Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Les bolcheviks-léninistes et l'organisation de la jeunesse révolutionnaire

septembre 1938 · La conférence de fondation de la IVe Internationale (3 septembre 1938) · 1 892 mots

In English: Title: The Bolshevik-Leninists and the Organization of Revolutionary Youth — traduction assistée par machine.

1. Les organisations de jeunesse de la IV° Internationale se donnent pour tâche de

construire de larges organisations communistes autonomes de jeunes. La tâche

de ces organisations est la défense des revendications des jeunes travailleurs, la

lutte antimilitariste l'éducation de cadres bolchéviques pour les partis de la IV°

Internationale, afin d'entraîner la jeunesse laborieuse aux côtés du prolétariat

dans la lutte pour le pouvoir des ouvriers et des paysans.

2. Les bolcheviks-léninistes affirment que seule une organisation de classe peut

exprimer les véritables aspirations de la jeunesse laborieuse ; face à la

bourgeoisie et à ses valets réformistes et staliniens, ils proclament non seulement

le droit, mais encore le devoir pour la jeunesse laborieuse, exploitée encore plus

que ses aînés, de participer à la lutte de ceux-ci. Ils dénoncent le caractère

réactionnaire des campagnes réformistes, reprises par les staliniens, qui visent à

limiter l'activité de la jeunesse aux seuls loisirs. Les bolcheviks-léninistes ne

méprisent pas les loisirs ; ils considèrent au contraire le développement physique

et intellectuel de l'individu comme une des tâches essentielles du socialisme ;

mais ils soulignent qu'organiser la jeunesse uniquement en vue des loisirs, en

dehors de la lutte contre le capitalisme et par conséquent sous la tutelle de celui-

ci, n'aboutit qu'à fournir à la bourgeoisie de la chair à canon et de la chair à travail

plus docile.

À cette conception réactionnaire, les bolcheviks-léninistes opposent celle de la

culture physique et de la culture intellectuelle conçues comme des activités

spécialisées, mises au service des objectifs de classe du prolétariat et utilisées

comme des moyens de la lutte de classe ; comme ils disent à chaque jeune ouvrier

encaserné : « Prends les armes que te confie la bourgeoisie et apprends à t'en

bien servir pour mieux balayer le capitalisme et le militarisme bourgeois », ils

disent à chaque jeune exploité avide d'exercice physique et de connaissances :

« Entraîne ton corps ; nourris ton esprit, afin d'être mieux armé dans la lutte pour

renverser les exploiteurs qui meurtrissent ton corps et te refusent la culture. »

3. Les bolcheviks-léninistes, affirment que l'organisation prolétarienne de la

jeunesse doit être profondément consciente des buts historiques et des besoins

de sa classe, c'est-à-dire qu'elle doit être une organisation communiste. Ils

repoussent toute idée de substituer à l'organisation de classe de la jeunesse

laborieuse une organisation sans principes ni programme qui grouperait la

jeunesse en général ou la jeunesse non fasciste, selon la formule de Dimitrov et

de Guyot, qui a abouti à la liquidation de fait des sections légales de

l'Internationale communiste des jeunes (ILC). Les bolcheviks-léninistes

expliquent à la jeunesse laborieuse que ni l'horreur du bourreau, ni la joie de

vivre ne sont des armes suffisantes dans la lutte contre le fascisme ;,que celui-ci

n'est qu'une forme exaspérée de la domination capitaliste, à laquelle la

bourgeoisie ne peut pas ne pas recourir dans la présente situation de crise

générale ; qu'on ne peut abattre le fascisme qu'en faisant résolument échec par

la violence prolétarienne à la violence anti-ouvrière, qu'en opposant au

programme de la contre-révolution fasciste le programme de la prise du pouvoir

par le prolétariat, en un mot que c'est seulement sous le drapeau du communisme

de la IVe Internationale qu'on peut efficacement combattre le fascisme. C'est

pourquoi les organisations de jeunes de la IVe Internationale ne sauraient avoir

un programme différent des organisations adultes ; elles ne sauraient ni

l'amputer, ni l'amoindrir, dans quelque partie que ce soit. C'est sur la base de ce

programme que les comités centraux et les congrès prennent position ; c'est ce

programme qui guide chacun des actes des organisations nationales et

internationales.

4. Cela n'implique nullement que l'organisation de jeunesse soit un parti de jeunes.

Le parti est composé des éléments les plus éduqués et les plus conscients de la

classe ouvrière, qui donnent leur adhésion complète et totale à la plate-forme de

la IV° Internationale. L'organisation de jeunesse, au contraire, tout en

déterminant ses actes selon ce programme, tout en se donnant pour tâche

d'éduquer la jeunesse laborieuse sur la base de ce programme, ne pose comme

condition d'adhésion qu'un accord général, même entièrement sentimental, avec

les buts poursuivis par la IV° Internationale et ses méthodes de lutte. Elle est

l'expression de la révolte instinctive de la jeunesse ouvrière contre la

surexploitation, de la jeunesse paysanne enchaînée à la terre, de la jeunesse

intellectuelle, des millions de jeunes chômeurs déclassés, l'expression de leur

adhésion enthousiaste à la révolution. Dans ce sens elle est une organisation plus

large que le parti.

Cependant dans la situation actuelle, où les directions traditionnelles de la

jeunesse ouvrière, réformistes et staliniennes, s'acharnent à enchaîner la

jeunesse laborieuse à la bourgeoisie, où l'avant-garde marxiste-léniniste reste

numériquement faible, les organisations de jeunesse de la IVe Internationale ne

sauraient gagner instantanément la jeunesse laborieuse. En revanche elles se

doivent de polariser la révolte instinctive de la jeunesse contre la collaboration

de classe. La situation angoissante de la jeunesse laborieuse, la proportion

grandissante des sans-travail et des déclassés parmi la jeunesse accusent le

caractère de spontanéité, de confusion et la violence des courants politiques qui

se font jour parmi la jeunesse. Elles renforcent la nécessité d'une fidélité

inébranlable au programme bolchévique, d'une éducation marxiste approfondie.

Mais en même temps elle dicte à chacune de nos organisations une attitude

organisationnelle extrêmement audacieuse pour rassembler dans son sein tous

ces éléments combatifs mais confus. Il est possible, dans ces conditions, que nos

organisations de jeunesse prennent des positions divergentes de celles de la IVe

Internationale. Mais le remède ne saurait être cherché dans des mesures

bureaucratiques ; au contraire, plus la jeunesse sera impétueuse et enthousiaste,

pleine d'initiative, même malheureuses, plus elle aura de possibilités de

s'éduquer, à condition que nos directions et les directions de nos partis se

montrent excessivement fermes sur le terrain politique, utilisent chaque

initiative pour éduquer la jeunesse à l'école du programme marxiste-léniniste,

pour forger sa conscience de classe et pour souder la lutte de la jeunesse

laborieuse à la lutte d'ensemble du prolétariat.

5. L'organisation communiste de la jeunesse est une organisation autonome. Elle

détermine elle-même son orientation politique propre, tant en ce qui concerne

les questions politiques générales qu'en ce qui touche les revendications

particulières des jeunes. Rosa Luxemburg a écrit que la classe ouvrière ne saurait

apprendre qu'en gravissant le calvaire de ses défaites, qu'en tirant les leçons de

l'expérience. Vraie à l'échelle historique pour le prolétariat, cette affirmation l'est

plus particulièrement pour la jeunesse : on ne saurait lui faire assimiler les leçons

historiques de cent années de lutte prolétarienne par la lecture de manuels

d'histoire ouvrière. Elle ne peut comprendre l'histoire de la lutte des classes

qu'au travers de sa propre lutte contre les exploiteurs. La lutte est la grande

éducatrice de la jeunesse. C'est précisément pourquoi la jeunesse doit pouvoir

entrer dans la lutte en s'y étant préparée elle-même, avec ses idées, ses illusions,

mais aussi son enthousiasme et sa foi. Elle doit déterminer elle-même la façon

dont elle combattra dans telle circonstance, quitte à s'apercevoir ensuite que son

appréciation de la situation était insuffisante, que les méthodes qu'elle avait

choisies n'étaient pas appropriées à la situation. C'est seulement ainsi qu'elle

pourra comprendre l'expérience historique du prolétariat grâce à sa propre

expérience et utiliser les leçons du passé pour comprendre ses propres erreurs.

Sur ce point la IV° Internationale reprend entièrement cette parole de Lénine :

« Sans une complète indépendance, la jeunesse ne pourra faire sortir de son sein

de bons socialistes, ni se préparer à conduire le socialisme en avant. »

6. L'autonomie d'organisation de la Jeunesse ne signifie aucunement qu'elle ne fait

pas appel aux organisations du parti pour la guider et la conseiller, pour profiter

des connaissances théoriques et de l'expérience plus grandes des militants du

parti. Cela ne signifie pourtant nullement que la tâche d'éducation théorique

(écoles, revues, articles de journaux, d'une part ; discussion politique sur les

problèmes posés devant l'organisation, d'autre part) doive être faite

exclusivement par les responsables du parti. « Il n'est pas rare que les gens d'un

certain âge ou les vieux ne sachent pas aborder comme il le faudrait cette

jeunesse, qui, par la force des choses, est obligée de venir au socialisme

autrement, par d'autres voies, sous d'autres formes et dans d'autres conditions

que ses pères. C'est pourquoi nous devons être sans réserves pour une

organisation indépendante de l'union des Jeunesses et cela non seulement parce

que les opportunistes craignent cette indépendance, mais par principe. » (Lénine,

1916). L'éducation théorique de la Jeunesse, comme toute l'activité politique de

l'organisation des Jeunesses, doit être autonome ; en même temps elle doit faire

l'objet d'un soin attentif et d'une vigilance constante de la part des militants les

plus expérimentés du parti. L'autonomie de la Jeunesse implique non seulement

le droit de critique de la part du parti, mais encore le devoir pour celui-ci de la

faire en toute camaraderie, mais sans détour, à chaque faute commise par

l'organisation jeune.

7. De même la Jeunesse doit apprendre la pratique des tâches d'organisation, en

prenant en main elle-même la gestion des finances, de l'administration, de son

journal, etc. Cependant, dans toute la série d'activités illégales qui doivent

nécessairement être menées par une organisation révolutionnaire, et en vue

desquelles il est nécessaire d'éduquer les jeunes révolutionnaires, on ne saurait

introduire le principe de l'autonomie d'organisation sans danger pour

l'organisation elle-même. Aussi convient-il de créer des commissions qui

fonctionnent sous le contrôle entier du parti et auxquelles participent des

camarades des Jeunesses avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que les

représentants du parti.

8. Le contrôle théorique, l'appui politique et organisationnel que le parti doit

apporter à la Jeunesse, se fait par la nomination de délégués des organismes du

parti auprès des organismes des Jeunesses à chaque échelon qui suivent

soigneusement la vie des Jeunesses, qui se donnent pour tâche de les conseiller

sans leur dicter d'ordres, mais aussi sans leur laisser commettre la moindre faute

qu'ils ne les aient mis en garde ; l'activité des délégués du parti doit toujours

consister à expliquer patiemment, à enseigner fraternellement, sans pédanterie ;

ils ne doivent en aucun cas viser à régenter les jeunes à coups d'oukases et à

briser ainsi l'élan et l'enthousiasme qui sont le meilleur capital de la jeunesse.

9. Le congrès de la Jeunesse est l'organisme souverain de celles-ci. Dans le cas de

divergences politiques entre l'organisation de jeunesse et le parti, celui-ci ne

saurait imposer bureaucratiquement sa politique à l'organisation de jeunesse.

Dans ce cas la tâche de la direction du parti est de faire appel aux militants des

Jeunesses, de leur montrer en quoi leur position est fausse et de faire revenir sur

leurs positions par de libres décisions responsables.

10. L'Internationale des jeunes est une section de la IVe Internationale. En tant que

telle, elle a pour mission d'appliquer les décisions souveraines des congrès de la

IVe Internationale. Cependant, pas plus que la IVe Internationale ne saurait

imposer une discipline automatique à ses sections, pas plus elle n'impose à

l'Internationale des jeunes son orientation ; celle-ci est déterminée par les

congrès et conférences internationales des Jeunesses, en accord avec le

programme et les principes de la IVe Internationale. Au cas où un différend

s'élèverait entre la IVe Internationale et l'Internationale des Jeunes, la décision

souveraine reviendrait après discussion approfondie au Comité exécutif de la IVe

Internationale.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 1, p. 271–275 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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