Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

L'unification des partis socialistes et communistes

Textes publiés à la fin de la guerre par le Comité exécutif européen (décembre 1945) · 1 243 mots

In English: THE UNIFICATION OF THE SOCIALIST AND COMMUNIST PARTIES — traduction assistée par machine.

1. L'initiative prise par la bureaucratie des partis communistes en vue de la

réalisation immédiate de l'unité organique avec les partis socialistes sur la

base de la défense commune de la démocratie bourgeoise est l'aboutissement

logique de leur évolution depuis l'inauguration de la politique de front

populaire et leur rupture avec les principes marxistes-léninistes de la lutte de

classes.

Cette évolution commencée il y a déjà plus de dix ans sous le signe de la

collaboration de classes, par la défiguration de la politique du front unique entre

les partis ouvriers en collaboration systématique avec les radicaux, les

catholiques et autres formations politiques de la bourgeoisie, a été accélérée et

renforcée pendant la guerre en se transformant en politique pure et simple

d'union sacrée avec toutes ses conséquences : défiguration du caractère

impérialiste de la guerre, soutien inconditionnel à l'effort de guerre de la

bourgeoisie « démocratique », abandon complet de l'internationalisme

prolétarien ; enfin, participation aux gouvernements bourgeois. Ce dernier fait

constitue le couronnement de la dégénérescence historique des partis

communistes et l'aboutissement nécessaire de toute leur politique antérieure.

2. Le but que la bureaucratie des partis communistes cherche à atteindre par

l'unification organique avec les partis socialistes fait partie de sa stratégie

générale à la période actuelle. Cette stratégie est dictée par les intérêts de la

bureaucratie soviétique à l'étape actuelle, à savoir : permettre la consolidation

en paix des conquêtes territoriales de l'URSS et la reconstruction de son

économie en amoindrissant la pression de l'impérialisme américain et anglais,

par la neutralisation du plus grand nombre possible de pays capitalistes et en

premier lieu des bourgeoisies européenne et chinoise.

Cette neutralisation de la bourgeoisie, la bureaucratie des partis communistes

la recherche aujourd'hui, non pas par la pression de l'action directe des

masses, comme dans le passé (pression exercée, certes, non pas pour arriver

au renversement révolutionnaire de la bourgeoisie, mais pour arriver, en

définitive, à un compromis) mais principalement par l'action parlementaire et

surtout gouvernementale. La bureaucratie des partis communistes espère

démontrer, par cette action, à la bourgeoisie, qu'elle seule est capable, à l'étape

actuelle, de garantir la paix intérieure et de restaurer l'économie capitaliste

délabrée (lui assurant ainsi le maximum d'indépendance vis-à-vis de

l'impérialisme américain) en échange d'une politique extérieure plus ou moins

conforme aux intérêts de la bureaucratie soviétique.

D'où les appels des partis communistes au respect de l'État bourgeois et à

l'augmentation de la production, par le désarmement des partisans, des milices,

le freinage des luttes revendicatives et même leur désapprobation, par la

tendance à transformer les syndicats en organes ayant pour but de contrôler les

ouvriers et menant une propagande d'émulation stakhanoviste en faveur de la

production capitaliste.

3. Le but plus particulier de l'unification organique proposée aux partis

socialistes, c'est de profiter d'une situation pour le moment encore favorable

aux partis communistes (vu leur influence par rapport aux partis socialistes)

pour empêcher que le réformisme redevienne l'agent des courants

antisoviétiques, et surtout l'agent de l'impérialisme américain ou anglais

(pour coloniser aussi complètement l'ensemble du mouvement ouvrier et

empêcher la cristallisation des tendances de gauche). C'est, en effet, surtout

contre le danger que représentent pour l'URSS l'expansion mondiale de ces

derniers et leur tendance à soumettre toutes les bourgeoisies ruinées par la

guerre sous leur tutelle, que lutte aujourd'hui la bureaucratie des partis

staliniens.

4. L'unification organique des partis communistes avec les partis socialistes, tout

en se réclamant platoniquement de l'idéologie marxiste, ne se place, en réalité,

que sur le terrain de la défense commune de la démocratie bourgeoise.

Cette communauté idéologique réelle entre le réformisme classique provenant

de la IIe Internationale et le néo réformisme des épigones de la IIIe Internationale

a été rendue possible grâce à la dégénérescence et la régression continues de la

bureaucratie stalinienne, qui a vidé depuis plusieurs années sa politique de tout

contenu révolutionnaire.

Par ce fait, l'unification organique proposée ne constitue pas un pas

progressiste de la classe ouvrière, mais reflète, au contraire, tout le recul

historique du mouvement ouvrier.

5. La banqueroute et la trahison des directions socialistes et communistes des

partis ouvriers entre les deux guerres impérialistes et pendant la deuxième

guerre impérialiste, loin d'avoir diminué l'importance de l'existence d'un

vrai parti révolutionnaire du prolétariat, fermement orienté vers la prise

révolutionnaire du pouvoir, telle que l'envisage la théorie du parti de Lénine,

la met, au contraire, au premier plan des impératifs historiques de notre époque.

Contre les progrès de la barbarie qui se dégage du pourrissement du régime

capitaliste, et du retard de la révolution socialiste, la classe ouvrière, et avec

elle toutes les couches exploitées de la société capitaliste, qui constituent

l'écrasante majorité de l'humanité, n'ont aucune autre issue que le triomphe

le plus rapide possible de la révolution socialiste.

Mais cette tâche est historiquement impossible sans la construction

préalable d'un vrai parti révolutionnaire et d'une vraie Internationale

révolutionnaire. C'est le but que se propose la IVe Internationale en appelant

dans tous les pays les masses ouvrières à se grouper autour de son drapeau

et qui justifie le principe de son indépendance organique.

6. Cependant, dans les conditions actuelles de recul idéologique du mouvement

ouvrier, malgré la maturité extrême des conditions objectives de la

révolution, l'unification des partis communistes et socialistes dans un seul

parti pourrait constituer sous certaines conditions un pas relativement

favorable, en éliminant vis-à-vis des masses une distinction entre deux

formations politiques qui ne diffèrent guère dans leur politique réformiste

actuelle, en renforçant le regroupement de la classe ouvrière, et surtout en

permettant, par l'établissement d'un régime intérieur démocratique, tel que

la bureaucratie stalinienne ne peut jamais accepter dans son propre parti, le

développement des tendances révolutionnaires.

Cette considération peut exercer dans certains pays une influence sur la

tactique à adopter par les sections de la IVe Internationale pour arriver à la

construction du parti révolutionnaire. Il se peut, devant le fait accompli de

l'unification des partis socialistes et communistes, ou pendant le processus de

l'unification, et dans des conditions constatées favorables (courants

progressistes centristes importants, climat démocratique intérieur favorable,

faiblesse extrême de nos forces, etc.), que des considérations tactiques

impliquent pour une section donnée de la IVe Internationale l'abandon

provisoire de son indépendance organique. Cependant, aucune décision

pareille ne pourra être prise par une section quelconque sans l'assentiment

responsable de la direction de l'Internationale.

7. Malgré les efforts tenaces et sincères qu'emploie actuellement la

bureaucratie des partis communistes pour arriver à l'unification, il est

cependant très peu probable que la bureaucratie socialiste accepte, en

définitive, cette unification. Les rapports des deux bureaucraties reflètent, en

réalité, les rapports entre la bureaucratie soviétique et l'impérialisme,

principalement les impérialismes américain et anglais, et dans la mesure où

l'influence de ces derniers deviendra prépondérante dans un pays, non

seulement l'unification risque de devenir irréalisable, mais même l'unité

d'action entre les deux partis, aussi longtemps qu'elle sera basée non pas sur

la tactique léniniste du front unique mais sur le rapprochement et les bonnes

relations des sommets bureaucratiques, deviendra de plus en plus difficile.

Seule la montée révolutionnaire des masses peut donner quelques chances de

succès à l'unification, que les directions bureaucratiques chercheraient à

utiliser dans ce cas pour mater et canaliser la montée révolutionnaire dans

leur propre voie.

Nos sections doivent expliquer le processus de l'unification entre les partis communistes et socialistes dans le sens de l'analyse ci-dessus, et le suivre dans chaque pays avec l'intérêt qui convient.

Texte approuvé par le CEE

à sa session d'octobre 1945

In Quatrième Internationale

avril-mai 1946

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 2, p. 293–296 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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