Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La radicalisation de la jeunesse dans le monde et les tâches de la IVe Internationale

juillet 1969 · Secrétariat unifié · Le IXe Congrès mondial et après (1969-1974) · 10 434 mots

In English: Intercontinental Press, vol. 7 no. 26, 14 Jul 1969 (PDF p. 60) (inventory #98; IP0726.pdf); also International Socialist Review vol. 30 no. 3, May-June 1969 (local: leninist-epubs/pilot-intros/etol-isr/articles/30_3_9thWC_usfi01.txt) (texte anglais publié, pas encore en ligne ici).

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La résolution du 9° Congrès Mondial de la IV° Internationale que nous avons publiée dans le N° 37 de cette revue-(page 89) a ouvert la discussion sur le travail dans la ‘jeunesse ouvrière et étudiante avec, pour contribution initiale, le document ci-après. Nous publierons d’autres contributions ultérieurement.

Une nouvelle génération de jeunes révolutionnaires est apparue sur la scène mondiale et y exerce une fonction politique toujours plus importante. Dans la dernière décennie, un mouvement, partant d'indications symptomatiques d’un esprit de rébellion contre un certain nombre d'institutions pourries, s’est développé en une puissante révolte de la jeunesse sur une échelle globale,

Le groupe social qui a été le plus affecté jusqu’à présent par ce processus de radica-Jisation est constitué par les étudiants qui, en raison de leur poids social grandissant et de leur sensibilité à la politique mondiale, ont pris une importance de plus en plus grande. Les jeunes étudiants ne reflètent pas de façon directe les intérêts de la classe à laquelle ils appartiennent ou appartiendront, mais reflètent en premier lieu les contradictions et les luttes de classe de la société dans son ensemble. La radicalisation des étudiants reflète et annonce les crises présentes du système capitaliste mondial — d’où ses caractéristiques de force et de faiblesse.

La puissante radicalisation des étudiants a montré sa capacité de servir de courroie de transmission accélérant le développement d’une conscience politique radicalisée parmi d’autres couches sociales de la même génération. Dans quelques pays, elle a déclenché une action de masse de la classe ouvrière dans son ensemble. s

La combativité grandissante et l’élan révolutionnaire de cette nouvelle génération se sont manifestés, à plusieurs reprises, dans chacun des trois secteurs fondamentaux de la révolution mondiale. En Tchécoslovaquie, le mouvement des étudiants a joué un rôle central en commençant la lutte pour la démocratie socialiste pendant le printemps et l'été de 1968.

Au Pakistan, les étudiants ont déclenché une crise sociale d’ampleur révolutionnaire qui provoqua la chute du régime d’Ayub Khan, Au Mexique, dans l'été et l’automne de 1968, les manifestations de masse des étudiants pour des revendications démocratiques fondamentales ont amené une réponse favorable des masses de Mexico et précipité une crise politique du régime de Diaz Ordas. .

En France, en mai 1968, la révolte des étudiants servit de catalyseur à la plus grande grève générale de l’histoire et précipita une situation révolutionnaire. Les événements de mai-juin en France ont fourni une démonstration vivante du fait que même les centres principaux du monde capitaliste ne peuvent éviter les effets dynamiques de la radicalisation des étudiants. Ces leçons n’ont pas été perdues pour la classe capitaliste internationalement dominante.

Tandis que la bourgeoisie et ceux qui leur font écho dans des cercles ouvriers dénigrent la chose en la traitant de « conflit des générations », de «fossé des générations> et même de « parricide symbolique », les questions posées par la révolte de la jeunesse ne sont pas en premier lieu, des questions de générations. Elles reflètent clairement les principaux conflits de classe de notre époque. La signification essentielle de cette radicalisation sans précédent de la jeunesse est l'émergence de nouvelles forces prêtes, désireuses et capables d’entrer dans l’arène de la lutte de classe aux côtés des peuples coloniaux et de la classe ouvrière et de mener la lutte contre l’impérialisme mondial et ses complices qui, de façon mensongère, prétendent parler au nom de la classe ouvrière et de ses alliés.

Cette nouvelle vague de radicalisation débuta au cours des dernières années 1950, en réponse au soulèvement de la révolution coloniale, à la nouvelle montée des luttes des Afro-américains aux Etats-Unis, et en réaction à la révélation des crimes de Staline par Khrouchtchev et à la liquidation par Moscou du soulèvement hongrois de 1956. Elle fut entretenue ensuite par la révolution algérienne et reçut une impulsion décisive de la part de la victoire révolutionnaire à Cuba. Elle atteignit une phase supérieure quand l'impérialisme américain s’engagea dans l'escalade de la guerre au Vietnam, faisant du Vietnam le point focal de la lutte de classe internationale ; des millions de jeunes dans le monde entier prirent la défense de la révolution vietnamienne.

La radicalisation de la jeunesse est d’une importance cruciale pour la Quatrième Internationale et ses organisations sympathisantes. Elle lance un défi majeur à la totalité du mouvement trotskyste mondial : comment lui apporter une direction et gagner la fine fleur de la nouvelle génération à la bannière de la Quatrième Internationale. Reconnaître et assumer cette tâche est le point central du travail et de l'orientation de l'Internationale dans la prochaine période.

Les racines et les traits communs de la radicalisation dans le monde

Le caractère politique de la radicalisation de la nouvelle génération trouve sa racine dans la crise de l'impérialisme d’une part, et dans les crises corrélatives du stalinisme et de la social-démocratie — les tendances principales historiquement faillies du mouvement ouvrier — d'autre part. La nouvelle génération réalise sa prise de conscience politique pendant la période la plus intense de convulsion sociale de cé siècle. Elle a vu au Vietnam une guerre impérialiste moderne dans toute sa brutalité. En quelques brèves années, elle a été témoin de grands soulèvements révolutionnaires et de bains de sang contre-révolutionnaires. L'histoire courante est faite d’une succession de soulèvements, dont pas même les Etats-Unis sont exempts, comme en ont témoigné les soulèvements des ghettos et la révolte des campus.

Les contradictions économiques de l’impérialisme sont les sources sous-jacentes des explosions sociales de notre époque. Alors même qu’il s’est produit une expansion prodigieuse des capacités productives des pays capitalistes avancés dans les dernières deux décennies, le fossé entre les nations riches et les nations pauvres s’est constamment aggravé. Les succès des révolutions en Chine, à Cuba, et au Nord-Vietnam, parallèlement à la destruction du capitalisme en Europe orientale et en Corée du Nord, ont enlevé de vastes étendues à l’exploitation directe de l'impérialisme. L’instabilité politique et la menace de révolution dans un pays colonial après l’autre ont limité les investissements capitalistes dans ces secteurs. Au même moment, la concurrence entre les principales puissances industrielles pour s'assurer une plus grande place sur le marché mondial s'est régulièrement intensifiée. ;

Ces contradictions économiques s’entrelacent avec la nécessité pour l'impérialisme d'arrêter tout développement nouveau de la révolution mondiale. Les efforts des impérialistes pour maintenir leur exploitation et leur oppression, pour écraser les mouvements révolutionnaires ont fourni le premier facteur de radicalisation de la jeunesse tant dans les pays capitalistes avancés que dans les pays coloniaux.

Alors que l'exemple donné par/la jeunesse révoltée contre le capitalisme a affecté Ja jeunesse des Etats ouvriers, la dissidence dans ces régions a été engendrée en premier lieu par les efforts de la caste bureaucratique pour maintenir ses privilèges et son règne totalitaire.

La crise continue du stalinisme, dans le monde a été un facteur puissant pour la radicalisation de la jeunesse à la fois dans le bloc soviétique et dans les pays capitalistes. Le prestige et l'autorité du Kremlin ont considérablement diminué depuis 1956. Le conflit sino-soviétique, la révolution cubaine, la guerre du Vietnam, et finalement l'invasion de la Tchécoslovaquie ont tous contribué à la désintégration du monolithisme stalinien. Les implications contre-révolutionnaires de la doctrine de «coexistence pacifique» et des «voies parlementaires» au socialisme, les distorsions grotesques créées par l’absence de démocratie ouvrière et les abus commis par une caste bureaucratique privilégiée, sont devenus de plus en plus évidents à un nombre grandissant de jeunes radicalisés.

La social-démocratie est également disqualifiée aux yeux de la nouvelle génération radicalisée. Les sociaux-démocrates sont devenus à tel point les gardiens du système capitaliste qu’ils n’exercent plus aucun attrait sur la jeunesse. Leurs organisations de jeunesse, à de rares exceptions près, sont, comme les organisations de jeunesse des partis communistes, des coquilles vides avec peu de membres actifs ou peu de sympathisants.

La nouvelle génération est venue à la politique sous l’impulsion de victoires successives. Les révolutions chinoise, algérienne, cubaine et vietnamienne, puis le mouvement montant de libération afro-américain, ont été des points de ralliement-clés, des sources d'inspiration et d’émulation. La nouvelle génération a assisté à des défaites, dont certaines amères et tragiques, comme en Indonésie. Mais elle n’a pas subi l'expérience paralysante de catastrophes terribles et prolongées telles que la montée du stalinisme et du fascisme avant la seconde guerre mondiale puis la trahison des directions communistes en Europe occidentale après cette guerre. La grande majorité de cette génération était trop jeune pour avoir même une expérience directe des premières années de la guerre froide. Beaucoup se souviennent de la victoire de la révolution cubaine comme leur initiation à la vie politique.

La jeunesse dissidente dans les Etats ouvriers a grandi pendant l'érosion de la puissance et de l'influence du stalinisme et est obligée d'affronter tous les problèmes soulevés dans la lutte anti-bureaucratique.

Alors que l'engrenage des crises de l'impérialisme et le dépassement historique des directions de la classe ouvrière ont fourni les bases politiques du développement de la radicalisation étudiante, ils ne suffisent pas à expliquer le poids social des mouvements étudiants actuels. Dans le passé, les étudiants se sont souvent engagés dans des actions sans causer beaucoup de problèmes aux dirigeants: capitalistes ou aux régimes bureaucratiques du bloc soviétique.

L’accroissement du poids social et l’impact politique du mouvement étudiant proviennent des changements qui ont eu lieu dans le domaine de léducation à la: suite des progrès scientifiques, technologiques et industriels provoqués par la «troisième révolution industrielle ». Ces développements nécessitent un personnel plus éduqué et plus techniquement qualifié qui soit capable d’inventer, de développer, et d'utiliser les moyens de production et de destruction les plus complexes, les plus modernes.

- Ces conditions économiques requièrent un plus grand nombre d'individus mieux formés non seulement parmi les administrateurs et les super-intendants du processus dé production mais aussi dans la force de travail, à tous les échelons de l’industrie et du commerce. Un degré d’éducation et de culture plus élevé découle d’un plus haut degré de productivité et d’une plus grande «utilisation du capital». L’élévation constante des normes de qualification dans tous les domaines a considérablement transformé le caractère et la structure de l’enseignement supérieur, particulièrement dans les pays les plus avancés au cours des vingt dernières années.

Elle a aussi eu pour résultat une prolétarisation croissante des travailleurs à col blanc au fur et à mesure que le travail intellectuel est introduit dans le processus de production sur une échelle de plus en plus grande et que le poids relatif du travail manuel non qualifié se trouve réduit dans le processus de production.

À l'échelle mondiale, et dans la plupart des pays, les facilités d’entrée dans l’enseignement supérieur et les dimensions du corps étudiant subissent une expansion explosive. Selon les derniers chiffres de l'UNESCO, entre 1950 et 1963-64, le nombre des étudiants dans les collèges et les universités du monde entier a plus que doublé. En France, il a été multiplié par 3,3 ;: en Allemagne occidentale par 2,8 : aux Etats-Unis par 2,2; en Italie par 1,3; en Chine par 6; en Tchécoslovaquie par 3,2; en URSS. par 3 ; en Allemagne orientale par 2,8: en Turquie par 3,7; en Colombie par 3,5; en Inde par 2.2. Le chiffre des lycées s’est accru encore plus durant les quinze dernières années.

Cette poussée lumultueuse a créé plus de problèmes qu’elle n’en a résolus. D’une part le système d'éducation n’a pas été refaçonné assez rapidement ou assez complètement pour satisfaire les besoins de la classe dirigeante dans les pays capitalistes et ceux des experts chargés de veiller sur ses intérêts. D’autre part, les tâches imposées à l’université en transition vers ses nouvelles fonctions, ont provoqué une grande insatisfaétion au sein. des étudiants et dans certaines parties des facultés. Le sentiment d’aliénation que les étudiants ressentent par suite de la forme capitaliste de l’université, de la structure et de la fonction bourgeoise de l'éducation supérieure, et de son administration autoritaire, est devenu de plus en plus répandu. Cette insatisfaction a entraîné des heurts et des affrontements aigus avec, à la fois, les administrateurs académiques et les autorités situées au-dessus d’eux. L'université a été conséquemment plongée dans un état de crise sévère et permanente qui ne peut pas être maîtrisée en dehors d’une transformation révolutionnaire de l’ordre social,

Etant donné le renouvellement rapide des «générations» des facultés, ces heurts touchent couche après couche les étudiants durant un temps relativement court, Ils trouvent que l’université n’est souvent pas assez équipée pour leur apporter les connaissances nécessaires pour trouver un emploi ou qu’elle insiste dans le but de les conformer aux besoins les plus grossiers du grand capital ou du régime bureaucratique. Dans aucun cas, l’université n’est destinée à communiquer les vérités les plus élémentaires sur la société actuelle. Complice des autorités établies, elle essaie de dissimuler ou de déformer ces vérités et même d’insister sur les falsifications. Les exigences pressantes des étudiants pour la liberté de recherche et d’action politique ainsi que de contrôle sur les universités auxquelles ils appartiennent, débouchent sur les confrontations désormais habituelles avec les fonctionnaires des universités et la classe dirigeante ou la caste bureaucratique qui se tient derrière eux.

Tandis que les questions spécifiques, intérieures ou extérieures aux campus, qui poussent ou rallient les étudiants à l’action, diffèrent considérablement d’un pays à l’autre, et même d’une université à l’autre, leurs mouvements sont remarquablement semblables dans leurs modèles. Les étudiants en rébellion se rangent contre les pouvoirs en place et les affrontent dans une lutte radicale.

Ainsi, l’occupation de l’université de Belgrade en juin 1968 a provoqué une crise politique nationale en Yougoslavie, comme le firent les manifestations des étudiants français un mois plus tôt. Les manifestations étudiantes en Allemagne occidentale, au Japon, au Pakistan, en Egypte, et en Californie ont eu de puissantes répercussions politiques.

Dans les deux dernières décennies, à mesure que leur nombre augmentait, les étudiants ont connu des transformations frappantes dans leur caractère et de différentes manières importantes.

(1) — Le temps passé comme étudiant s’est allongé dans des proportions appréciables. Des millions de jeunes adultes passent maintenant leurs années les plus productives et les plus actives dans le cadre de l’université. Beaucoup de gênes familiales ont été dépassées, et les étudiants ne sont pas encore dans l'obligation de trouver du travail pour gagner leur vie. Ils disposent de plus d'informations que la masse des citoyens et de plus de temps pour en discuter les implications.

(2) — Ils sont concentrés dans des institutions ou des aires d'enseignement dans une proportion qui n’est dépassée que par les complexes industriels les plus gigantesques. L’écrasante majorité de ces institutions d'éducation dans le monde est située dans les principaux centres industriels urbains où la classe ouvrière est concentrée et où se produiront les batailles décisives pour le pouvoir.

(3) — Alors que la composition du corps étudiant dans les pays capitalistes est encore à majorité originaire des classes moyennes, il s’est produit un apport certain d’origine ouvrière (un grand nombre aux Etats-Unis).

(4) — Les différenciations et les stratifications sociales au sein du corps étudiant ne sont pas aussi nettement marquées qu'elles l’étaient vingt ou trente années auparavant. Un diplôme de faculté ne signifie plus automatiquement que son détenteur devient un fonctionnaire du gouvernement, un petit homme d'affaire, ou un membre des professions libérales. Dans le cadre de la technologie avancée d’aujourd’hui, un diplômé de faculté deviendra plus vraisemblablement un technicien bien payé ou un ouvrier qualifié dans l'appareil de production. Il n’a rien d’autre à vendre que sa force de travail plus qualifiée et n’a aucune perspective d’échapper à la condition fondamentale d’un salarié. Ces circonstances tendent à le lier plus. étroitement à la classe ouvrière industrielle. Les positions des étudiants dans les universités sont de plus en plus influencées par cette situation de telle manière qu’un nombre grandissant d’entre eux tend à s'identifier avec la place qui les attend après les diplômes plutôt qu'avec l’origine de leur famille.

(5) — Les propriétaires et les organisateurs .de l’économie sont beaucoup plus dépendants dans la marche de leurs entreprises du personnel qualifié provenant des institutions d’enseignement supérieur et par conséquent beaucoup plus concernés par sa mentalité, ses attitudes et ses orientations politiques.

(6) — Les étudiants ont des liens plus forts avec le reste de leur génération dans les lycées, dans les usines et dans les armées de conscription qu'auparavant, donnant à leur radicalisation ‘un caractère plus sérieux pour les dirigeants. La jeunesse, indépendamment de sa classe, est soumise plus ou moins aux mêmes restrictions imposées par les normes de la société bourgeoise patriarcale, normes qui en général prévalent même dans les pays où ont été abolis les rapports de propriété capitalistes. Elle est sujette aux mêmes lois discriminatoires telles que celles qui traitent des droits politiques, de la conscription militaire, des restrictions sociales. Ces facteurs aident à cimenter les liens entre diverses couches sociales de la même génération.

Toutes ces conditions donnent aux étudiants une importance politique et sociale impressionnante. Les conceptions et les actions de cette couche sociale ont un impact important sur la vie de la nation.

Les traits nouveaux de la vie universitaire sont plus évidents dans les puissances “hautement industrialisées telles que les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, et l’Union soviétique. Mais tous les pays qui se concurrencent sur le marché mondial ou dans l'arène militaire sont sujets à leur présence et à leurs pressions à un degré ou un autre.

L'allure de la radicalisation des étudiants, les manières selon lesquelles celle-ci s'exprime au travers de différents problèmes, la profondeur de son impact varient considérablement dans les pays capitalistes, les Etats ouvriers et les pays coloniaux. Néanmoins, l’intensité et l’impact des manifestations étudiantes à Paris et à Tokyo, au Mexique et au Brésil, en Egypte et au Pakistan, en Pologne et en Tchécoslovaquie, témoignent de l’universalité du phénomène. Le réseau de communications mondiales quasi instantanées, et la multiplication des voyages internationaux jouent un grand rôle dans cette universalisation continue. Les étudiants en révolte dans une région copient rapidement les méthodes, reprennent les mots d’ordre, et étudient les leçons politiques de la lutte des des étudiants dans d’autres régions. L’admiration générale pour des héros comme Che Guevara et l'inspiration commune tirée de la révolution vietnamienne sont des indices d'un degré d’homogénéité surprenant au sein de l'avant-garde étudiante dans le monde. Elle parle un langage commun.

L’interdépendance internationale des idées et des expériences politiques est la clé pour comprendre la radicalisation présente des étudiants comme un phénomène mondial, malgré les variations déterminées par les particularités nationales. Etant donné les divers facteurs politiques et sociaux esquissés ci-dessus et le caractère explosif de notre époque, la radicalisation présente des étudiants n’est pas simplement un phénomène conjoncturel mais un phénomène permanent qui sera désormais une préoccupation constante du mouvement révolutionnaire.

Il idéologie et politique des étudiants radicalisés

Les étudiants radicalisés présentent un large spectre de tendances idéologiques et de positions politiques. Ils dédaignent pour la plupart le stalinisme de l’école de Moscou et le réformisme de la social-démocratie.

Le rôle traître de collaboration de classe des staliniens et des sociaux-démocrates est responsable du fait que les étudiants radicalisés, lorsqu'ils acquièrent une compréhension politique, n’ont pas de partis ouvriers de masse vers lesquels ils pourraient se tourner pour apprendre les traditions et les règles politiques et organisationnelles du mouvement révolutionnaire. La nouvelle génération radicalisée commence par rejeter le stalinisme et la social-démocratie et par les dépasser dans l’action. Ce faisant, elle en vient habituellement à se voir au début non pas tant comme un courant idéologique de rechange clairement défini que comme une avant-garde politique différente unie dans l’action autour de questions particulières,

Dans leur recherche d’une nouvelle base idéologique, les étudiants en ‘révolte ont ressuscité quelques-unes des notions primitives qui ont été expérimentées et trouvées insuffisantes dans des périodes antérieures de l’histoire socialiste et ouvrière. L'accent placé par les dirigeants cubains sur la pratique et le peu de cas qu’ils font de la théorie ont aidé à nourrir cette tendance. Les jeunes radicalisés ont, au début, négligé la théorie scientifique et un programme politique soigneusement élaboré en faveur d’expédients pragmatiques. Ceux-ci ont servi de fondement à l’impressionnisme et à l’opportunisme et plus tard d’excuse à l’aventurisme. À la place du centralisme démocratique, la « démocratie participationniste » et la décentralisation furent présentées comme des panacées. Mais, sous ces drapeaux, de petites cliques incontrôlées ont quelques fois manipulé des mouvements d’une façon non démocratique. Ils ont substitué des actions spasmodiques, la « propagande de l’action >» ou le « style révolutionnaire » à l’organisation patiente et persévérante des forces révolutionnaires.

Le mouvement étudiant radicalisé passe par différents stades et formes d’organisation, qui ne sont pas nécessairement consécutifs. Ainsi tandis que dans un pays le mouvement étudiant peut, en passant par un stade de « démocratie participationniste » anarchiste, évoluer du stade de « syndicalisme étudiant » vers un stade où il se voit constitué par diverses tendances idéologiques, dans un autre payé, tous ces divers stades et formes peuvent se recouvrir plus ou moins ou exister simultanément,

De nombreux courants d'étudiants radicalisés n’ont pas admis ou ont nié le rôle décisif historique de la classe ouvrière et de son parti d’avant-garde révolutionnaire. Dans son essence, leur position était une répudiation du marxisme dans le domaine de l'idéologie et du léninisme dans celui de l’organisation. Sur la question clé du stalinisme, par lequel nombre d'entre eux avaient commencé leur évolution vers la gauche, ils ont été incapables d’expliquer sa nature comme antithèse historique du léninisme.

Les faiblesses fondamentales de beaucoup d'étudiants radicalisés — instabilité, ultra gauchisme et incapacité de résoudre les questions organisationnelles — ont leur origine dans la nature sociale de ces courants. Les conditions mêmes qui leur permettent d'acquérir rapidement un niveau plus élevé de sensibilité politique — plus de loisirs, moins de contraintes sociales — font qu’il est plus difficile pour eux de comprendre la nécessité d’une organisation permanente, d’une stratégie à long terme et d'une action politique patiente et persévérante.

Le résultat en fut un phénomène paradoxal ; de larges couches de jeunes se placèrent à la gauche des partis communistes et sociaux-démocrates par leur tempérament et dans leurs activités, mais restèrent extrêmement dépourvues en équipement théorique et en notions organisationnelles.

Par exemple, une couche radicalisée à l'Ouest trouva son inspiration dans les points de vue de C. Wright Mills, Herbert Marcuse et autres, qui doutaient de la capacité de la classe ouvrière à servir d’instrument historique fondamental du changement social, en niant qu’elle possédait le potentiel révolutionnaire que lui attribuait la théorie marxiste, è

Ils disqualifiaient les ouvriers industriels. Dans les pays capitalistes avancés, ils interprétaient les vingt années de calme relatif comme la preuve d’une caractéristique structurelle permanente de la classe ouvrière. Dans les Etats ouvriers, ils considé. raient les ouvriers comme étant incapables de briser la bureaucratisation rigide. Dans le monde colonial, ils notaient que les ouvriers étaient souvent une couche relativement privilégiée par rapport à la paysannerie pauvre, et en tirèrent la conclusion qu'ils étaient incapables de diriger les luttes révolutionnaires.

Ils identifièrent le mouvement ouvrier avec la bureaucratie des organisations social. démocrates et staliniennes et avec la bureaucratie syndicale. Ils voyaient la possibilité de révolutions victorieuses seulement dans le monde colonial où la paysannerie restait prépondérante.

La crise générale de la bourgeoisie et les aspects repoussants de la société bourgeoise qui ont amené de nombreux, jeunes radicalisés à commencer à rechercher des solutions politiques collectives ont incité d’autres, communément connus sous le nom de hippies ou beatniks, à chercher un moyen individuel de conserver une liberté personnelle sans renverser le capitalisme. Certains ont abouti à des positions utopistes, croyant que la société bourgeoise peut être transformée par l'amour et le désintéres-sement, La dérobade et l’auto-indulgence petites-bourgeoises, la recherche d’un nouveau « style de gauche » sont reflétées politiquement dans les divers courants anarchistes qui existent dans tous les pays.

Toutefois, les points de vue politiques des étudiants radicalisés ne sont pas restés statiques. Ils ont commencé à évoluer tout à fait rapidement au cours des deux dernières années. Ces divers courants ont été soumis à toutes les écoles concurrentes de pensée dans les milieux radicalisés, ils sont passés par d’intenses querelles intérieures, et parfois par d'âpres affrontements fractionnels et ont commencé à se regrouper. Le maoisme, le spontanéisme, le néo-anarchisme, les partisans de la théorie du « capitalisme d'Etat », le castrisme, le trotekysme ont tous gagné des adhérents et laissé leurs empreintes sur les activistes ainsi que sur leurs organisations.

Les nouveaux éléments radicalisés essayent souvent de combiner des fragments théoriques et idéologiques de tous les divers courants politiques de la classe ouvrière. Mais, au bout d’un certain temps, la marche des événements et l'expérience des. luttes obligent beaucoup d’entre eux à définir et à clarifier davantage leurs positions. Des tendances ‘ politiques émergent qui reflètent fondamentalement les différents courants du mouvement ouvrier mondial. La radicalisation des jeunes a été dans le sens d’un éloignement de l’opportunisme de l'aile pro-Moscou du stalinisme et de la social-démocratie. Mais, en l'absence d'organisations de masse ayant des traditions principielles de lutte de classe où ces jeunes pourraient apprendre, et frustrés par les limitations du rôle qu’une avant-garde étudiante peut jouer, le plus grand danger dans le mouvement étudiant est celui de l’ultra-gauchisme. La lutte contre ces divers courants adverses et une polémique systématique contre eux est une partie essentielle de la lutte pour gagner la meilleure partie de ces jeunes au drapeau du marxisme révolutionnaire.

Les différentes faiblesses que l’on voit fréquemement parmi les nouveaux éléments radicalisés et leurs organisations sont cependant largement dépassées par ce qui constitue leurs forces :

1) D'une façon générale, ils sont captivés par la politique nationale et internationale. Le plus souvent, non familiarisés avec des mobilisations de masses étendues pendant leur propre expérience politique, la plupart d’entre eux ont dû arriver à des conclusions révolutionnaires par une pensée critique indépendante et ont eu à élaborer par eux-mêmes des solutions à d'importants problèmes complexes.

2) Le temps où les organisations de jeunesse communistes et socialistes étaient largement occupées par les activités sociales, les compétitions sportives, les yé-yé, etc. esl passé. Le meilleur de la jeunesse radicalisée d'aujourd'hui est attiré vers les groupes de jeunesse révolutionnaire et ils y adhèrent en raison des actions militantes qu’elles entreprennent ou auxquelles elles prennent part à propos des questions politiques les plus brülantes du jour, en raison de leurs programmes politiques, de leurs perspectives internationales, de leur sérieux envers la théorie.

3) La radicalisation de la jeunesse est surtout caractérisée par la renaissance d’un internationalisme authentique, cette sorte de solidarité qui est totalement à l'opposé du nationalisme bureaucratique étroit du mouvement stalinien. La grande impulsion a été fournie par les révolutions vietnamienne et cubaine. Le courage montré par les Vietnamiens dans leur résistance à l’agression de l'impérialisme américain a contribué à engendrer un effort mondial en leur faveur. Les Cubains ont aidé à ce renouveau en donnant l'exemple dans leurs propres appels, dans l'appel de Che pour « deux, trois, plusieurs Vietnam » et leur insistance à faire connaître que le meilleur moyen de défendre une révolution agressée par l'impérialisme est de l’étendre à d’autres pays.

La nouvelle génération radicalisée a conscience qu’elle a à faire face à un ennemi commun, l'impérialisme, en premier lieu la classe capitaliste dirigeante des Etats-Unis. Elle a déjà partagé une série d'expériences politiques communes dans la lutte contre l'impérialisme (Cuba, Vietnam). Des campagnes internationales ont déjà été organisées et des actions unies rendues plus effectives par la facilité des communications et des voyages dans le monde d’aujourd’hui.

4) Une des caractéristiques les plus prometteuses de la radicalisation étudiante est sa tendance anti-autoritaire, son manque de respect pour la tradition et sa disposition à défier et à mettre en question la plupart des normes, règles et règlements consacrés du passé. Dans sa recherche de réponses aux problèmes qu’elle n’a pas créés, la jeune génération désire examiner avec un esprit ouvert les solutions qui avaient été considérées comme hérétiques et tabous. En fait, tout ce que l'Etat, l’école, les parents, l’Eglise, le patronat ou la bureaucratie combattent, est de ce fait sympathique aux rebelles.

5) Nombre de jeunes radicalisés se dirigent vers la compréhension marxiste révolutionnaire de la politique nationale et mondiale. Laissant de côté ceux qui rejettent par préjugé le marxisme et le léninisme, sans les avoir étudiés sérieusement et sans les mettre à l’épreuve, la plupart d’entre eux cherchent sérieusement à se frayer la voie d’une façon: confuse, expérimentale, à travers le brouillard de mensonges et de déformations répandu par les agences capitalistes ainsi que par les falsificateurs du marxisme.

Ils peuvent être temporairement dévoyés dans les impasses du maoisme, du néo-anarchisme ou de l’ultra-gauchisme, mais ils redécouvrent morceau par morceau les vérités marxistes et apprennent à les appliquer à la réalité contemporaine.

Ce sont ces qualités de la nouvelle radicalisation et son développement hors des formes organisationnelles du stalinisme et de la social-démocratie, et comme une solution alternative à celles-ci, qui lui donnent une importance clé pour le mouvement trotskyste mondial. C’est l'existence de larges courants ayant de telles qualités politiques qui rendent possible, et d’une importance cruciale, la construction d’organisations larges de front unique pour la lutte sur des questions spécifiques. Ce sont égale. ment ces qualités politiques qui ouvrent des occasions sans parallèle pour gagner une grande partie de cette nouvelle génération aux organisations de jeunesse: marxistes révolutionnaires et la meilleure partie de celle-ci au parti révolutionnaire.

LI La stratégie de l’ « Université rouge >»

Les cercles d'étudiants radicalisés discutent ardemment la question centrale de leur orientation, Quels doivent être la direction et les objectifs de la lutte des étudiants ? Quelle sorte de rapports le mouvement étudiant doit-il chercher à avoir avec la lutte plus large des masses ouvrières et des nationalités opprimées ? Quelle sorte de programme l'avant-garde révolutionnaire doit-elle mettre en avant pour le mouvement étudiant ?

Les tendances réformistes prétendent que les étudiants ne doivent s'occuper que d'eux-mêmes et que de questions étroitement définies : diplômes universitäires, cours, qualité de l’enseignement, conditions de vie, étroite politique des campus. Elles voient les luttes sur de telles questions isolées de la crise de la société capitaliste dans son ensemble. Elles opposent de telles luttes limitées aux penchants des étudiants politisés à soulever des questions d'importance clé pour le monde, comme celle de la guerre du Vietnam.

A l’autre extrémité du spectre se trouvent les ultra-gauchistes. Ils proposent de détourner totalement l'énergie du corps étudiant du milieu universitaire, de quitter les campus et de prendre les étudiants activistes sous leur aile pour les envoyer aux portes des entreprises ou dans la communauté afin d’y distribuer des tracts proclamant la nécessité de la révolution. Les maoïistes résument cela dans le mot d'ordre « servir le peuple ».

Ces deux orientations doivent être rejetées comme unilatérales et stériles. La jeune avant-garde révolutionnaire, pour être efficace, doit mettre en avant un programme qui transcende les objectifs dans le campus mais qui, en même temps, les inclut, qui relie les revendications des étudiants aux revendications les plus larges de la lutte de classe à l'échelle nationale et internationale, qui montre aux étudiants comment leurs propres revendications sont liées à ces grandes luttes, en constituent une partie intégrante et peuvent aider à les faire progresser. Le programme mis en avant par la jeuresse révolutionnaire doit lier ensemble les perspectives à long terme et le travail quotidien sur l’arène scolaire. Le programme mis en avant par la jeunesse révolutionnaire est un programme mobilisateur pour le combat sur dés questions fondamentales de la lutte de la classe ouvrière et les besoins de la population étudiante elle-même.

La population étudiante n’est pas homogène. Les étudiants ont des origines de classe diverses ayant des intérêts largement différents et sont à de nombreux niveaux politiques différents. Leur seule homogénéité consiste dans leur position commune comme étudiants dans une société et une université capitaliste, ou dans un Etat ouvrier bureaucratiquement déformé.

Beaucoup d'étudiants politiquement avancés en sont venus au cours des luttes sur différentes questions à comprendre la nécessité d’acquérir le contrôle de leur enseignement et des institutions d'enseignement et ont reconnu que ce but ne peut être pleinement satisfait que par une transformation révolutionnaire de la société. Mais ils sont embarrassés quant à la façon de formuler cet objectif de manière à le lier aux luttes courantes de la société dans son ensemble. Comment les batailles sur les conditions d'enseignement existantes peuvent-elles être liées au but recherché de transformer complètement la société ? Il est difficile pour eux de voir comment leur lutte en tant qu'étudiants s’insère dans la lutte générale contre le capitalisme. C’est là une source de frustration et de recherches de chemin de traverse vers la révolution, engendrant à leur tour l’opportunisme et l’ultra-gauchisme.

Pendant les protestations de masse des étudiants en Yougoslavie en juin 1968, les étudiants de Belgrade résumèrent leurs revendications dans le mot d'ordre « Pour une Université Rouge ». Cette formulation était tout à fait adéquate à la situation. Les étudiants entendaient dire que la Yougoslavie était supposée avoir un système d’enseignement socialiste mais qu’en réalité celui-ci avait été façonné conformément aux intérêts de la bureaucratie dominante. Par conséquent, les étudiants yougoslaves ont à faire face à des problèmes qui sont tout à fait comparables à ceux des étudiants dans les pays capitalistes. Pour résoudre leurs problèmes, ils ont exigé que le système d'enseignement yougoslave soit tranformé en ce qu’il devrait être — que l’université bureaucratique face place à une université « rouge ».

Cette idée fut également mise en avant par les étudiants radicalisés de quelques pays capitalistes, en ons à leurs situations.

« Pour une Université qui. serve les travailleurs — pour une Université rouge ». Avec cette orientation fondamentale, les étudiants radicalisés cherchent à répondre aux questions : « Quelle sorte d’enseignement les étudiants doivent-ils recevoir ? Vers quelles fins l’enseignement doit-il être dirigé ? Qui doit contrôler les conditions d’en-eme ? Quelles couches de la société les institutions d’enseignement doivent-elles servir ? »

La notion d'université rouge veut dire que l’Université doit être transformée d’une usine produisant des robots en un centre d'organisation d'activités anticapitalistes, une centrale d'enseignement révolutionnaire, une arène de mobilisation de la jeunesse dans une lutte pour la transformation totale de la société. "

La notion d'université rouge tel qu’elle est apparue jusqu’à présent sur les campus constitue un grand progrès par rapport aux mots d'ordre qui se rapportent au but plus étroit du contrôle de l’université par les étudiants. La lutte pour l'autonomie et lauto-administration n’est qu’un aspect d’un programme complet visant à aider les étudiants à comprendre le rôle de l’université sous la domination capitaliste, à les éduquer dans la nécessité d’une révolution socialiste et à les enrôler dans le mouvement pour amener les plus larges couches de leur génération dans la lutte pour cette révolution,

Dans la notion d’Université rouge est incluse la nécessité de s’opposer à l'enseignement de l'idéologie bourgeoise qui se présente sous le nom d’ « éducation », que ce soit dans le domaine de la sociologie, de la philosophie, de l’économie, de la psychologie, etc. Les étudiants révolutionnaires doivent comprendre la nécessité de faire front au prestige et à l’autorité de l’université capitaliste et de sa faculté normalement pro-capitaliste sur son propre niveau théorique et idéologique. Ils doivent lutter contre la tentative de convertir la connaissance et son acquisition en une mystique, contre Ja notion que l’enseignement supérieur est quelque chose qui est réservé à un petit nombre extrêmement intelligent et sélectionné, mais qu’il est inaccessible ou incompréhensible aux masses travailleuses.

L'université en tant qu'instrument de Ja lutte de classe — une université rouge — est opposée au point de vue libéral sur l’université, sanctuaire d’une minorité privilégiée se tenant à l'écart des controverses politiques et sociales du reste de la société. Les ressources de l’université doivent être mises à la disposition des exploités, des pauvres, des opprimés. Les étudiants et les facultés doivent avoir le droit absolu de pouvoir inviter qui leur plait pour leur parler sur tous les sujets qu’ils souhaitant traiter. Ils doivent être libres d'établir des relations étroites avec les organisations et les partis de la classe ouvrière, des minorités nationales, des masses populaires et devenir pour ceux-ci une source d'information et d’éclaircissements.

La stratégie visant à convertir l’université capitaliste en une université rouge a une application spéciale en référence aux minorités nationales opprimées. La nécessité d’un ou plusieurs centres de direction d'enseignement supérieur a été ressentie à partir d’un certain moment par chaque mouvement puissant d’un peuple opprimé pour son auto-détermination. Dans la lutte pour la liberté nationale à l’époque de l’agonie du capitalisme, une université formée pour les besoins spécifiques d’une nation opprimée sert comme symbole et comme instrument du développement de la eonscience et de la culture nationales d’une manière plus favorable pour surmonter les limites nationalistes étroites et donner aux luttes une perspective internationale. Pour des raisons à la fois démocratiques et socialistes, la revendication de l’installation, de l’extension, de lamélioration de semblables facilités sous un contrôle des minorités doit être l’objet de luttes pour l'avant-garde révolutionnaire.

En Belgique. la revendication d’universités flamandes en Flandre, notamment à Louvain, reçut un large soutien dans la population de langue flamande, et la lutte sur cette question provoqua même la chute d’un gouvernement en Belgique.

Aux Etats-Unis, du fait de la montée du nationalisme noir, en tant que force d’une puissance croissante parmi les Afro-américains, cette notion est apparue sous la variante € pour uñe université noire ! » *

La demande insistante des étudiants noirs pour un accès plus large à l’enseignement supérieur, pour un contrôle sur les programmes des cours, sur les crédits et les professeurs dans des cadres indépendants où ils puissent étudier leur propre culture et histoire et pour l'introduction de cours d’un intérêt particulier pour les Afro-américains et pour l'ouverture des portes aux étudiants du « Tiers-Monde » a mené à des batailles dans l’université et dans les lycées d’un bout à l’autre du pays. Soutenues par des luttes directes engageant à la fois les étudiants noirs et blancs et les membres des facultés, les actions visant à faire céder les autorités scolaires sur ces questions ont montré au grand jour la détermination des dirigeants blancs tout puissants à maintenir le contrôle sur leurs usines à enseignement. Ces tentatives ont révélé aussi à de nombreux étudiants les implications révolutionnaires du nationalisme noir et les moyens auxquels la classe capitaliste aura recours pour s'opposer à la lutte afro-américaine pour.la libération.

Comme ses origines le montrent, le mot d’ordre « pour une université rouge ! » est applicable d’une manière semblable aux luttes des étudiants dans le bloc soviétique. Les universités dans les Etats ouvriers ont agi comme centre premier de l'expression des doléances de la population contre les régimes bureaucratiques. Dans leurs luttes récentes, les étudiants polonais, yougoslaves et tchécoslovaques ont avancé des revendications concrètes provenant non seulement de leurs problèmes particuliers mais aussi de ceux qui concernent la ‘totalité de la classe ouvrière et de ses alliés. Les principales d’entre elles étaient l'appel à la liberté politique, au contrôle ouvrier sur la production et la fin des inégalités sociales. É :

Dans les pays coloniaux et semi-coloniaux, la notion d’université rouge pourrait être liée aisément aux traditions radicales et aux luttes pour établir ou préserver l'autonomie de l'université. Là les étudiants jouent maintenant un rôle, comme ils ont souvent fait dans le passé, de toute première importance dans la lutte pour les objectifs révolutionnaires. Ils ont entrepris des actions qui les ont vite amenés en conflit avec les régimes anti-démocratiques, et qui ont rapidement soulevé des questions sortant du cadre universi. taire et menant à la mobilisation du soutien populaire parmi les ouvriers, les paysans et d'autres secteurs opprimés de la population. 46 Ê QUATRIEME INTERNATIONALE

Les batailles engagées par les étudiants radicakisés du Mexique, du Brésil, de Bolivie, du Pakistan, d'Inde, d'Egypte, du Mali, de Turquie, et de nombreux autres pays semblables montrent combien ce modèle est universel.

IV

Un programme de revendications démocratiques et transitoires

Les umversités et les lycées sont très importants du fait de la taille des forces engagées, de leur disposition combative, des luttes réelles qu’elles ont elles-mêmes engagées, de leur localisation dans les grandes villes où les plus grandes forces révolutionnaires potentielles sont regroupées, de leurs liens avec des secteurs ouvriers, paysans et plébéiens et de leur détermination à inclure des questions allant loin au-delà des problèmes immédiats des campus. En addition à tout ceci, l'expérience à montré à plusieurs reprises à quel point les universités et les lycées étaient précieux comme terrain d’épreuve pour l'éducation et le développement des premiers contingents de jeunes radicalisés et comme source de recrutement pour le parti révolutionnaire,

Un exemple impressionnant des possibilités offertes par une politique correcte est fourni par la campagne internationale de soutien à la lutte contre l’impérialisme américain du Front National de Libération du Sud-Vietnam, qui fut organisée par les militants étudiants dans de nombreux pays clés. Pour lancer la campagne de solidarité, des liaisons internationales dans les cercles universitaires furent utilisées. Par l'agitation et les actions sur cette question cruciale, des centaines de milliers d’étudiants furent politisés et radicalisés. Les tentatives pour organiser des manifestations d'un grand nombre d'étudiants pour le soutien à la révolution vietnamienne posèrent fréquemment le droit des étudiants à utiliser l’université et ses commodités au grand dam des autorités, des heurts s’ensuivant. Les questions politiques furent ainsi portées au grand jour sous une forme aigüe. Ces confrontations à leur tour mobilisèrent plus d'étudiants pour la défense de leurs droits démocratiques et intensifièrent ultérieurement la lutte,

La validité de l'approche politique esquissée dans le document de fondation du mouvement trotskyste mondial, L’agonie du capitalisme et les tâches de La Quatrième Internationgle, a reçu une confirmation éclatante par les luttes des étudiants. Ce qui est maintenant nécessaire, c’est d'appliquer cette approche d’une manière mieux planifiée et plus complète en élaborant une série de revendications démocratiques et transitoires pour leur application dans ce cadre comme il se présente aujourd’hui.

Les luttes des étudiants ne peuvent être isolées des questions politiques surgissant de la lutte de classe mondiale dans son ensemble ni opposées à celles-ci, De même, la lutte pour l’université rouge ne peut être isolée de la tâche de construction d’une organisation de jeunesse « rouge » liée à un parti léniniste « rouge ». De même, le programme de revendications démocratiques et transitoires provenant des luttes des étudiants est organiquement lié au reste du programme de transition tel qu’établi dans le document initial et développé depuis lors. Le programme de revendications pour le mouvement étudiant représente une application concrète de l'approche générale formulée dans L'agonie du capitalisme et les tâches de La IV*° Internationale.

L'objectif ultime de la IV° Internationale est de lier les luttes étudiantes aux luttes des travailleurs et des minorités nationales à leur degré de développement actuel et d'orienter ces luttes dans le sens de la conquête du pouvoir d'Etat, amenant dans le combat toutes les forces opposées aux régimes capitalistes et bureaucratiques.

Procédant de l’état de développement actuel et du niveau de conscience des étudiants, ces revendications devront exprimer leurs besoins et griefs les plus urgents, les orientant dans la voie la plus efficace contre les institutions et les autorités qui ont été sous le feu des étudiants eux-mêmes. En les mobilisant autour de tels mots d'ordre, les jeunes militants peuvent être amenés à comprendre la validité du programme de transition dans sa totalité et devenir conscients de la nécessité d’un changement fondamental du système tout entier.

À cause de la décadence du système capitaliste et de l'érosion des conquêtes démocratiques datant dans certains cas de près de deux siècles, de nombreuses luttes étudiantes commencent aujourd’hui sur les questions les plus élémentaires comme le droit à la liberté de parole. Cependant; elles tendent à se développer au-delà de ce niveau assez rapidement, sortant des campus, dépassant les cadres des libertés démocratiques telles qu’elles furent conçues dans les périodes les. plus révolutionnaires du capitalisme ascendant, atteignant le domaine économique et soulevant des problèmes qui ue peuvent être réellement résolus que dans un système socialiste, Une compréhension claire de cette progression logique rend possible de mettre en avant une série conséquente de mots d'ordre s’imbriquant et qui peuvent aisément s’ajuster à des situations particulières. Avant tout, elle facilite la reconnaissance de mots d’ordre adéquats de ce type issus de la base au cours des luttes.

Une revendication combinée pour un enseignement gratuit et pour un niveau de vie décent — auquel chacun a un droit démocratique mais qui ne peut être assuré que dans une société socialiste qui a surmonté les limites du système capitaliste — est donnée par la série suivante de suggestions pour l'orientation des actions des étudiants :

(1) — Un enseignement universitaire pour qui le désire, le coût total étant pris en charge par le gouvernement. 5

(2) — Pas d’âge limite pour l’enseignement gratuit ; pas de limite au nombre d’années qu’un individu peut passer à l’école, ou retourner à l’école après l'avoir quitté, les études post-universitaires comprises.

(3) — Des conditions de logement décentes pour les étudiants.

(4) — Un salaire annuel pour tous les étudiants en rapport avec leurs besoins et préservé contre l’inflation par des augmentations automatiques.

(5) — Un travail garanti pour les étudiants après le diplôme.

Dans la lutte des étudiants pour le contrôle sur leur propre enseignement, la liste suivante de revendications de « pouvoir étudiant » a été avancée à des degrés divers dans des universités à l'échelle internationale :

(1) — Abolition des organisations étudiantes contrôlées par le gouvernement. Reconnaissance du droit des étudiants à s’organiser et se gouverner eux-mêmes selon leur choix libre.

(2) — Contrôle conjoint de la faculté et des étudiants sur la nomination et la résiliation des membres des facultés et des administrateurs.

(3) — Les étudiants décident d’eux-mêmes démocratiquement quels sujets seront traités.

(4)— Abolition du droit des professeurs et des administrateurs de pénaliser arbitrairement les étudiants.

(5) — Liberté d'association politique pour les étudiants et les professeurs.

(6) — Droit d'utiliser les commodités de l’université pour promouvoir des activités éducatives et culturelles d'intérêt immédiat pour les organisations de la classe ouvrière, des paysans, des nationalités opprimées et des masses populaires.

Dans la lutte pour la liberté politique sur les campus, certains des mots d’ordre suivants sont devenus des questions centrales dans les principaux heurts :

(1) — Autonomie de l’université, soit à conquérir soit à maintenir inviolée.

(2) — Abrogation de toutes les lois enfreignant les libertés civiles. Arrêt de la chasse aux sorcières.

(3) — La police et toutes les autres forces de répression doivent être strictement bannies du terrain et des bâtiments de l’université.

(4) — Renvoi de tous les représentants gouvernementaux responsables de sanc-tions contre les étudiants, les ouvriers, lés minorités nationales, et les dissidents politiques.

(5) — Dissolution des forces spéciales de police et de la police politique secrète.

(6) — Libération de tous les prisonniers politiques.

(7) — Abolition de la censure, qu'elle soit officielle ou «€ volontaire », sur la presse, la radio, la télévision, sur les arts et les sciences.

(8) — Liberté de presse, d'association et d'organisation, liberté d'expression, d’assemblée, de pétition et de voyage, et droit à participer aux manifestations.

Dans les luttes étudiantes qui impliquent directement des minorités nationales, la lutte pour leurs droits vient au grand jour fortement et spécifiquement, comme il fut montré dramatiquement aux Etats-Unis dans les luttes de libération des Noirs.

Les questions surgissent le plus souvent de la violation des droits démocratiques, ou de batailles pour les obtenir. Elles ne se confinent pas à l’université mais s’étendent à tout le système d'enseignement jusqu'aux stades de l’école primaire. Par conséquent, les luttes dans ce domaine affectent les communautés opprimées dans leur totalité à un degré bien plus grand que dans le cas des groupements majoritaires, les problèmes étant plus facilement perçus car ils impliquent des questions plus vastes concernant les perspectives d’une minorité nationale dans une société capitaliste en déclin, A cause de cela la possibilité des luttes étudiantes ayant des effets catalyseurs dans les communautés minoritaires, mérite une attention spéciale.

Les mots d'ordre, dans ce cadre, peuvent être résumés dans les catégories suivantes :

(1) — Reconnaissance du droit des communautés nationales minoritaires et opprimées à contrôler leurs propres affaires publiques, y compris l’enseignement depuis les jardins d’enfants.

(2) — Représentation. des minorités nationales dans tous les organismes fixant ou appliquant la politique suivie dans les écoles.

48 é QUATRIEME INTERNATIONALE

(3) — Combattre le racisme et le chauvinisme de grande puissance. Pour l’enseignement de la culture et de l’histoire des minorités nationales opprimées dans toutes les écoles, avec le contrôle périodique de comités d'enseignement élus par les minorités nationales opprimées.

(4) — Reconnaissance du droit inconditionnel d’une minorité nationale d'employer sa propre langue dans le système éducationnel. (5) — Un enseignement illimité financé par le gouvernement diffusant un enseignement post-scolaire pour les minorités nationales opprimées.

(6) — Etablissement de commodités d’enseignement d’un niveau universitaire, indépendant, et financées d’une manière adéquate sous le contrôle des minorités nationales.

Un domaine spécial qui concerne les étudiants est constitué par les rapports entre. l'administration scolaire et les firmes géantes et leur gouvernement. Pour les militaires et le grand capital, l’université constitue un terrain de recrutement indispensable. En liaison avec cela se pose le rôle de l’université dans des projets de recherche hautement contestables entrepris dans « l'intérêt public ». En relation avec les campagnes contre la guerre, où une connexion est aisément discernable, des luttes importantes se sont développées dans ce domaine. Des mots d'ordre typiques s’établissent comme suit :

(1) — Rupture des liens entre l’université et l’armée. (2) — Abolition de la recherche secrète dans l’université pour le gouvernement. (3) — Abolition des subventions secrètes des agences gouvernementales aux orga-pisations étudiantes. ;

(4) — Dénonciation des liens entre les notabilités de l’université et le grand capital, en publiant tous les investissements, placements et projets contractés par les universités et les directeurs, membres de comités de patronage et administrateurs.

(5) — Abolition de la recherche dans l'intérêt spécial du grand capital.

(6) — Pas de recrutement du personnel sur les campus par les grandes firmes.

(7) — Abaissement de l’âge de votation et de la limite d’âge pour détenir une charge publique. Qui a l’âge de se battre, a l’âge de voter et d’avoir voix au chapitre des affaires publiques.

La perspective permanente de vastes forces armées dans les pays capitalistes, dirigées contre la révolution coloniale et les Etats ouvriers, disponibles pour la répression intérieure, rend les revendications centrales suivantes importantes aussi bien pour la jeunesse étudiante que pour la jeunesse ouvrière et la jeunesse des minorités nationales.

1) Défense des droits démocratiques de tous les jeunes incorporés dans l’armée. Aucune restriction aux droits civiques pour les soldats.

2) Suppression de la conscription capitaliste.

Dans les pays à régime totalitaire, comme l'Espagne et l'Afrique du Sud entre autres, les universités ont démontré à maintes reprises leur importance en tant que centres incubateurs de la révolte organisée. L'expérience en Espagne est maintenant particulièrement riche pour montrer à quel point les efforts des étudiants pour briser l’emprise des organisations étudiantes gouvernementales et s'organiser indépendamment, sont parallèles aux efforts de la classe ouvrière et s’interpénètrent avec eux.

Ici la lutte du campus est centrée autour de la revendication unique : « Pour l’autonomie de l’université ! »

Comme on la déjà indiqué, ceci peut être rapidement formulé en ‘mots d'ordre particuliers qui se transforment en mots d'ordre dépassant la lutte sur le campus et se relient aux perspectives plus larges entraînant les travailleurs, les paysans et les masses plébiennes des cités.

La situation est symétrique dans la plupart des Etats ouvriers. Ici la lutte des étudiants suit l’orientation suivante ; elle met l’accent sur le contraste existant entre l'idéologie sociale officielle, la propagande d’une part, et l'absence de quoi que ce soit ressemblant tant soit peu à la démocratie socialiste que Lénine défendit et expliqua dans l'Etat et la révolution. En Pologne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie, et en U.R.S.S. même, la suite des revendications tend à apparaître ainsi :

1) Liberté de discussion sur les questions philosophiques, culturelles et scientifiques. Droit d’exprimer un point de vue critique.

2) Liberté de discuter les questions historiques. Que la vérité éclate !

3) Liberté de discuter les problèmes politiques courants.

4) Abolition de la censure.

5) Pour le droit de s’organiser et de manifester.

6) Pas de persécution politique. Que le public, les observateurs étrangers compris, assiste à tous les procès !

7) Liberté de voyage. Aucune restriction à l’envoi de représentants pour visiter les organisations de jeunesse dans d’autres pays ni à la réception de représentants de celles-ci venus en visite.

8) Elimination de la perpétuation très poussée de l'inégalité sociale et des privilèges ‘spéciaux de la bureaucratie,

9) Retour à l’internationalisme révolutionnaire.

10) Solidarité avec les luttes des opprimés dans les autres. pays.

La radicalisation de la jeunesse ne se limite pas aux sphères étudiantes. Elle a fortement pénétré les lycées et dans quelques cas les classes supérieures des écoles primaires. Les élèves des lycées dans de nombreux pays ont été mobilisés par milliers contre la guerre au Vietnam et ont été les partisans les plus enthousiastes et énergiques dans cette lutte. Les lycéens organisés dans les CAL (Comité d'Action Lycéen) jouèrent un rôle majeur dans les actions avant, durant et après les événements de mai-juin 68 en France.

À un certain stade de développement de toute organisation révolutionnaire de jeunes, sa capacité à organiser, à diriger et à gagner des couches décisives de la jeunesse lycéen-ne, devient un test clé. Les organisations socialistes révolutionnaires de jeunes doivent prendre l'initiative dans l’organisation de la jeunesse lycéenne, se battre avec elle pour ses droits, coordonner ses activités avec d’autres secteurs de la lutte anticapitaliste. Ces jeunes activistes sont un élément important de la nouvelle génération révolutionnaire car demain ils entreront dans l’enseignement supérieur, ou entreront en grande partie dans les usines où ils constitueront un ferment inestimable de militantisme et de conscience socialiste.

Pour mettre en avant et se battre efficacement pour de.tels mots d'ordre et de tels buts, pour les avancer de manière à tirer avantage des débouchés et des opportunités, il faut une direction marxiste politiquement alerte, souple tactiquement, capable d'éviter de tomber et dans l’adaptation opportuniste à l’environnement étudiant et dans le sectarisme ultra-gauchiste. k

V

L'organisation révolutionnaire jeune et le parti

L'ampleur de la radicalisation présente des étudiants offre une occasion sans précédent pour l'expansion de l'influence et du recrutement des sections de la IV* Internationale. Des centaines de milliers de jeunes radicalisés, qui ne sont plus intimidés par la propagande empoisonnée du stalinisme, sont prêts à écouter l'esprit ouvert les points de vue trotskystes. Des dizaines de milliers ont déjà accepté de larges parties du programme trotskyste, Leur aversion envers le stalinisme et la social-démocratie donne la possibilité à un programme révolutionnaire honnête de prendre de l’äscendant parmi des secteurs décisifs de ces éléments nouvellement radicalisés. Un nombre substantiel d’entre eux peut être recruté assez rapidement dans les rangs de la IV° Internationale.

L'expérience du mouvement trotskyste mondial au cours des dernières années a montré que le travail jeune peut être mené très efficacement par des organisations de jeunesses révolutionnaires socialistes, associées fraternellement aux sections de la IV° Internationale, mais organisées indépendamment d'elles.

Les forces trotskystes dans les divers pays varient considérablement en nombre et sont à des stades différents de croissance et de développement. Il faudra employer des tactiques différentes, y compris la participation à d’autres formations de jeunesse, pour parvenir au but de construction d’une organisation de jeunesse révolutionnaire socialiste. Mais toute cette activité doit être .envisagée comme un pas tactique vers la construction d’une telle organisation. N

Il est important de noter que l’analyse sociale et politique du mouvement étudiant d’aujourd’hui et de la situation mondiale dans laquelle il se développe montre la base objective pour l'existence d’une telle organisation de jeunesse révolutionnaire socialiste indépendante.

Une organisation de jeunesse indépendante peut attirer les jeunes radicalisés qui n’ont pas encore décidé de rejoindre un parti politique de gauche, ou qui ne sont pas encore engagés dans la perspective bolchevique de devenir des révolutionnaires à vie mais qui sont disposés et prêts à participer à de nombreuses actions politiques avec le parti révolutionnaire et ses membres. Elle peut diriger des actions et prendre des initiatives dans le mouvement étudiant en son propre nom. Elle peut être un sérieux terrain de formation et d’épreuve pour ceux qui aspirent à devenir des cadres du parti, et leur rendre plus facile l’acquisition de l’expérience politique et organisationnelle, et de l’éducation requise pour mener à bien une action révolutionnaire sérieuse. L’appartenance à une organisation révolutionnaire jeune permet aux jeunes radicalisés de décider de leur propre politique, d'organiser leurs propres actions, de commettre leurs propres erreurs, et d'en tirer leurs propres leçons.

Cette forme d’organisation a pour le parti révolutionnaire aussi de nombreux avantages. Elle est un réservoir de recrutement pour le parti. Elle aide à empêcher le parti d'agir comme une organisation de jeunesse, de diminuer les normes de discipline dans une organisation bolchévique plus mûre politiquement, d’un niveau théorique de compréhension élevé jusqu’à un niveau plus faible consenti à une organisation de. jeunesse,

VI

Les tâches de la IV* Internationale dans la jeunesse

De cette analyse sur l’étendue de la radicalisation de la jeunesse découlent trois tâches reliées entre elles. Ce sont:

1) Gagner la direction de la jeunesse radicalisée à la fois dans les domaines de l’idéologie et de l’action.

2) Construire de fortes organisations marxistes de jeunes.

3) Puisr” dans la jeunesse de nouveaux cadres pour remplir les rangs et fournir des énergies nouvelles aux directions des sections de la IV° Internationale.

La jeunesse trotskyste a de plus grandes possibilités pour conduire l’action de forces substantielles que toute autre tendance du mouvement radicalisé. Dans plusieurs pays les jeunes trotskystes ont déjà été capables d’impulser et de diriger des mouvements considérables et significatifs, Un des exemples est celui de la large campagne mondiale entreprise pour soutenir la révolution vietnamienne. Un autre exemple consiste dans le rôle joué par la J.C.R. en France pendant les journées historiques de mai-juin 1968. Un troisième est l'influence idéologique de la IV° Internationale dans le mouvement dirigé par le Comité national de grève des étudiants mexicains,

Aucune tendance ne peut espérer s’enraciner et devenir un élément dirigeant dans la jeunesse radicalisée si elle ne participe pas pleinement et audacieusement aux premiers rangs des luttes engagées, quelles que soient les limites qu’elles aient, Dans certaines situations, le mouvement de jeunes ne peut progresser que par l’action, et l'absence d'action peut le condamner à une division prolongée et à la stérilité. La jeunesse trotskyste doit montrer l'exemple dans la pratique, aussi bien au niveau des notions théoriques et des prises de positions politiques.

Le degré d’activisme et de disposition à la lutte et aux sacrifices est grand dans les rangs de la jeunesse, Ce qui manque le plus dans la nouvelle génération, c’est l’éducation théorique, la clarté politique, et une ligne de lutte correcte. Cet aspect du mouvement révolutionnaire socialiste jeune est d'importance décisive pour son développement ultérieur, Plus cela sera reconnu plus l'influence des trotskystes s'élargira. La supériorité du mouvement trotskyste sur ses rivaux et ses adversaires vient de ce qu’il repose sur de saines bases marxistes, a des traditions bolchéviques, un programme global correct, adhére à l’internationalisme socialiste, Ces traits de même sont les facteurs principaux de l'attraction qu’il exerce sur la jeunesse radicalisée,

En même temps qu'ils répandent les idées trotskystes dans la jeunesse au sein de laquelle ils combattent, les militants de la IV° Internationale doivent chercher à construire une organisation de jeunesse marxiste révolutionnaire qui éduquera systématiquement ses membres et ses sympathisants sur les méthodes, les doctrines et les positions du mouvement troskyste depuis son origine. Tous les résultats de cette activité dans la jeunesse peuvent être mis en danger si les conditions organisationnelles pour ce travail d'éducation sont négligées.

Le travail dans la jeunesse n’est pas un but en soi. Il recueille ses fruits dans l'impulsion donnée à la construction et au renforcement de partis révolutionnaires qui seront capables de conduire la classe ouvrière à la victoire. Les sections de la IV* Inter: nationale sont encore trop petites pour diriger les masses en leur propre nom et sous leurs propres bannières dans une lutte décisive pour le pouvoir. Leur travail a un caractère préparatoire, principalement propagandiste, qui implique des actions limitées.

Leur tâche consiste maintenant à gagner une partie décisive de la jeunesse radicalisée et à la préparer aux grandes tâches qui consistent à gagner la direction des éléments révolutionnaires de la classe ouvrière. Pour remplir correctement cette fonction, les jeunes recrues doivent être instruites complètement dans les notions organisationnelles du bolchévisme et ses méthodes de construction de partis politiquement homogènes et démocratiquement centralisés. C’est le seul moyen de surmonter la crise de direction qui est la principale contradiction de notre époque.

Partout dans le monde, que ce soit dans les pays capitalistes avancés, les Etats ouvriers ou le monde colonial, les autorités gouvernementales sont de plus en plus concernées par les troubles qui existent dans la jeunesse, celle-ci devenant de plus en plus intraitable, Leurs craintes sont justifiées. Cette génération montante a déjà fait preuve d’une potentialité énorme pour mener une action radicalisée, et d’une volonté puissante de changer le statu quo.

Quiconque réussit à gagner l’allégeance des militants les plus intelligents et les plus dévoués de la jeunesse rebelle tient la clé de. l'avenir. Car ils joueront un rôle majeur dans la détermination de l’histoire et de la destinée du genre humain au cours des années du XX° siècle.

Les étudiants en lutte ont déjà montré dans une série de pays à quel point leur initiative dans la contestation des pouvoirs établis pouvait stimuler la lutte dans d’autres secteurs de la société. Les jeunes travailleurs seront au premier rang des mouvements pour briser l'emprise des machines bureaucratiques des syndicats et seront un exemple pour les générations plus vieilles par leur militantisme et leur intérêt pour la politique révolutionnaire.

La IV° Internationale ne peut faire défaut aujourd’hui quant à sa tâche principale : gagner et assimiler les meilleurs éléments de la jeunesse rebelle. Cela a bien commencé déjà dans une série de pays. Il est maintenant impérieux d’œuvrer sur la base des résultats obtenus. Il faut pour cela une meilleure coordination des activités des groupes de jeunes des différentes sections et une collaboration plus étroite pour des projets tels que les campagnes antiguerre et de défense contre la répression, et pour le développement de nouveaux débouchés pour le mouvement du point de vue international.

. IL faut agir pour que la IV° Internationale devienne la voix reconnue, l'organisateur et le leader de la jeunesse qui est appelée à faire progresser la révolution mondiale.

Source : Quatrième Internationale, n°38, juillet 1969 · scan (Radar, 16-014-00119).

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