(Texte non publié)
Dès le CC du 19 et du 20 janvier, la majorité du CC avait affirmé qu'elle était prête à mettre en application le tournant tactique défini par le bureau du SI. Ainsi se manifestait à nouveau sa volonté de discipline, discipline qui fut en toute circonstance totale et sans faille à l'égard des décisions du congrès mondial et de la commission française du congrès mondial, en dépit des étranges accusations de « volonté d'indiscipline » formulées par le bureau du SI.
Mais le CC du 20 janvier refusa de s'incliner devant les mesures d'appareil prises par le bureau du SI en violation des statuts de l'internationale, car ces mesures avaient pour but d'empêcher que ne s'engage une discussion sérieuse sur les problèmes posés par une tactique entriste, de s'opposer à la tenue d’un congrès extraordinaire et de ruiner toute garantie de démocratie dans le parti.
Nous condamnons sans réserve les méthodes d'appareil employées par le bureau du SI, méthodes que le CEI n'a pas pu approuver mais qu'il a pu seulement comprendre, méthodes qui sont à l'opposé de ce que doit faire une direction qui aurait confiance dans la justesse de ses positions. De telles méthodes sont la rançon de la confusion politique et expriment la logique d'une tendance révisionniste au sein de la direction internationale, remettant en cause les positions programmatiques du trotskysme. À cet égard, le document politique adopté par le CEI n'est pas exempt de confusion et de contradictions, spécialement en ce qui concerne le problème du stalinisme. En dépit des confusions et dangers de ce texte, la majorité du CC appliquera la discipline du CEI, parce qu'elle a la conviction que cette discipline reste compatible avec la défense, la sauvegarde et la réaffirmation des idées programmatiques de Trotsky et de son Programme de transition ; parce qu'elle a la certitude que la IVe Internationale dans son ensemble réagira inévitablement contre les menaces du révisionnisme, comme il est normal pour une organisation représentant le seul capital programmatique et politique de la révolution prolétarienne. Dans une telle organisation, les égarements et fautes passagères n'ont pas de racine objective pour prospérer.
La résolution organisationnelle du CEI sur la question française contient en elle une confirmation partielle de cette opinion. Sur plusieurs points, elle est une condamnation implicite de l'ultimatisme du bureau du SI. Elle en est le désaveu formel lorsqu'elle décide la tenue d'un congrès extraordinaire qui discutera des problèmes posés par l'entrisme, sans qu'une censure préalable ne vienne frapper les membres de la direction.
Elle ne remet pas en question la nécessité que le parti soit dirigé pratiquement par les militants dans lesquels il a politiquement confiance.
Mais sur plusieurs points, des sacrifices très graves nous ont été imposés : Le premier et le plus grave est la renonciation au droit du comité central issu du VIIe Congrès de désigner son bureau politique. Un bureau politique nous a été imposé, qui accorde à un membre du SI, désigné par le CEI pour six mois et responsable devant le CEI, une voix prépondérante qui le met en position d'arbitre dans toutes les questions contestées. Ceci est aussi vrai en ce qui concerne la composition du secrétariat. De plus, la désignation de Pierre Frank comme secrétaire politique nous a été imposée contre notre volonté, et nous continuons à la considérer comme erronée pour de nombreuses raisons.
Ces mesures ont été prises parce que le CEI, qui n'a pu entendre s'exprimer que deux des seize camarades suspendus, n'a pas été suffisamment informé par la réalité qui se cache derrière l'accusation de « volonté d'indiscipline » et a ajouté foi à la thèse du SI qui invoquait, pour se justifier, des « circonstances exceptionnelles ».
Notre acceptation des décisions du CEI est la démonstration du caractère tendancieux et erroné de l'accusation de « volonté d'indiscipline ». Comment peut-on affirmer sérieusement qu'une direction représentant l'essentiel des forces vives du parti, sa grande majorité prolétarienne, ait menacé sérieusement la politique et la discipline de l'internationale en janvier et accepte en février des décisions qui ne diffèrent des exigences du bureau du SI que par les garanties de discussion dans un congrès démocratique qu'elles comportent ? On ne peut prendre au sérieux cette histoire de « menace » que si l'on pense désormais que la discussion démocratique des tournants est un danger pour la direction internationale.
La majorité du CC du PCI a démontré, à nouveau, sa volonté inébranlable de préserver l'unité du parti au sein de l'internationale, de s'opposer au scissionnisme, même au prix de lourdes concessions. Quant à sa discipline politique, elle n'avait pas à en faire la démonstration car aucune accusation précise n'a pu être formulée contre elle ! Elle a néanmoins affirmé que même au cas où le CEI, acceptant des mesures d'exclusions et de scission, l'aurait mise formellement hors de l'internationale, elle aurait continué à appliquer la ligne politique du IIIe Congrès mondial et des organismes élus par lui.
La crise close au Xe CEI n'est pas une crise interne du PCI, mais un conflit surgi entre une section disciplinée de l'internationale d'une part, et le pablisme d'autre part, qui utilise les confusions et contradictions du congrès mondial — où il n'a pas pu s'imposer — pour tenter de s'affirmer après le congrès mondial. La responsabilité du conflit est entièrement à la charge de ceux qui, à l'occasion d'un tournant tactique, remirent en question les bases programmatiques de l'internationale, se livrèrent à des attaques contre le Programme de transition et contre les affirmations fondamentales du trotskysme sur la nature et sur le rôle de la bureaucratie soviétique.
Nous restons et resterons dans l'internationale. Nous continuerons à y combattre pour la défense du programme et des principes de fondation de notre internationale, parti mondial de la révolution.