Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Contre-projet de résolution politique générale (minorité, repoussé par le congrès)

février 1974 · Xe Congrès mondial (minorité) · Le Xe Congrès mondial et après (1974-1979) · 27 687 mots

In English: Intercontinental Press, vol. 12 no. 46, 23 Dec 1974, p. 1747ff (inventory #145; IP1246.pdf) (texte anglais publié, pas encore en ligne ici).

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de la minorité repoussé par le congrès 1. CARACTÉRISTIQUES PRINCIPALES DE LA SITUATION POLITIQUE MONDIALE

« La situation politique mondiale dans son ensemble, écrivait Trotsky en 1938, est avant tout caractérisée par une crise historique de la direction du prolétariat ». (L'agonie du capitalisme et les tâches de la IVme Inter.). Ce jugement de Trotsky reste valable malgré les immenses changements qui se sont produits depuis lors. En fait, la crise historique de la direction du prolétariat est devenue plus aigüe au cours des années. Aujourd'hui, le sort de l'humanité dépend de la résolution de cette crise dans des délais relativement courts.

4) La maturité des conditions objectives.

Les préconditions économiques de la révolution prolétarienne étaient pleinement acquises dès le début du siècle. La première guerre mondiale fut un avertissement à l'humanité du prix que lui ferait payer un retard de cette révolution. Il y eut d'autres sérieux avertissements pendant les années 20 et 30 sous la forme de convulsions économiques d'une profondeur et d'une étendue inégalées, amenant périodiquement un chômage massif et une ‘pression continue sur le niveau de vie des masses.

C'est au travers de dépenses énormes pour la reconstruction de l'Europe et du Japon au lendemain de la 2m guerre mondiale, de l'intervention accrue des gouvernements dans l'économie et de budgets de querre de taille astronomique, que la classe dirigeante capitaliste réussit pendant une certaine période à écarter des crises économiques aigües. Les frais généraux en ont été néanmoins, une inflation s'aggravant sans fin et une accumulation des tensions qui conduisirent à une convulsion économique aigüe. Parmi ces signes annonciateurs, il faut inclure entre autres choses, les crises monétaires internationales successives des récentes années et l'acuité croissante des rivalités économiques.

Un des indices les plus clairs de la tendance du capitalisme moderne est l'érosion de la démocratie bourgeoise à une échelle mondiale. C'est entre la première et la deuxième guerre mondiale que le capitalisme européen, le secteur le plus développé et le plus cultivé, 4 donné naissance au fascisme, la forme de gouvernement la plus néfaste de l'histoire. Le fascisme continue à servir de modèle de brutalité impitoyable aux régimes dictatoriaux de toutes sortes, sur tous les continents. Le capitalisme fit preuve à nouveau de sa barbarie potentielle au cours d'une deuxième guerre mondiale, dont la destruc-tivité et les effusions de sang dépassèrent de loin celles de la première. La mise à feu de bombes au plutonium au-dessus de deux centres de population dense du Japon a servi d'avertissement quant à ce que réserve le capitalisme s'il lui est permis de se maintenir jusqu'à ce qu'il atteigne le stade d'une troisième auerre mondiale. Le bombe à hydrogène est aujourd'hui suspendue comme un spectre au-dessus du monde, le dernier rappel en étant l'alerte nucléaire décidée par Nixon au cours du conflit d'octobre 73 au Moyen-Orient.

Un indice adéquat de la dégénérescence du capitalisme consiste dans l'élévation de la « diplomatie de la canonnière » à un niveau tel que les bombardements du Vietnam par le Pentagone ont surpassé en force destructive la somme des explosifs employés sur tous les fronts durant les six années de la deuxième guerre mondiale.

Un autre indice significatif de la régression créée par le capitalisme consiste dans l'utilisation de la torture comme un moyen de pouvoir systématique. Presque la moitié des qouver-nements du monde l'ont adoptée et elle s'étend rapidement, selon une étude publiée par Amnesty International en novembre 73.

Les capacités oroductives de l'économie canitaliste mondiale se sont indubitablement accrues en chiffres absolus par rapport à certaines dates telles que 1913 ou 1939. Les statistiques sont néanmoins trompeuses à cause de ce dont elles ne tiennent pas compte. La croissance a été hautement inégale. Dans certains pays, en particulier dans la sphère coloniale et semi-coloniale, la croissance économique n'a même pas suivi l'expansion démographique. Du point de vue des chiffres par habitant, cela a signifié un déclin absolu. De plus dans certains pays, en particulier dans ceux dont les rapports avec le marché mondial ont engendré la monoculture, l'économie est la proie de tournants abrupts et hautement désorganisateurs. Ce qui est plus, significatif encore, c'est que-de telles comparaisons ne tiennent pas compte des immenses pertes et des reculs subis à la suite des dépressions, des guerres et de la préparation à de nouvelles guerres sans parler du niveau artificiel de pénurie par le fait que la production est rendue dépendante des exigences du profit et des limites des frontières nationales.

Une évaluation plus réaliste de la mesure dans laquelle les rapports capitalistes font obstacle au développement optimum des capacités de l'industrie moderne, ressort de l'étude du progrès rapide de l'Union Soviétique et d'autres pays plus pauvres en particulier la Chine, dès lors que les rapports de production capitalistes ont cédé la place à la production planifiée. Malgré le lourd et inutile fardeau du parasitisme de la caste bureaucratique, l'expérience de ces pays témoigne des vastes possibilités inhérentes à une économie nationalisée et planifiée. Il est désormais honnêtement impossible de nier qu'une planification mondiale de l'économie pourrait mettre l'abondance à la portée de tous, dans des délais relativement brefs.

2) Le stade des effondrements soudains.

Si les progrès technologiques des pays capitalistes tels que l'automation et l'emploi des ordinateurs ont atteint un degré tel, que de l'avis de certains, ils méritent l'étiquette de « nouvelle révolution industrielle », ils ont, à un autre niveau approfondi et étendu les contradictions déjà existantes du système capitaliste.

La « crise de l'énergie » le montre de éaçon remarquablement claire. Il y a un certain nombre d'années que la pénurie croissante avait été remarquée. Conséquence directe de la politique monopolistique des cartels du pétrole, elle a reflété à un niveau plus profond le désordre du capitalisme dans son ensemble. Le retrait d'une quantité relativement réduite de pétrole du marché mondial en octobre 1973 a suffi à précipiter une crise aigüe.

Au Jépon, dont la productivité est proche de celle des Etats-Unis et qui est le premier importateur mondial de pétrole, la réduction de l'approvisionnement en pétrole du Moyen-Orient a conduit en décembre à la proclamation d'un « état d'urgence » et à une décision gouvernementale de réduire la part de pétrole et d'électricité des principales industries de 20 %.

La mise en place de contrôles économiques semblables à ceux qui étaient en vigueur avant et pendant la 2"° guerre mondiale a été examinée par les cercles gouvernementaux japonais. Elle impliquerait le rationnement du pétrole et de tous les produits affectés par la pénurie de pétrole, l'établissement de quotas de production, la mise en vigueur de restrictions sur les importations et les exportations, mise en place du contrôle des changes et, bien sûr, de « contrôles » des salaires.

Les plans des exportations japonaises ont été bouleversés, v compris celles de fournitures essentielles à d'autres pays de l'Extrême-Orient. L'avenir des exportations vers les Etats-Unis est devenu incertain, par suite de la montée des prix de revient. Non seulement les prévisions de profits ont été abaissées en hâte, mais on a permis par mesure d'urgence au yen lui-même de baisser.

En Grande-Bretaane, Heath s'est servi de la crise de l'énergie pour décréter, en décembre. la semaine de travail de trois jours dans la plupart des industries. Il s'en est suivi des réductions de salaires pour des millions de travailleurs, une forte montée du chômage, d'importantes perturbations et de nouvelles épreuves pour les masses. Le gouvernement conservateur à pris cette mesure « d'austérité », après avoir déjà décrété un « Etat d'urgence » en novembre, face à la forte poussée de plus de six millions d'ouvriers pour des augmentations de salaires. La conséquence en est une crise sociale d'une sévérité inhabituelle.

Ailleurs, en Europe occidentale, la crise pétrolière soudaine a conduit à des restrictions de degrés divers dans tous les pays, certaines: rappelant Îes contrôles de la deuxième guerre mondiale. Aux USA, le marché des valeurs a fluctué en tous sens. Une étape « volontaire » de rationnement des produits pétroliers et de l'électricité a été décrétée, tandis que se préparaient des mesures plus rigoureuses.

L'administration du marché commun a annoncé la possibilité d'une baisse de 2 à 3% du produit brut des marchandises et services des pays du marché commun pendant l'année 1974, qui risquait de plonger l'Europe dans la récession la plus profonde depuis la fin des annés 40.

Tandis que le keynésiens cherchaient de nouvelles mesures de replâtrage, les analystes de Wall Street spéculaient sur les effets que la crise énergétique pourrait avoir sur les signes notés plus hauts de la possibilité que la récession prochaine coïncide en Europe occidentale, aux Etats-Unis et au Japon. :

Outre les possibilités accrues de récession, la crise de l'énergie a immédiatement été suivie par un nouveau bond inflationniste. En 1970, le pétrole du Moyen-Orient était à 1,80 dollar le baril. En janvier 1973, il était monté à 2,59 dollars. En décembre 73, il avait quadruplé, atteignant le prix de 11,65 dollars. Dans certaines région , les cartels géants ont fait monter les prix du pétrole encore plus haut. Par une réaction en chaîne à l'échelle mondiale, les prix de nombreuses marchandises ont augmenté vertigineusement en quelques semaines.

Dans le monde colonial et semi-colonial, les conséquences inflationnistes de la crise du pétrole s'annoncent particulièrement sévères. Si certains pays dotés de champs pétrolifères étendus peuvent bénéficier temporairement des hausses de prix, d'autres qui dépendent étroitement de leurs importations de pétrole (Inde, Brésil, etc.) sont soumis à de fortes tensions. Les pays qui ne dépendent pas si directement du pétrole, de par la faiblesse de leur développement industriel, peuvent être durement frappés de façon indirecte.

Les hausses de prix annoncées par le Shah au nom des gouvernements producteurs de pétrole du Moyen-Orient, ont été le produit des efforts du holding Aramco-Exxon, Mobil, Standard of California et Texaco. Cette manœuvre s'inscrit dans un projet gigantesque visant à élever les profits des industries pétrolières et connexes à des niveaux inouïs, à abroger les mesures minimales contre la pollution que la pression publique avait commencé à faire inscrire dans le code, à éliminer les mesures de sécurité dans les mines de houilles pour abaisser les coûts de production, à supprimer les restrictions sur les mines à ciel ouvert et l'exploitation des schistes bitumineux, à accélérer la construction de ports profonds nécessaires au déchargement des pétroliers géants, à ralentir la construction de nouvelles raffineries, à hâter la construction de centrales nucléaires dangereu-ses et à éliminer les distributeurs indépendants de produits pétroliers.

La crise de l'énergie a servi de prétexte aux rois du pétrole et à leurs représentants gouvernementaux pour asséner de grands coups au mouvement écologique, un exemple notoire en étant les pressions qüi ont forcé le Congrès américain à autoriser la construction d'un oléoduc à travers l'Alaska qui risque de détruire l'équilibre écologique d'une grande partie de ce qu'il y reste de la nature.

D'autres conséquences sont à relever. La prédominance des Etats-Unis au sein du système capitaliste mondial a été confirmée. Particulièrement frappante est la vulnérabilité du Japon, dont les industries dépendent lourdement de sources de pétroles lointaines, dominées par les cartels contrôlés par Washington (ou plus précisément, qui contrôlent Washinaton). La faiblesse relative et la désunion des puissances de l'Europe occidentale ont également été mises en évidence. Par le biais des cartels du pétrole, les Etats-Unis ont asséné des coups cinglants à leurs partenaires cadets. Le renforcement relatif du dollar en est une indication.

La crise de l'énergie n'est qu'un des exemples de ce que devient le système capitaliste mondial. La disette de viande de bœuf aux Etats-Unis et en Argentine mérite d'être rappelée de même que les pannes et demi-pannes soudaines d'électricité, : la désorganisation des services téléphoniques et la détériora-, tion des systèmes postaux de divers pays. D'autres disettes et ruptures pouvant conduire à des crises aigües sont imminentes. Aux Etats-Unis, par exemple, un manque de métaux pourrait survenir. Le monde colonial risque d'être atteint par une disette d'engrais chimiques. A Tokyo et dans d'autres centres industriels, les niveaux de pollution sont dangereusement élevés.

Les effondrements soudains caractéristiques aujourd'hui du capitalisme témoignent de l'anarchie croissante du système et de la nécessité de restructurer l'économie mondiale de façon rationnelle.

Les répercussions de la crise de l'énergie peuvent être citées pour montrer l'actualité du Programme de Transition proposé par Trotsky en 1938. Aux Etats-Unis, la preuve en a été assez dramatique. Quelques jours après l'annonce des réductions de livraisons de pétrole et malgré l'arriération politique bien connue du pays, divers cercles demandaient l'ouverture des livres de Comptes des monopoles pétroliers et la publication de leurs pro-its, de ‘leurs statistiques de production et de leurs accords secrets, afin qu'une action appropriée puisse être entreprise.

Ce sont là des revendications Progressives qui doivent partout être appuyées par les révolutionnaires. Elles mènent assez logiquement à d'autres revendications, dont l'une fut bientôt avancée aux Etats-Unis : la conversion de l'industrie pétrolière en service public.

Des mots d'ordre dans le même sens et d'un caractère de plus en plus révolutionnaire apparaîtront à mesure que s'aggravera la crise de l'énergie. Parmi eux on trouve : contrôle des ouvriers au lieu des actionnaires sur la gestion des compagnies pétrolières, expropriation des cartels pétroliers. Préparons l'utilisation rationnelle des ressources énergétiques à l'échelle mondiale.

Le prix que le prolétariat a payé pour la crise de l'énergie est apparu presque aussitôt sous la forme de licenciements et de réductions de l'emploi (à une échelle nationale en Grande-Bretagne avec la semaine de trois jours de Heath). Le fléau du chômage vint s'ajouter à celui de l'inflation déchginée. Les conséquences en sont visibles dans la montée du mécontentement des masses dans les principaux pays industriels. La pression se développe déjà, en particulier dans les syndicats, pour les contrecarrer.

Le mouvement trotskyste défend l'échelle mobile des salaires pour faire face à la hausse du coût de la vie, depuis longtemps. Son pendant l'échelle mobile des heures de travall pour faire face eu chômage est maintenant à l'ordre du jour.

La lutte pour de telles revendications, qui ont trait à la situation économique immédiate des travailleurs, se combine logique-ment avec la lutte pour le contrôle, la gestion et la propriété de l'industrie pétrolière (et des industries connexes). Sur cette voie de lutte peut se dégager un défi révolutionnaire aux partis capitalistes, au gouvernement capitaliste et à l'Etat capitaliste.

La manière de lancer ce défi est une question tactique qui dépend du niveau de conscience politique des masses et des circonstances concrètes de chaque pays, en particulier de l'acuité des luttes. Les sections de la IVe Internationale ne devraient avoir aucune difficulté pour résoudre ce problème en utilisant la méthode indiquée par Trotsky dans L'Agonie du capitalisme et les tâches de la Q..

La crise de l'énergie, il faut le souligner, n'est qu'un exemole frappant de ce que devient le système capitaliste, (sensibilité grandissante aux chocs et aux effondrements soudains) et de l'apparition de nouvelles ouvertures permettant d'œuvrer à l'adop-con par le mouvement ouvrier de propositions d'initiatives dans ‘action.

La crise de l'énergie a éclairé avec force deux traits fondamentaux du capitalisme aujourd'hui : sa structure internationale hautement intégrée et son imperméabilité à une planification rationnelle.

Les « options » choisies par les capitalistes dans les situations telles que la crise de l'énergie, se réduisent en dernière analyse simplement à renforcer leur domination et à contraindre les masses, parfois avec quelques miettes passagères, à oorter des charges nouvelles. La classe capitaliste demeure ferme-ment résolue à conserver le pouvoir et à maintenir le statu-nuo même s'il doit en résulter un nouvel âge des ténèbres ou l'annihilation nucléaire.

Cenendant, le mécontentement des masses grandit. Elles ne sont plus prêtes à accepter passivement les perspectives sinistres offertes par le capitalisme. leurs craintes ont été renforcées par le cours suivi par les dirigeants capitalistes au cours du dernier demi-siècle, mais leurs espoirs ont été attisés par ce qu'il est manifestement possible de faire en dépassant le capitalisme et en instaurant un ordre économique fondé sur la science moderne, la technologie et l'industrie. De plus, elles ont vu la possibilité de sortir du système capitaliste et d'aller de l'avant. Les expériences de la Russie, de la Chine, de l'Europe orientale, de la Corée du nord, du Nord-Vietnam et de Cuba en sont la démonstration convaincante.

C'est la combinaison qu'on trouve en général dans les masses entre l'accroissement de leurs espoirs, le rejet des choses telles qu'elles sont et la conscience de la possibilité de dépasser le capitalisme, qui constitue un des traits principaux de la situation politique dans le monde aujourd'hui. Ce que les masses ne perçoivent pas encore clairement c'est la voie correcte à suivre. Élles sont encore loin d'avoir résolu la crise de la direction du prolétariat.

2. LA RÉVOLUTION MONDIALE REPREND

SON COURS PRINCIPAL

1) L'action exemplaire des bolchéviks.

Le problème de la conquête du pouvoir contre la bourgeoisie a été résolu au début de ce siècle par deux contributions inappréciables au marxisme : le projet de construction d'un parti d'avant-garde de Lénine et la théorie de la révolution permanente de Trotsky. Ce qui est plus important, à la fin de la première guerre mondiale, l'équipe des bolchéviks qu'ils dirigeaient en Russie, l'a résolu dans la pratique. L'action exemplaire des bolchéviks demeure le modèle le meilleur et le plus lumineux à offrir à l'étude et à l'émulation des révolutionnaires de partout.

La stratégie de Lénine, à laquelle il gagne finalement Trotsky en 1917, consistait dans la construction d'un parti révolutionnaire de masse capable de fournir la direction à tous les secteurs de la lutte de classes et d'organiser la lutte pour le pouvoir. Ce parti fournissait une direction au prolétariat qui, à son tour, fournissait une direction aux couches opprimées à la ville comme à la campagne, y compris les nationalités opprimées et la paysannerie, la force de classe opprimée la plus massive de l'Empire russe. Avec la construction d'un parti, conçu à l'image de la formule de Lénine, c'est-à-dire d'un état-major révolutionnaiss et de milliers de cadres expérimentés liés entre eux par le centralisme démocratique, les ouvriers réussirent après avoir renversé le Tsar, à conquérir la suprématie et à commencer la révolution socialiste mondiale.

C'est Trotsky qui fut le génie politique dirigeant dans le domaine militaire et qui assura la victoire dans la lutte armée, non seulement dans l'insurrection de Pétrograd d'octobre 1917, mails aussi dans la guerre civile qui s'ensuivit et au cours de laquelle la contre-révolution intérieure fut appuyée par des corps expéditionnaires fournis par les Alliés y compris par les Etats-Unis.

Lénine et Trotsky ont cherché à enseigner au prolétariat international que le secret principal de la victoire de la révolution russe (sans aucun doute l'événement le plus significatif du 20me siècle) avait été de nature politique. 1! s'agit de la construction en temps voulu d'un parti révolutiennaire prolétarien. Ils lancèrent la Troisième Internationale en 1919 pour promouvoir cette tâche à une échelle mondiale.

Il ne manqua pas d'opportunités révolutionnaires pendant les années vingt et trente. L'Europe fut secouée à plusieurs reprises. La révolution chinoise avait d'excellentes chances de vaincre en 1925-27.

Toutes ces occasions furent soit manquées, soit ratées parce que la leçon-clé de la révolution russe ne fut ni assimilée ni appliquée à temps, à savoir la construction d'un parti révolutionnaire. La raison principale de cette lacune après l'effondrement de la social-démocratie, tient à la croissance d'une caste bureaucratique réactionnaire en Union Soviétique, due à l'isolement de la révolution russe, à l'usure de la génération qui avait fait la révolution, à la pauvreté générale et à l'arriération culturelle de la Russie paysanne. Staline se dégagea comme représentant politique principal de la bureaucratie dominante. Avec la mort de Lénine, les léninistes se trouvèrent répidement en minorité dans le parti bolchévik qu'ils avaient créé. Ceux qui ne capitulèrent pas furent éventuellement éliminés perdant la vie, parmi beaucoup d'autres au Cours des grandes purges des années trente.

Le plus pernicieux des effets de ces événements en Union Soviétique consista dans la désorientation de l'avant-garde prolétarienne dans les autres pays. incapable de suivre ou de comprendre la signification de la lutte politique en Union Soviétique, la majorité prit Staline pour le représentant légitime du marxisme révolutionnaire et le continuateur du léninisme, comme le prétendait le gouvernement soviétique.

Le Stalinisme, que ce soit dans ses expressions ultra-gauches ou droitières, gagna ainsi une emprise sur des millions d'ouvriers d'inclination révolutionnaire. Beaucoup de ceux qui furent repoussés par le stalinisme retournèrent aux parti sociaux-démocrates, rendant à ces formations une nouvelle vitalité qu'elles avaient perdue à cause de leur rôle contre-révolutionnaire pendant la première guerre mondiale et ses suites. La politique de collaboration de classe des partis staliniens et sociaux-démocrates, culminant dans les fatals « fronts populaires » du milieu des années trente, condamna les mobilisations spontanées des travailleurs et de leurs alliés qui auraient pu en ces temps renverser le capitalisme européen si elles avaient été guidées par des partis révolutionnaires construits à la manière léniniste.

L'action exemplaire des bolchéviks dans la résolution de la crise de la direction devint de plus en plus floue dans l'esprit de l'avant-garde ouvrière. Ses leçons ne furent sauvées que par la seule troupe de continuateurs du léninisme qui se tinrent aux côtés de Trotsky, contre le courant et qui fondèrent la IVwe Internationale à la veille de la deuxième guerre mondiale.

2) Le long détour.

L'immense trahison de la classe ouvrière par les partis communistes stalinisés: coûta à l'humanité une deuxième guerre mondiale, noyant l'Europe, l'Afrique du Nord et l'Extrême-Orient Se le sang et faisant reculer la civilisation de dizaines d'années.

Les Etats-Unis gagnèrent l'hégémonie parmi les puissances impérialistes. Néanmoins, par suite des moyens de destruction qui furent employés pour y arriver, le capitalisme mondial lui-même s'était tant affaibli, en particulier dans ses secteurs allemands et japonais, que l'Union Soviétique put — grâce aux acquis fondamentaux de la révolution d'octobre — émerger victorieuse, bien que sérieusement endommagée et ce, malgré la politique contre-révolutionnaire du stalinisme qui avait préparé la voie à l'invasion du premier Etat ouvrier par l'impérialisme alle-and.

Le double résultat de la deuxième guerre mondiale, l'hégémonie américaine sur un monde capitaliste affaibli d'une part, la victoire soviétique de l'autre, combiné aux effets profondément perturbateurs de cette guerre à l'échelle mondiale a constitué le principal cadre politique international du quart de siècle suivant.

.En 1945, à la fin de la deuxième guerre mondiale, les pontifes de l'impérialisme américain envisageaient une « pax americana » un empire d'une puissance et d'une stabilité plus grandes que tout ce qu'on avait connu depuis la période romaine. Possédant le monopole de la bombe atomique, l'Europe occidentale et le Japon gisant sous les ruines et l'Union Soviétique ayant été dévastée par son conflit avec l'Allemagne, les dirigeants des Etats-Unis se préparaient à « terminer leur boulot » en soumet-tant la Chine à l'empire américain, en portant la bannière américaine de l'Europe de l'Est au Pacifique et en ouvrant ces vastes régions à la pénétration du capital. La première phase de cette opération a été la « guerre froide » avec la diplomatie de la bombe atomique de Truman et le but avoué de « contenir » et de « refouler » le communisme.

Aux Etats-Unis même, cette politique conduisit au maccarthysme qui reçut sa première impulsion sous Truman en

Une série d'événements inattendus interfère cependant dans la réalisation de ces plans ambitieux. D'abord, les troupes américaines établies en Europe et en Extrême-Orient refusèrent de rester à l'étranger. Des mobilisations spontanées comprenant de larges contingents témoignaient de la désintégration de ces forces comme instrument de la politique impérialiste. Le rapatriement dut être octroyé aux Gl's qui le revendiquaient et de nouvelles armées durent être construites pour les remplacer. Ainsi fut perdu le moment le plus propice pour frapper.

En outre, des soulèvements spontanés des masses en Europe occidentale (en Italie et en France surtout) montrèrent la précarité du capitalisme dans cette région-clé. L'impérialisme américain dut prendre le temps d'y étayer le capitalisme, ce qui fut accompli par le biais du Plan Marshall.

Bien que les partis staliniens, de par leur politique de collaboration de classe, aient joué un rôle décisif dans la trahison des premières grandes chances de la révolution socialiste d'après-guerre en Europe occidentale, de la Grèce à la Belgique, ils furent incapables de contenir le colossal soulèvement dans la sphère coloniale qui s'avéra décisif pour faire échouer les plans de conquête du monde de l'impérialisme US.

L'Union Soviétique bénéficia d'un répit, dont il fut fait bon usage. A l'étonnement et au chagrin du Pentagone, les savants soviétiques brisèrent le monopole américain des armes nucléaires, faisant exploser une bombe atomique en 1949 et une bombe à hydrogène en 1953.

De plus, dans les pays d'Europe orientale occupés par les troupes soviétiques, Staline riposta à l'offensive de la guerre froide, en réalisant une série de renversement du capitalisme qui renforcèrent davantage l'Union Soviétique, donnant ainsi de façon indirecte une autre impulsion aux aspirations révolutionnaires des masses, en particulier dans les zones coloniales et semi-coloniales. Tout comme la « guerre patriotique » menée par le Kremlin contre les envahisseurs allemands, les bouleversements en Europe de l'Est démontrèrent qu'en certains cas, une caste bureaucratique, dans la défense ou l'extension de ses propres intérêts, est forcée d'entreprendre des actions qui vont à l'encontre de sa politique contre-révolutionnaire globale, et peuvent avoir des conséquences objectivement révolutionnaires.

Les masses chinoises entrent dans l'arène politique par dizaines de millions. Dans les circonstances exceptionnelles créées par l'invasion de l'impérialisme japonais ét par la deuxième guerre mondiale et sous l'effet d'un soulèvement spontané des masses ayant une force élémentaire rarement ou jamäis égalée dans l'histoire, les armées paysannes qui surdirent rappelant de façon frappante l'ancien modèle révolutionnaire chinois, purent vaincre les forces réactionnaires de Tchang-Kai-Chek et porter la direction maoïste au pouvoir. Pendant un temps, le nouveau régime : un gouvernement ouvrier et paysan du type prévu pour la première fois par les bolchéviks en 1922, chercha à maintenir les rapports capitalistes, selon la formule du «bloc des quatre classes ». Néanmoins , quand il fut forcé par auto-défense à se mobiliser contre l'intervention impérialiste américaine en Corée et la marche des armées du général Mac Arthur vers la frontière chinoise, le régime maoïste brisa la structure économique capitaliste de la Chine et la remplaça par une économie planifiée selon le modèle stalinien en Union Soviétique.

Ce fut là un coup énorme pour le monde capitaliste, Il stimula des centaines de millions d'opprimés sur tous les continents et cet effet s'amplifia à mesure que le niveau de vie des masses en Chine s'éleva rapidement par contraste à son très bas niveau en Inde, un pays comparable où le système capitaliste et la domination des propriétaires fonciers étaient restés intacts.

Cependant, la forme particulière des événements chinois fut prise comme modèle par de nombreux révolutionnaires qui cherchèrent à le transférer à des pays dont les conditions ressem-baient peu à celles de la Chine. La guerre de guerilla en particulier, au lieu d'être comprise comme une tactique subordonnée à la tâche principale de construction du parti révolutionnaire, fut élevée au rang de stratégie. On pensait que cette stratégie, avec des variations dues au terrain local, pouvait s'appliquer universellement.

Il est évidemment vrai que, dans les pays ayant une forte population paysanne, l'apparition de groupes de guerilla est souvent le signe d'une fermentation révolutionnaire montante. Lénine remarqua le développement spontané de la guerre de guerilla en Russie tsariste au moment de la révolution de 1905 et songea à en tirer parti, d'ailleurs avec peu de succès comme le fit observer Trotskv en faisant le bilan de l'expérience.

La querre de guerilla, se transformant en une soi-disant guerre populaire, joua également un rôle dans la révolution vietnamien-ne. Elle est également apparue sous une forme positive comme produit de luttes pavsannes de masse au Pérou sous la direction de Hugo Blanco. Elle est présente dans les luttes contre les Portugais en Afrique noire. Elle pourrait réapparaïtre au cours d'événements révolutionnaires dans certains pays en particulier là où la guerilla est endémique depuis longtemps.

À Cuba, l'équipe de Fidel Castro.connut un brillant succès en s'appuyant sur la guerre de guerilla pour ouvrir la lutte contre Batista. La victoire de la première révolution socialiste dans l'hémisphère occidental a fortement renforcé l'attirance de la guerre de guerilla comme stratégie en particulier en Amérique atine.

La victofre de la révolution cubaine en 1959 a marqué le point culminant de l'influence du modèle chinois. A un niveau plus fondamental, le cours particulier de la direction cubaine est le produit de la faillite du stalinisme et de la désorientation qu'il provoqua dans le mouvement ouvrier, imposant un- délai prolongé à la révolution. S'il n'y avait eu le parti communiste cubain pratiquant la collaboration de classes sous Batista et s'il y avait eu un véritable parti léniniste de masse, la révolution cubaine aurait pu réussir au milieu des années 30.

La victoire de 1959 marqua aussi le début d'un élément nouveau. Les dirigeants cubains n'appartenaient pas à l'école stalinienne (beaucoup d'entre eux étaient consciemment anti-staliniens). Malgré son origine petite-bourgeoise, l'équipe de Castro Guevara déborda le stalinisme sur sa gauche, ouvrant une nouvelle phase dans la solution de la crise mondiale de la direction prolétarienne, même s'ils faillirent dans cette tâche et finirent par l'abandonner.

Au début, les Cubains prirent des mesures exemplaires. Défiant la pression au géant impérialiste éloigné seulement de 150 km, ils mobilisèrent les masses et formèrent un gouvernement ouvrier et paysan, ils commencèrent à réaliser une profonde réforme agraire et démantelèrent les secteurs clefs de la structure capitaliste. Allant de l'avant, ils établirent un monopole du commerce extérieur et la planification de l'économie. Avec l'établissement d'un Etat ouvrier, ils lancèrent une série de mesures progressives parmi lesquelles l'élimination du chômage massif, de la discrimination raciale, de l'analphabétisme et d'autres vieux fléaux sociaux. Ils entreprirent un programme ambitieux de logements à bon marché. Ils élevèrent immédiatement le niveau de vie des masses et ce qui est plus significatif, ouvrirent de nouvelles perspectives à long terme pour les masses y compris un système d'éducation étendu.

Rien d'étonnant à ce que la révolution cubaine ait donné un élan énorme aux mouvements d'émancipation similaires à travers le monde colonial.

Dans les pays impérialistes, y compris les Etats-Unis, la révolution cubaine a saisi l'imagination de centaines de milliers de jeunes, en particulier d'étudiants, et servi à amener nombre d'entre eux vers le marxisme révolutionnaire.

En Amérique Latine, une génération de militants d'inclination révolutionnaire se consacrèrent à la préparation de la guerre de guerilla. Ils s'y engagèrent avec la conviction que c'était un raccourci sûr, vers la victoire,et la seule alternative au parlementarisme. L'acceptation de la guerre de guerilla en Amérique Latine ne peut être mise au compte d'une adaptabilité plus grande à cette région par contraste avec les pays d'Afrique, du Moyen-Orient ou d'Asie du Sud-est, maïs bien à l'inspiration et à l'impact directs de la révolution cubaine. En même temps, ceux qui soutenaient de façon conséquente la guerre de guerilla comme stratégie, ne pouvaient guère limiter son application à l'Amérique Latine et ont logiquement été amenés à examiner puis à encourager son usage dans d'autres pays, en opposition aux méthodes du léninisme.

Pas une seule des nombreuses expériences de guerre de guerilla qui ont eu lieu à travers l'Amérique Latine à la suite de la révolution cubaine, pas une seule n'a conduit au succès. La liste de ceux qui l'ont essayée comprend les experts les plus estimés : Uceda de la Puente au Pérou, Carlos Marighela au Brésil, Yon Sosa au Guatémala et Che Guevara lui-même en Bolivie, sans mentionner des dizaines de figures moins connues qui se sont dévouées à une étude intensive et à la pratique de cette stratégie.

Un des éléments les plus importants de leurs échecs à été l'amélioration de la contre-stratégie élaborée par l'impérialisme et la capacité du Pentagone à déployer des forces substantielles sous sa tutelle sur le terrain du combat.

Un autre élément a été la mauvaise appréciation de la silua-tion politique. En Chine, une puissante révolution déversait des ressources humaines sur une échelle immense dans les armées paysannes et leurs guerillas auxiliaires. En Amérique Latine, les théoriciens et les praticiens de la guerre de guerilla ont mis les choses à l'envers. Ils étaient convaincus que la simple apparition de guerillas résolues suffirait à mettre en branle une marée humaine comme celle qui renversa finalement le capitalisme en Chine, ou à défaut d'un tel mouvement à cette échelle, du moins un qui serait comparable à celui de la révolution cubaine. En conséquence, des groupes minuscules, complètement isolés des masses, s'engagèrent dans des opérations qui furent relativement facilement matées par les forces armées bourgeoises et teurs soutiens impérialistes, un exemple manifeste en étant le front de guerilla ouvert par Guevara en Bolivie.

3) Le tournant des modèles de révolution et la nouvelle montée des luttes ouvrières.

Echappant à l'attention des groupes de guerilla, un changement profond s'opérait dans l'attitude des masses dès le milieu des années soixante dans de nombreux endroits du monde, y compris là où les guerillas cherchaient à établir leurs fronts. Alors qu'en Chine, à cause des circonstances exceptionnelles mentionnées plus haut, la paysannerie prit le rôle dirigeant à travers ses armées (les maoïstes ont même réprimé des actions de la classe ouvrière en entrant dans les villes), en Amérique Latine, les luttes paysannes refluèrent temporairement, tandis que les masses urbaines commençaient à marcher de l'avant.

Ce changement fut dramatiquement illustré par le soulèvement massif et spontané à St-Domingue en 1965. En quelques jours, les masses urbaines contrôlèrent la ville, gagnèrent une partie de l'armée, distribuèrent des armes sur une grande échelle et ouvrirent une lutte armée de masse qui avait de bonnes chan-ces de succès. Il fallut l'intervention massive des troupes américaines s'ajoutant à l'absence d'une direction révolutionnaire aguerrie, pour contenir et ensuite écraser l'insurrection,

Le soulèvement de St Domingue indiquait ce qui se passait dans les pays coloniaux et semi-coloniaux à forte population paysanne : la ville réaffirmait son hégémonie politique sur la campagne, le prolétariat se préparait à réclamer son droit à la direction. Le long détour de la voie principale de la révolution mondiale de l'après-guerre touchait à sa fin.

En Bolivie, une des causes de l'échec de Guevara à établir un front de guerilla consistait en ce qu'il s'attendait à ce que les paysans répondent à son initiative. Mais le modèle de révolution qui inspirait Guevara ne correspondait pas à la réalité. Les paysans ne répondirent pas, pas plus qu'ils ne répondirent aux actions des frères Peredo et d'autres qui cherchèrent à poursuivre l'entreprise de Guevara. Par contre, dans les grandes crises sociales et politiques des années qui suivirent, en Bolivie, ce sont les ouvriers de La Paz aux côtés de mineurs, l'épine dorsale traditionnelle de la révolution prolétarienne en Bolivie, qui jouèrent un rôle de premier plan en combattant la réaction et en tentant d'aller de l'avant.

Au Chili, qui occupa l'avant-scène politique” en Amérique Latine avec la victoire du gouvernement Allende en 1970. la ville l'emportait clairement sur la campagne, les ouvriers de Santiago en particulier se mobilisant à de nombreuses reprises, ce qui aurait pu assurer la victoire si un parti révolutionnaire avait existé.

Même en Chine, on a pu observer un certain accroissement du poids des centres urbains au cours de la « Révolution culturelle ». Ce fut particulièrement visible dans le cas de Shangaï à la fin de 1966 et au début de 1967 : les ouvriers mirent en avant une série de revendications tendant à améliorer leur niveau de vie et entrèrent en action contre la bureaucratie locale.

Le changement en direction des centres urbains avait son pendant dans une montée de la combativité ouvrière dans le secteur impérialiste. Par leur interaction, ces deux facteurs tendaient à se renforcer mutuellement à l'échelle internationale.

Les manifestations étudiantes géantes de Mexico de juillet à octobre 1968, qui effrayèrent la bourgeoisie mexicaine au point de faire des représailles sauvages, le montraient clairement. On le voyait dans la grande vague de manifestations en Argentine en Mai 1969 que les étudiants de Corrientes et Rosario avaient déctenchées et qui mena à la série d'explosions urbaines lancécs par des couches combatives de la classe ouvrière à Cordoba, Mendoza, etc. C'était enfin visible dans les grèves et les mani-ferons étudiantes qui éclatèrent en Afrique du Sud en 1972 et 1973.

En France, la montée de la combativité prit une tournure explosive en 1968, lorsqu'une révolte étudiante à Paris déclencha une grève générale nationale de 10 à 15 millions d'ouvriers. L'absence d'un parti révolutionnaire empêcha la grève générale de poursuivre son cours logique vers l'établissement d'un gouvernement ouvrier ; les staliniens et les sociaux-démocrates furent une fois de plus en mesure de sauver la situation en faveur de la bourgeoisie française. Mai-juin 68 s'inscrivent donc dans l'histoire comme une répétition générale plutôt que comme le début réel de la révolution socialiste en France.

Au-delà de la preuve dramatique de la montée de la combé-tivité et de l'importance de la radicalisation de la jeunesse qu'ils apportaient, les événements de mai-juin 1968 révélèrent que le contrôle exercé sur les ouvriers d'Europe occidentale par les bureaucraties ouvrières qui pratiquent la collaboration de classe, s'était affaibli. Il faut l'attribuer à l'usure des appareils bureaucratiques staliniens et sociaux-démocrates, s'ajoutant à la tendance croissante des ouvriers à passer à l'action sous la pression des contradictions accrues du capitalisme et de son incapacité à leur faire des concessions durables.

La nouvelle montée de la lutte des classes en Europe occidentale se trouva bientôt confirmée par le « mai rampant » qui plongea l'Italie dans une situation pré-révolutionnaire à l'automne

Pendant que se poursuivait la montée de la combativité ouvrière en France et en Italie, marquée par de nombreuses grèves, le prolétariat espagnol s'ébranlait à son tour en 1970. Des mobilisations de masse, coordonnées à l'échelle nationale par les Commissions ouvrières clandestines s'élevèrent contre le procès des nationalistes basques à Burgos et la persécution d'autres prisonniers politiques. De 1971 à 1973 on put voir une serie de grèves combatives {bâtiment à Madrid, SEAT, El Ferrol, Besos, Pampelune) tendre à une transcroissance vers des mobilisations plus larges contre la dictature franquiste et défiant les dirigeants espagnols à un niveau jamais vu depuis l'écrasante défaite du prolétariat espagnol dans les années trente.

En Grande-Bretagne, les mobilisations contre la Loi sur les Relations industrielles (Industrial Relations Act), l'occupation des chantiers navals Upper Clydeside, les grèves combatives des mineurs et des dockers furent toutes des étapes de l'exacerba-tion des tensions sociales et d'une confrontation croissante entre les travailleurs et la classe dirigeante britannique, qui atteignit un nouveau stade à la fin de 1973.

La montée s'est également reflétée dans la nouvelle étape de la lutte irlandaise. Des mobilisations de masse ont eu lieu à Derry en octobre 1968 et en janvier 1969.

En Amérique du Nord, l'approfondissement du combat au Québec s'est exprimé à travers les manifestations nationalistes géantes de la période 1968-71.

En Amérique du Nord, la montée croissante des luttes au Québec s'est exprimée au travers de manifestations nationalistes géantes en 1968-71; et au travers du développement continuel de ja combativité ouvrière durant la décade passée. L'explosion d'Avril-Mai 1972 au Québec, provo: uée par une grève générale des employés des services publics, fut la plus importante bataille de la classe ouvrière en Amérique du Nord depuis de nombreuses années.

Aux Etats-Unis, à côté de la montée du mouvement anti-guerre, la lutte de libération des Noirs fit irruption dans les ghettos prolétariens des grandes villes par des explosions sociales élémentaires, la première aux dimensions spectaculaires se produisant dans le quartier de Watts de Los Angeles en 1965.

En Amérique Latine, comme le foyer de la lutte des classes se déplaçait de plus en plus évidemment vers les villes, les stratèges de la guerilla se déplacèrent également, abandonnant leurs efforts pour construire des bases militaires à la campagne. À la place. de cette orientation, ils commencèrent une « guerre de guerilla urbaine ». Les défenseurs les plus en vue de cette nouvelle ligne furent les Tupamaros en Uruguay, les péronistes de gauche et le PRT-ERP en Argentine.

Tout comme les praticiens de la guerre de guerilla rurale, les groupes de guerilla urbaine se montrèrent incapables de comprendre le rôle d'un parti de type bolchévik, implanté dans les inasses. Par suite, ils ne voient pas la nécessité d'en construire un, Certains d'entre eux le repoussent ouvertement, bien qu'il soit douteux qu'ils sachent ce qu'ils repoussent, étant incapables de distinguer le stalinisme du léninisme. Ils substituent leur action propre à celle des masses laborieuses et se tiennent donc en dehors de la lutte des masses qui reste pour eux « terra inco-gnita ». Ils réduisent la lutte armée à la caricature de petits groupes exécutant des « expropriations », des enlèvements et autres activités terroristes, qui peuvent leur gagner les applaudissements des masses mais non pas leur direction.

La fièvre montante et l'extension croissante de la lutte de masses dans les villes a eu tendance à isoler davantage les groupes de guerilla. À mesure que ce processus se déroule, des aspirants plus sérieux à la direction politique se dégageront. À long terme, c'est eux qui se montreront disposés et capables d'apprendre de l'exemple donné par Lénine et Trotsky, en particulier sur la façon d'utiliser la méthode de transition pour construire un parti révolutionnaire des masses. La Quatrième Internationale ne repousse pas la guerre de guerilla dans toutes les circonstances. Elle considère que l'utilisation de la guerre de guerilla est une question tactique qui doit être pesée à la lumière de situations concrètes de la lutte des classes. Ce que la QI rejette en toutes circonstances, c'est l'idée qu'un petit groupe puisse contourner la tâche ardue de construction d'un parti de type léniniste, en se substituant aux masses dans la lutte armée.

Tout en repoussant la conception qui fait de la guerre de guerilla une panacée ou un raccourci vers le pouvoir, le QI reconnaît le courage et le dévouement des guerilleros qui ont engagé leur vie dans de telles opérations. Contre les coups que leur assènent les réactionnaires de tout poil, la QI exprime sa solidarité avec les combattants de la guerilla. Elle n'en critique pas moins leur voie comme étant politiquement erronée et les encourage à étudier et à considérer plus profondément la voie léniniste-trotskyste de l'engagement dans une lutte révolutionnaire pour le pouvoir des travailleurs.

Avant tout, la QI. attire l'attention sur le tournant dans le modèle de la révolution mondiale. Aujourd'hui, les masses urbaines avec leurs propres formes de lutte et d'organisation de classe, se dirigent vers le centre de la scène.

Au fur et à mesure que le prolétariat affirmera à nouveau sa direction de classe de façon directe, le processus révolutionnaire avancera qualitativement. Dans les villes, les couches de la population frappées de misère, y compris les minorités opprimées, rejoindront le camp du prolétariat: et l'ensemble du mouvement deviendra un puissant pôle d'attraction des masses à la campagne, un phénomène qui fut prévu il y a longtemps par Trotsky dans sa théorie de la révolution permanente.

Dans les pays coloniaux et semi-coloniaux où la question agraire reste aigüe, les nouvelles montées inévitables de luttes de la paysannerie ajouteront un dynamisme nouveau aux processus révolutionnaires. De même que dans la révolution russe, le prolétariat et la paysannerie tendront à agir de façon combinée durant la période à venir sous la direction du prolétariat (à la différence de la Chine, par exemple, durant les années 1940).

En conséquence, le tournant enregistré dans les voies de la révolution mondiale indique clairement l'ouverture d'une période durant laquelle il deviendra possible pour des noyaux marxistes révolutionnaires de gagner une base de masse de façon accélérée, et de ce fait de se trouver dans une situation qui leur permette d'assurer l'élément de conscience politique nécessaire à la solution de la crise historique de la direction prolétarienne.

4) Interaction des victoires et des défaites dans les trois secteurs de la révoluiion mondiale.

L'interaction des évolutions dans les trois secteurs de la révolution mondiale pendant la dernière décennie a été extraordinairement claire.

Sur les murs de la Sorbonne de la France impérialiste, pendant les événements frappants de mai-juin 68, les portraits les plus en évidence étaient ceux de Che Guevara, Mao-Tse-Toung, Ho Chi-Minh et Léon Trotsky.

Bien que le choix de ces portraits-là reflétait les positions des. divers courants politiques parmi les étudiants radicalisés à Paris, il indiquait aussi une motivation commune : « faisons la révolution » !

L'exemple des étudiants français et celui de la classe ouvrière française pendant la grande grève générale mise en branle par la révolte des universités, a servi en retour à inspirer les étudiants et les travailleurs des autres pays, un des cas marquants en étant les manifestations étudiantes à Mexico en 1968.

Un exemple actuel de cette interaction est apparu lors des derniers mois de 1973. Par des marches et des rassemblements gigantesques, comprenant des foules de plus de 100.000 personnes, les étudiants de Bangkok, soutenus par les travailleurs, ont mis à bas le régime militaire haï en Thailande le 14 octobre. En l'espace de 4 semaines, à l'autre bout de la planète, à Athènes, les manifestations étudiantes appuyées par les travailleurs, ont gagné une victoire partielle en faisant tomber Papadopoullos, la personnalité dirigeante de la dictature militaire en Grèce. Parmi les mots d'ordre criés par les étudiants athéniens, un des préférés était « Thailande ! ».

En ce qui concerne le bloc soviétique, le « printemps de Prague » en 1968 a été en partie inspiré par l'exemple des Vietnamiens résistant à l'invasion impérialiste US par celui des manifestations et des protestations étudiantes anti-guerre en Europe de l'ouest et aux Etats-Unis. 1

Dans les centres impérialistes, les révolutions algérienne, cubaine, ont joué un rôle important dans la stimulation de la radicalisation de la jeunesse particulièrement en France, aux Etats-* Unis et au Canada, La révolution chinoise a joué un rôle similaire dans beaucoup de pays. La révolution russe de 1917 a eu un effet et dans le monde colonial et dans les centres impérialistes qui n'a pas encore eu son égal et qui reste encore frais dans les esprits des révolutionnaires plus âgés.

En Union soviétique aujourd'hui, les victoires des peuples coloniaux, les reculs de l'impérialisme, la radicalisation à l'ouest, servent de même à nourrir les feux de la révolte contre la bureaucratie. D'autre part, les informations qui filtrent hors de l'Union soviétique, sur la défiance courageuse envers la bureaucratie et sa police politique exprimée par des combattants intransigeants pour la démocratie prolétarienne, âident à encourager les révolutionnaires et dans les pays coloniaux et dans les pays impéria-is à lutter de façon plus énergique contre l'oppression capitaliste.

La montée actuelle des luttes ouvrières en Europe occidentale va sûrement encourager des tendances similaires ailleurs. Un des endroits où cette influence peut avoir rapidement de l'effet est l'Europe de l'Est, à cause de sa proximité. Ces pays là, que Staline destinaient à servir de tampon contre les inva-sions militaire de l'ouest capitaliste, ont déjà montré à quel point ils peuvent être transformés en des courroies de transmisSion de la fermentation révolutionnaire dirigée contre la caste dirigeante bureaucratique en Union Soviétique. Un exemple impressionant en ce sens en est la révolte des travailleurs polonais à la fin 70-début 71, qui fit tomber Gomulka et qui inspira les opposants politiques en Union Soviétique et effraya le Kremlin.

Alors que l'idéologie capitaliste contre-révolutionnaire peut pénétrer jusqu'à un certain point par cette même voie, l'expérience a montré que la zone tampon a beaucoup plus d'affinité pour l'idéologie et les exemples révolutionnaires en provenance des couches opprimées dans les pays capitalistes. C'est cela et non l'influence du « style de vie » bourgeois ou de la « culture hippy » qui inquiètent les chiens de garde du Kremlin. Leur propre style de vie est bourgeois jusqu'à l'os, ce qu'ils montrent devant les caméras dé télévision chaque fois qu'ils font une conférence au sommet avec les politiciens impérialistes tels Nixon-Kissinger. Les bureaucrates dirigeants du Kremlin sont eux-mêmes les instigateurs les plus importants de l'influence bourgeoise en Union Soviétique. Ceci est une raison de plus pour laquelle ils doivent être remplacés par les ouvriers soviétiques. :

Ce qu'il faut également prendre en considération sont les défaites subies par la révolution mondiale. Certains marxistes révolutionnaires n'aiment pas analyser les défaites. Ils préfèrent se concentrer sur les victoires — qui sont préférables du point de vue du recrutement —. Mais les défaites sont d'une importance décisive pour apprendre comment éviter des erreurs répétées et comment déterminer les tâches à accomplir. Les défaites sont aussi importantes à cause de répercussions dont on doit tenir compte. Elles font reculer directement la cause révolutionnaire dans le secteur où elles ont lieu et elles diminuent les tensions dans les autres secteurs.

La série de défaites subies en Amérique Latine à cause du fait que l'on comptait sur la stratégie de guerilla, a eu un effet décisif sur les événements mondiaux. Une des raisons de la confiance du Pentagone au moment où il s'engageait en Indochine, fut sa conviction qu'il avait mis au point une technique efficace de « contre-insurrection ».

Alors que les défaites sc succédaicnt en Amérique Latine: l'enthousiasme pour la révolution cubaine diminuait ailleurs, de façon visible aux Etats-Unis, mais aussi dans les pays du bloc soviétique.

L'effet de deux défaites amères subies au Brésil en 1964 et en Indonésie en 1965 peut être évalué en imaginant comment des victoires dans ces mêmes pays auraient enthousiasmé les masses internationalement, et aurait impulsé de façon puissante la révolution mondiale.

La défaite en 1960 du mouvement dirigé par Patrice Cumumba au Congo n'a pas seulement fait reculer le mouvement de libération africain dans son ensemble, mais a été proforidément ressenti au sein du mouvement de libération noir aux Etats-Unis. En dernière analyse, l'assassinat de MalcoimX à New York a nui à la lutte en Afrique.

La chute du régime Ben Bella en Algérie en 1965 a aussi servi comme source de découragement des révolutionnaires dans tous les pays arabes et ailleurs. Au lieu d'une autre révolution cubaine se déclenchant dans le Maghreb et dans d'autres endroits au-delà de la Méditerranée, la révolution algérienne s'est inte.

signature des accords de Paris en 1973 a représenté un recul de la révolution vietnamienne. Bien que Washington n'ait pas réalisé son but final d'écrasement de la révolution vietnamienne et ait été obligé de retirer ses troupes, il maintint une position relativement favorable pour le maintien d'un Sud-Vietnam capitaliste. Au lieu de pouvoir montrer un succès franc, les révolutionnaires devaient affronter les aspects non favorables du ces-ez-le-feu qu'Hanoï a été forcé d'accepter.

Cette tâche a été rendue encore plus difficile parce que les personnalités dirigeantes du gouvernement nord-vietnamien ont salué ce compromis ambiqü comme une victoire totale.

La défaite récente au Chili a été immédiatement interprétée par les forces contre-révolutionnaires des pays voisins comme un renforcement de leur jeu. Elle jeta une ombre visible parmi les éléments d'avant-garde des secteurs impérialistes qui ont été confrontés avec la nécessité d'organiser des actes élémentaires de solidarité avec les victimes de la junte, au lieu d'être porté par la vague d'une nouvelle victoire importante avec toutes les cohséquences favorables que cela aurait eu dans leur propre pays.

Dans le Moyen Orient arabe, la montée de la résistance palestinienne a aidé à effacer les effets de la défaite de 1967 et a nourri une renaissance d'ensemble de la révolution arabe. Cette poussée a connu de sévères reculs lors de la guerre civile de septembre 1970 en Jordanie et puis au Liban et dans d'autres pays. Au moment où les organisations de la résistance palestinienne, considérablement affaiblies, glissaient à droite, le terrorisme progressait du fait du désespoir.

Ces retournements ont facilité les tentatives des bourgeoisies arabes ‘d'arriver à un accord avec l'Etat israélien, colonie de peuplement, sur le dos du peuple palestinien. La pression croissante des masses arabes en vue de mettre un terme à la poursuite de l'occupation de terres arabes par Israël, combiné avec le début d'une renaissance du mouvement de masse en Egypte, amenèrent en octobre 1973 à la relance de la guerre. Cependant, le but politique de cette guerre, du point de vue des régimes Egyptiens et Syriens, était de décapiter le mouvement de masse et de gagner une meilleure position pour arriver à un accord avec Israël, et alors que la démonstration positive que firent les armées arabes donnèrent à ces régimes un prestige considérable, la guerre a aussi provoqué un vaste sentiment de confiance croissante parmi les masses arabes, ce qui, en dernière analyse, se retournera en faveur de la révolution arabe.

L'interaction des victoires et des défaites dans ces trois secteurs montre combien il est important d'analysér les effets possibles d'événements dans un des secteurs sur la situation des deux autres. En plus d'une attention soutenue à cet égard, les révolutionnaires doivent faire leur possible pour assurer qu'une information exacte des événements soit rassemblée, transmise, d'un secteur à l'autre. L'importance de la presse révolutionnaire apparaît sous une nouvelle lumière quand on envisage cet aspect.

En plus, tout ce qui est fait et dit par les révolutionnaires doit être évalué non seulement en fonction des conséquences possibles dans un payés donné, mais aussi en fonction de ses répercussions possibles dans d'autres endroits. Les révolutionnaires portent une responsabilité internaiionale pour leur orientation dans l'arêne nationale.

Pour la IVme Internationale, qui a des sections et des groupes te vos de par le monde, ceci a une signification particulière.

En tant que classe dont le destin est d'amener l'humanité au-delà du capitalisme à la structure économique de planification mondiale, les ouvriers ont des intérêts qui peuvent être correctement appréciés, défendus et représentés seulement au niveau international, c'est-à-dire, dans leur ensemble. La classe ouvrière exige une conscience internationale.

Sans perdre pour une seconde de vue le fait que la révolution prolétarienne suit la spirale de pays différents dans la prise du pouvoir, l'avant-garde doit inclure les particularités de cette lutte dans un point de vue global et les interactions globales. Pour cela, une équipe de cadres est nécessaire : le parti mondial de la révolution socialiste.

Ce parti, que les membres de la IVme Internationale ont cherché à construire depuis 35 ans, analyse et cherche à influencer l'interaction des tendances dans les trois secteurs. Les analyses, propositions et actions de la IVme Internationale expriment la progression du niveau de conscience politique atteint par l'avañt-garde prolétarienne internationale. De ce point de vue, elles constituent des contributions essentielles à la résolution de la crise de direction prolétaire à l'échelle mondiale.

3. RADICALISATION ET MOBILISATION DES ALLIÉS DU PROLÉTARIAT

Pour rompre avec le cadre économique et social du capitalisme décadent et avancer vers le socialisme, le prolétariat a besoin de l'aide de divers afliés. À la campagne, ces derniers comprennent les couches inférieures de la paysannerie; dans les villes et les régions urbaines : les étudiants, artisans, membres des professions libérales, petits commerçants, etc. La rupture de ces secteurs d'avec la bourgeoisie et leur ralliement à la cause du socialisme dépendent d'un problème de direction de classe.

A l'époque du déclin mortel du capitalisme, cela est connu, les millions d'individus qui se regroupent derrière les deux classes fondamentales peuvent être durement frappés sur le plan économique, du moins suffisamment pour que cela suscite chez eux la recherche d'une issue profonde radicale. Si le prolétariat n'offre pas une direction effective, indiquant la perspective à court terme de l'établissement du socialisme, ces alliés naturels peuvent se démoraliser. Frustrés et désespérés, ils fournissent un terrain favorable aux démagogues fascistes, comme cela se vérifia en Italie, en Allemagne et ailleurs suite à la Première guerre mondiale.

Après avoir fait l'expérience du fascisme en Europe, la petite bourgeoisie, dans son ‘ensemble, tend à résister aux appels démagogiques. A cet égard, la situation actuelle est plus favorable que celle des années vingt et trente. Néanmoins, vu le temps passé et la succession des générations, la mémoire de l'expérience fasciste diminue. De plus, le fascisme est tout à fait capable de porter des masques nouveaux qui le rendent difficile à identifier. En conséquence, ce serait une grave erreur de compter sur l'attitude relativement plus favorable de la petite-bourgeoisie dans son ensemble comme un fait permanent de la politique mondiale.

Un des signes les plus flagrants en fut le succès avec lequel la contre-révolution au Chili gagna une base parmi les camionneurs, certains secteurs étudiants et les ménagères petites-bourgeoises dans les villes,au fur et à mesure que les généraux préparaient le coup d'Etat qui renversa le gouvernement Allende. Les sociaux-démocrates et les staliniens au Chili furent aveugles devant la signification de cette tendance réactionnaire croissante parmi des secteurs de la petite-bourgeoisie. Ils ne comprirent pas que leurs propres têtes étaient en jeu. Leur orientation amena une lourde défaite pour la révolution chilienne, que les travailieurs chiliens payèrent par la perte de dizaines de milliers de vies: la destruction de leurs droits démocratiques, et un profond déclin dans leur niveau de vie déjà bas. Û

Le développement de courants dangereux au sein de la petite- “bourgeoisie chilienne n'était pas du tout inévitable. D'excellen-tes possibilités existaient dans ce pays de la gagner aux côtés du prolétariat ou au moins de la neutraliser. En effet, un des éléments les plus frappants de la situation politique mondiale actuelle, y compris de la situation chilienne quand Allende arriva au gouvernement, a été la manifestation répétée du fait que les forces sociales étroitement liées au prolétariat étaient prêtes à se déplacer dans une direction révolutionnaire.

La montée des luttes de libération nationale, la radicalisation de la jeunesse à une échelle qui s'étend bien au-delà du prolétariat, et la soudaine émergence du mouvement de libération de la femme ont été particulièrement significatives. Ces développements prometteurs exigent une grande attention. S'ils sont approchés de façon correcte, ils peuvent contribuer de la façon la plus positive à résoudre la crise de la direction prolétarienne et à former une alliance révolutionnaire avec de larges masses de la petite bourgeoisie.

1. L'importance grandissante des luttes de libération nationale.

La montée des luttes de libération nationale dans les trois secteurs du monde (la sphère coloniale, les métropoles impérialistes et les Etats ouvriers) est un des traits les plus frappants de la situation politique internationale. Correctement diri-dés, les mouvements de libération nationale peuvent être mobilisés comme une puissante force alliée dans la lutte du prolétariat pour le socialisme.

A l'époque de l'impérialisme, la bourgeoisie nationale des pays industriellement arriérés trahit sa propre révolution. Les tâches démocratiques bourgeoises, y compris la conquête d'une véritable indépendance nationale, ne peuvent être accomplies que par la révolution socialiste, dirigée par le prolétariat avec l'appui des masses laborieuses urbaines et rurales, surtout les paysans.

Le parti prolétarien doit chercher à gagner la direction du mouvement de libération nationale, contre les partis bourgeois et petits-bourgeois. Bien que les marxistes-révolutionnaires n'appuient aucunement le programme de classe étranger des nationalistes bourgeois et petit-bourgeois, ils défendent les revendications démocratiques révolutionnaires des masses opprimées. Le programme du trotskysme insiste sur les revendications autonomes de classe du prolétariat et sur les revendications démocratiques révolutionnaires d'un peuple opprimé telles qu'une réforme agraire radicale et l'indépendance nationale. C'est seulement par cette combinaison qu'un parti marxiste-révolutionnaire peut gagner la direction des luttes de libération nationale et entraîner les masses laborieuses derrière le prolétariat, dans la lutte pour l'instauration d'un état ouvrier.

Cette juste politique des nationalités a été une des clefs de la victoire de la révolution russe. Les principales leçons furent incorporées au programme de la Illm Internationale nouvelle-ment formée, et il y eut des débuts prometteurs de construction de partis communistes dans le monde colonial. Ce processus fut approfondi par la montée mondiale des luttes de libération nationales inspirées par l'exemple de la révolution russe.

La montée du stalinisme a arrêté ce processus. D'une part, dans le mouvement ouvrier des pays industriellement avancés, on vit le stalinisme ressusciter l'idée qui dominait la sociale-démocratie d'avant 1914, que la question nationale n'avait pas d'importance particulière pour la révolution prolétarienne, qu'il s'agissait d'une question périphérique que la révolution socialiste résoudrait en passant. D'autre part, dans les régions coloniales et semi-coloniales. on vit le stalinisme revenir à la vieille théorie menchévique de la révolution « en deux étapes », conseil-lant à la classe ouvrière et aux masses opprimées de se tourner vers les nationalistes bourgeois et petits-bourgeois comme dirigeants naturels de la « première étape » de la révolution.

Ainsi le stalinisme contribua à bloquer l'émergence d'une direction prolétarienne des mouvements nationalistes des pays coloniaux et semi-coloniaux. Des démagogues bourgeois et petits bourgeois purent prendre le dessus dans ces mouvements pendant une longue période, se présentant, sans que les staliniens le contestent, comme les défenseurs des aspirations socialistes et nationalistes des masses. à

Le long détour du modèle classique de la révolution socialiste en fut renforcé. De nombreuses luttes de libération nationale dans le monde colonial se trouvèrent assez fortes au lendemain de la 2" guerre mondiale pour conquérir leur indépendance formelle des impérialistes; certaines rompirent avec le système capitaliste, comme en Chine, à Cuba, au Nord-Vietnam et en Corée du Nord: cependant d'autres subirent des défaites.

Bien que la plupart des ancienngs colonies de l'impérialisme aient réalisé une indépendance politique formelle, l'oppression nationale par l'impérialisme y continue sous une forme moins directe. La réalisation d'une véritable libération nationale reste une tâche à accomplir.

L'Orient arabe en est un bon exemple, où la pression de l'impérialisme est le facteur décisif qui maintient la fragmentation du peuple arabe. La conscience nationaliste arabe, telle qu'elle s'exprime dans l'aspiration large à l'unification nationale arabe, joue un rôle progressif en poussant les masses arabes à lutter contre les impérialistes, les sionistes, et les couches réactionnaires indigènes qui s'opposent à l'unification nationale. D'importance primordiale pour la progression de la lutte de classes à travers tout le monde arabe est la lutte de libération palestinienne contre l'Etat israëlien colonisateur.

Sous la pression des masses, diverses tendances bourgeoises et petites bourgeoises ont pris des attitudes combattives de champions du nationalisme arabe, le nassérisme et le baathisme en étant les exemples principaux. Mais ces directions anti-prolétariennes ne luttent pas de façon conséquente pour la réalisation des objectifs nationaïistes qu'ils proclament; elles battent continuellement en retraite face à la pression impérialiste. Elles craignent surtout une mobilisation indépendante des masses arabes, même si elle se limite au départ aux objectifs nationalistes qu'elles-mêmes prétendent soutenir. Seul un parti marxiste-révolutionnaire mettant en avant un programme de lutte des classes complet peut pourvoir la direction nécessaire à la transcroissance de la lutte en révolution socialiste obtenant ainsi les revendications nationalistes révolutionnaires mises en avant par les masses arabes.

La question nationale revêt une autre forme importante dans les pays semi-coloniaux où les régimes dominants perrétuent l'oppression des autres nationalités existant dans leurs frontières, nourrissant le chauvinisme de la nationalité dominante à leur encontre. La lutte de libération nationale du Bangla Desh, qui fit explosion à la fin de 1971, présente un bon exemple de la façon dont des luttes contre l'oppression nationale peuvent conduire à poser la question du pouvoir ouvrier.

A mesure que la forme de la révolution retrouve son modèle classique d'insurrections urbaines de masse, de nouvelles opportunités de construction de partis marxistes-révolutionnaires s'ouvrent dans les pays coloniaux et semi-coloniaux. lIs ne peuvent être construits que par des noyaux fondés sur une évalua-tion léniniste-troskyste de la question nationale.

Récemment la question nationale est devenue prééminente dans les centres impérialistes eux-mêmes. Ici, l'interaction entre la lutte démocratique contre l'oppression nationale et la lutte prolétarienne pour la révolution socialiste joue avec une force particulière à cause de la forte composition prolétarienne des nationalités opprimées.

La montée de la lutte des Noirs aux Etats-Unis dans l'après-guerre a été le premier exemple important de ce nouveau phénomène. La révolution coloniale a poussé les masses noires à lutter pour leur liberté. Le calme relatif de la classe ouvrière aux Etats-Unis a renforcé la tendance des Noirs à ne faire confiance qu'à eux-mêmes et à s'organiser indépendamment.

Mais ce phénomène ne fut pas unique. Il fut suivi par les luttes massives des Chicanos, et par une radicalisation croissante des autres nationalités opprimées en Amérique du Nord.

Au Canada, le sentiment nationaliste dans la classe ouvrière québecoise fut une issante force qui stimula la radicalisation des travailleurs et affecta tous les aspects des luttes de classes.

En Europe capitaliste, l'explosion la plus récente, la lutte de libération nationale irlandaise, a constitué l'une des composantes centrales de la montée de la lutte de classe après 1968. Commençant comme un mouvement de masse pour les droits démocratiques, réclamant que soit mis fin à la répression nécessaire au maintien de la division du pays et sa subordination à l'impérialisme britannique, la lutte irlandaise a atteint son point cuimi-nant en janvier-février 1972, quand la répression britannique d'une importante manifestation pour les droits civiques à Derry, dans lc Nord. a conduit à une: mobilisation ouvrière massive dans la partie formellement indépendante du pays.

Après quoi, le mouvement est entré dans une phase de déclin per manque d'une direction adéquate. Les nationalistes petits-ourgeois de l'IRA Provisoire se concentrèrent sur le terrorisme, tandis que l'IRA Officielle, en se tournant vers une perspective socialiste, glissa dans l'économisme, laissant les masses de tendance nationaliste aux nationalistes petits-bourgeois. L'extrême-gauche en Irlande et en Grande-Bretagne encouragea ce processus de dégénérescence en idéalisant le militarisme des nationalistes petits-bourgeois.

Le renouveau de la lutte de libération irlandaise a donné un élan au développement des mouvements nationaux démocratiques des autres nationalités opprimées vivant en Grande-Bretagne, et ailleurs en Europe, telle la Bretagne, où les groupes nationalistes sont traditionnellement étroitement touchés par les événements en Irlande.

D'une façon générale, des Basques en Espagne et en France jusqu'aux Coréens au Japon, on assiste à une montrée grandissante des luttes de libération nationale dans les pays capitalistes avancés. Même quand leur population est extrêmement réduite soit relativement, soit de façon absolue, comme c'est le cas pour le peuple Same (Lapons) en Norvège et en Suède, pour les Américains autochtones en Amérique du Nord, les Aborigènes en Australie, les Maoris en Nouvelle-Zélande, les luftes de ces peuples historiquement opprimés peuvent avoir des conséquences bien au-delà de leur taille. La conscience grandissante de l'oppression de ces peuples et le soutien à leurs luttes contre l'oppression servent à faire avancer la radicalisation de la classe ouvrière dans son ensemble.

Les tentatives de plus grande coordination économique entre les classes capitalistes dirigeantes de l'Europe occidentale exacerbent les inégalités de développement régional, qui ont tendance à refléter les inégalités politiques historiques. En conséquence, on peut s'attendre au développement de tendances nationalistes et même séparatistes parmi les petits peuples opprimés. Même si, dans de nombreux cas, ces mouvements reflètent au départ les illusions et les ambitions de clocher de petits intérêts capitalistes locaux, les marxistes-révolutionnaires soutiennent vigoureusement les luttes démocratiques de ces peuples et contestent le type d'intégration économique poursuivi par le capitalisme.

Dans les cas où les peuples minoritaires ont quelques avantages économiques mais sont politiquement opprimés, tels les Catalans, le déclin général des perspectives de démocratie bourgeoise peut amener à des luttes dures contre l'ordre bourgeois. De telles luttes peuvent considérablement faciliter la tâche des révolutionnaires socialistes.

Un autre aspect de la question nationale en Europe occidentale est donné par les luttes des travailleurs immigrés qui constituent une fraction grandissante de la force de travail de plusieurs pays. Souffrant des pires conditions de travail, du degré d'exploitation le plus élevé, et ayant à faire face à l'intensification de la discrimination raciale dans leur vie quotidienne, ces ouvriers forment potentiellement le secteur le plus combattif et le plus explosif du prolétariat.

La montée des luttes de libération nationale dans les pays impérialistes a encore accru le caractère explosif des tensions sociales dans les centres urbains. La lutte de classe n'est pas réductible aux questions de salaires, d'emploi et de conditions de travail. Elle prend des formes d'oppression caractéristiques de l'ère capitaliste et celles qui sont l'apanage d'ères historiques antérieures que le capitalisme a perpétuées, étendues et intensifiées. Le prolétariat industriel est la force décisive dans la jutte de classe, mais il n'en est pas la seule composante et ne suffit pas dans la plupart des pays, il a besoin d'alliés. Les marxistes révolutionnaires doivent défendre les luttes de tous les opprimés, mettant en avant la direction du prolétariat.

La question nationale est aussi d'une importance capitale dans les Etats ouvriers bureaucratisés. La lutte contre les formes d'oppression nationale perpétuée et nourries par la caste bureaucratique devient de plus en plus apparente en Europe de l'Est et en Union Soviétique. Elle apparaît comme une des composantes principales de la révolution politique. Lors de sa lutte contre la menace grandissante de bureaucratisme en Union Soviétique qu'il avait déclenchée juste avant sa mort, Lénine avait concentré son feu sur le passif réactionnaire de Staline sur la question nationale comme un des problèmes les plus graves. L'opposition de gauche trotskyste a continué le combat engagé par Lénine.

La justesse de cette position fut démontrée au cours des grandes luttes anti-bureaucratiques de l'après-guerre, telles l'explosion ouvrière de 1953 en Allemagne de l'Est, la révolution politique hongroise de 1956, l'explosion en Pologne la même année et l'explosion tchécoslovaque en 1968. Chacune de ces explosions eut à affronter non seulement les bureaucraties staliniennes indigènes, mais aussi la bureaucratie stalinienne de Moscou qui s'efforça de renverser la volonté des masses dans tous ces pays. L'oppression nationale ne se manifeste pas seu-Jement par l'intervention militaire du Kremlin, mais aussi par la subordination de la planification économique des Etats ouvriers de l'Europe de l'Est aux besoins soviétiques. Ainsi, la lutte contre l'oppression nationale est une caractéristique-clé de l'évolution de la révolution politique en Europe de l'Est.

En Union Soviétique, même l'oppression nationale s'abat de façon même plus directe. Là la bureaucratie a réussi jusqu'à maintenant à serrer la vis fermement sur les nationalités opprimées. Mais la montée récente de la dissidence anti-bureaucratique en Ukraine montre que c'est peut-être en cours de changement. La résistance est en hausse parmi les Ukrainiens, les peuples baltes et les nationalités déportées comme les Tatars de Crimée.

Le degré de développement de tels mouvements en Chine n'est pas connu à cause de la sévérité de la censure de Pékin.

Il est essentiel que les marxistes révolutionnaires dans les Etats ouvriers bureaucratisés défendent les luttes des nationalités opprimées pour la libération de leur oppression, y compris leur droit à l'auto-détermination.

Des courants politiques réactionnaires ont continuellement tenté de retourner l'hostilité justifiée des nationalités opprimées envers le stalinisme contre les intérêts des Etats ouvriers et de la révolution mondiale. Par exemple, les sionistes ont pu gagner du terrain en usant de l'opposition des juifs à l'anti-sémitisme appuyé par le stalinisme. De tels dangers ne font qu'accroitre l'importance de ce que les marxistes révolutionnaires prennent la tête du combat contre l'oppression nationale à l'intérieur du bloc soviétique et l'orientent vers la bataille pour la démocratie socialiste.

A mesure que l'économie et la culture des Etats ouvriers progressent, le fardeau de l'oppression nationale devient d'autant plus intolérable et l'interaction entre la lutte contre l'oppression nationale et la révolution politique anti-bureaucratique devient plus forte, une évolution accélérée par la forte composition prolétarienne des nations opprimées dans les Etats ouvriers européens.

La lutte des masses ukrainienes contre la domination grand-russe est d'une importance particulière par sa taille et sa position stratégique. La position de la QI pour une Ukraine soviétique indépendante reste primordiale dans le programme de la révolution politique en URSS.

2) La radicalisation internationale de la jeunesse.

La jeunesse étudiante et lycéenne constituait depuis longtemps dans certains pays un terrain de fermentation politique qui servait souvent de baromètre sensible de glissements imminents dans d'autres couches de la population. Les mouvements révolutionnaires de tous les continents ont toujours recruté certains de leurs meilleurs cadre a l'université.

Durant les dernières décennies la population scolaire s'est fortement étendue comme conséquence de la nécessité pour le système capitaliste d'une réserve d'ouvriers qualifiés et de techniciens pour l'industrie. C'est ainsi que les campus ont acquis un plus grand poids social de par leurs nombre et exercent une influence de plus en plus grande sur la vie intellectuelle et culturelle de la plupart des pays. Les crises économiques, sociales et politiques ont tendance à s'exprimer durement et vite chez les étudiants et leurs réactions dépassent facilement le campus, touchant des couches de la jeunesse ouvrière dans les usines.

Il ne s’agit pas, bien sûr, d'un processus à sens unique. Les luttes ouvrières peuvent trouver un large écho à l'université. En dernière analyse, l'attitude politique des étudiants et des enseignants est déterminée par l'état de conflit entre le travail salarié et le capital. Néanmoins, leurs rapports ne sont habituellement pas directs et immédiats, chacun ayant sa propre logique.

La justesse de ces généralisations a été confirmée à un point remarquable pendant les huit années d'intervention massive par l'impérialisme US en Indochine. Le mouvement anti-guerre se forma au départ dans les protestations étudiantes et les teach-in des M re aux Etats-Unis. sa

La rébellion des campus américains débordant vers la population entière et commençant à toucher les rangs des forces armées et finalement le mouvement ouvrier organisé a été une des principales raisons de la profonde division tactique de la classe dominante à propos du Vietnam.

C'est cette rébellion, s'ajoutant à la résistance têtue des combattants vietnamiens, qui a forcé Nixon et ses soutiens du monde des affaires à retirer finalement l'infanterie US du Viet-. nam.

Sur cette victoire, le mouvement étudiant a décliné aux Etats-Unis. Néanmoins, ce serait une erreur que de penser que le rideau s'est baissé sur le rôle de ferment des étudiants américains et de conclure que ce qu'ils ont fait est désormais de l'histoire ancienne qui ne se répétera plus. Les étudiants qui ont participé aux grandes manifestations sont à présent en voie d'intégration dans des activités où leur expérience d'adversaires actifs de la guerre au Vietnam s'exprimera inévitablement lors des grandes luttes ouvrières qui sont à venir.

Les couches nlus jeunes qui les remplacent dans les campus ne sont guère différentes d'eux et réagiront semblablement, si ce n'est à un niveau plus élevé et plus efficace, à mesure que lès événements ultérieurs les amèneront à repenser leurs options ke la lumière des réalités de la société capitaliste dans son ensem-e.

11 faut remarquer également que le mouvement trotskyste aux

Etats-Unis a enregistré des gains à partir de la radicalisation de la jeunesse. L'Alliance de la Jeunesse Socialiste (YSA) est à présent la première organisation de jeunesse de l'extrême-gauche aux Etats-Unis. Le Parti Socialiste des Travailleurs (SWP) s'est de même renforcé en adhérents et en influence, par suite de la radicalisation de la jeunesse, gagnant à lui en particulier une nouvelle génération de cadres recrutés d'abord dans la YSA.

A l'échelle internationale, l'exemple le plus lumineux du potentiel de la rébellion étudiante est le mai-juin 68 français.

Les causes et les effets sous-jacents de cette rébellion continuent à jouer, comme les grandes mobilisations lycéennes et étudiantes contre les lois sur la conscription en France et en Belgique l'ont montré.

La rébellion étudiante de mai-juin 1968 a permis de gagner des forces importantes au mouvement trotskyste en France. Avant d'être interdite en 1973, la Ligue Communiste était devenue une force de plus en plus influente dans l'extrême-gauche de l'Europe occidentale. Au sein de la QI, c'était la plus grande section du monde.

Ailleurs en Europe, la radicalisation de la jeunesse amenait des forces nouvelles au mouvement trotskyste en Belgique, en Grande-Bretagne, au Danemark, en Allemagne, en Grèce, en Italie, en Espagne, en Suède et en Suisse.

En Argentine, la radicalisation de la jeunesse, partant de mobilisation du campus sur des thèmes « étudiants » a déclenché des mobilisations de masse dans les villes. Les explosions ouvrières à Cordoba, Rosario, Mendoza et dans d'autres villes ont finalement forcé la bourgeoisie à mettre la junte militaire à la retraite et à ressusciter Péron pour gagner du temps contra le mouvement de masse ascendant. C'est dans cette situation que le mouvement trotskyste a gagné plusieurs milliers de nouveaux adhérents.

En 1973, le mouvement étudiant international s'est retrouvé à la une des journaux. En Corée du Sud des manifestations étudiantes ont amené le régime Park à s'inquiéter de sa capacité à maintenir sa domination. En Thaïlande, des manifestations géan-tes dont les étudiants étaient à la pointe et que les ouvriers appuyaient ont forcé les généraux au pouvoir à quitter le pays. En Grèce, des manifestations semblables entraînant un fort pourcentage d'ouvriers ont amené la caste des officiers à déplacer Papadopoulos. dans l'espoir que cette concession écarterait de plus graves dégâts pour le gouvernement capitaliste et le système au'il sert.

L'apparition soudaine de ces trois nouveaux centres d'activité massive des étudiants souligne l'importance continue de la radicalisation de la jeunesse à l'échelle mondiale et de son potentiel dans la période qui s'ouvre.

La contestation étudiante des années 60 et 70 a souvent combiné des thèmes politiques larges de la lutte des classes à l'échelle nationale et internationale avec des thèmes liés aux préoccupations spécifiques des étudiants. Le même système d'éducation qui avait accru le poids social des actions étudiantes a aussi aiguisé les contradictions entre la fonction d'institution de la domination capitaliste de l'université et les besoins et les aspirations de la majorité des étudiants.

La montée de la crise économique et sociale du capitalisme mondial exacerbe encore plus ces contradictions. Les capitalistes de tous les pays se trouvent aujourd'hui contraints de « rationaliser » l'éducation : obligation des étudiants et de leurs familles à payer une plus grande part des frais de l'école, liaison encore plus directe qu'avant entre le contenu et l'organisation de l'éducation et les besoins du grand capital, la limitation abrupte de la disponibilité de tout enseignement autre que le technique et LRRCE, de mesures limitant la liberté politique des étu-iants.

Cette évolution prépare le terrain à des conflits durs et plus nombreux entre les étudiants et les maîtres capitalistes, conflits d'un intérêt immédiat pour la masse des travailleurs qui réclament le droit à l'éducation pour leurs enfants. Parmi les exemples récents de tels conflits, on trouve : les luttes contre les mesures de Claes-Hurez en Belgique, contre la loi Debré et les décrets Fontanet en France; contre les augmentations de frais d'inscription et le retrait des subsides à l'enseignement au Canada, aux Etats-Unis et dans d'autres pays; et pour l'augmentation des bourses étudiantes en Grande-Bretagne.

La radicalisation de la jeunesse, à côté des possibilités extraordinaires qu'elle ouvre au mouvement marxiste-révolutionnaire, l'a aussi placé devant des problèmes difficiles. Au niveau politique ces difficultés ont leur principale origine dans l'impatience perpétuelle de la jeunesse qui en amène beaucoup à des positions ultra-gauche ou à des pseudo-solutions simplistes au problème complexe et difficile de la mobilisation et de l'organisation de la classe ouvrière et de ses alliés dans une lutte pour le pouvoir. Le même état d'esprit les amène à des tournants opportunistes qui peuvent s'avérer tout aussi dangereux en écartant le mouvement de la voie révolutionnaire.

Durant toute la dernière décennie, il a fallu mener une bataille soutenue contre la nouvelle gauche, le maoïsme, l'anarchisme et divers autres courants d'inclinaisons opportunistes, aventuristes ou sectaires.

Bien que le cours de collaboration de classe des sociaux-démocrates ei des staliniens pro-Moscou les aient empêché de réaliser d'importantes percées dans la jeunesse à l'esprit révolutionnaire au plus fort de l'agression impérialiste en Indochine, ils peuvent reprendre du terrain si une lutte conséquente n'ést pas:menée contre eux. Ceci a été montré par la façon avec laquelle les staliniens ont été capables de regagner des positions au sein du mouvement ouvrier de plusieurs pays latino-américains après avoir été jeté dans l'ombre par la victoire révolutionnaire à Cuba. Les formations social-démocrates dans quelques pays peuvent de même reprendre du terrain en semblant offrir une alternative plausible à des jeunes à l'esprit socialiste repoussés par le stalinisme.

A l'encontre de ces tendances variées, la Quatrième Internationale, munie de son programme fondé sur le léninisme et le trotskysme. offre une autre voie, bien que difficile, exigeant le maximum de dévouement et de sacrifice. Seuls les meilleurs de la jeune génération d'étudiants et d'ouvriers sont capables de suivre cette voie jusqu'au bout, mais il s'agit de la victoire de la cause du socialisme mondial. Et certes, ils la suivront dans la période qui s'ouvre, aujourd'hui par petits groupes, demain par centaines de milliers et éventuellement par millions.

3) La nouvelle montée des luttes de femmes.

La radicalisation internationale de la jeunesse a servi de moteur puissant à une nouvelle montée des luttes des femmes. De même que da radicalisation de la jeunesse, la libération des femmes s'est aussi inspirée des luttes coloniales et des mouvements des nationalités opprimées dans les pays capitalistes avancés. Le caractère et la forme des luttes de libération des fem-mos sont enracinés dans les profonds changements économiques et sociaux des années de l'après-guerre et dans les contradictions croissantes du statut de la femme et du système familial patriarcal.

A ses débuts, le mouvement de libération des femmes était considéré par certains comme un phénomène nord-américain. Néanmoins, le mouvement est bientôt apparu dans d'autres pays et il continue à s'étendre de façon inégale. De l'Australie à la Nouvelle Zélande, du Japon à la Grande-Bretagne, à la France et à l'Italie, l'avant-garde des femmes parle le même langage. met en avant les mêmes thèmes et prend des initiatives d'actions similaires.

La nouvelle montée des luttes de femmes est un indice certain de la profondeur de la crise de l'ordre social bourgeois.

Des preuves supplémentaires de cette crise se trouvent dans le fait que, dans la foulée du mouvement de libération des femmes, les homosexuels aux Etats-Unis et dans les autres pays ont commencé à lutter ouvertement pour l'abolition des tabous liés à leurs options et point de vue et pour mettre fin à la proscrip-tion du droit de tous les êtres humains à déterminer librement leurs préférences sexuelles. Dans certains pays, leur lutte a avancé de façon significative ces dernières années, par l'obten-tion de la reconnaissance publique et par le soutien apporté à leurs droits démocratiques , indice révélateur de l'impact énorme de la radicalisation politique croissante.

Dès le départ, les marxistes révolutionnaires ont salué la nouvelle montée des luttes des femmes et se sont jetés en plein dans le mouvement. En faisant cela ils poursuivaient la tradition de personnalités tels Marx, Engels, Bebel, Lénine et Trotsky, qui avaient compris la signification révolutionnaire et l'importance des batailles engagées par les femmes pour leur libération.

La IVe Internationale a constaté que la montée des luttes de femmes était importante pour le développement de la lutte de classes. Cette constatation est issue de l'analyse matérialiste historique de l'oppression des femmes comme condition indispensable à la société de classe. La lutte des femmes contre leur oppression a tendance à se développer dans une direction anticapitaliste et est un allié potentiellement puissant de la classe ouvrière dans son ensemble, dans la lutte pour le socialisme.

Les luttes des femmes contre leur oppression fournissent un moyen pour atteindre et mobiliser les couches les plus exploitées et les plus opprimées de la classe ouvrière. Elles contribuent à casser l'étau de l'idéologie bourgeoise réactionnaire et font partie de la bataille pour éduquer, politiser et mobiliser toute la classe autour des besoins et revendications des couches les plus exploitées.

Beaucoup de sectaires et d'ultra-gauchistes n'arrivent pas à reconnaître l'importance de la nouvelle montée des luttes des femmes. Soit ils les ignorent et s'en désintéressent, soit ils les dénoncent comme étant du « féminisme bourgeois ». Ils sont obnubilés par le fait que ce sont souvent des femmes d'oriaine petite-bourgeoise qui ont les premières exprimé les revendications des femmes. Ils ne comprennent pas la dynamique de la lutte pour la libération des femmes et n'arrivent pas à reconnaitre que les thèmes soulevés sont d'une grande importance pour les femmes les plus exploitées — celles de la classe ouvrière et des minorités nationales opprimées — et que cette dynamiaue amènera un jour ces couches sur le devant de la scène. Ils ne comprennent pas le lien entre l'oppression des femmes et la société de classe.

Les luttes autour de thèmes tels que l'avortement libre — un droit démocratique élémentaire — débouchent directement sur des aspects plus larges de la société de classe.

La lutte pour la libération des femmes, dans le cours normal de son dévelbpoement, dépassera les thèmes sur lesquels elle a commencé. Elle se liera, comme courant distinct, avec la lutte des classes, la lutte générale du prolétariat pour la révolution socialiste. Le cours de ce développement est très clair. Il surgira de la bataille sur des thèmes tels que le droit à l'égalité légale totale, politique et sociale. l'avortement et la contraception libres. la fin de la loi familiale bourgeoise et féodale, le droit égal à l'enseignement, le droit au travail et au salaire égal et à des crèches financées par le gouvernement.

“La lutte pour la libération des femunes est liée à la révolution prolétarienne de diverses taçons. Au sein du mouvement ouvrier organisé, elle représente une composante importante de la bataille générale pour la transformation des syndicats en instruments de lutte révolutionnaire, en appelant les ouvriers à assumer et à défendre avec plus de conscience pour les besoins et les revendications des couches les plus opprimées et les plus exploitées de la classe. Le rôle des syndicats dans la sauve-garde et la hausse du niveau de vie des travailleurs dans leur ensemble est directement lié à cela. Les révolutionnaires doivent être à la tête du mouvement qui fait pression sur les syndicats afin qu'ils assument les revendications des femmes dans et hors de l'industrie.

Une interrelation tout aussi importante entre le mouvement de libération des femmes et la révolution prolétarienne existe dans la lutte pour la libération nationale. Les femmes opprimées à cause de leur appartenance à une minorité nationale aussi bien qu'à cause de leur sexe et de leur statut de travailleuses, peuvent se joindre à la lutte pour la libération nationale. Mais cette lutte elle-même s'oriente vers le socialisme, vers la recherche de solutions finales aux problèmes qui l'ont suscitée. En conséquence, les femmes participant aux mouvements de libération nationale sont entraînées dans la direction du socialisme révolutionnaire. Elles voient le socialisme comme une triple révolution : contre l'esclavage salarial, le sexisme et l'oppression nationale. .

Des formes de luttes capables de mobiliser les masses des femmes, en éveillant leurs capacités et leurs initiatives créatri-ces, les rassemblant en détruisant leur isolement domestique, augmentant leur confiance en leurs capacités, leur intelligence, leur indépendance et leur pouvoir doivent être développées.

A travers leurs batailles, les femmes apprendront qui sont leurs alliés de classe et qui sont leurs ennemis. Elles comprendront l'interrelation entre leur oppression en tant que sexe et l'exploitation de classe, ainsi que la nécessité pour des méthodes de luttes prolétariennes rejetant toutes les formes de collaboration de classes.

En participant à ces batailles, les marxistes révolutionnaires seront capables de montrer par l'action que nos perspectives, notre programme et nos capacités de lutte sont capables de fournir la-direction nécessaire.

L'absence des staliniens et des sociaux-démocrates et la stupidité sectaire de l'ultra-gauche font que la nouvelle montée des luttes de femmes a une importance spéciale pour la IVème internationale comme arène dans laquelle de nouveaux cadres peuvent être gagnés et où nos forces limitées peuvent acquérir une expérience valable qui peut être utilisée dans d’autres secteurs de la lutte des classes.

Comme le disait Trotsky en 1938 : « Le capitalisme en déclin porte les coups les plus durs à la femme, tant comme ouvrière que comme ménagère. Les sections de la IVème Internationale doivent chercher appui dans les couches les plus, opprimées de la classe ouvrière et, par conséquent, chez les femmes travailleuses. Elles y trouveront des sources inépuisables de dévouement, d'abnégation et d'esprit de sacrifice ».

4. LA MOBILISATION DE LA

CONTRE-RÉVOLUTION ET LA LUTTE

CONTRE CELLE-CI

1) L'embargo sur Cuba et « l'affrontement des Caraïbes »

L'impérialisme US avait de bonnes raisons d'avoir peur de la révolution cubaine et de ses répercussions. La conséquence en fut que la limitation et l'écrasement de la révolution cubaine devinrent les préoccupations majeures du Département d'Etat, de la CIA et du Pentagone. Sous l'administration Eisenhower, la Maison Blanche a imposé un embargo économique sur l’île, lancé une offensive diplomatique et préparé une invasion qui a culminé dans l'attaque de la Baie des Cochons, sous Kennedy.

Les Cubains, soutenus par un puissant mouvement de solidarité, ont réussi à faire échec à l'intervention impérialiste pour le moment. à

Néanmoins, il est clair que le peuple cubain sur sa petite île ne pourrait résister à une invasion mieux préparée par l'organisation militaire la plus puissante que le monde ait jamais vue. Pour renforcer leur défense, ils ont demandé à l'Union Soviétique l'installa-tion de fusées à tête nucléaire, ce qui était, comme l'a déclaré Castro, leur droit en tant que peuple souverain. Ceci eut pour résultat la fameuse confrontation des Caraïbes au cours de laquelle le président américain a menacé de précipiter le monde dans.une catastrophe nucléaire si Krouchtchev ne retirait pas les fusées. Krouchtchev a reculé fäce à la menace de Kennedy.

De cette confrontation vint la « détente des Caraïbes » entre Moscou et Washington, dont les conditions restent aujourd'hui encore secrètes. Il est évident néanmoins qu'elle contient un accord selon lequel la Maison Blanche promit de ne pas lancer une autre invasion sur Cuba, alors que le Kremlin promettait de limiter les armes livrées à Cuba.

La détente comprit une tolérance mutuelle d'une part par le fait que Washington continue l'embargo économique, d'autre part que Moscou compense cela en envoyant du matériel à Cuba en quantités substantielles.

Tout à leur honneur, Castro et Guevara ont compris la nécessité d'étendre la révolution cubaine si elle voulait survivre à long terme. De ce point de vue, ils ont pris une position internationaliste, initiant et soutenant les luttes révolutionnaires de par le monde et surtout en Amérique latine. L'organisation de l'OLAS en 67 et les projets de Guevara pour un front de guerilla en Bolivie sont issus directement de ce point de vue internationaliste.

Les limites existantes de l'éducation et du cadre de pensée des dirigeants cubains ont bloqué la possibilité de succès de leurs efforts pour étendre la révolution cubaine. Ils n'étaient pas des léninistes. lls ne se sont pas donnés pour tâche l'organisation d'une base politique solide en développant l'organisation de partis révolutionnaires de masse sur la base du programme du marxisme révolutionnaire. Immédiatement après la victoire révolutionnaire à la Havane, la situation était extrêmement favorable pour cela, dans la mesure où des millions de Latino-Américains ont été encouragé par ce qui avait été accompli à travers le renversement de Batista et par la marche vers une économie planifiée dans les Caraïbes.

Les dirigeants n'ont pas seulement raté une occasion mais ils ont commis une série d'erreurs ultra-gauches. Encore pire, ils ont dévalorisé la théorie par rapport à la pratique et ont réduit la pratique au guérillerisme à l'échelle continentale. La stratégie de guerilla s'est avérée stérile et depuis la défaite de l'entreprise de guevara en Bolivie, les Cubains l'ont presque abandonnée.

Le guerillerisme des Cubains a été couplé de façon logique avec la dénigration de la validité et de l'importance des principes politiques révolutionnaires. Une des manifestations les plus graves de ce défaut s'est révélée dans leurs rapports avec le Kremlin. Contre l'aide matérielle sans laquelle, bien sûr, la révolution cubaine n'aurait pu survivre longtemps, les dirigeants cubains ont .

fait des concessions politiques excessives à la caste dirigeante soviétique, aidant par là, dans une certaine mesure, les bureaucrates soviétiques à se procurer une caution de gauche.

Un exemple frappant en a été les excuses offertes par Castro à l'invasion militaire soviétique qui a écrasé la révolution politique naissante en Tchécoslovaquie en 1968, qui aurait pu remplacer le régime stalinien par la démocratie prolétarienne.

Parallèlement, Castro a proposé son soutien politique aux régimes bourgeois en Amérique latine qui ont maintenu des relations diplomatiques avec Cuba.

Les exemples les plus significatifs sont Goulart au Brésil, Velasco Alvarado au Pérou et Allende au Chili. Bien sûr, il est juste d'établir etde maintenir des relations diplomatiques avec tous les gouvernements, quel que soit le système économique, social et politique qu'ils représentent.

Ce qui n'est pas permis du point de vue marxiste révolutionnaire est de se solidariser politiquement avec ces gouvernements, car cela signifie avoir confiance en la bourgeoisie et en sa politique et désoriente les mouvements ouvriers de ces pays et les détourne de la voie révolutionnaire. La catastrophe du Chili est un exemple sinistre de ce qui peut advenir sous de tels régimes, quelle que soit la force avec laquelle ils proclament que leur but est l'avènement du socialisme.

Les erreurs faites par les dirigeants cubains ont aidé à ouvrir la voie au retour des staliniens sur la scène politique en Amérique latine. Même au Vénézuéla où ils ont été violemment dénoncés par Castro en 1967 à cause de leur trahison, ils ont été capables de se rétablir au détriment des guévaristes.

Avant l'établissement des dictatures militaires en Uruguay et au Chili, les staliniens avaient eu les mains libres pour s'engager dans un frontisme derrière Seregni et Allende au détriment de la lutte des classes et particulièrement de la défense de la révolution cubaine.

La mollesse politique de Castro vis à vis du Kremlin a eu aussi des répercussions chez lui. De 1961 à 1968, on fut très affecté par la tendance bureaucratique qui se formait autour d'Annibal Escalante, dirigeant stalinien du vieux parti communiste cubain de collaboration de classes et l'on prit des mesures sévères pour contrer cette tendance. Castro semble maintenant suivre une politique de coexistence pacifique avec le bureaucratisme cubain. Une des consequences les plus remarquables a été les limitations sur la liberté de pensée et d'expression artistiques (l'affaire Heberto Padilla par exemple). Ceci nuit au prestige du gouvernement cubain et a suscité de sévères critiques de la part de partisans de longue date de la révolution cubaine.

L'échec de l'équipe de Castro à se diriger vers l'établissement à Cuba de formes prolétariennes de démocratie — tels les soviets des premières années de la révolution russe — dans lesquelles différentes tendances et fractions politique organisées, soutenant la révolution, pouvaient ouvertement critiquer les défauts et mobiliser le soutien de la base afin d'impulser des mesures pour y remédier, constitue une des faiblesses les plus graves du système gouvernemental cubain. || suscite des courants souterrains et particulièrement ceux de nature bureaucratique droitière. Cette situation propice à la dégénérescence peut brusquement éclater, surprenant peut-être même un Fidel Castro. Pour prévenir une telle éventualité et pour assurer une pleine mobilisation des masses en défense de la révolution, des organismes de démocratie ouvrière devraient être établis à Cuba selon les grandes lignes de ceux qui ont fonctionné en Union soviétique sous Lénine.

L'instauration, en décembre 73, des grades dans les forces armées, égaux à ceux existant dans les pays capitalistes et les Etats ouvriers bureaucratisés constitue un autre pas sur la route qui s'écarte de la démocratie prolétarienne. Cela a marqué l'apparition ouverte d'une caste d'officiers privilégiés et a révélé le degré de progression de la bureaucratie dans les forces armées.

En conséquence, on doit reconnaître que la révolution cubaine n'a pas réalisé ses potentialités initiales en vue d'aider à résoudre internationalement la crise de la direction prolétarienne. Par certains aspects importants, les dirigeants cubains ont reculé, alors que de dangereuses tendance bureaucratiques continuent à avancer.

Avec les mots d'ordre suivants, la |Vème Internationale reste, comme elle l’a toujours été le défenseur le plus intransigeant de la révolution cubaine :

— pour la défense inconditionnelle de la révolution cubaine face à une attaque impérialiste ;

— pour la fin de l'embargo de Washington sur Cuba; abandon par les Etats-Unis de la base de Guantanamo;

— pour la reconnaissance diplomatique du gouvernement cubain par tous les autres gouvernements ;

— pour le libre commerce avec Cuba et l'octroi de crédits et d'aide matérielle ;

— pour l'extension de la victoire cubaine à travers l'Amérique latine.

2) L'intervention impérialiste américaine au Vietnam

Les 8 dernières années, allant de février 1965 lorsque Johnson a lancé le premier assaut militaire majeur sur le Vietnam du Nord, à janvier 1973, lorsqu'un cessez-le-feu fut signé à Paris, ont marqué un grand tournant dans l'histoire d'après-guerre.

Au début, en 1965, l'Amérique impérialiste semblait avoir atteint le sommet de la domination, conséquence de sa victoire sur la deuxième guerre mondiale. Ses stocks nucléaires étaient suffisants pour effacer les formes les plus élevées de vie sur la planète, même plusieurs fois de suite. Dans le secteur impérialiste, elle surpassait de loin n'importe quelle coalition de ses rivaux impérialistes. Elle était suffisamment fort pour rendre crédible sa propagande sur la « société d'opulence » et la démagogie de John-son sur la nécessité d'éliminer la pauvreté aux Etats-Unis. Arrêter les tendances rebelles dans le monde colonial et le communisme semblait une affaire relativement facile, relevant seulement de quelques conflits de petite envergure, telle l'opération de la baie des Cochons à Cuba. C'est comme cela qu'apparaissaient les choses lorsque Johnson décida d'intervenir vigoureusement dans la guerre civile au Vietnam.

Qu'a révélé ce conflit ? Le colosse américain a montré qu'il avait des pieds d'argile. La révolution coloniale était plus forte que les stratèges de la Maison Blanche ne l'avaient escompté. La République démocratique du Vietnam Nord, industriellement arriérée, agraire, a survécu à l'assaut le plus meurtrier et le plus destructif de l’histoire d’un pays si petit. Le Goliath impérialiste a été suffisamment affaibli pour encourager d'autres petits pays à lui opposer une résistance plus décidée. Aux Etats-Unis, la prospérité vantée a été sérieusement minée et le dollar tout-puissant a décliné de façon dramatique. Les rivaux impérialistes de Wall Street ont gagné de meilleures positions de marchandage.

Au Vietnam même, Washington a dû accepter un résultat très en-dessous de ce qu'il espérait avec confiance au début. Nixon pouvait se considérer comme heureux d'avoir trouvé des équipes de sauvetage à Moscou et Pékin, capables de le sauver d'un désastre de premier ordre au Vietnam.

Tous les coûts de cette guerre « de petite envergure » ne sont päs connus encore de façon sûre. Saïgon a reconnu que ses proprés pertes atteignaient au moins 320.000 soldats et a prétendu que le chiffre était plus élevé pour le Nord Vietnam. Les pertes civiles ont été beaucoup plus élevées. Les réfugiés se comptent par millions.

Le coût pour les Vietnamiens se devine à la vue du paysage qui ressemble pour l'essentiel à une paysage lunaire du fait des cratères. Les bombardements au sol du Pentagone et l'utilisation des herbicides ont amené une destruction irréversible du sol dans certains endroits et auront des effets détectables seulement aux générations futures.

En relation avec la fin du long boom économique d'après-guerre, la guerre imposa de nouvelles servitudes sur l’économie US, exacerbant les tendances inflationnistes. Le coût pour le Trésor US a été estimé, modestement, à 600 milliards de dollars.

Des tensions sociales domestiques ont été grandement aiguisées, comme l'a prouvé la radicalisation qui allait s'approfondissant. Sur les campus, les étudiants ont organisé des manifestations militantes, prenant souvent l'offensive en avançant aussi leurs propres revendications en tant qu'étudiants contre l'administration universitaire et ses suppôts gouvernementaux. L'opposition fut spécialement forte face à l'enrolement dans les forces armées et au recrutement militaire sur les campus. Le mouvement pour la libération des Noirs atteignit de nouveaux sommets, rejetant tous les appels à abandonner la lutte au profit de la guerre. Les travailleurs refusèrent de croire à la propagande de guerre et refusèrent de faire quelque sacrifice économique que ce soit pour aider l'intervention au Vietnam. Face aux appels au patriotisme, ils continuèrent à défendre leur niveau de vie par la négociation syndicale et la grève. Les forces armées furent sérieusement affectées par l'ambiance de résistance largement répandue.

Les conséquences politiques furent marquées par la démission forcée de Johnson de la vie publique et le développement d'un climat qui fit de la destitution du président quelque chose de populaire.

La décision d'intervenir au Vietnam de façon massive s'accordait avec les plans généraux de domination mondiale qui étaient le fait de l'impérialisme US depuis la fin de la seconde guerre mondiale. La Maison Blanche prit la décision de s'engager dans une guerre sur le continent asiatique car elle croyait qu'il était possible de prendre avantage de la rivalité Moscou-Pékin sur le plan militaire par un coup d'audace. Les géo-politiciens de l'« establish-ment » militaire américain croyaient de même qu'en abattant leur poing d'acier avec assez de sauvagerie et de brutalité, ils pourraient frapper de terreur tout le monde colonial, transformant le Vietnam en une leçon éffroyable pour tous les peuples rêvant d'obtenir leur liberté. Le slogan du Pentagone pourrait être formulé par «Plus jamais un autre Cuba ». Les calculs du Pentagone s'avérèrent partiellement corrects. Moscou et Pékin se montrèrent incapables de serrer suffisamment les rangs pour opposer un front uni à l'ennemi impérialiste commun dont les coups étaient en dernière analyse dirigés contre eux. ls s'abstinrent d'organiser un mouvement massif de protestation à l'échelle internationale. Bien que ce füt partiellement à leur portée, ils ne voulurent pas livrer assez d'armes et de matériel à la RDVN et au FNL pour permettre une victoire militaire sur l'envahisseur impérialiste. Ils se tinrent même à l'écart au moment du bombarde-ment de Hanoï par Nixon et de sa décision de miner tous les ports du Vietnam-Nord afin de bloquer la livraison de nourriture et de matériel en provenance de Moscou et Pékin.

De plus, les dirigeants nord vietnamiens restèrent fidèles à leur éducation reçue à l'école du stalinisme. Alors qu'ils menaient une lutte opiniâtre sur le plan militaire, ils ne l'accompagnèrent pa s d'une politique léniniste. Au li n e révoluti ialiste ie ui aurait mobilisé les RSR de C! en fe faire, ls ap ouvernémentale bour e. 15 n'avan-ren me pas des revendications In! ntes pour la classe ouvrière. Cette attitude se reflète dans leur position envers l'impérialisme US. Ils ne s'engagèrent pas dans une propagande socialiste à la manière exemplaire du bolchévisme afin de hâter la désagrégation des armées de l'envahisseur et transformer les troupes US désabusées en des émissaires du socialisme en Amérique même. Ils s'appuyèrent strictement sur des slogans relatifs au droit à l'auto-détermination. || était parfaitement correct de défendre ce droit jusqu'à la mort, mais un programme socialiste révolutionnaire aurait ajouté une force qualitativement supérieure à la défense de la révolution vietnamienne. L'attitude d'Hanoï était calquée sur l'attitude de Staline pendant la « guerre patriotique » contre l'impérialisme allemand, sans cependant imiter Staline dans ses excès.

Tout ceci entra dans les calculs de la Maison Blanche. Ce qui fut ignoré ou sous-estimé fut la possibilité d'une résistance populaire effective malgré ces circonstances défavorables. Ce mauvais calcul fut grave : il comprenait deux zones clefs : le Vietnam et les Etats-Unis.

Au Vietnam, les masses se regroupèrent d'une façon comparable à celle du peuple russe en défense de sa révolution en 1918- 20 contre les agents de l'intervention impérialiste Alliée et en 1941-45 contre l'invasion impérialiste allemande. Par leur résistance héroïque prolongée, ils transformèrent le Vietnam d'une plage de débarquement aisément conquise que rêvait le Pentagone en un bourbier dans lequel la machine militaire américaine s'enfonça de plus en plus profondément.

De l'autre côté du Pacifique, aux Etats-Unis, l'opposition à la guerre fut immédiate et large, commençant au début dans les campus. Cette résistance populaire fut quelque chose de nouveau aux USA.

Pendant la première guerre mondiale, le pays fut d'abord balayé par l'hystérie patriotique. Pendant la deuxième guerre mondiale, l'attitude était beaucoup plus résignée, le sentiment général étant qu'il n'y avait pas moyen d'éviter d'aller combattre Hitler, Mussolini et le Mikado. Pendant le conflit coréen, l'opposition apparut au bout de quelques mois et elle s’étendit à tel point qu'elle anéantit les prétentions démocrates sur la Maison Blanche en 1952. Mais elle ne s‘exprima pas par de larges manifestations de masse.

Dans l'intervention au Vietnam, cependant, l'opposition fut capable d'organiser d'énormes rassemblements et marches sur les villes d'une côte à l'autre et de converger plusieurs fois sur Washington et d'autres centres-clefs d'une manière qui commença à accoutumer le pays à la protestation sonore organisée dans la rue, encourageant ainsi l'action politique extra-parlementaire dans la citadelle principale du capitalisme mondial.

Un aspect de la plus haute importance fut l'initiative prise par les organisateurs de ces premières manifestations de s'adresser au monde et de faire appel à une coordination de ces protestations. Ainsi, le monde fut témoin, pendant toute cette période, d'une nouveauté absolue : des groupes universitaires dans les villes de tous les continents organisent des manifestations simultanées, souvent avec une participation très importante. Par exemple, en se coordonnant avec des protestations aux Etats-Unis des villes comme Londres, Paris, Melbourne et Tokyo ont vu participer jusqu'à 100.000 personnes.

Le monde fut témoin également d'une autre nouveauté. Les plus grandes manifestations se sont déroulées aux Etats-Unis mêmes alors que le pays se trouvait plongé dans une guerre prévue, déclenchée et appuyée par les deux partis capitalistes qui détiennent un monopole absolu du système gouvernemental américain tout entier, de haut en bas, Congrès inclus.

Certaines des manifestations contre la guerre dans des villes comme New-York, San Francisco et Washington ont été d'une dimension encore jamais vue, atteignant près d'un million de personnes le même jour.

La confiance dans les institutions gouvernementales de la société capitaliste américaine souffrit une large érosion. Sous la forme d'un « fossé de crédibilité » qui va s'élargissant, l'insatisfac-tion envers les Républicains aussi bien qu'envers les Démocrates a continué à s'étendre dans la conscience populaire.

Une attention spéciale doit être accordée à la nature avancée des principaux slogans qui furent lancés au sein du mouvement anti-guerre. Le slogan central était « Pour l'auto-détermination du peuple vietnamien ». Ceci prit la forme, et ce au cœur de l'impérialisme mondial, apparaissant plus agressif, du mot d'ordre de « Retrait immédiat des troupes ». Ces mots d'ordre, repris par des millions d'Américains, aidèrent puissamment les Vietnamiens en lutte dans leur bataille pour la liberté comme l'ont reconnu les dirigeants vietnamiens eux-mêmes.

La IVème INternationale peut être fière à juste titre du rôle que le mouvement trotskyste a joué au sein même du pays impérialiste agresseur en amenant ces mots d'ordre sur le devant de la scène et en assurant que le mouvement anti-guerre prenne la forme d'une mobilisation gigantesque qui attira l'attention de l'opinion publique dans d'autres pays, aidant par là les militants anti-guerre à entreprendre internationalement des actions significatives destinées à faciliter la victoire du FNL.

Au fur et à mesure que la guerre du Vietnam se développait, le mouvement anti-guerre commença à avoir un effet notable sur le moral des troupes US. La désaffection grandissante au pays envers la prolongation de la guerre par Johnson et Nixon donna du courage à ceux des Gl's qui se sentaient d'humeur contestatrice. La forme que prit leur mécontentement alarma de plus en plus le Pentagone. Les forces américaines dans le sud-est asiatique menaçaient de se désintégrer comme elles l'avaient fait à la fin de la deuxième guerre mondiale. Ce phénomène est d'autant plus remarquable, compte tenu du fait que les Nord Vietnamiens ne multipliaient pas à l'égard des Gl's les tracts, pamphlets et messages radio leur expliquant ce qu'est le socialisme et cherchant à les gagner à leur cause. Le programme socialiste fut amené aux Gl's par l’activité déployée par des trotskystes qui leur distribuèrent de la littérature aux Etats-Unis, au Japon, en Europe de l'Ouest, etc., en des endroits où ils stationnaient ou transitaient.

En même temps qu'il montait, le mouvement anti-guerre américain réussit à mobiliser de plus en plus de travailleurs. Vers la fin, des secteurs entiers du mouvement ouvrier organisé qui désapprouvaient le soutien continu à la guerre offert par les officiels de l'AFL-CIO commencèrent à entrer en action, un développement qui fit passer le frisson dans les cercles dirigeants, aiguisant les divisions parmi eux au sujet de la tactique à suivre.

Lorsque Nixon a proclamé, le 10 avril 1970, qu'il avait ordonné l'invasion du Cambodge, les étudiants américains ont répondu à son coup-surprise par une réplique-surprise : la plus grande explosion de colère étudiante de l'histoire. C'est lors de cette vague que la Garde Nationale a ouvert le feu à Kent University et que la police a abattu des étudiants noirs à Jackson, Mississipi, actes criminels qui intensifièrent la réaction spontanée. Des millions d'étudiants se mirent en grève. Dans beaucoup d'endroits, les étudiants ont occupé leurs facultés, les transformant en universités anti-guerre, c'est à dire en centres organisateurs pour l'extension du mouvement à travers le pays.

Afin de faire face à ce mouvement croissant de protestation, Nixon recourut, entre autres, à des méthodes policières, envoyant des provocateurs dans le mouvement anti-guerre, le mouvement de libération des Noirs et les groupes de gauche, s'engageant dans les écoutes téléphoniques, l'intimidation, le harcèlement, les attaques policières, les attentats contre les manifestants et les procès montés. Comme cela arriva pendant la période du maccarthysme, lorsque Nixon commença sa carrière politique, ces méthodes anti-démocratiques se tournèrent en fin de compte contre l'aile libérale du Parti Démocrate, se terminant par les cambrio-lages qui ont fait de Watergate un mot connu par tout le globe.

Les conséquences durables de la guerre du Vietnam aux Etats-Unis constituent un nouvel élément dans la politique mondiale. Dorénavant, l'engagement direct des troupes américaines sur une échelle conséquente, n'importe où en dehors du pays, est sûr de se heurter à une opposition interne militante, avec la probabilité que l'opposition se gonflerait rapidement en une force colossale.

Même si la classe dominante américaine s'abstenait de s'engager dans de nouvelles aventures militaires dans un futur proche — ce qui est improbable — le changement dans le climat politique annonce une radicalisation croissante de la classe ouvrière et ses alliés, quelle que soit la manière dont ce processus peut être affecté par les changements de conjoncture.

Le prix économique de la guerre, qui est supporté par les travailleurs, aide à assurer la continuation de cette tendance.

e 3) Répression violente et collaboration de classes Les différentes formes de fascisme de Mussolini, Pilsudski et

Hitler entre les deux guerres mondiales ont montré la nouvelle barbarie contenue dans l'évolution du capitalisme. La tendance n'a pas été renversée depuis les chambres à gaz de Hitler. Le meurtre d'un million de « communistes » supposés par le régime génocide de Suharto en Indonésie en 1965 le prouve. Le règne de la terreur qui sévit depuis 10 ans au Brésil et depuis plus longtemps en Iran, au Paraguay et en Afrique du Sud confirment cette tendance. En 1973, les généraux « apolitiques » du Chili ont ajouté leur tribut en décidant de sang-froid un « nouveau Djakarta ». La détermination du capitalisme à recourir à la violence brute et à la terreur féroce lorsque sa domination est sérieusement menacée est devenue de plus en plus claire dans la période d'agonie mortelle du capitalisme.

Les régimes qui s'engagent dans des massacres massifs pour liquider le mouvement ouvrier et détruire les aspirations révolutionnaires des travailleurs et de leurs alliés n'apparaissent pas soudainement, issus d'un ciel serein. Ils sont précédés par des phases de lutte de classes qui offrent des possibilités pour la victoire révolutionnaire. Durant ces phases, des courants militants peuvent grossir rapidement, ouvrant la voie pour l'émergence d'un parti léniniste de masse.

Devant cette possibilité, les dirigeants capitalistes sont d'avance prêts à recourir à la plus extrême violence. Cependant, ils ne sont jamais certains de l'issue d'une telle voie et préfèrent d'autres moyens pour tenir les masses sous leur contrôle et aussi pour créer des conditions plus favorables pour la contre-révolution. C'est pourquoi ils utilisent des stratagèmes politiques trompeurs afin de détourner les masses de la voie de la révolution.

Dans les pays impérialistes, ils cèdent à la pression. Pour faire face à la situation de mai-juin 68 en France, de Gaulle accorda les concessions économiques. Aux USA, pendant les luttes industriel-les des années 30, Roosevelt fit des concessions libérales-démocratiques, reconnaissant en particulier le droit pour le mouvement ouvrier de s'organiser. Dans le monde colonial ou semi-colonial où les ressources dont dispose la bourgeoisie sont beaucoup plus limitées, toute concession de grande portée, ainsi que les périodes de démocratie bourgeoise, sont bien sûr exclues. Néanmoins la bourgeoisie, ou ses couches les plus habiles, tend à céder à la pression, là aussi. Les exemples abondent, un cas frappant étant les concessions accordées en Argentine sous le premier régime du général Juan Peron.

La souplesse de quelques uns des dirigeants des bourgeoisies nationales est remarquable. lls sont non seulement capables d'accorder des concessions aux masses, mais aussi de combiner celles-ci à des actions contre l'impérialisme. Chiang Kai Chek a combattu pendant quelques années contre l'invasion de la Chine par l'impérialisme japonais. Mossadegh a nationalisé l'industrie britannique du pétrole en Iran. Sukarno s'opposa aux impérialismes hollandais et américain. Nasser s’empara du canal de Suez et le garda malgré l'invasion militaire déclenchée par les impérialismes français et britannique, aidés par Israël.

En Amérique latine, de nombreux exemplès peuvent être cités d'actions anti-impérialistes entreprises par des hommes d'Etat de la bourgeoisie nationale. Le général Lazardo Cardenas, président du Mexique, expropria les concessions des Américains et des Britanniques. Le général Peron résista aussi bien à l'impérialisme britannique qu'américain en Argentine. Le général Juan Velasco Alavarado pratique actuellement le «réformisme militaire» au Pérou aux dépens de quelques unes des compagnies de la Bourse de New York. Salvador Allende a nationalisé différentes possessions impérialistes américaines.

Les représentants politiques de la bourgeoisie nationale sont capables de se parer des plus trompeuses couleurs révolutionnaires, s'affirmant comme de fermes partisans de Moscou ou de Pékin, ou même des deux, et prétendant être favorables à la planification économique « socialiste ». Chiang-Kai-Shek — avec l'aide de Staline — se drapa dans les plis du drapeau soviétique avant la révolution chinoise de 1925-27. Sukarno demanda et obtint la caution de Mao-Tse Tung. Nasser s'appuya fortement sur Moscou pour forger son image de rénovateur « socialiste » en Egypte. Nkrumah au Ghana et Ne Win en Birmanie suivirent des voies semblables. Dans ses dernières années, Cardenas se présenta comme un admirateur de Castro et de la révolution cubaine.

Les mesures anti-impérialistes prises par la bourgeoisie nationale sont toujours incomplètes et transitoires. Les cas où les travailleurs y participent, comme au Mexique sous Cardenas ou en Argentine sous Péron, sont éphémères. L'engagement de la bourgeoisie nationale au capitalisme lui rend impossible une réelle indépendance nationale face à l'impérialisme. lIs n'ont d'autre choix en dernière analyse que de s'incliner devant les pressions extérieures du marché mondial.

Les actions anti-impérialistes entreprises par des régimes nationalistes bourgeois réclament le soutien des marxistes révolutionnaires. Ce soutien doit prendre la forme, partout où cela est possible, de manifestations de masse, d'autant meilleures qu'elles sont les plus massives. C'est la forme d'action prolétarienne par excellence. De telles mobilisations des travailleurs et de leurs alliés doivent être organisées pour SOUtenir des mesures anti-impérialistes spécifiques — et non pour soutenir les personnalités bourgeoises qui se voient obligées de les prendre.

En aucun cas les marxistes révolutionnaires ne peuvent accorder un soutien politique à des régimes issus de la bourgeoisie nationale, aussi progressistes qu'ils puissent apparaître. Des exemples innombrables prouvent que l'opposition de la bourgeoisie nationale à l‘impérialisme est hautement instable. Les bourgeoisies nationales ne mèneront pas une lutte permanente contre l'impérialisme. Trotsky en a expliqué les raisons il y a longtemps. Avant tout, si la classe ouvrière et les paysans sont mobilisés, ils tendent en suivant leurs propres intérêts de classe, à briser le cadre du capitalisme. Cette tendance est devenue un trait de plus en plus marqué de la vie politique.

Deuxièmement, les principaux intérêts de classe de la bourgeoisie nationale sont les mêmes que ceux de l'impérialisme, et elles lui servent d'agents, Souvent, l'objectif majeur poursuivi en nationalisant les possessions étrangères est d'améliorer leurs positions de marchandage avec l'impérialisme.

En fait, en semant des illusions parmi les masses, ces mêmes régimes désarment les travailleurs et leurs alliés, facilitant la phase suivante de terreur dirigée contre eux. De cette façon aussi, le secteur « progressiste » de la bourgeoisie nationale joue un rôle contre-révolutionnaire, malgré les actions qu'il peut entreprendre contre l'impérialisme.

Aussi bien dans les pays coloniaux qu'impérialistes, les bureaucrates petits-bourgeois des syndicats et des partis socialistes et staliniens jouent le rôle de traîtres en ouvrant la voie aux coups des castes militaires ou des formations fascistes. Ils accomplissent cela à travers la politique de collaboration de classe.

Aux Etats-Unis, la bureaucratie syndicale pratique la collaboration de classe sans honte ni déguisement. Affirmant ouvertement la possibilité de gagner des réformes durables en régime capitaliste, elle contribue à soutenir le système bipartite capitaliste comme une de ses fractions loyales, que ce soit dans le parti Républicain où Démocrate, principalement dans ce dernier.

En Grande Bretagne, la bureaucratie syndicale opère à travers le parti travailliste qui affirmait de façon formelle des objectifs socialistes dans le passé, mais qui a pratiqué la collaboration de classe la plus crue, conduisant effectivement les affaires de la bourgeoisie en des périodes de dépression. Aussi longtemps qu'ils sont eux-mêmes trop faibles pour offrir une opposition effective dans l'arène électorale, les marxistes révolutionnaires appellent à voter pour les candidats du Parti Travailliste. Un tel vote n'est pas apporté pour soutenir le programme de la direction réformiste du Parti Travailliste. La création du Parti Travailliste était une immense réalisation positive de la classe ouvrière, || a pourtant aussi joué longtemps un rôle négatif, enchaînant la classe ouvrière au réformisme et à la collaboration de classe. Contre la réaction capitaliste, les marxistes révolutionnaires se placent du côté du Parti Travailliste et cherchent à en accroître le poids en tant que force politique massive. Mais le but primordial de l'appel à voter pour les candidats réformistes du Parti Travailliste, c'est d'accélérer le processus qui les démasque comme chiens de garde de la bourgeoisie. Un autre but, c'est celui de renforcer la tendance de la base ouvrière du Parti Travailliste, d'évoluer dans une direction combative de lutte de classe, en opposition avec les sommets bureaucrat iques de ce parti.

Tout en appelant dans ces conditions à voter travailliste, les marxistes révolutionnaires attaquent les dirigeants réformistes et mettent en avant un programme alternatif de propositions transitoires destinées à donner de l'élan à la lutte pour un gouvernement ouvrier,

Les marxistes révolutionnaires suivent la même ligne en ce qui concerne les autres partis sociaux-démocrates de par le monde, qui possèdent une base ouvrière de masse, que ce soit au Canada, en Australie, au Japon, en Belgique, en France ou en Allemagne.

Les marxistes révolutionnaires ont une position similaire envers les Partis Communistes des pays capitalistes qui ont une base ouvrière de masse.

Un front uni de deux ou plusieurs partis ouvriers réformistes de masse est possible dans certains pays. Un développement dans ce sens représenterait un pas en avant conditionnant un soutien critique des révolutionnaires sur la base d'une ligne d'opposition de classe tirée entre les partis ouvriers et bourgeois. Dans de tels cas, le mouvement trotskyste ferait pression pour l'engagement du front uni dans l'arène extra-parlementaire avec pour objectif l'établissement d'un gouvernement ouvrier-paysan.

Contrairement à un front uni qui crée une ligne d'opposition à la bourgeoisie, les « fronts populaires » qui ont constitué l'axe de la politique stalinienne dans le monde capitaliste depuis 1935, représentent une variante de collaboration de classes. Tout comme les partis ouvriers réformistes, un front populaire fait appel aux illusions entretenues dans la classe ouvrière sur le système électoral bourgeois et sur les gouvernements de coalition bourgeois. Il cherche à renforcer les illusions en vue de détourner les travailleurs du chemin de la révolution. Il s'oppose consciemment à l'action extra-parlementaire et lorsque ce genre d'action ne peut être évitée, il cherche à la limiter et à la canaliser dans des voies « sûres ». De plus, dans un front populaire, les staliniens utilisent le prestige de l'Union Soviétique ou d'autres Etats ouvriers pour leurs sales combines.

Le trait distinctif d'un front populaire est l'intégration de partis bourgeois dans le front électoral comme un secteur chargé soit de déterminer l'orientation politique, ou- dans l'intérêt de qui l'orientation politique est délibéremment déterminée. Si pour l'instant aucun parti bourgeois substentiel n'est prêt à participer à un front populaire, les staliniens acceptent volontiers les sous-fifres, aussi marginaux soient-ils. Appeler à voter pour un front populaire signifie soutenir une plate-forme électorale destinée à faire avancer la collaboration de classe. (l s'agit d'une question de principe. Voter pour une telle plate-forme n'est pas une question tactique, comme accorder un soutien critique à un parti ouvrier (même s’il participe à un front populaire) afin de l'amener à dévoiler de la manière la plus convaincante possible la nature traîtresse de ses directions devant sa base de masse.

L'Union de la Gauche en France est un exemple actuel d'un front populaire. Bien qu'il ne soit pas identique au front populaire « classique » des années 30, il y ressemble fortement.

Dans les années 30, les fronts populaires érigés par les staliniens en de nombreux pays, proclamaient avoir pour objet « d'arrêter le fascisme ». Dans les conditions différentes des années 70, les staliniens mettent le « socialisme » en scène. Ce soit-disant tournant est destiné à répondre à des nécessités conjoncturelles et ne signifie pas un changement de contenu de base du front populaire, qui reste la collaboration de classe.

L'Unité Populaire qui soutint Salvadore Allende au Chili offrit un exemple instructif de la continuité de la politique stalinienne. Comme l'Union de la Gauche en France, ce. front populaire proclama que le « socialisme » était son but ultime. Dans ses derniers jours, cependant, l'accent de la propagande fut mis sur le mot d'ordre « arrêter le fascisme » dans le style des différents fronts populaires des années 30.

Ces deux cas actuels, de même que le Frente Amplio en Uruguay, montrent que le frontisme se maintient toujours malgré les conséquences contre-révolutionnaires qu'il eut dans les années 30, en France, Espagne, Cuba et dans les années 60 en de nombreux pays comme le Brésil, Ceylan, et l'Indonésie.

11 faut noter qu'en avançant et en pratiquant le frontisme, on ne peut guère choisir entre Moscou et Péki Aussi bien Mao que Brejnev sont de bons disciples de Staline, théoricien majeur de cette variété de menchévisme et de collaboration de classe.

Mao porte la responsabilité directe de la politique du Parti Communiste Indonésien sous Aidit, qui conduisit à la victoire de Suharto, une catastrophe comparable aux résultats de la politique de Staline en Allemagne en 1933. Pendant le massacre massif qui en résulta, on parla d'actions de guerilla dans différentes parties de l'Indonésie. Ces bruits furent soit exagérés par Pékin, soit propagés par Suharto pour couvrir la poursuite d'exécution de masses de « communistes », soit furent des actions désespérées d'arrière-garde qui finirent dans la démoralisation et la prostration. Ceci est clair huit ans plus tard.

Au Chili, de 1970 à 1973, le Parti Communiste pro-Moscou, dirigé par Corvalan, suivit une politique de front populaire qui alla jusqu'à sluer l'intégration de généraux bourgeois dans le gouvernement, Le « parti-armée » comme il fut appelé par certains, utilisa ses portefeuilles ministériels pour creuser sous les pieds du président « socialiste » et pour préparer en détail le coup militaire qui allait mettre un terme à cette nouvelle expérience de front populaire. Ce coup constitue un recul majeur pour la révolution dans toute l'Amérique latine.

Deux leçons émergent avec une clarté aveuglante de la débacle chilienne. La nécessité d'un parti révolutionnaire et la nécessité de dégon-fler l'illusion d'une « voie pacifique au socialisme » qui pourrait être trouvée dans la collaboration de classes et l'élection d'un gouvernement de coalition,

Dans chacune de ses variantes modernes, la collaboration de classes appelle de la part des marxistes la même opposition que les variantes antérieures allant jusqu'au kerenskysme de 1917 que Trotsky appela le « front populaire » de l'époque et même avant, au millerandisme qui fut énergiquement combattu par l'aile gauche de la Social-Démocratie des années avant 14,

L'essence politique du réformisme et du frontisme, quelles que soient leurs variantes, consiste — il faut le répéter — dans la collaboration de classe, C'est sur quoi les marxistes révolutionnaires mettent l'accent en le combattant.

L'alternative de lutte des classes qu'offrent les marxistes révolutionnaires, prend des formes diverses allant de l'opposition dans l'arène électorale à l'action extra-parlementaire qui peut éventuellement atteindre le niveau de la lutte armée pour le pouvoir. Son essence, cependant, consiste dans l'action politique indépendante de la classe ouvrière qui atteint ses formes les plus élevées sous la direction d'un Parti léniniste.

L'action politique indépendante est le moyen par lequel la classe ouvrière dominera finalement la politique contre-révalutionnaire des dirigeants capitalistes, qu'ils soient ultra-réactionnaires, libéraux ou faussement anti-impérialistes. L'action politique indépendante constitue aussi le moyen par lequel la classe ouvrière surmontera la politique de collaboration de classes pratiquée par les bureaucrates syndicaux, sociaux démocrates et staliniens, e

4. La « coexistence pacifique » et la détente

Au Vietnam, le Pentagone a fait l'expérience de la difficulté d'écra-sr une révolution uniquement par des moyens militaires même s'ils sont utilisés à une échelle frôlant l'usage des armes nucléaires. Le test fut d'autant plus impressionnant que le Pentagone disposait de l'avantage supplémentaire du conflit sino-soviétique et de la politique pratiquée aussi bien par Moscou que par Pékin, consistant à limiter l'aide matérielle à Hanoï et au FNL.

Les conséquences désastreuses résultant de l'incapacité du Pentagone à accomplir le but principal qu'il s'était assigné au Vietnam, c'est-ë-dire écraser la lutte de libération, conduisit l'impérialisme US à faire un tournant politique vers les castes dirigeantes soviétiques et chinoises. Nixon et Kissinger s'engagèrent dans les « rencontres au sommet » qui amenèrent Moscou et Pékin dans un front commun avec Washington contre l'avance de la révolution mondiale. Le front commun nommé « coexistence pacifique » par Moscou et Pékin, appelait à l'unité d‘action dont une bonne partie restait secrète tout en laissant du champ pour des critiques réciproques en public.

Ceci fut la véritable signification de la participation de Moscou et de Pékin, sous la tutelle de Nixon, aux négociations secrètes qui conduisirent au « cessez-le-feu » signé en janvier 1973.

La Maison Blanche voulait la coopération de Moscou et de Pékin dans l'effort impérialiste visant à contenir la révolution vietnamienne. L'objectif immédiat était d'aider le Pentagone à retirer « dans l'honneur » les troupes US et à utiliser l'influence soviétique et chinoise dans l'immédiat comme un substitut aux troupes et aux bombes US.

Nixon était prêt à payer le prix de cette coopération, Moscou reçut quelques concessions sous la forme d'un abaissement des barrières douanières et la levée de l'embargo sur le commerce des principaux « produits stratégiques ». Pékin reçut des concessions similaires, plus l'appartenance aux Nations Unies, l'ouverture de relations diplomatiques et l'arrêt de la présentation du régime de Chiang-Kai-Shek comme le gouvernement légitime de Chine,

Les dirigeants impérialistes américains avaient d'autres objectifs en tête. Au sein même du bloc impérialiste, l'état d'esprit des masses, tel qu'il s'était manifesté dans la croissance et les actions du mouvement anti-guerre de l'Amérique du Nord, ainsi que dans le développement de luttes ouvrières en Europe occidentale et ailleurs, rendait dangereuse la poursuite plus avant des interventions militaires à l'étranger, et exigeait en réalité une diminution des tensions sinon l'octroi de concessions permettant de mieux contrôler la situation.

De plus, la croissance des rivalités inter-impérialistes exigeait qu'on y porte attention. Les pays capitalistes qui avaient été épargné d’une révolution à la fin de la 2ème guerre mondiale par des mesures comme le plan Marshall et l'occupation du Japon, devenaient à présent d'ennuyeux concurrents. Le coût de l'agression en Indochine était en train d'affaiblir l'économie américaine, en particulier sous la forme d'une inflation accrue. Le déclin du dollar était un signe manifeste de ce qu’ était en train d'arriver au niveau de vie relatif aux Etats-Unis. Même les gouvernements de petits pays comme le Pérou, largement dépendants de Wall Street, osaient nationaliser des holdings de compagnies américaines.

Une détente avec Moscou et Pékin permettant un retrait du Vietnam dans les meilleurs conditions possibles, incluant la rétention de:la tête de pont de Saïgon, faciliterait l'ouverture d'une contre offensive aux Etats-Unis mêmes contre le mouvement ouvrier qui exerçait des pressions de plus en plus fortes pour l'augmentation des salaires afin de compenser les pertes dues à l'inflation, Une détente pourrait de même faciliter la remise à leur place des rivaux impérialistes de l'Amérique. Elle permettrait par exemple ‘de s'introduire plus facilement dans le commerce avec le bloc soviétique qui avait été jusque là quasiment monopolisé par les pays de l'Europe de l'Ouest et le Japon.

La détente de Washington avec Moscou et Pékin pouvait difficile-ment être combattue par Tokio, Bonn, Londres ou Paris, bien qu'elle signifiât des gains pour le capitalisme américain à leurs dépens. Ces puissances se trouvent aujourd'hui dans la position de la Grande-Bretagne dans les années 20, quand l'ancienne maîtresse des mers dut reculer face à une confrontation qui aurait pu conduire à une guerre avec les Etats-Unis. Les dirigeants britanniques décidèrent prudemment à cette époque qu'ils n'avaient pas d'autre choix réaliste que d'accepter un rôle subordonné à celui du nouveau colosse des affaires du capitalisme international. Aujourd'hui le Japon et les puissances de l'Europe de l'ouest n'ont pas d'autre choix que de s'incliner, y compris plus humblement encore, devant les Nixons, les Kissingers et les Connallys. Ceci s'est vu de façon dramatique dans le ton modéré de leurs reproches sur le fait d'avoir été exclus des négociations secrètes concernant le Moyen-Orient en guerre, en octobre 1973, et par la façon dont ils sont tombés à genoux quand les barons du pétrole américain ont soudaine-ment resserré les valves de leurs fournitures de pétrole. Le fait est que même la combinaison de toutes les puissances d'Europe occidentale plus du Japon, ne suffirait pas à tenir tête effectivement en tant qu'Etats capitalistes face à l'impérialisme américain et à ses flottes de sous-marins, ses fusées intercontinentales, ses satellites de l'espace, et ses réserves d'armes nucléaires, de gaz incapacitants et bactériologiques.

En outre, les stratèges de l'impérialisme américain ont saisi une occasion inestimable d'intervenir dans le conflit sino-soviétique. Par une adroite diplomatie, Washington a pu gagner la position avantageuse d‘intervenir comme « modérateur » entre Pékin et Moscou — pour sauver la « paix mondiale », bien sûr — jouant judicieusement l’un contre l'autre dans le processus, tout en sapant l'un et l'autre à la fois.

C'est ainsi que, par un complet retournement des déclamations de Truman après la guerre sur le lancement d'une bombe sur le Kremlin, la Maison Blanche assume aujourd'hui la position du meilleur ami des bureaucrates de Moscou — et de Pékin, Encore plus frappant fut le fait que le tournant fut réalisé par Nixon, un des spécialistes Mc Carthystes de la chasse-aux-sorcières dans le Département d'Etat, pour mettre à nu les « cocos » camouflés qui avaient causé aux Etats-Unis la « perte de la Chine ».

Au-delà du retournement que cela peut sembler être,.cela représente fort peu de choses nouvelles. Truman pratiqua la « coexistence pacifique » avec Tito. Avant cela, Roosevelt avait réalisé une performance de maître avec Staline.

Ces zig-zags dans la politique étrangère de Washington ne représentent pas une oscillation entre une ligne complètement contre-révolutionnaire et une ligne de « souplesse envers le communisme ». Une telle interprétation sert de prétexte aux staliniens pour justifier leur participation aux manoeuvres de la politique capitaliste, où ils tentent de pousser en avant les libéraux et d'exercer sur eux des pressions pour qu'ils résistent à la ligne dure des « faucons » anti-communistes,

Moscou et Pékin considèrent la détente comme la réalisation de la politique de collaboration de classe qu'ils ont présentée depuis des décennies comme l'alternative bureaucratique à l'internationalisme révolutionnaire pratiqué par Lénine et Trotsky avant la dégénérescence du premier Etat ouvrier La politique de Staline en ce domaine est bien connue. Le cours de Méo avant la détente était plus obscur, à cause de rejet persistant de ses ouvertures par l'impérialisme US. L'aide limitée donnée par Mao aux groupes de guerilla dans diverses parties du monde, ses efforts pour mettre en place des groupes « pro-chinois » et ses dénonciations verbales aux consonnances révolutionnaires de l'impérialisme américain, constituaient des pressions pour se faire comprendre, œæ qui fut souligné en public il y a aussi longtemps qu'en 1955, lors de la conférence de Bandoung.

La principale motivation de Moscou et de Pékin en poursuivant une politique de « coexistence pacifique », à savoir la collaboration avec l'impérialisme, est menacée par les développements révolutionnaires qui surviennent ailleurs dans le monde. Bien qu'aucun des centres de la puissance bureaucratique ne soit opposé à l'élargissement de son influence et de son contrôle, tous les deux s'opposent fermement à la modification du statu quo à cause des répercussions révolutionnaires internes inévitables. C'est pourquoi ces dirigeants conservateurs ont assez consciemment recherché la collaboration avec l'impérialisme pour maintenir le statu quo. Tito n'est ni différent ni meilleur.

La croissance dé l'opposition politique en Union Soviétique, telle qu'elle s'est révélée par un mécontentement croissant parmi les intellectuels. et une résistance de plus en plus large parmi les nationalités opprimées, sans parler des « troubles » de Tchécoslovaquie en 1968 et en Pologne en 1970, ont accru la préoccupation de Moscou de réaliser un accord avec Nixon. Dans le cas de la Chine, cétte même prédisposition à accueillir favorablement toute évolution de Nixon en ce sens, fut amplifiée par les pressions qui émergèrent dans le tumulte de la « révolution culturelle ».

Pour Pékin comme pour Moscou, le conflit au Vietnam représentait une menace dressée envers la stabilité interne en Chine et en Union Soviétique, principalement à cause de l'exemple offert par les masses vietnamiennes dans leur résistance à l'agression, et à cause de la très large sympathie à leur égard existant parmi les masses soviétiques et chinoises. En outre il y avait le coût de l'envoi de l'aide aux Vietnamiens. Bien que celle-ci était réduite au minimum, elle représentait toutefois un problème dans le budget de la caste bureaucratique qu'elle s'efforçait de ne pas étendre,

A cela il faut ajouter l'attrait des concessions économiques faites par Nixon. L'économie soviétique est sous grande tension à cause de la mauvaise gestion bureaucratique et des coûts commerciaux dans un marché mondial dominé par les cartels capitalistes. Nous savons maintenant qu'au moment négociations secrètes pour la détente il y avait pénurie de nourriture en Union Soviétique, pour ne pas mentionner d'autres pénuries qui ont suscité des troubles parmi les masses. Pendant la détente, Brejnev-Kossiguine ont été capables de faire d'importants achats de céréales aux Etats-Unis à un prix favorable, De même, il devint possible d'obtenir d'autres denrées de grande nécessité disponibles aux Etats-Unis. Ces achats ont permis à la bureaucratie de diminuer la pression sociale immédiate et de gagner un temps précieux, lui permettant de mieux s'occuper de l'opposition politique interne et de faire taire les voix éritiques.

Au-delà de ces considérations immédiates, la détente a ouvert la possibilité de concessions plus importantes à l'impérialisme qui, tout en renforçant temporairement la position interne des castes bureaucratiques régnantes, pouvaient miner les économies planifiées de l'URSS et de la Chine. Des concessions de ce type inclueraient l'arrivée du capital privé dont la sécurité —et dont les profits — serait garantie par les bureaucrates au pouvoir. Dans le cas de l'Union Soviétique, les projets discutés atteignent les centaines de millions, voire même des milliards de dollars. Bien sûr, ce n'est qu'un début.

Que lé régime du Kremlin et de Pékin octroient des concessions de ce type reste à voir. En dernière analyse, de telles concessions constitueraient une très grande menace à la base économique de la bureaucratie elle-même, à savoir à l'économie planifiée dont elle se nourrit de façon parasitaire.

Les limitations internes de la détente sont déterminées par le niveau d conscience des masses en URSS qui ne donnent aucun signe d'être prêtes à abandonner les conquêtes fondamentales de la révolution d'octobre 1917, par la pression qu'exercent celles-ci sur les couches inférieures de la bureaucratie, et par l'ultime instinct d'auto-préservation qui existe peut-être encore au sein des couches supérieures de la caste dirigeante.

L'insistance du Kremlin sur le fait que la « coexistence pacifique » comprend la « concurrence pacifique » internationale avec le capitalisme, montre que ces limitations continuent à jouer yn rôle. Ceci veut dire que dans le cadre de la collaboration pour bloquer et défaire les tendances révolutionnaires, Moscou et Pékin ont l'inteñtion de mettre en avant leurs propres intérêts bureaucratiques nationaux, même de façon modeste et discrète.

Dans une région comme le Moyen-Orient par exemple, Moscou a suivi une politique cohérente de maintien d'une présence plutôt importante contre les Etats-Unis, en fournissant en armes les Etats arabes, dont certaines de qualité supérieure à celles envoyées au Vietnam, pour qu'ils se défendent contre les forces armées israéliennes ravitaillées par Washington. La politique de Moscou contribue à renforcer les Etats capitalistes arabes aux dépends des mouvements révolutionnaires de cette région, ce qui est complètement conforme au schéma de la « coexistence pacifique ».

La recherche par Moscou d'une « concurrence pacifique » ne va pas sans s'accompagner de ses conséquences dialectiques. Au sommet de la crise d'octobre 1973 au Moyen-Orient, Nixon brandit la bombe H, rappelant par là au Kremlin et au monde, une fois de plus, la logique principale qui gouverne la politique de l'impérialisme US.

Les termes du « cessez-le-feu » au Vietnam patronné par Pékin et Moscou, constituent une des plus grandes des nombreuses trahisons dans l’histoire du stalinisme. Les deux bureaucraties ont poignardé dans le dos un Etat ouvrier alors qu'il subissait un assaut féroce de la part de l'impérialisme US. Elles ont utilisé leur contrôle des fournitures en matériel et leur influence diplomatique et idéologique sur Hanoï et le FNL, pour forcer l'acceptation de conditions tout à fait nuisibles à la défense militaire de l'Etat ouvrier agressé, et à la progression de la révolution vietnamienne.

— Le fait que les dirigeants vietnamiens ont fait au mieux bonne figure face aux conditions onéreuses qu'ils ont été obligés d'accepter, et que même ils ont présenté de façon déformée le cessez-le-feu imposé à ces conditions comme une grande victoire historique, ne change pas la vérité. Moscou et Pékin, en imposant aux Vietnamiens œæs conditions, ont commis une trahison de très grande ampleur.

Pendant les décennies antérieures, une si grande trahison aurait été suivie par la démoralisation et une période de stagnation de la révolution mondiale. La turbulence sociale, générale sur tous les continents aujourd'hui, permet .déte - nte GAQUE durée dans la période qui s'ouvre.

En ce sens témoignent cinq exemples convaincants : les manifestations populaires qui ont secoué la Thaïlande, la Grèce et la Corée du Sud à- la fin 1973, la grève militante des mineurs britanniques qui a précipité une crise politique à l'échelle nationale et la grève générale de 24 heures de trois millions de travailleurs industriels à Bombay et dans l'Etat de Mahara: , en janvier 1974. La guerre d'octobre qui s'est déclarée dans l'Orient Arabe seulement 9 mois après la signature des accords de cessez-le-feu au Vietnam sert comme autre exemple de la difficulté de maintenir la « coexistence pacifique ».

Au Vietnam même, on pourrait ajouter que la lutte civile continue en sourdine et menace d'éclater à tout moment sur une échelle beaucoup plus large.

Si la détente gagne effectivement du temps pour l'impérialisme, pour la bourgeoisie coloniale et les bureaucraties staliniennes, cette situation ne peut se terminer que par des explosions sociales de foræ encore plus grande, et peut être dans des endroits totalement inattendus. Ce temps gagné peut servir à impulser la croissance du trotskysme pour que les soulèvements à venir aient lieu avec des directions disponibles qui les guideraient à une conclusion victorieuse.

5 — LA MATURATION DES CONDITIONS SUBJECTIVES POUR LA RÉVOLUTION

1. L'étape atteinte par la Quatrième Internationale

De cette analyse des tendances de ces dernières années, il est évident que les conditions objectives pour la révolution socialiste sont mûres ; elles sont même devenues « un peu pourries » comme le disait Trotsky il y a 35 ans. Ce qui a empêché la révolution d'avancer vers une victoire mondiale il y a des décennies a été le fait que les conditions subjectives n'étaient pas mûres, ce qui s'exprime par la crise de la direction prolétarienne. On peut mesurer concrètement le degré de maturation des conditions subjectives dans la taille et la rapidité d'expansion des rangs de la IVème Internationale.

La lutte de classe a, bien sûr, enregistré.de grands hauts et bas depuis les décennies qui ont suivi 1938. Parmi les victoires majeures, on peut énumérer la survie de l'Union Soviétique pendant la seconde guerre mondiale, les renversements du capitalisme en Europe de l'Est par la suite, la victoire de la révolution chinoise et les renversements du capitalisme qui s'en suivirent en Corée du Nord et Vietnam du Nord et finalement la victoire de la révolution cubaine.

Ces événements ont grandement affaibli le capitalisme mondial. Néanmoins le capitalisme reste encore enraciné dans les endroits industriels clés de l'Amérique du Nord, de l’Europe occidentale et du Japon, et dans les secteurs importants du monde colonial et Semi-colonial ; et le capitalisme mondial est devenu beaucoup plus dangereux. Les succès marqués par la victoire de l'Union Soviétique pendant la 2ème guerre mondiale et l'instauration d'autres Etats ouvriers n’ont pas fait surgir une direction capable de renverser le capitalisme dans ses principaux bastions, La distorsion du schéma révolutionnaire imputable à la carence du stalinisme a bloqué la résolution de la crise de la direction prolétarienne, En ce sens la situation définie par Trotsky en 1938 n'a pas été dépassée.

Il est très important d'analyser de façon exacte la situation objective actuelle, Sans une caractérisation correcte de l'état actuel de la lutte de classes, la | Vème Internationale perdrait rapidement son chemin. Nous devons savoir si nous sommes confrontés à un recul ou à une montée. Nous devons savoir quels secteurs sociaux sont en mouvement et s'ils se dirigent dans une bonne ou mauvaise direction.

Il est tout aussi important, cependant, de caractériser correctement l'étape actuelle atteinte par la | Vème Internationale, Pour déterminer œtte étape, une analyse exacte de la situation au sein du mouvement trotskyste mondial est nécessaire.

En 1938, dans sa définition de la tâche stratégique de la IVème Internationale, Léon Trotsky a caractérisé la « période qui vient » comme « pré-révolutionnaire », à savoir, une période d'« agitation propagande et organisation ». Dans cette période, l'aiguisement des contradictions du capitalisme en tant que système mondial pousse de façon répétée le prolétariat vers l'action politique révolutionnaire. Les couches petites-bourgeoises sont encore et toujours jetées dans la lutte ; les classes dirigeantes sont traversées par des crises périodiques. Prenant le monde dans son ensemble, les aspects principaux d’une situation pré-révolutionnaire surgiront encore et encore. L'organisation d'un parti révolutionnaire de masse peut transformer ces conditions en une situation « révolutionnaire ». Dans œæ cadre général, Trotsky définissait de façon abstraite et normative les tâches que les révolutionnaires devaient préciser concrètement dans les différents pays où des situations pré-révolutionnaires spécifiques avec leurs caractéristiques particulières ont lieu.

Trotsky ne dévalorisait pas la caractérisation de la période en l'appelant « pré-révolutionnaire » au lieu de « révolutionnaire ». || ne faisait que reconnaître la réalité pour mieux la changer. À ce moment-là, aucun parti trotskyste dans aucun pays n'avait encore gagné une majorité de la classe ouvrière à son drapeau. L'accomplissement de cette tâche était encore à faire. De même restaient à accomplir ces tâches : stimuler l'émergence d'organes de double pouvoir, engager et diriger une lutte décisive pour un gouvernement des travailleurs et de leurs alliés. Pour faciliter leur accomplissement, Trotsky a proposé un programme de transition et une méthode pour l'actualiser, qui a été adopté au congrès fondateur de la | Vème Internationale.

Les conditions subjectives nécessaires pour dépasser la période pré-révolutionnaire d'egitation, de propagande et d'organisation n'ont pas changé qualitativement depuis 1938. Aucun parti adhérant à la IVème Internationale n'a encore gagné une majorité dans la classe ouvrière où parmi ses militants d'avant-garde. La | Vème Internationale en est encore à l'étape où la tâche première est l'accumulation de cadres.

En conséquence, les actions entreprises par les sections ou les groupes de la |Vème Internationale ont pour objet de faciliter l'accumulation de cadres. Le but de-ces actions est propagandiste.

Des actions propagandistes ont un seul objectif d'ensemble : aider à faire mürir les conditions subjectives. Au niveau le plus élémentaire, de telles actions incluent le travail d'éducation par les discussions sur les lieux de travail, la production et la diffusion de matériel imprimé ou ronéoté, l'organisation d'écoles, de débats, de meetings publics, la participation à des activités électorales, etc. Au fur et à mesure que les forces marxistes révolutionnaires croissent et s'enracinent dans les masses, le champ des actions propagandistes s'élargit. Dans le processus de la conquête de la direction d’un syndicat ou d'une autre organisation de masse, par exemple, les révolutionnaires participent aux mobilisations des travailleurs en grève, aux manifestations défensives, etc. Ils y gagnent la possibilité de démontrer en pratique la justesse du programme du socialisme révolutionnaire et leurs capacités en tant que direction prolétarienne. L'objectif clé dans cette étape, cependant, reste encore cælui d'une accumulation de cadres.

Le développement quantitatif du facteur subjectif du processus révolutionnaire, tel qu'il est enregistré par la croissance des forces trotskystes, permet d'exerœr une influence croissante sur la lutte de classe. Cela peut s'enregistrer de façon encourageante dans la direction, par exemple, de grèves ou de manifestations de masse. Néanmoins, sous peine de perdre cette influence par des erreurs, il faut garder continuellement à l'esprit ses limites. L'influence trotskyste dans la lutte de classe aujourd'hui reste liée à l'évolution de la situation objective qui est complètement en dehors du contrôle de notre mouvement. Dépasser œætte étape, atteindre une position qui nous permette de développer un contrôle conscient sur la situation objective, c'est-à-dire remettre en cause le pouvoir bourgeois et établir le pouvoir prolétarien, exige des forces massives — numériquement si grandes qu'elles permettent un saut qualitatif. Dès que ce point qualitatif est atteint, des actions — qui ont un but qualitativement différent de celui de l'étape propagandiste — deviennent à la fois possibles et nécessaires. La lutte pour le pouvoir, exclue précédemment, est mise à l'ordre du jour.

Il est vital de comprendre que la caractérisation de l'étape actuelle comme celle d'« agitation, de propagande et d'organisation », à savoir œælle de la propagande révolutionnaire et du rassemblement des cadres, ne signifie en aucune manière que nos activités se limitent à commenter les événements. C'est exactement l'inverse. En tant que membres du prolétariat, nous participons à ses activités au mieux de nos capacités. Adopter une autre attitude signifierait tomber dans l'abstentionnisme, indice d'une secte, d'une position substitutionniste, expression d'un groupe aventuriste,

Caractériser les tâches auxquelles se trouve confrontée la IVème Internationale comme étant, à cette étape, celles de « l'agitation, la propagande et l'organisation », ne découle pas d'un manque quélconque du désir de se diriger vers l'étape de construction du parti révolutionnaire de masse, de la conquête d’une majorité de la classe ouvrière et d'un moment où la tâche de prendre le pouvoir sera immédiate, Cela ne manifeste pas un manque d'intérêt à l'égard du cours objectif de la lutte de classe, de ses hauts et bas, de ses tournants soudains et nouveaux. Les explosions d'envergure ont une importance vitale parce qu'elles déterminent l'apparition de situations pré-révolutionnaires — parfois sous la forme d'explosions sociales de nature inattendue comme à Saint Domingue — qui ouvrent le chemin à une expansion rapide du parti d'avant-garde et sa mise en avant comme direction de la classe ouvrière s'il ss comporte correctement comme le firent les bolchéviques.

La caractérisation de l'étape actuelle comme celle « d’agitation, de propagande et d'organisation » vient d'une appréciation exacte du nombre actuel de cadres, de leur implantation dans la classe ouvrière, de leur niveau idéologique, y compris de leur fermeté et de leur immunité à l'égard des influences de classe étrangères, de leur expérience de travail organisationnel pratique, et de leur capacité politique. Un bilan de ces éléments montre que la IVème Internationale est encore faible, même dans les pays où la stabilité organisationnelle et l'adhésion au programme trotskyste existe depuis longtemps, et des progrès encoura-gants furent faits dans l'accumulation de cadres.

La maturité des conditions objectives pour la révolution socialiste a son pendant qualitatif dans le programme de la |Vème Internationale (qui est actualisé en fonction des changements des conditions objectives). C’est l'aspect quantitatif qui nécessite une attention concentrée dans la période qui vient. Nous avons besoin d'une multiplication des forces qui adhèrent au programme de la Vème Internationale. Arrivé à un certain point, la quantité se transformera en qualité : dans un pays qui a atteint le niveau pré-révolutionnaire, les conditions subjectives se combineront aux conditions objectives. La maturation du parti au niveau de sa taille, son entraînement et son influence fournit la composante finale nécessaire pour rendre la situation révolutionnaire.

La clarté sur ce sujet est essæntielle. La confusion sur une telle question décisive — la grandeur, l'influence et la puissance des sections de la IVème Internationale — peut aboutir à multiplier les obstacles sur la voie du rassemblement des forces nécessaires pour une victoire socialiste.

Par exemple, au lieu de se concentrer sur la tâche en cours — l'expansion quantiative — les confusionnistes peuvent décider de minimiser le rôle du programme. Différents regroupements l'ont déjà essayé dans le passé. lis ont quitté le mouvement trotskyste pour, ensuite, se dissoudre ou, peut-être pire, pour végéter.

Un autre essai d'expérimentation a été de chercher à gagner des cadres par des astuces. Ceci revient presque toujours à renoncer au programme pour revêtir une apparence plus attractive face aux courants adversaires.

Une autre variante est de compter sur l'avènement de quelque chose d'inattendu dans la situation objective de la lutte de classe qui allège-rait, sinon éliminerait, le dur travail quotidien de construction d'un parti ; au fond un substitut ad hoc pour le parti qui sauvera tout au dernier moment, permettant ainsi de vivre sur des espoirs.

Une autre variante encore est de prévoir une possibilité d'avenir et, en spéculant sur elle, d'appliquer aujourd'hui des tactiques qui pourraient être justifiées si et quand ces possibilités se réalisaient. Un exemple extrême en est le démarrage de la « lutte armée » dans des situations où elle ne peut être qu'une caricature de l'orientation prévisible qu'un parti révolutionnaire de masse adopterait si la conquête du pouvoir était à l'ordre du jour.

On ne saurait assez souligner que la tâche première pour l'avenir immédiat est l'accumulation de cadres. Ceci peut être réalisé par le recrutement d'individus, par l'alliance temporaire avec d'autres groupes ou par des fusions. La possibilité de fusions avec d'autres groupes peut croître en importance quand la montée de la classe ouvrière se poursuit, accélérant largement l'accumulation de cadres, et stimulant même une accélération turnultueuse du processus de construction du parti. Ces variantes dépendent des situations concrètes, y compris des capacités politiques de la direction et du niveau de développement des militants de base des sections de la |Vème Internationale.

Les axes d'activité pour la période à venir doivent être décidés à la lumière de cette réalité. Le cadre des tâches est établi par la reconnais sance franche et clairvoyante du fait que les problèmes centraux que rencontre la Vème Internationale sont jiés à la croissance de petites organisations révolutionnaires propagandistes et ne sont pas ceux que rencontrent des partis révolutionnaires de rnasse éprouvés au moment de prendre le pouvoir.

11 faudrait établir des objectifs modestes et réalistes. Le succès dans leur réalisation peut conduire à relativement court terme dans certains pays à des buts plus ambitieux. Gagner des cadres dans cette étape dépend d'une propagande cohérente qui avance les thèmes fondamentaux du socialisme révolutionnaire, en opposition à tous les autres courants politiques, d'une æitation appropriée et adéquate autour de revendications immédiates, démocratiques et transitoires, et d'une organisation efficace, en particulier du développement de militants professionnels, dévoués à la progression de la cause révolutionnaire et s'engageant à consacrer tout leur temps et toute leur énergie à cela.

Les pièges ne manquent pas, Les révolutionnaires inexpérimentés peuvent, par inadvertance, dévoyer l'indépendance politique pour laquelle ils se battent effectivement en se compromettant dans des fronts populaires qui proclament des buts socialistes. Le désir bien intentionné de trouver des moyens d'être écoutés par les travailleurs put conduire à des entorses aux principes. Un autre piège, durant les dernières années, fut « la violence minoritaire ». Sous le terme erronné de « lutte armée », furent développées des formes différentes telles que la guerre de guerilla, les détournements d'avions, les kidnapping, les assassinats et autres actions « spectaculaires », entreprises par des petits groupes isolés. S'engager dans un affrontement armé prématuré avec l'Etat capitaliste exige sans aucun doute du courage. Cependant, cela revient à prendre des cadres nécessaires pOur la lutte politique et à les convertir en de petites unités militaires qui sont soumises à une liquidation rapide par les forces militaires largement supérieures de l'Etat capitaliste.

Exiger de petites unités qu'elles réalisent une tâche, qui demanderait des forces que seules les masses peuvent fournir, est du suicide, Espérer que les actions de telles unités provoqueront une explosion sociale constitue de l'aventurisme ultra-gauchiste. Le prix de l'erreur d'une substitu-tion de la « stratégie de lutte armée » à la « stratégie léniniste » de construction du parti est la perte de cadres valables et des reculs sérieux, sinon fatals, dans la tâche principale qu'un petit groupe de révolutionnaires doit affronter : s'implanter dans les masses.

En outre, un prix élevé doit être payé pour les déviations programmatiques opportunistes que de telles erreurs encouragent et nourrissent. Au lieu de l'armement militaire des masses, les cadres eux-mêmes sont désarmés politiquement. Le cas du PRT-ERP en Argentine, qui a suivi la route de la guerilla jusqu'à ce qu'elle le mène hors de la IVème Internationale, en 1973, est un signal d'alarme.

Le dernier congrès mondial, il faut le reconnaître à présent, a pris une position incorrecte quant à la guerre de guerilla en adoptant une orientation appelant les sections de la IVème Internationale, en Amérique Latine, à se préparer et à s'engager dans celle-ci, en tant qu'orientation stratégique.

La tâche principale que rencontre un petit groupe de révolutionnaires, il faut le répéter, est de recruter et d'éduquer des cadres. Ceci est vrai pour tous les groupes de cette sorte, qu'ils soient dans le secteur impérialiste, les pays coloniaux et semi-coloniaux, ou les Etats ouvriers bureaucratisés. L'objectif consiste à développer le groupe et son influence afin d'atteindre la possibilité de commencer des actions de masse.

Pour accomplir cela, les cadres révolutionnaires doivent être enracinés dans les syndicats ou des organisations de masse de la classe ouvrière. lis introduisent les idées marxistes-révolutionnaires au sein des luttes de la classe, faisant cela en tant que participants et non en tant que spectateurs. Dans les luttes quotidiennes, ils essayent de prouver la capacité des trotskystes à exprimer de façon correcte et courageuse les besoins et les intérêts des masses et, ce faisant, à être reconnus comme des dirigeants ayant fait leurs preuves, dignes de confiance et totalement dévoués à la cause de la classe ouvrière.

Si des cadres peuvent être gagnés directement dans les industries clés ou dans les organisations les plus puissantes de la classe ouvrière, cela coïncide, bien sûr, directement avec la ligne de force dé notre orientation qui est de mobiliser le prolétariat pour la prise du pouvoir Cependant, si les possibilités de recrutement sont pour le moment difficiles dans de tels secteurs, mais meilleures dans d'autres, aueun principe bolchévique n'exclut que nous y concentrions notre attention. Dans de telles circonstances, l'axe de notre travail devrait se déplacer vers des industries périphériques ou des syndicats phériphériques. L'important est de se lier avec les secteurs sociaux qui sont en mouvement et qui offrent les meilleures possibilités de recrutement. Un petit groupe ne devrait pas hésiter à suivre les manifestations favorables à son égard au sein des nationalités opprimées, au sein de la jeunesse radicalisée, mâle où femelle, au travail, parmi les chômeurs ou dans les universités. Une organisation politique adverse où il se trouve qu'un courant se développe dans un sens révolutionnaire, peut offrir la promesse de forces fraîches. Les intellectuels dissidents (en particulier dans les Etats ouvriers bureaucratisés) peuvent représenter une source de cadres valables: Le terrain où l'on se concentre temporairement est une question tactique : le but est de recruter, éduquer, assimiler.

La publication d'un journal devrait être entreprise aussitôt que possible. Si l'on suppose que la ligne politique est correcte et que les articles sont écrits soigneusement, de façon que l'audience spécifique vers laquelle se concentre notre activité soit attirée vers le journal, l'exigence principale est la régularité de la publication. Même si le journal n'est que ronéoté ou écrit à la main (Samizdat dans les Etats ouvriers dégénérés ou déformés, des circulaires clandestines dans les pays gouvernés par des dictatures militaires ou fascistes), sa régularité peut être décisive pour établir son influence, Ne pas réussir à sortir un journal : régulier signifie la- stagnation. La 1Vème Internationale peut citer des exemples malheureux de cela, concernant des sections qui, dans un passé récent (Bolivie, Chili), se trouvaient dans des situations cruciales. Des petits groupes révolutionnaires sont souvent accablés de pro- {blèmes qui leur paraissent difficiles à résoudre à cause de leur inexpérience. Ceci implique l'éducation de cadres, le développement d'une direction compétente et un fonctionnement en accord avec les normes lléninistes. La solution à de tels problèmes, qui sont toujours très concrets; peut être facilitée par la consultation de sections plus éprouvées de la Vème Internationale, tâche qui incombe à la responsabilité du centre international. Alors que tout le monde dans le mouvement trotskyste mondial est intéressé de savoir comment les questions tactiques sont abordées et | résolues par les sections et les groupes sympathisants, un congrès mondial ne peut correctement déterminer celles-ci et encore moins correctement essayer de déterminer les tactiques pour la [Vème Internationale dans son ensemble. Essayer de faire autrement, mène inévitablement à des erreurs qui désorientent, résultat que la théorie peut prévoir et que l'expérience historique confirme. Le but principal du Congrès Mondial est de tirer des bilans, définir une orientation politique, et déterminer l'axe principal des activités pour la période qui vient.

e 2. Tâches de la IVème Internationale pour le futur immédiat

Avec ces prévisions, de larges secteurs de travail peuvent être indiqués comme méritant une attention spéciale de la part des sections et des groupes sympathisants de la | Vème Internationale :

1. Promouvoir la lutte de classe, les tendances de gauche dans les syndi-cts en opposition aux bureaucraties conservatrices. Ceci suit la ligne générale d'orientation prolétarienne de la | Vème Internationale depuis s fondation. Dans certains pays, où la montée du militantisme ouvrier a été plus marquée, de nouvelles occasions se sont présæntées. Le PST en Argentine et les trotskystes en Espagne ont montré comment de telles situations peuvent être utilisées pour pénétrer le prolétariat industriel et contribuer à la croissance de la | Vème Internationale.

2. Le travail de formation et d'organisation parmi les étudiants, apprentis et jeunes radicalisés dans‘les usines. Ce travail est grandement facilité Per une organisation indépendante, adhérant au programme du trotskysme, mais sans qu'on en exige le dévouement complet et la discipline ferme que l’on demande aux membres d'un parti marxiste-révolutionnaire. Pour des raisons conjoncturelles, telle la faiblesse de l'organisa- | tion adulte, certaines sections de la | Vème Internationale ont dissous les organisations de jeunesse qui leur étaient affiliées. Invariablement, ceci a soulevé de nouveaux problèmes dans le développement de jeunes cadres et a entravé la possibilité d'obtenir un recrutement maximum grâce à la radicalisation de la jeunesse. Notre mouvement dans son ensemble devrait reprendre l'objectif qu'il s'est fixé au moment de sa fondation : la création d'organisations de jeunesse indépendantes.

3. La collaboration fraternelle avec les organisations de libération natio-Inale. Un travail positif a été accompli dans ce domaine depuis la montée des luttes de libération nationale de l'après-guerre, Un exemple remarquable en est la campagne de solidarité organisée pendant la révolution algérienne : les nouvelles occasions qui ont surgi ces dernières années dans les pays impérialistes pour les activités de ce genre, telles que la Lollaboration avec Malcom X et les républicains irlandais,-doivent être Saisies de façon énergique. Ceci est aussi vrai pour les nouvelles occasions qui ont surgi en liaison avec la lutte contre l'oppression nationale dans les Etats ouvriers bureaucratisés.

4. Participation aux luttes paysannes. Dans de nombreux pays, comme a Bolivie, le Pérou, les Indes, le Sri Lanka, etc., où la question agraire n'est pas résolue, de nouvelles explosions paysannes doivent sans doute surgir. Des manifestations augurent déjà de cette tendance dans diverses régions. Les marxistes-révolutionnaires doivent participer activement à es luttes depuis leur début, cherchant à leur donner des formes d'orga-risation révolutionnaire et de les lier aux luttes des ouvriers des villes. La valeur d'un tel travail fut démontrée par la section péruvienne de la [Vème Internationale, au début des années soixante. La direction l'Hugo Blanco dans la lutte paysanne de la région de Cuzco reste un modèle qui peut être étudié de façon profitable là où la paysannerie onstitue un secteur substantiel de la population.

. Le soutien actif au mouvement de libération des femmes. L'attention outenue accordée par les militantes du mouvement de libération des emmes aux expériences des autres pays, en plus de leur disponibilité générale à prendre en considération le point de vue révolutionnaire avec un esprit ouvert, ont fourni des occasions inhabituelles à la participation des trotskystes dans ce domaine et pour la coordination internationale de leurs activités. Nous ne devrions pas attendre que le mouvement de libération des femmes se développe tout seul dans les pays où il débute, mais nous devrions le soutenir activement dès ses premières étapes de formation, où l'expérience considérable du mouvement trotskyste dans l'organisation de mobilisation d'envergure est la mieux accueillie, et où nos adversaires tendent à être absents.

En plus de notre travail dans ces secteurs en général, certaines campagnes coordonnées internationalement peuvent être planifiées, sujettes à modification à la lumière des événements :

1. La défense de la lutte révolutionnaire des peuples opprimés. Dans la dernière période, un bon exemple en a été la campagne internationale en défense de la révolution vietnamienne, Un autre en a été la campagne de défense de la révolution palestinienne.

Des campagnes semblables pour la période à venir dévront être menées pour la lutte de libération de l'Irlande, pour la lutte des colonies portugaises pour obtenir l'indépendance nationale et pour des luttes anti-impérialistes semblables ailleurs.

Les luttes des minorités nationales dans les Etats ouvriers bureaucratisés doivent être soutenues de la même façon.

Un tel travail augmente la possibilité de recrutement et de développement de cadres trotskystes parmi les nombreux étudiants et travail leurs de ces nations opprimées qui résident temporairement en Europe et en Amérique du Nord où les organisations trotskystes établies existent déjà. Le noyau de nouvelles sections peut être construit en partie à partir de ce travail comme l'expérience l'a montré.

2. La défense des prisonniers politiques dans tous les pays. Des campagnes spécifiques comme celles menées en faveur des prisonniers politiques en Argentine dans la période récente, peuvent être menées dans d'autres endroits. Les plus importants en ce moment étant ceux du Chili, Brésil, Union Soviétique, Irlande, Espagne, Iran, Vietnam du Sud, Uruguay et la Chine,

3. La défense des sections et dirigeants de la 1Vème Internationale victimes de mesures répressives. Un modèle exemplaire de telles campagnes a été celle menée pour sauver la vie de Hugo Blanco. Le cas de Luis Vitale est à l'ordre du jour. Sous le régime totalitaire espagnol, le mouvement trotskyste a subi des arrestations multiples. La lutte contre le décret de dissolution de la Ligue Communiste reste urgente. Un autre cas important est l'interdiction de séjour de Mandel dans plusieurs pays. Aux Etats-Unis, cette lutte a obtenu un soutien large des cercles universitaires permettant de la porter jusqu'à la cour suprême, où elle a failli gagner. En Allemagne, œ cas a obtenu un soutien encore plus large, le transformant en un fait national. Le soutien a aussi été obtenu en d'autres pays. La campagne autour de ce cas devrait être continuée internationalement à cause de son importance dans la lutte contre des interdictions semblables contre d'autres dirigeants du mouvement trotskyste mondial comprenant Tariq Ali, Joseph Hansen, Alain Krivine, Livio Maitan et Gisela Mandel. É

4.La défense de grèves clés. Ceci est particulièrement important quand œla concerne des thèmes tels que le contrôle ouvrier ou la gestion ouvrière illustrés cette dernière année par la lutte de Lip en France, ou quand il s'agit de conflits essentiels comme la grève des mineurs en Angleterre.

5. La défense des luttes des travailleurs immigrés. En Europe ceci est une question-clé, mais cela s'applique aussi aux travailleurs immigrés en d'autres endroits, par exemple les travailleurs mexicains aux Etats-Unis.

6. L'opposition à de nouvelles trahisons flagrantes des luttes révolutionnaires par Moscou et Pékin (Bangla Desh, Cambodge, Inde, Iran, Irak, Palestine, Espagne, Srilanka, Soudan, Vietnam, etc.).

En plus de campagnes autour de tels thèmes, le mouvement trotskyste mondial devrait collaborer dans son ensemble à différents projets parmi lesquels :

1. Publier les oeuvres de Léon Trotsky et autres révolutionnaires. Ce travail est en cours à l'heure actuelle par le mouvement trotskyste en Argentine, France, Japon et aux Etats-Unis et par des maisons d'Edition indépendantes dans d'autres pays. La publication des oeuvres de Trotsky dans beaucoup de langues augmente, || faut noter que la Révolution Trahie et tout le bulletin de l'Opposition ont été reproduits dans la langue originale, en Russe.

2. L'expansion de la diffusion de la presse internationale de la IVème Internationale.

Ceci comprend Quarta International en espagnol, 1Vème Internationale en français, Inprekorr en allemand et Intercontinental Press en anglais. Intercontinental Press s'est montré particulièrement utile à cause de son importance et du fait qu'il soit hebdomadaire et la façon exhaustive dont il reproduit les textes de la I Vème Internationale et les matériaux et documents d'autres sources. La publication d'organes tel: qu’ Intercontinental Press en d'autres langues devrait être un objectit prioritaire,

3. Renforcer le centre ‘international. Une amélioration de l'échange et de la diffusion de l'information, des analyses, des déclarations politiques, et une collaboration plus étroite avec la direction des sections, groupes sympathisants et organisations fraternelles est nécessaire. Pour être plus précis, ceci requiert une équipe plus grande, plus de fonds. Un effort commun fraternel devrait rendre possible ce progrès du mouvement dans son ensemble.

Source : Quatrième Internationale, n°16-17 n.s. (n°67-68 a.s.), Juillet-Août 1974 · scan (Radar, 16-014-00146).

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