la résistance et les contre-attaques des ultras.

-Les événements au Chili ces dernières années s’inscrivent dans cette tendance générale. On ne doit pas oublier que le régime Frei lui-même a commencé comme une expérience réformiste qui souhaitait moderniser les structures socio-économiques, notamment par une réforme agraire, un renforcement du rôle de l'Etat, et le recul des anciennes couches oligarchiques dominantes. De façon générale le gouvernement d'Unité Populaire est donc le continuateur du gouvernement qui l'a précédé. Ce n'est pas par hasard si avant les élections du 4 septembre, des secteurs de l'U.P. et les chrétiens-démocrates n'exclurent pas de présenter un candidat commun, et que la Démocratie-Chrétienne avança un programme analogue à celui du front d'Allende. Encore plus significatif : le nouveau président n'a pas mis au point une nouvelle réforme agraire, mais s'est contenté d'appliquer la réforme adoptée par Frei. /

La nature essentiellement réformiste du gouvernement Allende est d'ailleurs conforme avec le programme présenté avant et après les élections. Fondamentalement, ce programme prévoit l'achèvement de la réforme agraire chrétienne-démocrate, la suppression de la mainmise impérialiste directe sur l'exploitation des matières premières, l'étatisation d'une série de secteurs industriels et la nationalisation des banques. Ce programme, s'il était appliqué intégralement, modifierait profondément la structure économique chilienne, les rapports de force entre les classes, la répartition du revenu national et le rèle politique joué par les différentes forces. Mais il n'introduirait pas de changement qualitatif — le Chili resterait un pays capitaliste dominé par la loi du profit intégré dans le système impérialiste mondial. Dans les campagnes, l'agriculture serait de: plus en plus marquée par la croissance d'entreprises capitalistes et de couches de petits et moyens paysans propriétaires qui joueraient un rôle stabilisateur, du moins à court et moyen terme. La bourgeoisie industrielle serait toujours la classe la plus puissante et la plus dynamique économiquement, elle maintiendrait et même renforcerait ses liens avec le capitalisme international et, en dernière analyse, serait le principal bénéficiaire du nouvel équilibre économique et politique, et de la rationalisation du système, y compris avec la présence d'un secteur très important contrôlé par l'Etat.

Le maintien des structures économiques de base du Capitalisme est d'autant plus garanti que l'Unité Populaire ne s'est pas contentée de lutter pour la présiden-ce sur un terrain strictement électoral ; elle s'est engagée à œuvrer dans le cadre de l'appareil d'Etat pré-existant (parlement, appareil administratif, organismes de contrôle prévus par la Constitution comme la police et l'armée). C'est pourquoi Alessandri et Tomic qui étaient à l'époque soutenus par la quasi totalité des électeurs bourgeois, ont accepté de se soumettre au verdict électoral et ont permis à Allende de prendre ses fonctions (les fractions favorables à un coup d'Etat consistaient seulement en de très petits groupes, dont certains dans l'armée).

-Si les évènements du Chili s'inscrivent dans un contexte général de tendances analogues, soit potentielles soit déjà opérantes dans d'autres pays latino-amériCains, ils sont néanmoins marqués par des traits spécifiques importants qui différencient clairement le régime Allende de tous les autres rédimes latino-américains. Tout d'abord, alors que le réformisme est l’œuvre d'une: direction militaire qui a remplacé les partis bourgeois traditionnels, au Chili la direction appartient à une coalition dont la base se trouve essentiellement parmi les travailleurs, les paysans et les habitants des bidonvilles, et dans laquelle les deux partis ouvriers exercent une indiscutable prépondérance. Le réformisme chilien est donc dirigé par une bureaucratie ouvrière.

Le problème est de savoir si le gouvernement Allende est un gouvernement de front populaire au sens traditionnel du terme. Certains ont dit que la bourgeoisie en tant que telle, représentée politiquement par la Démocratie-Chrétienne, à un moindre degré, par le Parti National, n'est pas représentée directement par le gouvernement. Mais, même si on laisse de côté le fait qu'au moins un des partis de la coalition était traditionnellement un parti bourgeois, la bourgeoisie exerce;son influence à travers les partis petits-bourgeois qui sont à la fois dans l'Unité Populaire et au gouvernement. De plus Allende doit négocier constamment avec le bloc majoritaire d'un parlement dominé par le parti Chrétien-démocrate, qui lui a permis d'être élu et peut paralyser toute entreprise quand il le veut. Enfin — et c'est décisif — la nature de collaboration de classe de la coalition a été déterminée par son acceptation du cadre économique de base du système capitaliste, et de l'appareil d'Etat bourgeois. Une telle caractérisation ne doit pas amener à identifier le mouvement des masses avec la coalition, ni a simplifier trop le problème des rapports entre Allende et les masses. La victoire d'Allende a été l'aboutisse-ment d'une histoire riche en batailles difficiles, en hauts et bas, et de la lente maturation d'un prolétariat qui est parmi les plus vieux et les plus homogènes d'Amérique Latine. Aux yeux des travailleurs, des paysans et des couches plébéiennes des bidonvilles, l'élection du 4 septembre 1970 représente une victoire sur la bourgeoisie, un pas en avant historique dans la lutte pour l'élimination de l'exploitation capitaliste. 11 exprime un nouveau rapport de forces, plus favorable aux masses que jamais auparavant. De larges secteurs de l'avant-garde, inspirés par la mobilisation des masses et confrontés à des nécessités politiques immédiates, ont commencé à discuter les problèmes essentiels de la stratégie révolutionnaire et du passage du capitalismezau socialisme.

-L'une des principales causes de la tension actuelle au Chili est la tendance inévitable de la mobilisation des masses à se.heurter au cadre du réformisme et de la collaboration de classe préconisée par Allende. Voilà, en dernière analyse, ce qui provoque les conflits les plus aigus et alarme la bourgeoisie locale et l'impérialisme. Ces derniers, par crainte d'être débordés, envisagent la nécessité de l'affrontement.

En d'autres termes, la bourgeoisie était disposée à accepter et même à stimuler une opération réformiste,dont elle comprenait la necessité. Après l'échec de Frei, ceci ne pouvait être tenté que sous direction des partis ouvriers. Mais elle a peur de la dynamique du mouvement de masses, qui pourrait déborder le cadre réformiste, en ouvrant une véritable crise révolutionnaire et en mettant à l'ordre du jour le problème du pouvoir. De même, l'impérialisme craint que la dynamique chilienne n'introduise un facteur explosif à l'échelle continentale, et ne provoque de nouvelles montées du prolétariat et de la paysannerie.

En fait, depuis les élections, les ouvriers et les paysans ne se sont aucunement limités à appuyer Allende et attendre les décisions du gouvernement. Îls ont pris souvent des initiatives qui ont obligé le gouvernement à ratifier des faits accomplis. Ce qui est plus important.les actions pratiques des masses sont allées parfois au delà des lignes programmatiques de l'U.P.. Des paysans se sont emparés des terres sans attendre les décisions formelles et ont même saisi des propriétés qui, d'après la loi, ne devaient pas être touchées. Des ouvriers ont agi dans la même direction, en accélérant le processus d'étatisation et en frappant des entreprises en pricnipe du ressort du secteur privé. Pour la bourgeoisie, il s'agit d'une question capitale : une extension substantielle des exportations au-delà des limites prévues, implique le danger d'un affaiblissement grave de son poids social, d'une altération plus profonde du rapport de forces. Ceci pourrait empêcher de mener à bien à son profit, la restructuration projetée. La bourgeoisie se rend compte en même temps qu'au fur et à mesure que ce cours s'approfondit, la classe ouvrière et la paysannerie sont de plus en plus poussées, par la force des choses, à poser le problème du pouvoir par la rupture du mécanisme constitutionnel et la formation d'organismes de pouvoir prolétarien, qualitativement nouveau.

Dans les conflits qui se déroulent actuellement les forces en présence se mobilisent et réagissent de plus en plus nettement en fonction d'objectifs qu'elles doivent atteindre à des échéances relativement courtes. Les masses, du moins leurs avant-gardes, ne sont pas prêtes à renoncer à leur offensive et veulent faire valoir le poids social et politique accru qu'elles ont acquis. La bourgeoisie combine des opérations défensives et des démarches susceptibles d'encourager ses troupes. L'essentiel est, pour elle, d'obtenir la délimitation exacte des trois secteurs économiques (étati-que, privé, mixte) et le maintien des structures politiques du système : cela serait une garantie contre toute tendance à bouleverser le cadre de l'expérience réformiste. Allende et sa coalition qui ne peuvent pas se permettre des mesures susceptibles de provoquer une rupture avec les masses ou même des secteurs importants des masses, doivent riposter aux attaques de la bourgeoisie ; mais en même temps ils s'efforcent constamment de freiner le mouvement, de s'opposer aux pressions exercées sur leur gauche. Ils ont besoin de garder des marges de manœuvre appréciables et d'éviter ou retarder tout affrontement majeur. Tel est le sens d'une mesure largement appliquée, celle de l'intervention, qui, en désignant un gérant au nom du gouvernement, donne une certaine satisfaction aux ouvriers, mais en même temps n'implique pas neces-sairement l'expropriation et donc préserve les rapports de propriété capitaliste. Tel est aussi le sens du projet sur la chambre unique, qui, en cas d'acceptation, permettrait au gouvernement de réaliser plus rapidement son programme et reflèterait mieux les rapports de forces existants dans le pays, mais qui d'autre part garantit à la bourgeoisie la sauvegarde de structures parlementaires parfaitement dans le cadre de la tradition bourgeoise.

Dans une situation comme celle qui existe actuellement au Chili, les différentes forces ne sont pas toujours en condition de choisir rigoureusement leurs initiatives et d'agir toujours dans le cadre d’un plan d'ensemble réfléchi. Les contradictions et les conflits potentiels s'accumulent de jour en jour et des événements en soi insignifiants et difficilement prévisibles peuvent précipiter des confrontations dramatiques pratiquement à tout moment. Cela il ne faut jamais l'oublier et le mouvement ouvrier commettrait une lourde erreur en se berçant de l'illusion d'un déroulement indolore des événements. || est, toutefois, probable que l'affrontement décisif ne se produira pas à une échéance très rapprochée. Le gouvernement, pour sa part, cherche à garder l'initiative, tout en s'adonnant à un jeu de bascule et en s’efforçant de freiner les poussées d'en bas qu'il juge dangereuses. Quant à la bourgeoisie, elle provoque des tensions multiples aussi bien pour créer des difficultés à l'U.P. que pour l'amener à modérer davantage son cours (elle sait par expérience que des réactions d'une telle nature sont typiques des réformistes et des centristes). Mais elle ne peut ni ne veut mettre fin immédiatement à la situation actuelle.

11 faut rappeler, avant tout, que la bourgeoisie chilien-ne a une assez longue tradition démocratique-parlementaire et que son personnel politique a été formé à cette école. À cela correspond l'existence d'une série de structures et de mécanismes souples et efficaces qui lui offrent des possibilités réelles de défense et de contre-attaque.L'issue de l'« Etat fort», du coup d'Etat militaire présuppose, en tous cas, une préparation dont l'armée elle-même reste encore largement dépourvue. Les forces qui déjà expriment une orientation « golpista » ou fasciste et qui préparent les instruments pour concrétiser une telle orientation, sont à l'heure actuelle nettement minoritaires (même s'ils gagnent du terrain). Finalement — ce qui est plus important — la bourgeoisie et son parti politique le plus représentatif, la D.C., sont très conscients qu'ils peuvent difficilement envisager l'affrontement sans disposer d'une base de masse. Les événements des tous derniers mois ont démontré que le temps joue pour eux à l'affrontement sans disposer d'une base de masse. Les événements des tout derniers mois ont démontré que le temps joue pour eux et la D.C. a gagné ou consolidé ses positions qui sont loin d'être négligeables parmi les paysans, a relancé son influence parmi les étudiants et a élargi ses marges de manœuvre y compris au sein de la classe ouvrière (notamment dans des secteurs qui, fourvoyés pendant une longue période par l'économisme borné des réformistes, tombent dans le piège de certaines surenchères démagogiques). Les faits de novembre et décembre 1971 à Santiago ont montré que ces forces peuvent être mobilisées sur une échelle considérable dans des manifestations de rue assez agressives.

Toutefois, un renvoi des échéances cruciales n'est pas necessairement nuisible à la classe ouvrière, qui a besoin de renforcer ses positions, d'organiser son of fensive, d'affronter et de résoudre le problème capital de son armement. Mais cela n'est vrai que si toute tendance à limiter et canaliser les mobilisations de masses et donner la priorité aux opérations politiques est combattue comme toute tentative de l'obliger à faire les frais des difficultés économiques sans avoir la possibilité de se défendre, d'intervenir activement pour éviter une contre-offensive réactionnaire et un coup d'Etat fasciste.

C'est une necessité primordiale, à cette étape de réarmement stratégique, que la classe ouvrière se libère de toute idée réformiste et de toute forme de crétinisme parlementaire. Elle doit comprendre que le Chili ne sera pas une exception. Dans un pays aux structures économiques et sociales très avancées par rapport au niveau moyen des pays néo-coloniaux, il est plus clair que jamais que la perspective d'une révolution démocratique bourgeoise, séparée de la révolution socialiste, n'a pas la moindre justification objective. La seule révolution possible au Chili est une révolution à dynamique socialiste sans aucune solution de continuité et à un rythme relativement rapide. L'émancipation par rapport à l'impérialisme — étant donné la symbiose étroite entre impérialisme-et bourgeoisie nationale — ne pourra se concrétiser que par l’expropriation totale:de la classe dominante indigène. Toute ambiguité, toute échappatoire à ce sujet aurait des conséquences désastreuses et désarmerait les forces motrices de la révolution qui doivent acquérir une compréhension claire de ce qu'elles saisissent d'instinct et s'efforcent de réaliser empiriquement.

L'idée qu'une:telle dynamique révolutionnaire puisse s'épanouir pleinement jusqu'à l'issue victorieuse sans briser le cadre politique de la vieille société, grâce à une évolution « pacifique » et non par une rupture de l'appareil étatique (administration et establishment militaire) pour repartir sur de nouvelles bases, signifie se tromper délibérement, oublier les leçons de l'histoire séculaire du mouvement ouvrier, être incapable de saisir la logique implacable de la situation qui se développe dans le pays. Loin d'être une innovation théorique, comme le prétendent les charlatans de tout acabit et ceux qui, par empirisme ou opportunisme, piétinent la méthode marxiste , la conception de la « voie chilienne » n'est qu'un nouvel avatar de l'idéologie réformiste que le marxisme a combattu depuis le début du siècle et qui à des étapes cruciales a déjà fait beaucoup de ravages dans le mouvement ouvrier d'autres parties du monde. Le point essentiel est au; Chili broblème-d DOUVO n'a été aucun ment résolu ni méme n'a commencé à l'être. || ne pourra être affronté effectivernent et résolu que par la voie révolutionnaire.

De tout ce qui précède il découle que toute forme de collaboration de classe avec la bourgeoisie ou des secteurs de la bourgeoisie doit être résolument repoussée. Cela implique que les masses chiliennes doivent lutter pour remplacer le gouvernement de coalition de l'U.P. par un gouvernement ouvrier et paysan d'où soit exclue toute participation de partis ou de groupes qui représentent, ne fut-ce qu'indirectement, les intérêts de la bourgeoisie et d'autres couches d'exploiteurs. Cela signifie que le processus révolutionnaire doit être approfondi et stimulé par la création d'organismes de double pouvoir, d'organismes authentiques de démocratie prolétarienne, issus directement des entreprises, des campagnes, des campamientos, des éco-les, et dont les membres soient élus, puissent être révoqués à tout moment et ne jouissent d'aucun privilège matériel.

Ces organismes seront l'expression du prolétariat et de la paysannerie dans leur totalité et constitueront les instruments de mobilisation des secteurs-clés des masses dans la lutte pour la conquête révolutionnaire du pouvoir. Ils ne pourront, donc, s'identifier avec les syndicats, qui continueront à jouer leur rôle spécifique, sur la base de la démocratie interne la plus ample pour toutes les tendances du mouvement ouvrier, et de l'indépendance complète par rapport au gouvernement et à l'Etat.Les marxistes révolutionnaires n'ignorent pas les difficultés qu'impliquent la formation et la généralisation de tels organismes de nature soviétique, mais, si ces organismes ne sont pas construits, l'un des éléments essentiels pour la conquête du pouvoir fera défaut et la gestation révolutionnaire pourra s'achever par un avortement. La bataille pour les conseils ouvriers et paysans doit combiner la délimitation la plus intransigeante par rapport aux classes exploiteuses et à leurs appareils politiques avec la défense sans compromis de la démocratie la plus large pour les masses et toutes les organisations et les tendances du mouvement ouvrier. Cette défense est d'autant plus nécessaire que des décennies de prépondérance social-démocrate et stalinienne ont obscurci cette conception. Cette exigence pratique impérieuse n'a malheureusement pas été assimilée et comprise par les organisations qui luttent contre les partis opportunistes bureaucratisés.

Une mobilisation constante, très large et consciente des masses est la condition sine qua non d'un développement positif de la crise révolutionnaire chilienne. C'est justement parce que les directions réformistes — que les masses ouvrières et paysannes ne cessent de reconnaître dans leur grande majorité — ont voulu limiter et canaliser ces mobilisations et imposer des décisions prises exclusivement au niveau gouvernemental et parlementaire, que le mouvement s'est affaibli, ouvrant des brêches aux initiatives de l'adversaire, et lui permettant de polariser partiellement des couches dont en principe les intérêts ne coincident pas avec ceux de la réaction. Si une telle politique à courte vue était maintenue — ou pire si le gouvernement devait frapper, comme il a déjà fait à certaines occasions, des secteurs d'avant-garde du prolétariat et de la paysannerie — cela pourrait renforcer des tendances au désarroi et à la démobilisation. Des conditions seraient ainsi créées qui faciliteraient énormément une contre-attaque réactionnaire et un coup lEta droite.

Une stratégie de lutte révolutionnaire pour le pouvoir doit se concrétiser dans quelques objectifs essentiels. Sans avoir la prétention de donner des réponses à tous les problèmes qui se posent et qui vont se poser aux différentes étapes, les marxistes révolutionnaires soulignent ce qui suit :

a) Les paysans pauvres et les ouvriers agricoles ne peuvent pas accepter le cadre de la réforme agraire fixé par le gouvernement Frei, c'est à dire par une direction politique bourgeoise. Les transformations dans les structures agraires doivent impliquer l'expulsion totale des terratenientes et l'expropriation des entrepreneurs capitalistes. Les limites de propriété doivent être fixées de façon à éviter d'un côté la formation d'une couche de paysans cossus, dangereux pour la révolution, et à garantir d'un autre côté les ressources necessaires aux paysans qui aspirent à la on d'un lot individuel. Des normes très précises doivent être établies (notamment en ce qui concerne la vente et l'achat des terres) de façon à réaliser un équivalent de la nationalisation du sol et à empêcher toute tendance à une nouvelle concentration de la propriété.

Si la réforme agraire laisse intactes les entreprises capitalistes, l’hégémonie complète sur la partie la plus dynamique de l'agriculture restera au secteur privé et les salariés agricoles se détourneront du processus révolutionnaire. 11 faut inscrire dans le programme du gouvernement ouvrier et paysan l'expropriation des capitalistes agricoles et la formation de fermes collectives. Celles-ci grâce à leur niveau technique jouent un rôle central dans le développement économique de la période de transition.

b) Dans le domaine de l'économie industrielle, il faut rejeter la conception des trois « aires », qui réserve un secteur au capital privé. Un tel secteur, incluant les exploitations les plus modernes et les plus dynamiques du sytème capitaliste actuel, serait inévitablement le centre névralgique du processus d'accumulation et le lieu de rencontre du capital national et du capital étranger. Il faut briser par l'expropriation généralisée la colonne vertébrale du capitalisme chilien, brisant du même coup la base locale de la pénétration impérialiste. Il va de soi que, dans la mesure où il contrôlera entièrement et directement tous les secteurs fondamentaux de l'industrie et de l'agriculture, le gouvernement ouvrier et paysan n'aura aucun intérêt à frapper la petite industrie et les entreprises artisanales, et n'en ressentira pas la nécessité.

cJ La nationalisation du système bancaire et l'établissement d'un monopole d'Etat sur le commerce extérieur doivent être menés à bien. Les mesures sont d'autant plus nécessaires que la position du Chili est celle d'un pays semi-colonial soumis à l'exploitation impérialiste.

d) Le contrôle ouvrier joue un rôle primordial dans une stratégie révolutionnaire de conquête du pouvoir. Il stimule la formation du double pouvoir, la participation active des masses et une prise de conscience de l'enjeu véritable. Par le truchement du contrôle ouvrier le prolétariat se mobilise concrètement dans les centres de production, ce qui aide des couches de plus en plus amples à comprendre dans la pratique la nécessité de poser le problème du pouvoir.

Toute forme de « participation ouvrière » , en fait subordonnée aux pouvoirs des patrons ou des technocrates gouvernementaux, toute « cogestion » doit être repoussée. Îl faut exiger le contrôle ouvrier sur la production, exercé par des organismes démocratiques, élus directement par les travailleurs. Les problèmes de la gestion ouvrière et de l'autogestion ne deviendront réels qu'après le saut qualitatif révolutionnaire, qu'après le renversement du pouvoir bourgeois et la naissance du pouvoir prolétarien.

Le contrôle ouvrier permettra en même temps aux travailleurs de contrôler tous les aspects des rapports de travail, de contester l'organisation du travail imposée par les patrons, d'intervenir activement dans les questions des cadences, des effectifs, des pauses, etc. Il permettra aussi d'éviter que dans les entreprises déjà nationalisées une technocratie remplace tout simplement le patron ou le manager capitaliste. || pourra représenter finalement une école d'apprentissage pour des tâches techniques, de gestion et d'administration, que la classe ouvrière devra être en condition d'accomplir réellement après la prise du pouvoir, sous peine de faciliter les tendances à la bureaucratisation.

En définitive, le contrôle ouvrier peut servir d'instrument de lutte contre le sabotage économique pratiqué par les capitalistes étrangers chiliens. En outre, des mesures générales impliquant la planification et le contrôle doivent étre proposées au gouvernement, ainsi que l'abolition du secret commercial, l'ouverture des livres, un strict contrôle sur toutes les opérations des banques: prix, redevances, etc... La fuite des capitaux, la fermeture d'usines et la thésaurisation des biens rendent ces mesures extrémement urgentes.

e) La lutte pour le gouvernement ouvrier et paysan, pour la conquête du pouvoir, doit être menée surtout pour la formation et la mobilisation constante des organismes de démocratie prolétarienne issus des masses. La construction de ces organismes est une tâche absolument centrale à cette étape et de son accomplissement dépend, en dernière analyse, le sort même de la révolution. Comme mot d'ordre de transition, i faut opposer au projet de Chambre Unique d'Allende — qui se place dans la cadre du parlementarisme bourgeois — le mot d'ordre d'une assemblée Populaire constituante qui devrait définir les structures politiques et administratives nouvelles. Cette assemblée:devrait être élue de façon à assurer la représentation prépondérante à laquelle les ouvriers et les paysans ont droit du fait de leur poids social spécifique, mettant ainsi fin aux déformations et aux mystifications du système électoral en vigueur.

8— La stratégie et les orientations esquissées ici seraient tout à fait abstraites et n'éviteraient pas le danger de déviations spontanéistes, si elles faisaient abstracttion de deux facteurs essentiels, dont l'absence a été jusqu'ici la faiblesse fondamentale du prolétariat chilien : l'armement des ouvriers et des paysans et le parti révolutionnaire. Lutter pour une stratégie correcte signifie donc lutter pour l'armement du prolétariat, lutter pour la construction du parti révolutionnaire, comme seul moyen d'appliquer effectivement une stratégie et une tactique adéquates et d'assurer aux masses une direction consciente.

L'expérience d'autres pays, avant tout en Amérique Latine — de l'invasion du Guatemala en 1964 au coup d'Etat de Banzer en Bolivie au mois d'août dernier — a montré que la classe ouvrière doit considérer comme une tâche primordiale sa propre défense armée. Cette leçon est écrite en lettres de sang — sang d'ouvriers, de paysans et d'étudiants. Toute croyance en la « bonne volonté » de l'adversaire est suicidaire et doit être rejetée compte tenu de la nature du gouvernement et des rapports entre la coalition de l'UP et la grande majorité des masses, la tâche à accomplir est l'armement des ouvriers et des paysans, la formation d'instruments politiques et militaires d'autodéfense, la création de véritables milices populaires, la propagande révolutionnaire parmi les soldats. Ne prendre aucune initiative dans cette direction signifierait en pratique miser sur la « loyauté démocratique » de l'armée et des corps de répression spécialisés, être incapables de répondre à un besoin éprouvé par des secteurs de masses de plus en plus larges, sensibilisés par les évènements boliviens. Les proclamations d'Allende selon lesquelles l'UP riposterait à la violence réactionnaire éventuelle, ne sont qu'un bavardage démagogique, dans la mesure où elles n'ont aucune implication pratique. || ne faut pas s’abandonner au spontanéisme et aux improvisation, mais créer dès maintenant les instruments nécessaires pour éviter que l'ennemi de classe se trouve dans des conditions matérielles de supériorité écrasante lors d'inévitables affrontements à venir. Pour que tout soit bien clair, les marxistes révolutionnaires soulignent que ce n'est pas contre Allende, mais contre les menaces de la droite et pour riposter à toute attaque de l'appareil de répression bourgeois que les ouvriers et les paysans doivent mettre à l'ordre du jour le problème crucial de leur armement.

.— Par ailleurs le Chili ne sera pas une exception historique : le renversement du régime capitaliste ne pourra pas se réaliser sans l'intervention décisive d'un parti révolutionnaire, avant-garde consciente des masses. Les tâches qui appartiennent à un tel parti ne sauraient être délégués au Parti Communiste. Ce parti, profondément marqué par une longue tradition stalinienne, est l'expression d'une bureaucratie ouvrière autochtone, et de couches du prolétariat relativement conservatrices qui ne se mobilisent pas dans la crise actuelle avec le même dynamisme que la jeune génération. || maintient toutes ses conceptions traditionnelles, n'ayant rompu sous aucune forme le cordon ombilical qui l'attache à la bureaucratie soviétique. Les tâches du parti révolutionnaire ne sauraient être déléguées non plus au Parti Socialiste. Celui-ci a élargi son audience de masse, notamment parmi les ouvriers des jeunes générations, a adopté dans ses organismes des positions qui le placent à la gauche du PC (véritable fer de lance du réformisme) ; mais il n'a pas la structure d'un parti de combat, n'a pas de liens solides et constants avec les masses qu'il influence et apparaît plus comme un conglomérat de tendances et de groupes que comme une formation homogène ; en fin de compte il a les traits caractéristiques d'une organisation centriste. || faut repousser, en tout cas, toute conception se basant — explicitement ou implicitement — sur l'hypothèse que, grâce au dynamisme du processus révolutionnaire et à la puissance du mouvement de masse, grâce à l'affaiblissement de la bourgeoisie et à sa décomposition progressive probable, et à des conditions où l'impérialisme serait acculé à renoncer à une intervention militaire, le prolétariat pourrait arriver au pouvoir même en l'absence d'un véritable parti révolutionnaire léniniste. ‘ll faut également repousser la variante qui revient à l'hypothèse qu'un ersatz du parti révolutionnaire serait suffisant, en l'occurrence sous forme de front où se rassembleraient les révolutionnaires ou de cartel des différentes organisations de l'extrême gauche.

La construction d'un parti est incontestablement difficile, même dans un contexte objectif sous plusieurs angles très favorable. Mais elle doit absolument être accomplie. Le rythme de l'approfondissement de la crise révolutionnaire et son issue à cette étape de la lutte des classes en Amérique Latine dépendent, en dernière analyse, du rythme de la construction du parti.

— Le cours serré et dramatique des évènements provoquera inévitablement des différenciations croissantes au niveau des masses et une maturation considérable des couches d'avant-garde, qui prendront conscience de la nature du régime réformiste, des contradictions des organisations ouvrières, de la nécessité de préciser une stratégie révolutionnaire. En fait, ce processus est déjà en cours avec des manifestations très visibles.

Depuis son accession à la présidence, Allende a dû faire face à des pressions de plus en plus larges sur sa gauche et de véritables débordements : les tendances critiques qui entrent en conflit avec le cadre réformiste se sont accentuées dans des proportions importantes. Cela s'est concrétisé, au niveau des forces sociales, par les initiatives de secteurs ouvriers et paysans qui ont mis le gouvernement devant des faits accomplis et sont allés au delà des indications programmatiques de l'UP. Cela s'est concrétisé, sur le terrain politique, dans le renforcement progressif des organisations qui se situent à la gauche du PC et du PS. C'est en rapport avec de telles différenciations et sur la toile de fond des tendances objectives analysées qu'il faut poser le problème de la construction du parti révolutionnaire, qu'il serait absurde d'espérer résoudre par des appels déclamatoires et des démarches velléitaires.

Ce n'est pas par hasard qu'au Chili est surgie une organisation comme le MIR, qui n'a pas d'équivalent, à l'heure actuelle, dans aucun autre pays d'Amérique Latine. Le MIR jouit d'une influence importante. Les manifestations des derniers mois indiquent clairement que, issu de cercles estudiantins et petit-bourgeois, il a réussi à s'affirmer dans les couches paysannes mobilisées dans l'occupation des terres et dans quelques secteurs ouvriers qui n'acceptent plus la tutelle réformiste. Il est probable que cette tendance s'accentuera dans la période qui s'est ouverte et qui est caractérisée par le progrès de la conscience politique dans des couches assez larges jusqu'ici contrôlées par l'UP.

L'influence du MIR s'explique par sa capacité à se lier aux couches les plus dynamiques du mouvement étudiant dans sa phase initale, à apparaître comme l'organisation la plus conséquente et la plus efficace de l'extrême gauche, malgré les déformations ultragauchistes qui l'ont marqué pour toute une période jusqu'au tournant spectaculaire de septembre 1970, et capable de mettre sur pied un cadre organisationnel assez solide basé sur des noyaux de militants professionnels. En même temps le MIR a su capitaliser largement à son profit l'influence exercée au Chili par la révolution cubaine depuis le début des années 60. Ses contradictions résident dans son incapacité à se définir globalement et rigoureusement sur les problèmes de la stratégie révolutionnaire à l'échelle mondiale, dans l'empirisme qui caractérise souvent ses orientations et qui a provoqué des oscillations brusques de positions ultra-gauches à des positions opportunistes, dans une conception du parti, qui, surtout dans la pratique, est loin du centralisme démocratique léniniste et dans une conception bureaucratique des rapports entre le parti et les organisations de masses. Cela s'est vu dans la période après septembre 1970 dans une tendance très nette à s'adapter aux conceptions et aux besoins de l'UP, dans son silence quasi complet par rapport à des événements internationaux même de grande envergure (l'organe du MIR, par exemple, n'a publié aucune analyse de la politique de Moscou et de Pékin), dans une. pratique d'organisation « verti-caliste» réservant les décisions importantes au sommet {il est significatif qu'aucun congrès n'a été convoqué depuis des années), dans l'effort pour imposer par des méthodes administratives et sans consultation, aux organisations considérées comme les instruments d'intervention au niveau des masses, les décisions prises par l'appareil du parti.

Cela a eu comme conséquence des frictions au sein de l'organisation, le départ de groupes de militants notamment parmi les étudiants, la perte de positions importantes dans les campamientos. Etant donné son influence, c'est le MIR, à cause des faiblesses de son orientation, qui est dans une large mesure responsable de la crise du mouvement étudiant. Le mouvement étudiant, au cours de la dernière année, n'a pas été capable de jouer un rôle majeur et, par contre, a fourni des troupes aux provocations réactionnaires.

Les forces organisées ou influencées par le MIR auront incontestablement un rôle important dans la construction du parti révolutionnaire, qui est la condition sine qua non pour la victoire des ouvriers et des paysans chiliens. Mais d'autres forces qui appartiennent encore aux partis traditionnels, y participeront. Le Parti Socialiste, par sa composition et sa structure représente à l'heure actuelle une pépinière de militants et de cadres combatifs et conscients qui fourniront un apport considérable. || ne faut pas oublier non plus qu'un changement décisif du rapport de forces en faveur des révolutionnaires présuppose aussi une différenciation profonde parmi les couches rt qui représentent toujours la base principale u PC.

En menant à bien la tâche élémentaire de construire un parti léniniste, les marxistes révolutionnaires doivent éviter à la fois le dogmatisme sectaire et l'adaptation opportuniste ; ils doivent s'intégrer dans les mouvements réels et avancer leur programme de façon audacieuse, en tant que force autonome organisée confrontée avec toutes les autres tendances de la gauche. Il faut attaquer sans ambigüités ni concessions la nature réformiste du régime et des forces qui le soutiennent. Une indépendance totale doit être gardée par rapport à la coalition de front populaire. Les révolutionnaires ne peuvent participer à une telle caution, ni même offrir leur soutien électoral [les marxistes révolutionnaires peuvent dans certaines conditions, voter pour un candidat ouvrier, mais pas pour le. candidat d'un front qui inclue les partis . bourgeois et petit-bourgeois). Ils doivent toutefois soutenir les mesures progressistes prises par le gouvernement Allende et maintenir un front unique face aux attaques des réactionnaires. La critique des contradictions et des faiblesses du MIR ne doit aucunement empêcher de reconnaître le rôle important de catalyseur que le MIR joue actuellement et apprécier ses rectifications programmatiques ou ses progrès (comme par exemple dans le discours de Miguel Enriquez en novembre dernier). Un combat permanent et acharné doit être poursuivi pour concrétiser la stratégie révolutionnaire définie plus haut, et pour avancer les mots d'ordre de transition qui en découlent.

— L'issue de la crise chilienne ne sera pas déterminée uniquement par la dynamique interne, mais aussi par des facteurs internationaux puissants. Il faut le rappeler. Ceci d'autant plus que la thèse de l'« exceptionnalisme » chilien est allée de pair avec unesousestimation manifeste et délibérée de ces facteurs : c'est une attitude qui implique, en réalité, des illusions extrêmement dangeureuses et un opportunisme caractérisé.

Il est inutile de souligner que l'impérialisme, au besoin par l'intermédiaire de ses satellites, mettra tout en œuvre pour influencer le développement de la situation au Chili et empêcher que Santiago ne devienne la capitale du deuxième Etat ouvrier d'Amérique Latine. Des pressions puissantes seront exercées aussi par la bureaucratie soviétique grâce à son poids international et à ses liens avec le Parti Communiste. La bureaucratie chinoise n'a eu et n'aura qu'un rôle tout à fait secondaire. Quant à Cuba, son influence s'exprime sous des formes contradictoires. La visite de Fidel Castro est symbolique à ce sujet : d'un côté les masses ont organisé des manifestations énormes en son honneur et en celui de la révolution cubaine ; d'un autre côté l'appui quasi inconditionnel à Allende et l'adhésion au verbiage de l'UP ont crée un obstacle à la prise de conscience de la part des masses de la nécessité d'une stratégie révolutionnaire de conquête du pouvoir et de la construction d'un parti léniniste. Il est donc impératif pour les révolutionnaires de comprendre et de mettre en relief les liens qui existent entre ce qui se passe au Chili et la situation mondiale. Une perspective révolutionnaire à l'échelle internationale est plus que jamais nécessaire. C'est pourquoi la bataille qui se déroule au Chili engage non seulement tous ceux qui se réclament du

«marxisme révolutionnaire dans ce pays, mais la | Vème

Internationale dans son ensemble. A cette étape importante pour l'Amérique Latine, la I Vème Internationale doit mettre en jeu le poids de sa tradition théorique, de ses analyses politiques, de son expérience et de son organisation mondiale. [O

Source : Quatrième Internationale, n°2 (nouvelle série), 15 avril 1972 · scan (Radar, 16-014-00135).

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