Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Contre la dictature imminente en France

24 mai 1958 · Secrétariat international · Le Ve Congrès mondial et après (1957-1960) · 1 119 mots

In English: Documents: Declaration of the International Secretariat I: Against Imminent Dictatorship in France! — texte anglais publié à l’époque.

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Déclarations du Secrétariat International de la IV° INTERNATIONALE

CONTRE LA DICTATURE IMMINENTE EN FRANCE

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La IV* République en France agonise. Le régime de la démocratie bourgeoise dans ce pays vit actuellement ses derniers moments. Attaqué de front par les généraux rebelles et les colons fascistes d'Algérie, miné par les intrigues et les complots de leurs alliés réactionnaires dans la métropole, ce régime ‘est devenu une farce, une pure fiction, à laquelle s'accroche encore. désespérément la cohorte hétéroclite des « républicains » allant de quelques formations parlementaires bourgeoises au Parti Socialiste et au Parti Communiste. Rarement le crétinisme parlementaire des directions traditionnelles ouvrières a revêtu une forme aussi grotesque que criminelle! Le réel pouvoir est déjà entre les mains de forces extraparlemen-taires, qui décident de l'évolution.

Et tandis que ces forces imposent au Parlement croupion le déroulement d'un scénario destiné à provoquer. la passation/à froid des pouvoirs à de Gaulle, dictateur plébiscité déjà par l’armée, les colons et toute l'extrême-droite de la métropole, les directions socialiste et communiste multiplient les actes de confiance au gouvernement fantoche qui compose cyniquement avec la rébellion, poursuit la guerre d'Algérie, ligote la classe ouvrière et étrangle la République !

Que des « démocrates» de «gauche» apeurés, où incurablement intoxiqués par un fond de chauvinisme petit bourgeois, rêvent à une solution providentielle qui redonnerait à la France bourgeoise et impérialiste sa « grandeur », ternie par tant de défaites et de déboires, et se prosternent devant de Gaulle, c'est encore explicable. Que des dirigeants dits ouvriers feignent de vouloir réellement combattre l'arrivée du dictateur, de défendre la « République», en accordant leur confiance et les pleins pouvoirs ou gouvernernent qui ies délègue au général Salan et immobilise la classe ouvrière, c'est-le comble de la trahison pour ceux d'entre eux qui sont conscients, ls comble du crétinisme réformiste pour les autres.

À quoi bon a pu servir à ces directions l'expérience extrêmement amère de Hitler arrivant au pouvoir à travers la suite de gouvernements bonapartistes parlementaires, de: Bruning à Papen, devant une classe ouvrière divisée et désorientée, ou encore l'expérience de l'Autriche en 1934, ou celle de l'Espagne de 1936-1938, ou celle de la France dans la même période ? Dans chacun de ces cas où! le régime de la démocratie parlementaire devenait incapable de résoudre les problèmes de la bourgeoisie,et s'apprétait à céder la place à un gouvernement « fort », il n'a jamais été possible d'arrêter cette marche fatale en soutenant des gouvernements bourgeois bonapartistes de transition. Il n'y avait d'autre voie de salut que la mobilisation révolutionnaire autonome de la classe, portée au plus haut degré!

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L'agonie du régime de la démocratie parlementaire en France est la conséquence de l'impasse militaire, politique, économique, internationale, à laquelle a abouti la nouvelle guerre coloniale contre l'Algérie, devant l'incapacité de fait de la classe ouvrière métropoli-faine à lui donner une issue révolutionnaire.

Aussi bienpour poursuivre cette guerre, dont dépend maintenant le sort de tout ce qui reste de l'empire colonial français, que pour contrôler la situation dans le cas d'une défaite en Algérie et en faire retomber les dégâts sur les masses métropolitaines, la boùr-geoisie française a inexorablement besoin d'un gouvernement « fort ».

Le régime démocratique parlementaire depuis longtemps déjà lui était incommode dans les nouvelles conditions où les guerres et les défaites coloniales l'ont placée. Les mesures et les discussions pour le renforcement de l'exécutif et la réforme de la Constitution étaient l'expression d'une évolution bonapartiste dictatoriale de plus en plus nécessaire du régime. Le pouvoir réel échappait progressivement au Parlement pour se concentrer entre les mains des forces extra-parlementaires, en premier lieu l'armée et le régime en Algérie.

Indépendamment des formes que revêtira l'instauration d'un gouvernement «fort », celui-ci évoluera rapidement vers une-dictature bonapartiste militaire, dans laquelle vont se coaliser comme base « populaire» toutes les forces réactionnaires, fascisantes et fascistes.

D'autre part, aucune illusion n'est possible sur un régime dirigé par de Gaulle. Par son passé, sa formation, ses conceptions, les forces qui le portent actuellement, les conditions qui l'entourent, les problèmes qu'il a à résoudre, l’homme sera inexorablement porté à asseoir son régime sur une base réactionnaire, de dictature militaire appuyée par les forces de l'extrême-droite qui plébiscitent déjà le général.

Seule la mobilisation révolutionnaire de la classe ouvrière pourrait contrecarrer une telle évolution. Mais la classe a été en réalité éduquée et dirigée des années durant par des directions opportunistes qui ont systématiquement émoussé sa combativité, obscurci ses perspectives et affaibli ses réactions de classe.

En cultivant le ferment chauvin sous des formes multiples, en pratiquant une collaboration de classe, en préconisont les voies «nouvelles », « pacifiques » et parlementaires au socialisme, en discréditant les formes de lutte de classe révolutionnaires, ces directions ont empêché la jonction active du prolétafiat métropolitain avec la Révolution coloniale, maintenu les illusions réformistes et paralysé la mobilisation de la classe.

Ellés récoltent maintenant les fruils d'une aussi longue pratique.

Certains excusent leur attitude actuelle d'un appui révoltant au gouvernement de l'état d'urgence, des pleins pouvoirs pour la poursuite aggravée de la guerre d'Algérie délégués à Salan, et de réforme dictatoriale de la Constitution, en arguont de l'incapacité de la classe à se mobiliser.

Certes a politique systématique, dés années durant, chauvine, ‘opportuniste ef de collaboration de classe, des directions socialiste et communiste a créé un état de fait dans les mosses. Mais mainténir et aggraver cette politique signifie courir inexorablement à la défaite sans même tenter de livrer une seule bataille importante avec des forces qui existent toujours, et hypothéquer tout l'avenir par un exemple néfaste.

IL n'est pas vrai qu'un appel commun du Parti Socialiste, du Parti Communiste et des Syndicats, encore maintenant ne puisse mobiliser de vastes couches sur un programme qui définit la véritable Voie pour faire échec à l'arrivée de la dictature :

Fin de la guerre en Algérie et proclamation de son indépendance, coupant la base aux factieux ! Démobilisation immédiate de tous les soldats d'Aigérie ! Tribunaux populaires pour les factieux ! Comités d'action dans la métropole, fraternisant avec les travailleurs algériens en France, décidés à lutter, y compris par la grève générale et la lutte armée, contre les factieux, contre l'arrivée de la dictature, pour la défense des libertés, pour le Gouvernement des partis et des organisations ouvrières, appuyé sur les comités ! ,

MILITANTS SOCIALISTES, COMMUNISTES, PROLETAIRES DE FRANCE !

Il est encore temps pour un sursaut suprême sur ce programme afin de sauver l'honneur du mouvement ouvrier français, de tendre une main fraternelle agissante à la Révolution algérienne qui se bat glorieusement encore seule, de défendre les libertés démocratiques, d'ouvrir la perspective socialiste en France et en Europe, seule voie de salut et de grandeur véritables !

Milan, le 24 mai 1958.

Source : Quatrième Internationale, 16e année n°3, juillet 1958 · scan (Radar, 16-014-00083).

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