Les organisations soussignées, en pleine conscience des responsabilités historiques qui pèsent sur elles, se sont entendues pour unir leurs efforts afin de travailler en commun à la régénération du mouvement révolutionnaire prolétarien à l'échelle internationale. À la base de leur activité elles posent les principes suivants :
1. La crise mondiale du capitalisme impérialiste, qui a supprimé le terrain pour le
réformisme (social-démocratie, Deuxième Internationale, bureaucratie syndicale
réformiste) pose impérieusement la tâche de rompre avec la politique réformiste,
de mettre à l'ordre du jour la lutte révolutionnaire pour la conquête du pouvoir et
pour l'instauration de la dictature prolétarienne, comme l'unique voie pour la
transformation de la société capitaliste en société socialiste.
2. La tâche de la révolution prolétarienne dans son essence même, a un caractère
international. Le parti révolutionnaire du prolétariat a cependant pour tâche, dans
chaque pays où les conditions historiques sont mûres, de mener la classe ouvrière
à la lutte pour le pouvoir. Mais le prolétariat ne peut construire une société
socialiste achevée que sur la base de la division internationale du travail et d'une
collaboration internationale. Les signataires repoussent donc résolument la
théorie du « socialisme dans un seul pays » qui sape les bases mêmes de l'interna-
tionalisme prolétarien.
3. La Troisième Internationale, surgie de la révolution d'Octobre, qui posa les règles
fondamentales de la politique révolutionnaire à l'époque de l'impérialisme et
donna au prolétariat mondial les premières leçons de lutte révolutionnaire pour
le pouvoir, tomba victime de sa dépendance servile envers la bureaucratie
soviétique qui dégénéra dans l'esprit du nationalisme et du centrisme. 4. L'offensive du fascisme en Allemagne plaça les organisations de la classe ouvrière
devant l'épreuve décisive. La social-démocratie y confirma encore une fois le
jugement que Rosa Luxemburg avait donné d'elle. Elle se montra comme un
« cadavre puant ». Triompher des organisations, des idées et des méthodes du
réformisme est une condition indispensable pour la victoire de la classe ouvrière
sur le capitalisme.
5. C'est également avec une vigueur non moindre que les événements d'Allemagne
dévoilèrent l'effondrement de la troisième Internationale. Celui-ci est le résultat
de la politique radicalement fausse de la bureaucratie staliniste. L'influence
décisive de cette bureaucratie sur l'IC a eu pour effet que l'IC, appelée à éveiller
les énergies révolutionnaires dans le monde entier, à créer dans tous les pays des
partis communistes de masse, capables de remplir leur tâche et de diriger le
mouvement révolutionnaire mondial, est devenue de plus en plus un obstacle pour
le mouvement révolutionnaire mondial. Dans les conditions ainsi créées par la
politique du Komintern, le réformisme fut partout soutenu et une incapacité
d'action effrayante de la classe ouvrière fut provoquée.
6. La situation du capitalisme mondial, la crise épouvantable qui précipite les masses
populaires dans une misère sans précédent, les mouvements révolutionnaires des
masses coloniales opprimées, le danger mondial du fascisme, la perspective d'un
nouveau cycle de guerres, menaçant de détruire toute la civilisation humaine —
telles sont les conditions qui exigent impérieusement le rassemblement de l'avant-
garde prolétarienne dans une nouvelle Internationale. Les signataires s'engagent
à contribuer de toutes leurs forces pour que cette Internationale se forme dans le
plus bref délai possible sur les fondements inébranlables des principes théoriques
et stratégiques posés par Marx et par Lénine.
7. Prêts à collaborer avec toutes les organisations, groupes, fractions qui évoluent
réellement du réformisme ou du centrisme bureaucratique (stalinisme) vers la
politique du marxisme révolutionnaire, les signataires déclarent en même temps
que la nouvelle Internationale ne peut permettre aucune tolérance à l'égard du
réformisme ou du centrisme. L'unité nécessaire de la classe ouvrière ne peut être
atteinte par une mixture des conceptions réformiste et révolutionnaire, par une
adaptation à la politique staliniste, mais seulement en surmontant la politique des
deux internationales banqueroutières. Pour remplir ses tâches la nouvelle
Internationale ne peut tolérer une déviation des principes révolutionnaires dans
les questions de l'insurrection, de la dictature prolétarienne, de la forme
soviétique d'État, etc. 8. Par ses bases sociales, par la forme dominante de propriété, l'URSS reste, même
aujourd'hui un État prolétarien. La défense de l'Union soviétique contre
l'impérialisme et la contre-révolution intérieure, la nouvelle Internationale
l'inscrit sur son drapeau comme une de ses tâches les plus importantes.
Précisément la défense révolutionnaire de l'URSS nous fait un devoir impérieux
de libérer les forces révolutionnaires du monde entier de l'influence pernicieuse
du Komintern stalinisé et de construire une nouvelle Internationale communiste.
Ce n'est qu'à condition de rendre les organisations prolétariennes internationales
complètement indépendantes de la bureaucratie soviétique et de démasquer
impitoyablement ses fausses méthodes devant les masses ouvrières qu'une
défense victorieuse de l'Union soviétique est possible.
9. Une condition indispensable d'un développement fondamental des partis
prolétariens révolutionnaires, aussi bien à l'échelle nationale qu'à l'échelle
internationale, c'est la démocratie du parti. Sans liberté de critique, d'élections des
fonctionnaires du haut en bas, du contrôle sur l'appareil par les adhérents, il n'y a
pas de véritable parti révolutionnaire. En étouffant la démocratie intérieure, la
bureaucratie staliniste a étouffé le Komintern.
La nouvelle Internationale, aussi bien que les partis entrant dans sa composition,
devra donc bâtir toute sa vie intérieure sur les bases du centralisme démocratique.
10. Les soussignés se sont mis d'accord pour créer une commission de représentants
de tous les partis soussignés dans le but :
a. Élaboration d'un manifeste programmatique, charte de la nouvelle
Internationale ;
b. Préparation d'une étude du mouvement ouvrier contemporain dans toutes ses
organisations et toutes ses tendances ;
c. Élaboration de thèses sur toutes les questions fondamentales de la stratégie
révolutionnaire du prolétariat ;
d. Organisation permanente et systématique du travail préparatoire pour une
nouvelle Internationale ; transmission du matériel (ci-dessus mentionné) à
toutes les organisations et tous les groupes liés ou sympathisants aux
initiateurs de la conférence aux fins d'une discussion fondamentale et générale
sur les principes de la nouvelle Internationale.
— Secrétariat international de l'Opposition communiste de gauche : E. Bauer.
— Socialistische Arbeiter Partei (Allemagne): J. Schwab.
— Parti révolutionnaire socialiste (Hollande) : H. Sneevliet.
— Parti socialiste indépendant (Hollande) : P. J. Schmidt.
La Vérité, n° 170, 1er septembre 1933