Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La situation mondiale et les tâches de la IVe Internationale (Résolution politique générale)

janvier 1961 · VIe Congrès mondial · Le VIe Congrès mondial et après (1961-1963) · 8 527 mots

In English: Documents of the Sixth World Congress: Political Document: The World Situation and Our Tasks — texte anglais publié à l’époque.

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Sous la pression des vagues croissantes de la révolution coloniale et des progrès économiques et techniques ininterrompus des Etats ouvriers, le rapport de forces global continue à se’ détériorer rapidement aux dépens de l'impérialisme. L’année 1960 æ marqué le début d’une nouvelle phase dans ce processus de détérioration, dont l'importance peut être comparée à celle de l’année 1950 (première défaite militaire que l'impérialisme américain a subie du fait de la révolution chinoise et coréenne).

La supériorité militaire acquise par l’Union Soviétique dans le domaine des, fusées ; le progrès extraordinaire de la révolution cubaine, aux frontières mêmes de la métropole impérialiste et son alliance progressive avec les Etats ouvriers ; les soulèvements en Corée du Sud et en Turquie ; l'humiliation infligée à l’impérialisme américain au Japon ; le déferlement de la révolution coloniale en Afrique et les tendances de plus en plus anti-capitalistes de la révolution algérienne qui accepte et reçoit l’aide des Etats ouvriers et dont une nouvelle phase vient de s'ouvrir par l'irruption révolutionnaire des masses des villes d'Algérie dans la lutte de rue lors des démonstrations de décembre 1960 ; l'influence de la révolution cubaine s'accroissant rapidement en Amérique latine et se superposant là-bas à une montée continue de la combativité des masses et des aspirations révolution-nairs des ouvriers et des paysans pauvres, — voilà les aspects marquants de cette situation mondiale détériorée pour l'impérialisme. Le fait qu’à la session courante de l'Assemblée des Nations Unies, le bloc impérialiste ait été mis en position de minorité sur plusieurs points, et ce pour la première fois depuis la création des Nations Unies, n’est que le reflet symbolique de la tendance générale.

Depuis l'échec de la « conférence au sommet », nous avons débouché sur une nouvelle phase d'expansion de la Révolution coloniale : au Sud-Est asiatique, en Afrique, en Amérique latine, l’éclosion des forces révolutionnaires prend une em-pleur spectaculaire.

I1 faut s'attendre à de nouveaux progrès dans toutes ces régions, qui altère-ront encore davantage le rapport des forces en faveur de la révolution, au détriment de l'impérialisme. Jamais ce dernier n’a connu üne pression si forte de la part du Front Unique de fait de la Révolution coloniale menaçañte et des Etats ouvriers.

Dans la brève résolution qui suit, sont évaluées, l'étendue et les limites de cette tendance, ainsi que les réactions possibles de l'impérialisme, de la bureaucratie soviétique, des peuples coloniaux et semi-coloniaux, et des ouvriers des pays mé-tropoitains. Les perspectives économiques, politiques et sociales à court terme sont déduites de l'interaction entre ces différents facteurs.

Une analyse plus profonde des tendances fondamentales du monde actuel est faite dans les documents sur la révolution coloniale, les perspectives économiques, la situation européenne et la crise du stalinisme depuis le XXIe Congrès du P.C. de l'U.R.S.S., soumis au 6: Congrès mondial. Cette analyse n’est pas reprise ici et on n’y fait allusion que dans la mesure où il est Question de perspectives à court terme.

1°) UNE NOUVELLE PHASE DE LA REVOLUTION COLONIALE

Les événements récents ont marqué une nouvelle phase de la révolution Coloniale, et ce dans un double sens. La révolution colonie s’est à La fois étendue géographiquement et approfondie socialement. La domination impérialiste sur tout le monde colonial a été ébranlée d’une facon décisive. Avec la fin du règne direct du colonialisme belge au Congo. l’épine dorsale de l'impérialisme a été brisée en

Afrique noire, et ce continent est maintenant progressivement entraîné dans le processus de la révolution coloniale. Avec les progrès rapides de la révolution cubaine, allant vers la suppression presque complète de la propriété privée capitaliste, une révolution dans un pays colonial a pour la première fois donné naissance à un Etat ouvrier en Amérique latine. Pour la première fois aussi depuis 1917, un Etat ouvrier « été érigé pur des ouvriers et des paysans dirigés pur des forces qui n'ont pas une origine ou une influence wppréciable staliniennes. Les résultats à long terme de ce tournant décisif seront énormes,

£’'ajoutant à l'influence grandissante de la R.P. chinoise parmi les masses des pays coloniaux et semi-coloniaux, aux possibilités anti-capitalistes accrues en Guinée, et à l'immense soulèvement révolutionnaire des masses algériennes, La. Distoire (cubaine ouvre une période dans laquelle la direction de la Révolution colo-mile tend à passer aux mains des forces proléturiennes et semi-prolétariennes. Les masses pourront comprendre de plus en plus clairement l'alternative devant laquelle elles sont placées : ou bien la direction des mouvements anti-impérialistes reste aux mains de la bourgeoisie ou de nationalistes petits bourgeois qui ne peuvent pas rompre avec le capitalisme, ce qui a pour résultat que les buts fondamentaux de la révolution coloniale ne sont pas réalisés ; ou bien la cassure décisive se fera, comme à Cuba, et des progrès historiques rapides deviennent possibles.

l'influence la plus forte de ces développements progressifs se fera sentir en Afrique, dans le monde arabe et en Amérique latine. Les liens plus étroits entre la révolution algérienne et ia R.P. chinoise, même s'ils sont conçus par certaines forces à l’intérieur du F.L.N. comme un simple moyen de chantage à l'égard de l’impérialisme américain, renforceront les tendances de gauche parmi les masses algériennes, et rendront plus difficile toute solution de compromis du type « bourguibiste » de la guerre algérienne, ce qui offrira de grandes possibilités d'étendre la révolution vers le Maroc et la Tunisie dans le cas d’une défaite politique de l'impérialisme français et de sa retraite militaire de l'Algérie ou de la plus grande partie du pays.

L'explosion violente des manifestations de masse dans les villes algériennes à partir du 11 décembre ; la victoire des abstentionnistes parmi les électeurs algériens au referendum-tricheur de De Gaulle ; le maintien d’un extraordinaire climat de combativité depuis lors dans les mechtas, sont des indices de la puissance des forces révolutionnaires que tout recul impérialiste en Algérie libèrerait. Tout cela réduit davantage encore la marge de manœuvre en vue d’un) hypothétique « compromis », et ne manque pas d’effrayer toutes les forces « modérées », et en réalité pro-bourgeoises, en Afrique du nord même, La poussée révolutionnaire des masses algériennes a constamment débordé les plans politiques de l'impérialisme français. Elle menace aujourd’hui de prendre à revers tout le dispositif militaire de l'alliance impérialiste en Méditerrannée.

l'incapacité de l'impérialisme mondial à rétablir son contrôle sur le Congo, et. la décomposition et le désarroi qui grandissent parmi ses alliés indigènes, pendant que s'étendent sur le pays le contrôle et l'influence des secteurs nationalistes, lumumbistes, appuyés par la Guinée, le Ghana, l'Egypte et autres directions africaines, agit de même comme stimulant pour démembrer la Fédération centrale, africaine et pour accélérer l'explosion de la poudrière sud-africaine. Ces influénces révolutionnaires, aussi bien celles venant du nord que celles venant du sud, rendent impossible toute stabilisation des Etats pseudo-indépendants de la Communauté franco-africaine, comme l'a déjà prouvé l'exemple du Mali, et au contraire constituent un stimulant objectif à la tendance à l'unification africaine.

En Amérique latine, l'influence immédiate de la révolution cubaine s’est faite sentir surtout dans la région des Caraïbes, spécialement au Venezuela où elle a stimulé un renouveau de la lutte des masses et une’ différenciation grandissante entre les partis de gauche « officiels > et: de nouvelles forces centristes ou centristes de gauche, s’identifiant avec la révolution cubaine. Partout en Amérique latine, Yinfluence de la révolution cubaine se combine avec les effets d’une situation objective insupportable (inflation, « austérité >» pour éliminer le déficit dans la balance des paiements, chômage, etc.) en alimentant des vagues de grèves, des soulèvements de paysans, une opposition croissante entre la petite bourgeoisie et ia bourgeoisie et une instabilité politique générale. Dans cette situation, la tendance des masses à trouver sa centralisation politique continue à s'exprimer et s’exprimera dans le rôle politique et l'embryon de double pouvoir de leurs organisations syndicales de masses dans plusieurs pays de l'Amérique latine, ou à travers la création ou l'éclatement de foyers de guérilla dans d’autres endroits du continent.

La guérilla tendra à être une forme de, lutte plus généralisée non seulement à cause de l'influence cubaine mais aussi du caractère fondamental de guerre paysanne que devra prendre la révolution dans la plupart des pays de l'Amérique latine. Des préoccupations concrètes et même des essais de ce genre se répandent déjà un peu partout, de l'Amérique Centrale à la Colombie, au Pérou et au Paraguay. Le guérilla exprimera de plus en plus le caractère plus général de le, guerre civile qui couve dans plusieurs pays latino-américains, et une des tâches de nos forces est de se préparer et de préparer l'avant-garde ouvrière et paysanne, du point de vue aussi bien théorique que pratique, pour la lutte de guérillas (doeu-mentation, étude des expériences, écoles spéciales de cadres, etc.).

Comparée à la situation en Afrique du Nord et Centrale et en Amérique latine, l'évolution récente en Asie est un peu moins favorable pour les tendances anticapitalistes et anti-impérialistes. Par suite de la politique catastrophique suivie par les partis staliniens locaux, politique qui ressemble parfois à une véritable trahison, d'excellentes possibilités révolutionnaires ont été ratées en Irak et em Indonésie, permettant ainsi à la bourgeoisie de marquer des points et de développer certaines tendances à une dictature militaire. En Corée du Sud et en Tur-auice, des forces capitalistes et pro-impérialistes ont réussi à canaliser pour l'instant le mécontentement grandissant des masses, qui s’est exprimé par le renversement des régimes haïs de Syngman Rhee et de Mendérès. Par dessus tout, le règne capitaliste en Inde reste momentanément encore relativement stable bien que. sous la surface, des forces immenses de mécontentement et de dislocation ne cessent de s’accumuler. Cependant, les événements récents du Laos ont montré que æs régimes pro-impérialistès ou capitalistes dans le Sud-Est asiatique restent souvent foncièrements instables. a

Il est probable que l'impérialisme, qui a été à peu près incapable de réagir d’une façon ou d’une autre à ce processus mondial de désintégration de son règne en 1960, réagira maintenant, en premier lieu dans des pays qu'il considère comme stratégiquement décisifs, de par leur position géographique, leur potentiel économique et leur. poids objectif. Cette réaction sera décrite plus loin. Elle prendra vraisemblablement une forme double

1° Une aïde financière très importante à la bourgeoisie des pays comme l'Inde, le Brésil, l'Iran, le Venezuela et peut-être l'Argentine, aide dont l'ampleur restera cependant de plus en plus en retard sur les besoins croissants d’investissements, nécessités par l'ampleur de la révolution, si l’on veut tant soit peu ralentir sa marche vers une direction prolétarienne.

2° Des mesures militaires afin d'empêcher l'extension de la révolution cubaine dans la région des Caraïbes et l'extension de la révolution algérienne dans le monde arabe.

Mais le point le plus faible en ce qui concerne la possibilité d'une réaction impérialiste est précisément l'Afrique du Nord où l'incapacité de De Gaulle d'arré-ter la guerre algérienne pourrait créer un nouveau Cuba, au seuil même de l’Europe. À cause de cela, la pression de l'impérialisme américain sur la V' République pour faire cesser la guerre d'Algérie — presque à n'importe quel prix, pour autant que la future République algérienne ne soit pas dès le départ un Etat ouvrier deviendra écrasante. :

D'autre, part, c’est l'ensemble des lourds coups reçus par l'impérialisme et Le nouveau brusque glissement du rapport des forces intervenu en faveur de la révolution mondiale, qui a empêché l'impérialisme d'intervenir militairement à Cuba. ,Beaucoup plus que la menace des fusées soviétiques — importante, certes, mais conditionné aux intérêts plus généraux de la bureaucratie soviétique -— ce qui à freiné la main agressive de l'impérialisme contre la révolution cubaine a sté la menace de la riposte révolutionnaire des masses latino-américaines.

2°) A LA VEILLE D'UNE NOUVELLE RECESSION DE L'ECONOMIE CAPITALISTE

Du point de vue économique, l'année 1960 apparait également comme une plaque tournante dans l’histoire du capitalisme d’après-guerre. Malgré tous les espoirs que le capitalisme américain avait placés dans la fonction « malthusienne » de la grande grève de l'acier, la fin de cette grève n’a pas apporté une relancæ de lactivité industrielle. Au contraire, l'économie américaine a plafonné depuis le début de l'année ; et depuis l'été, une tendance au recul est apparue.

La production d'acier a oscillé autour de 50 % de la capacité et de larges capacités productrices non employées sont apparues dans la plupart des secteurs de biens de consommation durables (autos, appareils électriques, etc.) En outre l'industrie de la construction a fortement réduit son activité et la Bourse a connu une chute grave. Comme le chômage n'est pratiquement jamais tombé en-dessous de 5 % de la force de travail, il est correct de constater que l’économie améri-Gaine glisse de la récession 1957-58 dans une nouvelle récession 1961 sans jamais avoir connu une vraie période de haute conjoncture.

Dans les pays capitalistes de l'Europe occidentale et au Japon, une évolution divergente est apparue. Presque tous ces pays ont réussi à échapper à la sérieuse récession en 1957-58, particulièrement la France, l'Italie, l'Allemagne occidentale et le Japon. Contrairement à ce qui s'est passé aux Etats-Unis, ils ont connu à différents degrés un vrai « boom » dans les années 1959-60. Aujourd’hui, la plupart d’entre eux souffrent toujours plutôt d’un phénomène classique de surex-pension (pénurie de main-d'œuvre, déficit de la balance des paiements, restrictions de crédits allant en augmentant pour éviter une inflation ouverte, etc.) que d'un début de récession.

Mais le début de la récession économique aux Etats-Unis a déjà commencé à influencer la situation économique du capitalisme européen, contrairement à ce qui s'était passé en 1957-58. L'exportation (particulièrement l'exportation d'autos) vers les Etats-Unis a fortement diminué, I4 en résulte que l’industrie automobile européenne est déjà touchée par la récession. La compétition américaine, y compris la compétition par la baisse des prix sur le marché mondial, s’est exäcer-bée.

Pour la première fois depuis 1945, l'impérialisme américain supprime toute forme d'aide financière au capitalisme européen, y compris ses contributions au réarmement local. Les exportations vers les pays coloniaux ou semi-coloniaux stagnent ou augmentent selon un rythme beaucoup plus lent que celui de l'essor de la production. Pour ces raisons, une partie de plus en plus grande de cette production doit être dirigée vers des échanges mutuels entre pays capitalistes, c'est-à-dire vers leurs marchés intérieurs. Ce n’est qu’une question de temps pour que cette expansion se heurte aux limites imposées par le capitalisme au pouvoir d'achat des masses, et qu’une nouvelle récession ne commence en Europe Occidentale.

Pris dans le dilemme de provoquer uu nouveau € boom » par des mesures essentiellement inflationnistes, d'augmenter ainsi la méfiance internationale envers le dollar et d'accentuer le déclin des réserves d’or américaines, ou de défendre le ddllar par des mesures essentiellement déflationnistes, et d’étrangler ainsi le boom dès son commencement, le gouvernement Eisenhower avait pratiquement choisi la deuxième solution, ce qui d’ailleurs ne lui a même pas permis d'empêcher un déficit croissant de la balance des paiements américaine. Sans aucun doute, le gouvernement Kennedy nouvellement élu va commencer à renverser cette politique. Il augmentera les dépenses publiques aussi bien pour les armements que dans le secteur civil (routes. écoles et programme sanitaire), et s'il diminuera ou supprimera l'aide financière à l’Europe et au Japon capitalistes, il augmentera fortement son aide financière à la bourgeoisie coloniale.

Ces mesures pourraient peut-être éviter! une récession plus grave que celle + 1957-58, ce qui constitue aujourd'hui une menace réelle pour le capitalisme durant toute l’année 1961. Elles ne pourront pas neutraliser toutes les forces travaillant dans la direction d’une récession avant une nouvelle reprise.

En même lemps, la combinaison de ces mesures financières et économiques, jointes à une compétition. accrue, rendront une récession possible dans la plupart des pays d'Europe occidentale, et tendront avant tout à limiter le nouveau « boom » après la récession 1961. Si on ne peut encore prédire avec certitude que les forces d'expansion à long terme se trouvent épuisées en Europe occidentale et au Japon, il est de toute façon certain que les limites de ces forces apparaissent maintenant clairement, surtout dans les secteurs de l'auto, des biens de consommation durables et de la construction.

Toute victoire totale de la révolution coloniale, qui enlèverait un pays important au marché mondial capitaliste (par exemple : une telle victoire en Afrique du Nord), donnerait un sérieux coup à l'équilibre instable qui maintient pour le moment une « prospérité » relative du capitalisme en Europe œcidentale et en Amérique, et augmenterait immédiatement les dangers d'une riposte militaire de l'impérialisme,

3°) PROGRES ECONOMIQUES, TECHNOLOGIQUES ET MILITAIRES CONTINUS DES ETATS OUVRIERS, MAIS NOUVELLES CONTRADICTIONS POUR LA BUREAUCRATIE

Pendant l’année 1960, les progrès économiques, technologiques et militaires des Etats ouvriers, spécialement de l'URSS. et de la R.P. de Chine, constituent un contraste frappant avea l’économie à peu près stagnante aux Etats-Unis, et la confusion, les échecs et les paralysies partielles qui ont semblé caractériser les réactions de l'impérialisme mondial sur les plans technologique, politique et militaire.

L'avance de l'Union soviétique en ce qui concerne la technique des fusées, les explorations de l’espace, et la technologie de l’automation, semble se maintenir ou même augmenter. Le taux de croissance élevé et constant de l’économie soviétique rend probable un léger dépassement des buts du plan septennal dans le domaine industriel, En même temps, la production agricole continue à fluctuer d’une manière extravagante, et particulièrement la production de céréales reste inférieure aux espoirs que Khrouchtchev avait placés dans l'exploitation des « terres vie ges ».

Après avoir ralenti le rythme de développement qui mena aux décevantes « rectifications des chiffres de production » en Chine, le taux d'expansion de l'économie chinoise reste étonnamment haut, même si l’accent est mis davantage sur l'agriculture, et si le niveau de vie des masses reste bas, avant tout étant, donné la pression immense de la croissance démographique.

La collaboration mutuelle et l'intégration entre les économies des différents Etats ouvriers européens augmentent aussi lentement, Guvrant des nouvelles sources d'expansion économique par une division internationale du travail plus rationnelle. Cette tendance se manifeste d’une façon empirique et se heurte à de gran-des réticences de la part de la bureaucratie soviétique et des diverses kureaucra-ties nationales. Mais sa force grandira progressivement, à cause de la pression immense des nécessités objectives.

Dans ces conditions, la direction Khrouchtchev Ge la bureaucratie soviétique s'en tient largement à sa ligne de conduite tracée au XX° Congrès et confirmée au XXI‘ Congrès : réformisme « khrouchtchévien » en politique intérieure ; « coexistence pacifique » et compétition économique avec le capitalisme sur le plan international. Cela signifie : concessions économiques «ux masses et élargissement de lu base de la dictature «uw sein même!xlé la bureuucratie en U.R.S.S. ; essai d’'arriver à un accord d'ensemble avec l'impérialisme, afin de « geler » les « sphères d’influence » du monde actuel tout en soutenant l'effort de la bourgeoisià coloniale de monnayer les aspirations révolutionnuires des masses, afin d'obtenir une plus grande partie du profit capitaliste mondic :

Sous cette politique de concessions de la bureaucratie couve en U.R.S.S. une crise sociale et politique. Les nécessités d'augmenter la production, notamment dans le secteur agricole, posent objectivement le problème d'une participation plus gran-de et d’un contrôle des masses sur l’économie. Le rôle de l’U.R.S.S. dans le monde, Fapparition de nouvelles générations dont la vie consciente n’a pas été marquée directement par le règne de Staline, le développement de la recherche scientifique et technique, exigent objectivement une direction de qualité nouvelle pour l'Etat ouvrier. Jusqu'à présent la bureaucratie s’est adaptée par des luttes et épurations dans ses propres rangs à ce changement. Mais le maintien du développement de YU.R.S.S. combiné avec une situation révolutionnaire dans le monde crée les conditions pour que cette situation pénètre et se reflète en U.R.S.S. même. I faudra encore un certain temps et de nouvelles augmentations du niveau de vie avant que les travailleurs ne posent d’une façon insistante et directe les problé-mes-clefs de la démocratisation de l’Etat et de l'économie, par-dessus tout le problème de leur participation à la gestion des usines.

Mais les problèmes de la crise sociale et politique en U.RS.S., comme dans les Etats ouvriers, tendent à s'exprimer sous forme empirique, déformée, fragmentaire, sur divers terrains (économie, art...) avant d'acquérir une expression complète et consciente sur le terrain politique. Tout le passé et le présent de l'URSS. crée les conditions pour que cela s'exprime rapidement à des niveaux relativement élevés. Les possibilités d'intervention de notre mouvement deviennent réelles et grandissent, non seulement en matière programmatigque mais organisationnellement, quoique de façon indirecte à une première étape. Da même que le cours de la révolution mondiale, le cours de la crise du stalinisme en U.R.S.S. acquiert un caractère objectivement « trotskyste », qui ouvre la voie à l'intervention du trotskysme,* comme programme et organisation, en vue d'une solution révolutionnaire.

Mais dans le domaine international, la politique de « cœxistence pacifique » après quelques succès initiaux, a mené à des déceptions et quelquefois même à des désastres. Malgré sa supériorité actuelle dans le domaïne des fusées, la bureaucratie soviétique n’a pas été capable d'obtenir une concession importante de l'impérialisme à travers les « négociations au sommet ». La faillite de la conférence de Paris au printemps 1960 n'était, entre autre, qu’un reflet tardif de ce fait fondamental. En même temps, la tentative de Khrouchtchev de contraindre les Partis communistes à une stratégie de soumission continue à la kFourgeoïsie coloniale a décapité les Partis communistes d'Egypte et d'Irak. a ébranié une très bonne situation révolutionnaire en Indonésie, a empêché un progrès possible des P-C. dans plusieurs pays d'Amérique latine, et a mené dans le Maghreb et à Cuba à des explosions révolutionnaires dans lesquelles les P.C. n’ont pu jouer aucun rôle important.

Cette situation intolérable a mené à divers développements. En premier lieu : des tendances opposées à cette ligne de suicide sont apparues dans différents partis communistes ou dans des fractions de ceux-ci (PC brésilien, etc.). En second lieu ; le P.C. chinois « commencé à cristalliser une opposition de gauc sur ufr plan inte ional à l'égard de lu ligne de « cæxistence pacifique », au bien en <0 qui concerne les relations «ar l'impérialisme mondial qu'en ce qui concerne les relations avec la bourgeoisie coloninle. Finalement, la bureaucratie soviétique a été forcée de revoir quelque peu sa propre ligne. Ses menaces d'intervention au Congo ct à Cuba, n'étaient pas exactement une traduction fidèle d'une politique de « coexistence pasifique », et la « Déclaration de Moscou » des 81 P.C. contient des critiques plus vives à l'égard de 1a bourgeoisie coloniale.

I1 est probable que ces trois tendances continueront à s'exnrimer dans un proche avenir, c'est-à-dire que le Kremlin s’en tiendra à la ligne de « coexistence pacifique », en la « gauchissant » un peu, afin de ne pas s'isoler complètement des forces avancées de la révolution coloniale. Il est aussi probable que cette ligne continuera à causer des dégâts à l'intérieur des P.C. de pays coloniaux ou semi-coloniaux où, à cause de cela, des tendances oppo onnelles se développeront. I est finalement protable que le P.C. chinois continuera à cristalliser sur un plan international ce malaise à l'égard de la « cœxistence pacifique » dans ies rangs communistes, et qu’il augmentera son influence dans la plupart des partis communistes et des tendances prolétariennes des pays coloniaux et semi-coloniaux.

En même temps, une fissure entre l'U.R.S.S. et la R.P. chinoise en tant qu'Etats est extrêmement improbable parce que leur alliance est une question vitale pour chacun d'eux en face des menaces impérialistes, et parce que la R.P. de Chine dépend encore fortement de l'aide soviétique. Le maintien de l'ullinnce sino-soviétique, loin d'en être un frein, agit d'ailleurs comme un facteur qui contribue à approfondir les discussions et conflits idéologiques, que la pression de lu réolu-tion colonin'e d'un côté et la réponse « coexistence pacifique >» de la part de la bureaucratie soviétique d'un autre côté, tendent à stimuler au seix du mouvement communiste international.

4 LES REACTIONS DE L'IMPERIALISME ET LE DANGER DE GUERRE ;

La quasi-paralysie que l'impérialisme a manifestée en 1960 alors qu'il a été confronté avec une grande détérioration des rapports de forces globaux à ses cépens, doit être expliquéu par des circonstances exceptionnelles, et non pas par un nouveau changement qualificatif dans la situation mondiale telle qu'elle résulte de la victoire de la révolution chinoise. Il serait en effet imprudent et irresponsable de conclure que les événements de 1960 ont prouvé que l'impérialisme a perdu les moyens et les ressources pour s'opposer à l'avance des forces anti-capitalistes à l'échelle mondiale.

LZepuis la victoire de la révolution chinoise, nous avons analysé correctement l'existence d'un danger de guerre pr lux combinaison dialectique de deux facteurs : la Gétérioration progressive des rapports de forces glokaux pour l'impérialisme ; la conservation de grandes ressources économiques et militaires de l’impérialisme mondial, en premier lieu de l'impérialisme américain, qui lui. permettent d'engager une lutte désespérée pour sa survie, en ripostant coup pour coup à chaque nouvelle avance de la révolution. Nous ne pourrions modifier cette conciu-sion qu’au moment où nous estimerions que l'impérialisme n'a plus assez de ressources ou de forces pour se défendre, c'est-à-dire lorsque nous estimerions qu'il capitulera sans résistance sérieuse devant les progrès de la révolution mondiale

Il n'existe pas de facteurs économiques, politiques, sociaux ou militaires d'importance qui justifient une hypothèse aussi optimiste, et il n’en existera pas, aussi longtemps que l'impérialisme conservera l'essentiel de son pouvoir aux Etats-Unis

L'absence de toute réaction coordonnée de l'impérialisme aux coups qu'il a reçus en 1960, doit être comprise comme le résultat d’une combinaison exceptionnelle de facteurs. Indubitablement, les deux éléments les plus importants qui expliquent cette paralysie temporaire sont la supériorité militaire acquise par l’Union Soviétique et le mürissement inattendu de la révolution colcniale dont la direction passe, du moins dans Certains pays, aux mains des forces qui ont rompu ou qui rompent avec l'impérialisme. Dans cet ensemble s'insèrent d’autres facteurs comme l'avance de l’U.R.S.S. dans le domaine des fusées ; la désorganisation politique créée par l’écroulement de la diplomatie d'Eisenhower et la campagne électorale aux Etats-Unis ; la confusion et le manque de direction centrale dans l'alliance impéri liste mondiale, comme résultat de l'ézroulement momentané de la direction amér caine d'un côté, et du changement des rapports de forces entre les puissances impérialistes d’un autre côté (voir les thèses sur les perspectives économiques) ; finalement, l'élément de surprise, c'est-à-dire le fait que l'impérialisme n'a pas prévu les développements à Cuba et au Congo, qu’il a été frappé par la brusque extension de la Révolution coloniale et par son alliance avec les Etats ouvriers.

Après le coup asséné à l'impérialisme américain par la guerre de Corée, la stratégie internationale de Wall Street a été dominée premièrement par l’idée de «refouler lé communisme» > après un effort vigoureux de réarmement, et plus tard par l’idée de « négo:ier à partir d'une position de force ».

Mais déjà avant la disparition de Foster Dulles, cette stratégie était arrivée à un point mort. Les rapports dés forces militaires se sont développées non pas en faveur mais aux dépens de l'impérialisme. Loin de refouler le communisme. l'impérialisme a été lui-même refoulé. La situation mondiale née de la nouvelle vague de la révolution coloniale et de l'avance des Etats ouvriers dans le domaine militaire a conduit à une réévaluation de la stratégie par le personnel politique dirigeant de la bourgeoisie américaine. Ceci devint apparent pendant le printemps et l’été de 1960, lorsqu'à la veille dela campagne électorale se développaient des idées similaires d’une nouvelle stratégie mondiale, aussi bien dans le camp des républicains que dans celui des démocrates.

Mais toute cetta période de transition à contribué à paralyser l'initiative politique ou militaire de la part de l'impérialisme américain, et dans beaucoup de cercles bourgeois, la résistance conservatrice à une parcille réestimation continue même aujourd’hui à être très forte. La petite marge de la victoire de Kennedy, après une campagne de Nixon dominée par le thème absurde : « Nous n'avons jamais été aussi forts qu'aujourd'hui », atteste cette résistance, comme l’atteste. par ailleurs, l'opposition entre le Pentazone et le State Departement.

Néanmoins, ii est probable que l'année 1961 marquera le début d'une réaction impérialiste plus nette contre le progrès continuel des forces anti-capitalistes dans le monde.

Bien que l'URSS. conserve son avance sur le terrain des fusées et des armes nucléaires, l'impérialisme par une augmentation de ses dépenses militaires et une concentration plus grande de ses forces sur le terrain des fusées et des sous-marins atomiques, tendra à accumuler une force de frappe renforcée qui lui p: mettra de maintenir ses possibilités de déclencher une guerre totale où une guerre limitée à ses débuts, et conservera un domaine de concurrence avec l’'U.R.SS. dans cet aspect en concentrant toutes ses forces pour que l'avantage soviétique ne devienne pas complètement définitif.

Le développement spectaculaire de la révolution coloniale, le commencement dans certains pays de son passage à l'étape socialiste, joint aux difficultés croissante de la concurrence capitaliste européenne, poussent l'impérialisme des Etats-Unis à rechércher une alliance plus:étroite avec la bourgeoisie coloniale et semi-coloniale, Celle-ci tend à combiner plus étroitement son chantage sur l'impérialisme en se rapprochant de lui en raison de ses perspectives de développement économique limitées. La pression américaine sur l'impérialisme d'Europe occidentale deviendra de plus en plus forte, aussi bien poux donner partout du soutien aux forces kour-gecises ou semi-bourgeoises locales que pour le faire participer d’une facon plus large à l'effort financier en faveur de la bourgeoisie coloniale et à l'effort financier de réarmement.

Sans doute, ce resserrement de l'alliance se réalisera au moment où le contrôle de la bourgeoisie sur le mouvement des masses coloniales diminue de façon plus marquée que par le passé, et où l'attraction des Etats ouvriers sur les masses et leur alliance de fait avec la révolution coloniale prend nettement le dessus sur le prestige déclinant de l'impérialisme sur les couches bourgeoises et petites bourgeoises de la population de ces pays.

Dans l’avenir immédiat, les ressources de rechange que les Etats ouvriers peuvent mettre à la disposition des pays coloniaux ou semi-coloniaux, bien qu'augmentant rapidement et s’avérant infiniment plus effectives, dans des conditions de parité, que « l’aide >» impérialiste, ne peuvent pas encore supprimer la force d'attraction de telle « aide >» sur la bourgeoisie coloniale, d'autant plus qu’elle apparaît étroitement liée aux besoins du maintien de sa domination sur les masses et du maintien de son régime politique et du régime capitaliste en général.

Bien que cette « aide » de l'impérialisme puisse contribuer à ralentir la détérioration de la situation économique, au moins, momentanément, dans certains pays, néanmoins, dans les contrées-clés de la révolution coloniale, les effets d'une telle aide sur le standard de vie et sur la mobilisation révolutionnaire des masses restera négligeable.

L/impérialisme a compris cela et a même tenté de faciliter le rajeunissement de la structure politique et économique de certains pays semi-coloniaux. Il a favorisé les coups d'Etats militaires au Pakistan, au Soudan et au Sud-Vietnam ; il a sû utiliser le soulèvement militaire en Turquie, ainsi que la révolution d’étudiants en Corée du Sud, qui voulaient transférer le pouvoir à des groupes natio« nalistes petits bourgeois, moins corrompus que les vieilles cliques gouvernantes, et plus capables de favoriser l’industrialisation.

Mais même si Washington surmonte les intérêts économiques particuliers de la bourgeoisie américaine, hostile à cette industrialisation (comme il l'a fait en Europe occidentale au moment du Plan Marshall), il ne peut détruire la structure féodo-capitaliste des pays coloniaux et semi-coloniaux, et son alliance avec la bourgeoisie coloniale ne réussirai pas à la longue à mettre fin à la révolution coloniale pour cette raison fondamentale.

Finalement, la troisième forme de la réaction impérialiste sera un renforcement de ses alliances militaires. Le déclin de l'Angleterre cemme puissance mondiale s’exprimera par une dépendance croissante de ce pays, en matièrn de défense, à l'égard de l'impérialisme américain d'un côté, et des forces de l'OT.A.N. de l'autre. L'apparition de l'O.T.A.N. en tant que puissance nucléaire « indépendante > mènera à une co-direction de l'alliance impérialiste entre l'impérialisme américain et l'Europe occidentale, dans laquelle la bourgeoisie allemande jouera un rôle

‘ grandissant.

L'intégration de ces trois réactions créera un nouveau tournant fort dang'e-reux dans la situation mondiale dans un avenir proche lorsaue l'impérialisme aura mis au point une force de frappe plus en rapport avec les derniers développements de l'URSS. dans ce domaine, et s’il renforce son alliance en Europe occidentale ainsi qu'avec certaines bourgeoïsies coloniales. A partir de maintenant jusqu'à ce moment dangereux, le danger de guerre reste imminent, non pas tellement parce que le Pentagone lancerait une contre-offensive de suicide, qu'à cause : 1° de la dispersion des bases nucléaires à travers le monde, ce qui augmente fortement le danger d'une guerre qui peut éclater par peur, affolement ou fausses alertes ; 2° de la tendance à réagir militairement contre tout progrès nouveau de révolution, spécialement en Amérique latine, tendance qui prendra de plus en plus le dessus. et qui peut se transformer en guerre contre-révolutionnaire généralisée, et guerre civile internationale.

5° REACTIONS DES MASSES DANS LES PAYS CAPITALISTES INDUSTRIALISES

Les développements en Europe occidentale depuis miai 1958"ont prouvé lux justesse de l'analyse du document sur les perspectives européennes qui « prédit que l'établissement d'un régime bonaprtiste en France serait, dans nn avenir immédiat, une exception et nomunc règle; et que;partout, li classe ouvrière et le mouvement our se défendraient contre l'offensive capitaliste sur le plan économique et politique

Les événements ont aussi confirmé : 1° que cette offensive continuera comme un phénomène mondial dans les pays capitalistes industrialisés en premier lieu sous la pression d'une concurrence croissante ; 2° que le degré de résistance des masses laborieuses dépend essentiellement du facteur subjectif, c'est-à-dire de la cohésion et la combativité relatives du mouvement ouvrier.

L'offensive capitaliste s’est exprimée entre autre par une législation anti-ouvrière, ou anti-grève, aux Etats-Unis, au Japon, en Allemagne occidentale et dans plusieurs petits pays d'Europe. Elle s’est exprimée dans l'essai d'établir un gouvernement de coalition avec des forces d’extrême-droite (monarchistes et néo-fascistes) en Italie, dans la préparation d’une législation anti-démocratique en Allemagne occidentale et au Japon, dans le premier essai d'établir un gouvernement extra-parlementaire en Belgique, et dans la réapparition des forces de droite ou d’extrême-droite en Autriche et au Japon.

Les attaques économiques contre le pouvoir d'achat des ouvriers s'étaient produites ou sont en préparation dans pr e tous les pays capitalistes, même si dans beaucoup de cas (la grande exception étant la France), elles étaient plus que neutralisées par la hausse des salaires réels par suite du « boom » économique.

De violentes réactions de la classe ouvrière contre cette offensive capitaliste, et contre la lente tendance à installer un « Etat fort » eurent liéu au Japon (manifestations d'étudiants, grèves des mineurs, etc), en Italie (chute du gouvernement Tambroni à la suite de puissantes démonstrations des masses ouvrières), en Angleterre (grève sauvage des marins, et pression de gauche à l’intérieur du Labour Party) et surtout en Belgique (mouvement vers la gauche dans le parti réformiste et dans les syndicats; grèves au début 1959 et fin 1960). Les succès électoraux des partis ouvriers (spécialement des partis de gauche), en Suède, en Finlande, au Danemark et partiellement, en Italie doivent être plarés dans le même contexte. En Hollande, un petit regain de combativité de la classe ouvrière (spécialement, comme résultat du « boom ») s’est exprimé dans une série de grèves.

Au Canada, la pression du chômase a poussé les Syndicats dans la voie d’un parti travailliste. En Allemagne de l'Ouest, paÿs qui apparaît pour le moment à côté de la France comme le secteur le plus faible dans le mouvement ouvrier occidental par suite des retournements cyniques et des trahisons de la direction réformiste, des centres de résistance subsistent parmi la jeunesse et les syndicats, et par dessus tout dans le syndicat des métallurgistes.

Finalement en France, l'incapacité du régime gaulliste de mettre fin à la guerre d'Algérie a permis un renouveau d'action militante surtout dans la jeu-ness?, aussi bien dans le secteur économique que dans la lutte contre la guerre d'Algérie elle-même.

Partout, la lutte contre le réarmement nucléaire et le réarmement tout court agit comme un stimulant puissant pour politiser la vague de combat contre l'offensive capitaliste, et a donné ou donne dans certains cas (par exemple, Japon et Angleterre) l'occasion de passer à la contre-attaque au cours de luttes.

Ya grande grève kelge de 1960-1961, qui s'explique notamment par un lent processus de maturation d'une large avant-garde au sein du mouvement ouvrier. a été déclenchée pour riposter à une première attaque contre le pouvoir d'achat des masses laborieuses. Par son ampleur et sa durée exceptionnelle, et les formes d'organisation et de lutte renouant avec les expériences les plus audacieuses du passé, elle a profondément ébranlé le pouvoir de la tourgeoisie, et elle s’est transformée en réalité en lutte pour la conquête de revendications transitoires, que seul le renversement du gouvernement réactionnaire et son remplacement par un, gon-vernement ouvrier, auraient pu arracher. Elle a montré les énormes réserves de combativité qui restent disponibles dans toute la classe ouvrière européenne et.l1 nécessité urgente, pour les forces marxistes révolutionnaires, de ccnquérir au sein du mouvement des masses, des positions et une influence telles qu’elles puissent disputer la direction aux réformistes et aux staliniens afin de sauver cette nouvelle vague qui s'annonce d'une nouvelle déception, sinon de nouvelles défaites.

Comme la révolution coloniale continue à se développer et à affaiklir l'impérialisme, l’obligeant à reculer devant les masses coloniales en même temps que les luttes de celles-ci stimulent les travailleurs des pays capitaistes contre la résistance des directions traitres et des méthodes réformistes ; comme la concurrence économique inter-impérialiste augmentera, et que ses résultats néfastes sur le standard de vie des ouvriers se manifesteront de plus en plus souvent ; comme des poches régionales de chômage se répandront dans de nombreux pays européens. aux Etats-Unis et au Canada; comme la résistance des employeurs à faire de nouvelles concessions aux ouvriers s’accroîtra, et comme dans plusieurs pays on mettra en pratique des plans pour stabiliser l'économie aux dépens du niveau de vie des ouvriers (d'après le modèle français), il est probable que les luttes de la classe ouvrière augmenteront en nombre et en étendue, et qu'elles favoriseront le renforcement des tendances de gauche, surtout celles s'appuyant sur les syndicats.

En Angleterre, la défiance ouverte envers les décisions de la conférence de Scarborough dont fait preuve la fraction de Gaiïtskell, travaillera dans le même sens. En Allemagne de l'Ouest, la déception électorale qui est due en 1961 pourrait être le point de départ d'une pression renouvelée de l'aile gauche dans le S.P:D. et dans les syndicats. En France, l'inévitable défaite de l'impérialisme en Algérie sera accompagnée d’une tentative de la part de de Gaulle de renforcer les traits bonapartistes de son régime.

Mais si, à partir de maintenant jusqu'au moment de la défaite impérialiste, l'action militante des masses augmente, une nouvelle crise sociale pourrait très bien coïncider avec l’affaiblissement de l'impérialisme après la victoire de la révolution algérienne. \

Les progrès du Parti travaillisté canadien, liés à l'influence de la révolution coloniale sur la population noire et portoricaine aux U.S.A. et à la force d'attraction exercée par la révolution cubaine permettront aux forces de gauche de ce pays de surmonter lentement leur extrême faiblesse des dernières années.

Mais ce serait une erreur de croire que cet équilibre instable, entre la lente pression vérs un « Etat fort » et les luttes défensives des ouvriers, peut-être maintenu pendant longtemps. La fin du plein emploi qui risque de se produire pres-que partout lors de la prochaine récession, ; la panique grandissante des forces capitalistes et petites bourgeoises devant la détérioration des rapports de forces dans le monde ; les risques de démoralisation de la classe ouvrière si des vagues répétées de luttes ne mènent pas à des changements politiques où à d'importants résultats matériels tangibles ; tout cela impose une limite de temps à la phase actuelle de transition, au moins en Europe occidentale et au Japon.

Le mouvement ouvrier doit montrer sa capacité de passer à l’cffensive et d'organiser la-lutte pour le pouvoir à travers une lutte pour des objectifs transitoires décisifs. Le müûrissement des conditions pour ces luttes dépend en grande mesure du développement de l’enracinement et de l'intervention dirigeante et organisatrice de la tendance marxiste révolutionnaire au moins dans des secteurs clés du mouvement de masses. La grève helge a démontré les énormes possibilités de la riposte offensive de la classe ouvrière, mais aussi que, si elle n'arrive pas à briser les limites qui lui sont imposées par la direction réformiste - même celle la plus à gauche — et à surmonter le stade de pression sur l'Etat capitaliste sans mettre ouvertement en question celui-ci, toute sa force ne pourra pas briser la barrière et faire échec aux mesures de fond de l'offensive capitaliste,

Au contraire, si le mouvement ouvrier n'arrive pas à élever ainsi les obiectifs de sa lutte dans cette période, les forces de droite, à leur tour, pourraient finalement enfoncer la barrière sous la pression de développements économiques ou politiques, ce qui renverserait l'équilibre gênant et entraînerait le grave risque d'une répétition du modèle français dans d’autres pays.

C'est la tâche des forces marxistes révolutionnaires de permettre, de par leur intervention audacieuse qui profite des développements objectifs et subjectifs maintenant considérablement plus favcrables à des luttes d'envergure de la classe ouvrière, au prolétariat européen de surmonter le frein des directions réformistes même de gauche et d'organiser la lutte avec des méthodes et des revendications transitoires qui conduiront vers ün mâûrissement des conditions pour poser la question du pouvoir.

6°) NOS TACHES a) La révolution coloniale à la pro:haine étape se trouvera au centre fondamental de l'activité de l'Internationale, et le secteur où peuvent être réalisés les progrès les plus pratiques et le développement de notre mouvement, tant par lés conditions existantes que par le développement de l'Internationale dans une série de pays coloniaux et semi-coloniaux. Dans la révolution coloniale se trouvent en expansion des forces immenses qui échappent aux possibilités de contréle des directions traditionnelles, staliniennes, réformistes, ou nationalistes bourgeoises ou petites bourgeoïses. Dans la nouvelle étape de la révolution coloniale, dans laquelle la lutte Poux une direction prolétarienne se pose comme une tache immédiate dans une série de pays, dans l'étape de sa transformation en révolution prolétarienne comme le montre Cuba, le rôle de IVe Internationale est énorme. Elle seule peut préparer et ouvrir le chemin à un développement harmonieux des forces qui pe “ rs pour une nouvelle direction de la révolution.

3 ans tous les pays, nos partis doivent agir comme les centres-qui i l'apparition et l’organisation de la nouvelle Anection: Se préparer et Ho. un le processus de direction de secteurs des masses. Si

S ti insérer, diriger et se préparer pour organiser et diriger des mobilisations de masse, à travers leurs organisations actuelles et dans des formes qu'elles tendent à prendre dans ces pays (guerillas, etc...)

Nos partis doivent donner le programme pour un développement prolétarien de la révolution, les mots d'ordre de transition, les taches, mais en même temps agir comme les organisateurs de ce développement dans des secteurs limités au début.

A une période prochaine existera pour l’Internationale la possibilité effective de diriger ou de former une partie de la direction de la révolution dans quelque: pays où se développe la révolution coloniale, particulièrement en Amérique latine. Il est nécessaire d'agir pour conquérir la direction d'au moins quelques secteurs-clefs du mouvement ou des organisations de masse, d’où il peut faire sentir son poids organisationnellement dans l’action, sur l’ensemble du mouvement des masses dans un pays, et en même temps pour démontrer devant leurs yeux dans l’action notre programme.

Au travers dela révolution coloniale apparaît l’occasion la plus immédiate pour l'Internationale de se développer et da peser effectivement, pas seulement du point de vue des idées et du programme, surl’ensemble de la révolution mondiale, dans le processus pour faire müûrir les conditions de la naissance d’une nouvelle direction révolutionnaire à l'échelle mondiale, dans le cours de la crise du stalinisme, dans le développement des Etats ouvriers, etc. Le travail de l'Internatic-nale doit se concentrer dans une forme spéciale sur cette énorme perspective.

Dans cette tâche, aussi nous devons nous orienter dans l'esprit le plus fraternel vers les nouvelles forces révolutionnaires, indépendantes des partis traditionnels, qui apparaissent à la tête de soulèvements révolutionnaires de masse (Algérie, Cuba, Japon, Venezuela, Afrique du Sud et Afrique Noire en général, etc.): Sans taire nos réserves ou nos critiques politiques envers leur façon d'aborder, en général, la révolution, nous devons le faire, comme toujours, après avoir démontré notre droit à la critique par une participation et un soutien vigoureux de ces soulèvements. Les cadres moyens et inférieurs de ces mouvements considèrent tous les problèmes de stratégie ou de tactique avec un esprit ouvert, sans préjugés staliniens ou centristes. Cela crée des opportunités immenses pour notre pénétration dans le programme et dans l'action. Les taches plus particulières du mouvement dans les différents secteurs de la, révolution coloniale sont décrites dans les thèses sur la révolution coloniale.

L’Internationale doit aussi continuer à mobiliser ses forces et à appeier k: mouvement ouvrier mondial à la défense de la révolution coloniale, aujourd’hui surtout des révolutions algérienne et cubaine, Démain de nouveaux foyers apparaîi-tront. L’Internationale doit continuer d’intensifier et de coordonner à l'échelle mondiale le travail important d'aide à la révolution algérienne qui est déjà développé. Elle doit donner une importance extrême à la défense et à l’aide, sous toutes les formes, à la révolution cubaine, en continuant à développer à l’échelle mondiale le travail déjà entamé d'organisation ou d'intégration de comités de défense, en appelant ou en organisant la constitution de brigades de travail, de milices, de délégations ouvrières, de mobilisations ouvrières, estudiantines en défense de la révolution. etc. ; mobiliser les ouvriers des pays impérialistes contre une intervention impérialiste; lutter dans tous les pays coloniaux et semi-coloniaux pour une direction qui utilise les conditions favorables présentes afin d’asséner des coups mortels à l’impérialime et au capitalisme.

b) Le danger d'une guerre nucléaire mondiale, qui menacerait non seulement la civilisation mais l’existence même de l'humanité, est et reste, réelle, aussi longtemps que l'impérialisme a des armes de destruction à sa disposition. Lutter contre ce danger par des moyens de propagande pour des « négociations de désarmement », des pétitions ou la compétition purement économique, c’est-à-dire rester d'un point de vue général dans le cadre de la cœxistence pacifique représente une utopie réactionnaire, La seule lutte efficace contre les dangers d'une guerre nucléui-re mondiale, c'est la lutte pour le renversement de l'impérialisme et du: capitaliste, partout où les conditions rendent un tel renversement possible, c'est la lutte pour désarmer l'impérialisme (désarmement unilatéral avant tout discernement nucléaire unilatéral) dans tous les autres Pays capitalistes. Nous devons être à-l’avant-garde de cette lutte, devenir ses organisateurs et ses coordinateurs-à une échelle nationale, et essayer de la réunir au mouvement général de la classe ouvrière pour le socialisme, pour le renversement du capitalisme.

c) Aux Etats-Unis, la tâche principale des marxistes révolutionnairés est plus que jamais le développement de la conscience politique de la classe ouvriète La défense des positions des syndicats, qui sont aujourd'hui de plus en plus menacées : la défense\de la révolution cubaine et coloniale; la lutte contre la ségrégation raciale ; la propagation de l'exemple canadien, et l'action politique indépendante, sont les armes principales pour le développement d'un parti ouvrier basé sur les syndicuts.

d) Dans les Etats ouvriers, et spécialement dans ceux de l'Europe orientale aussi bien qu'en Union Soviétique, le premier noyau reconstitué de nos forces doit élaborer un programme de revendications transitoires, qui permettra la formation d’une nouvelle avant-garde de la classe ouvrière, dans le climat actuel d'illusions réformistes d’une part,/mais de liberté croissante de pensée, de nen conformisme et d’accroissement. des pressions des masses d'autre part.

Dans le conflit sino-soviétique, nous donnons notre soutien critique au P.C. chinois, et nous essayons de promouvoir une discussion internationale au sein du mouvement communiste autour de tous les problèmes posés dans cette lutte.

€) En Europe occidentale, la tâche générale reste celle exposée dans le document sur les perpectives europénnes : essentiellement le développement d'ailes gauche puissantes, construites par l'entremise de l’entrisme au sein des crganisations, de masse du mouvement ouvrier, qui sont capables de jouer un rôle de point de raliement et de centralisateurs pour les nombreuses initiatives de gauche de l’avant-garde ou des masses, et qui donnent à ces initiatives une perspective politique centrale et un programme d'action immédiat, basé sur des revendications transitoires spécifiques pour chaque pays. Une attention spéciale doit être consacrée à la situation en Angleterre, où actuellement se développe la tendance de gauche la plus puissante en Europe occidentale, dans des conditions extrêmement favorables pour, une intervention décisive des marxistes révolutionnaires. Un grand effort reste à faire pour l'établissement de liens et d'organisations en Espagne et au Portugal, où des forces se rassemblent qui préparent une résurrection du mouvement ouvrier.

L'exemple des grèves belges de 1960-61 met à l'ordre du jour une action plus résolue en faveur d'un Front Unique Ouvrier en Europe, d’un cartel regroupant toutes les forces syndicales en vue d'actions communes (notamment pour généraliser la semaine des 40 heures) mais aussi en vue d'affirmer une solidarité agissante en cas de lutte avancée dans un seul pays, en vue d'organiser de véritables grèves internationales de solidarité.

En yénéral, nous apparaissons dans tous les pays comme la force qui, de lu façon la plus cluire et lu plus consciente, Coprime les immenses possibilités révolutionnaires de notre époque. Dans une étape où les différents secteurs du mouvement révolutionnaire et de la révolution mondiale voient mûrir sous une forme très concrète les conditions pour la naissance d’une nouvelle direction révolutionnaire, et où surgissent de toute part des forces pour cette nouvelle direction révolutionnaire qui échappent au contrôle de toutes les organisations traditionnelles de la classe ouvrière, l’Internationale apparaît comme le centre qui, par son programme et son intervention dans le processus révolutionnaire mondial, impulse plus consciemment la naissance et l'organisation de cette direction future.

Nous sommes entrés dans une nouvelle phase d'expansion de la révolution mondiale. L’Internationale doit jouer le rêle de force marxiste révolutionnaire consciente, dynamique, active, qui, à partir d’une série de positions-clefs conquises ou en voie de conquête ,par sa compréhension du processus révolutionnaire, agit pour orienter la maturation et la naissance de la nouvelle direction. Ainsi l’Internationale s’assoiera plus solidement notamment dans quelques secteurs qui se montrent, dans cette étape, comme les plus essentiels, les plus accessibles, reflétant le plus dire:tement le caractère « trotskyste » de notre époque : Amérique latine, Afrique, Asie, la révolution coloniale en général, et les Etats ouvriers.

En même temps elle agira comme la force capable d’impulser et d'exploiter à fond, par ses positions dans les grandes organisations de masse, les larges pos-sitilités révolutionnaires renouvelées qui s'ouvrent dans les pays capitalistes avancés, de façon à impulser la fusion de tout le mouvement révolutionnaire mondial à un niveau plus élevé, et de fusionner pleinement ces possibilités dans les pays capitalistes avancés avec le développement des masses coloniales et des Etats ouvriers.

C'est dans cette tâche que l’Internationale construira ses cadres, ses organisa tions et cadres bolchéviks capables de jouer leur rôle à la direction du mouvement des masses et qui continue d'être l'arme indispensable pour la victoire mondiale du socialisme.

Source : Quatrième Internationale, mars 1961 · scan (Radar, 16-014-00092).

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