Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Contribution du comité politique du SWP à la discussion sur les perspectives internationales

6 juin 1951 · Le IIIe Congrès mondial (16-25 août 1951) · 2 167 mots

In English: Contribution of the SWP Political Committee to the discussion on international perspectives — traduction assistée par machine.

Ce texte, daté de juin 1951, n'a pas été porté à la connaissance des instances internationales et du IIIe Congrès mondial par le délégué américain George Clarke, qui a jugé devoir le conserver par devers lui.

Les principales propositions contenues dans les « Thèses sur les perspectives internationales » sont les suivantes :

1. Depuis la guerre de Corée, l'impérialisme s'est précipité dans des préparatifs

militaires et politiques accélérés en vue d'une nouvelle guerre mondiale.

2. Ces préparatifs rencontrent inévitablement une résistance des masses qui souffrent des

effets de la militarisation (niveaux de vie et de travail abaissés, attaques contre leurs

droits, etc.).

3. La poussée impérialiste vers la guerre totale a lieu dans une situation internationale

qui est défavorable au capitalisme et menace de devenir encore pire.

4. La vigueur croissante des forces anticapitalistes et l'érosion de l'impérialisme peuvent

tout aussi bien hâter que retarder le déclenchement de la guerre. En tout cas, la décision

finale dépend de l'impérialisme américain. Les impérialistes américains peuvent se lancer

dans une guerre générale précisément en vue d'empêcher que le rapport de forces de

classe désavantageux devienne pire.

5. Une troisième guerre mondiale déclenchée dans de telles conditions acquerrait dès le

début le caractère d'une guerre civile internationale, notamment en Europe et en Asie. Ce

serait une guerre menée par le bloc impérialiste contre l'Union soviétique, les

« démocraties populaires », la Chine, les révolutions coloniales et le mouvement ouvrier

révolutionnaire dans les pays capitalistes. Ce serait une guerre de la contre-révolution

capitaliste pour la restauration de la propriété privée, du colonialisme et des autres formes

d'asservissement, contre le mouvement révolutionnaire international sous toutes ses

formes diverses.

6. Une telle guerre différerait des deux guerres mondiales précédentes à d'importants égards.

Premièrement, ce ne serait pas une lutte entre deux blocs impérialistes rivaux pour la

domination mondiale, mais avant tout une guerre de classes. Deuxièmement, elle ne

surviendrait pas au point culminant d'une série de défaites du prolétariat et de la

prostration politique de celui-ci. Elle viendrait plutôt en résultat de sérieux échecs de

l'impérialisme, non au moment où les travailleurs et les peuples coloniaux sont écrasés et

affaiblis, mais lorsque des coups durs sont infligés à l'impérialisme même. En conséquence,

l'effet immédiat d'une autre guerre mondiale ne serait pas d'émousser et de supprimer la

lutte des classes, mais de l'exacerber énormément vers des paroxysmes sociaux.

7. Cette analyse de la situation mondiale rend nécessaire l'orientation suivante et ouvre

les perspectives suivantes au mouvement révolutionnaire :

a) Les préparatifs et même le déclenchement de la guerre mondiale ne constituent pas

des causes de désespoir ou de défaitisme dans les rangs de l'avant-garde. Au contraire,

il faut voir en eux les possibilités révolutionnaires considérables ouvertes à l'échelle

internationale, à condition que l'avant-garde poursuive une ligne correcte et tire

pleinement avantage de ces possibilités.

b) Les marxistes ne peuvent pas prendre une attitude « neutraliste » ou abstentionniste

à l'égard des forces qui s'affronteraient dans la guerre menaçante. Ils doivent

s'opposer de façon intransigeante aux impérialistes et à leurs agents et ils doivent

s'allier sans ambiguïté avec les adversaires de l'impérialisme qui ont une nature

sociale, des tendances et des objectifs différents. Cette position de classe qui

différencie clairement entre les camps qui s'affrontent doit être rendue évidente

dans toute l'activité politique et dans la presse.

c) Dans les mouvements, les pays et les forces dirigées par Moscou et les staliniens

ou par les réformistes, les marxistes doivent clairement faire une distinction entre

les régimes sociaux, les forces, les mouvements de nature anticapitaliste et leurs

directions bureaucratiques et opportunistes.

d) Partout où les masses entrent en action contre les régimes capitalistes, les

marxistes doivent participer avec leur propre programme aux côtés des ouvriers,

des paysans et des peuples coloniaux dans leurs luttes en vue d'approfondir et

d'élargir les mouvements suivant des lignes révolutionnaires. Dans certaines

conditions, ceci peut rendre nécessaire d'entrer dans des mouvements contrôlés

par les staliniens et même de donner un soutien critique aux régimes placés sous

leurs auspices, tel celui de la Chine.

e) Ceci implique nécessairement en même temps de lutter contre la bureaucratie

soviétique et d'exploiter la crise mondiale du stalinisme en vue de créer une nouvelle

direction révolutionnaire. Cela exige des efforts systématiques pour être plus près des

masses qui sont actuellement en Europe et en Asie sous l'influence ou sous la

domination du stalinisme.

f) Dans les pays où le stalinisme est faible et où les réformistes sont aujourd'hui la

force dominante, comme en Angleterre ou en Inde, cela veut dire travailler parmi

les masses et au sein des partis qui suivent à présent les dirigeant réformistes. Dans

les pays où le stalinisme et la social-démocratie sont tous deux faibles, cela veut dire

affronter directement la bureaucratie syndicale et les porte-parole des capitalistes

pour gagner la direction des travailleurs.

Avec les propositions ci-dessus, nous sommes totalement d'accord. En même

temps, il est nécessaire à notre avis de développer et de renforcer les thèses selon

les lignes suivantes.

8. La nécessité de s'opposer au bloc impérialiste et de défendre les conquêtes d'Octobre

contre l'impérialisme ne signifie pas soutenir les mesures diplomatiques ou la stratégie

militaire du Kremlin, ainsi que les thèses elles-mêmes l'indiquent. Le développement

de la lutte de classes et des lignes d'intérêt de classe ne coïnciderait pas

nécessairement, dans le cours de la guerre, en toute circonstance et en tout lieu avec

les alignements gouvernementaux ou militaires. Le cas de la Yougoslavie illustre bien

aujourd'hui une telle circonstance. Des cas similaires peuvent surgir au cours de la

guerre même. Dans la période qui vient, les marxistes se trouvent face à un double

problème : d'une part, défendre les conquêtes d'Octobre contre l'impérialisme, d'autre

part, défendre les luttes révolutionnaires et leurs conquêtes (comme en Yougoslavie

aujourd'hui) contre le Kremlin.

9. Le rôle contre-révolutionnaire direct que Moscou a joué et continue de jouer ne

disparaîtra pas à l'arrière-plan en cas de guerre. Au contraire, il viendra au premier plan

quand et là où les mouvements de masse indépendants menaceraient de passer au-delà

du contrôle des partis que ce dernier domine. Indépendamment de leurs effets pour la

défense de l'Union soviétique, la bureaucratie stalinienne ne soutiendra pas des

mouvements de masse indépendants et, notamment, des mouvements oppositionnels.

Si le Kremlin estime que de tels mouvements indépendants mettent en cause ses

intérêts, il n'hésitera pas à les réprimer. En se développant, ces mouvements

révolutionnaires peuvent, dans certaines circonstances, entraîner avec eux des agents

du Kremlin qui chercheront à en prendre la tête afin de pouvoir les contrôler. Il est

nécessaire de mettre en garde que plus ces mouvements tendront à passer par-dessus

leur tête, et plus ouvertement la bureaucratie stalinienne tendra à se heurter à ces

mouvements et à chercher à les écraser.

10. Tandis que la situation internationale, considérablement aggravée et se détériorant

continuellement, réduit les chances d'un marchandage entre le Kremlin et les

impérialistes, la possibilité d'un tel marchandage subsiste toujours. La bureaucratie

stalinienne conservatrice est loin d'avoir abandonné sa perspective de vivre en paix avec

l'impérialisme, si seulement celui-ci lui permet de le faire. À cette fin, elle est prête,

comme elle l'a toujours été, à sacrifier partout les intérêts des ouvriers. Des mesures

telles que l'offre de Togliatti à la bourgeoisie italienne démontrent que le Kremlin est loin

d'avoir perdu tout espoir de conclure un marché. Bien qu'un tel marché, s'il est conclu,

ne pourrait que s'avérer temporaire et partiel, il modifierait toutefois la situation

internationale et nos propres perspectives dans la période immédiate et, par

conséquent, ne devrait pas être totalement écarté de notre analyse.

11. Au lieu de tenter de fournir une redéfinition générale des partis staliniens, il serait

plus indiqué de recommander de suivre leur évolution concrète dans chaque cas

donné, dans leurs rapports spécifiques avec le Kremlin d'une part, et avec le

mouvement des masses dans leur propre pays, d'autre part. En même temps, il est

obligatoire de réaffirmer notre caractérisation antérieure du stalinisme comme force

contre-révolutionnaire. Le stalinisme reste ce qu'il a été, avant, pendant et depuis la

dernière guerre. C'est une bureaucratie réformiste nationale et une agence de

l'impérialisme dans le mouvement ouvrier mondial. Ce qui est nouveau dans la

situation, ce ne sont pas les quelconques changements dans la nature et le rôle du

stalinisme, mais les conditions nouvelles dans lesquelles ces partis, y compris le

Kremlin, se trouvent à présent et en résultat desquelles ils ont été plongés dans des

crises.

La possibilité et la probabilité que des mouvements de masse puissent passer dans

quelques pays par-dessus la tête des partis staliniens ouvre deux variantes de

développement. Si ces partis suivent les masses et commencent à suivre une voie

révolutionnaire, cela conduira inévitablement à leur rupture avec le Kremlin et à

leur évolution indépendante. De tels partis ne peuvent alors plus être considérés

comme étant staliniens, mais tendront plutôt à avoir un caractère centriste, comme

cela a été le cas du PC yougoslave. Mais les partis qui, dans des conditions de soulè-

vement de masse, restent totalement liés au Kremlin, développeront totalement

leur caractère contre-révolutionnaire. La caractérisation des partis staliniens

comme « pas exactement réformistes » est à la fois vague et trompeuse et doit être

éliminée.

12. L'analyse concernant la conduite que pourraient avoir les partis staliniens en temps

de guerre dans les pays capitalistes tend à être unilatérale dans les thèses. Il est dit

que, dans certaines circonstances, ces partis peuvent être obligés d'esquisser, une

orientation révolutionnaire. Cela n'est pas exclu. Mais le contraire n'est également

pas exclu. Dans certaines circonstances, les staliniens pourraient étrangler et

étrangleraient effectivement des révolutions au cours d'une guerre. Cette variante

devrait être soulignée tout autant. En outre, il faudrait souligner qu'avec le

déclenchement de la guerre tous les partis staliniens n'échapperaient pas à la crise

qui les atteint, mais que cette crise s'intensifierait plutôt de beaucoup.

13. En accord avec ce qui a été dit, il faut aussi souligner qu'une orientation tactique

n'implique aucune conciliation avec le stalinisme. Au contraire, ces tactiques ont

pour objet de nous permettre de fusionner avec le mouvement vivant des masses et

de combattre d'autant plus effectivement le stalinisme.

14. Bien que les immenses soulèvements révolutionnaires que provoquerait, dans les

secteurs impérialistes, le déclenchement d'une guerre mondiale soient correctement

soulignés, il faudrait indiquer qu'une telle guerre aggraverait aussi les conflits latents et

soulèverait des mouvements de masse indépendants contre la dictature du Kremlin dans

les régions qu'il domine. Ceci surviendrait probablement dans les pays d'Europe

orientale où les partis communistes ont déjà dû subir la purge de leurs directions natio-

nales et parmi les nationalités soviétiques qui ont directement fait l'expérience des maux

de l'oppression stalinienne. La tâche des marxistes sera de se lier à ces mouvements

populaires antistaliniens, de leur donner une expression anti-impérialiste et anticapita-

liste claire et conséquente, et de les guider dans une direction révolutionnaire socialiste.

15. La perspective d'« États ouvriers déformés » comme ligne de développement historique

pour une future période indéfinie ne doit pas être reconnue implicitement ou

explicitement dans les thèses. Que ce soit en Europe orientale ou en Asie, les pays arriérés

ne constituent qu'un des principaux canaux du développement révolutionnaire.

L'extension de la révolution prolétarienne à un ou plusieurs pays avancés changerait

radicalement tout le tableau du monde. Cet aspect devrait être mis en avant dans les

thèses. Le retard de la révolution socialiste dans un pays européen retardé et la limitation

qui en résulta étaient une circonstance historique qui a largement déterminé le cours de

l'histoire mondiale depuis 1924. Mais nous sommes, aujourd'hui, au seuil d'une situation

entièrement nouvelle. La montée sans parallèle des révolutions coloniales peut sembler

renforcer cette tendance antérieure. Toutefois, en dernière instance, elle la renversera.

Car ces révolutions coloniales qui englobent maintenant aussi le Proche-Orient ébranlent

et disloquent toute la structure impérialiste mondiale et fournissent ainsi une énorme

impulsion à la révolution socialiste dans tous les pays avancés, y compris aux États-Unis.

Le déclenchement d'une guerre mondiale ne modifiera pas cette tendance : au contraire,

elle renforcera considérablement les développements révolutionnaires à la fois dans les

pays arriérés et dans les pays avancés. La montée des révolutions coloniales doit être

directement reliée en ce sens aux perspectives des pays avancés. En même temps, il y a lieu

de noter que cette interconnexion entre le développement des pays arriérés et avancés

aggravera à l'extrême la crise qui s'étend non seulement à l'impérialisme mais également

au stalinisme.

16. La caractéristique politique centrale de la situation mondiale aujourd'hui est la crise

de la direction prolétarienne. Il est impérieux de réaffirmer cette proposition de nos

thèses du congrès de fondation. Tout tourne autour de la solution de cette tâche

historique. Les conditions objectives pour son accomplissement sont maintenant

mûres, mais la tâche ne sera pas résolue automatiquement ou mécaniquement, ni

indépendamment de notre intervention et de notre politique. Les démarches tactiques

proposées acquièrent toute leur signification et toute leur importance en relation avec

la solution de ce problème.

Le 6 juin 1951

Le comité politique du SWP (traduit de l'américain par Pierre Frank)

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 4, p. 165–169 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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