Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Compte rendu d'une partie des délibérations de la conférence

3 septembre 1938 · La conférence de fondation de la IVe Internationale (3 septembre 1938) · 8 900 mots

In English: RECORD OF PART OF THE CONFERENCE'S PROCEEDINGS — traduction assistée par machine.

Il ne nous était pas possible, pour des raisons matérielles, d'éditer le compte rendu de la totalité des discussions de la conférence internationale, qui se sont étendues sur plusieurs semaines. Le secrétariat a donc dû se borner à un choix, en s'attachant particulièrement aux décisions prises en séances plénières.

On trouvera la conclusion des importants débats des sections nationales dans les résolutions relatives à ces pays (Angleterre, Mexique, Grèce, France, etc.). Nous pensons que ces brefs matériaux serviront utilement à compléter le recueil des résolutions et documents adoptés par la conférence de fondation de la IV° Internationale.

Après le travail des commissions, sous la direction du Secrétariat international, pendant un mois environ, s'est tenue une assemblée plénière de la conférence, seule mandatée pour prendre des décisions définitives sur les points essentiels discutés pendant toute la préparation de la conférence internationale.

Rapport du Secrétariat international

Vilain expose dans quelles conditions a été convoquée et préparée cette conférence internationale et propose un ordre du jour des travaux des séances plénières.

Les séances plénières ont été préparées, avec la collaboration et sous la direction du SI, par des commissions particulières qui soumettront le résultat de leurs travaux à la conférence. Les séances plénières pourront elles-mêmes être suivies de réunions de commissions spéciales destinées aux travaux complémentaires de rédaction et de mise au point. Ces commissions, désignées par la conférence, seront seulement des commissions d'exécution. L'ordre du jour des sessions plénières comporte

1. Rapport du SI ;

2. Thèses internationales, qu'on peut diviser en trois grands chapitres :

— Questions ouvrières (comités, syndicats, contrôle ouvrier, etc.) ;

— URSS ;

— Problème de la guerre ; situation en Espagne et en Chine ;

3. Statuts de l'organisation internationale et détermination de son rôle ;

4. Rapports des commissions (polonaise, française, anglaise, grecque,

mexicaine)

5. Solidarité internationale ;

6. Jeunes ;

7. Nomination du Comité exécutif international.

À la présidence d'honneur de la conférence, tous les délégués placent les noms de nos chers camarades Léon Sedov, Erwin Wolf, Rudolf Klement, anciens membres du Secrétariat international des bolcheviks-léninistes, tombés dans la lutte contre la contre-révolution stalinienne ; de Ignace Reiss, Moulin (Freund), Rossini, Scalaios, tous victimes de la terreur fasciste et stalinienne et de tous les emprisonnés et victimes de la lutte de classes internationale, combattants de la IV° Internationale, au premier rang desquels Ta Thu-Thau.

Puis, Vilain fait, au nom du SI, un bref rapport résumant l'activité du SI depuis juillet 1936, date de sa précédente désignation.

En 1936, la conférence a été préparée rapidement, les documents principaux n'avaient pas été discutés dans les sections. Un progrès important a été fait. Cette conférence a été préparée dans des conditions très difficiles, sous le coup d'une répression sans précédent de notre mouvement. Notre camarade Klement a été tué au cours même de la préparation. Cependant, nous sommes parvenus à assurer une véritable et profonde préparation politique. Les thèses politiques générales ont été éditées au mois de mai, en français, allemand, anglais, russe, et discutées, aussi bien par les directions des sections nationales que par les membres de la base.

Des commissions ont préparé le travail dans diverses sections. Un projet de statut a été préparé et discuté au SI et dans les principales sections nationales. Enfin, des conférences préparatoires ont eu lieu à Mexico pour l'Amérique latine, et à New York pour tous les pays de l'Amérique et du Pacifique. Des problèmes, comme ceux de l'URSS, ont été largement discutés dans les congrès nationaux de nos sections, et de nombreux documents publiés dans notre presse. Cette conférence représente vraiment un effort d'élaboration politique important.

En même temps, nos sections ont été entre 1936 et 1938 beaucoup plus étroitement mêlés aux luttes nationales et internationales qu'auparavant. La vie politique a été étudiée avec une participation plus grande de chaque section. Il suffit de mentionner dans ce laps de temps de deux ans les grands événements suivants :

a. La révolution et la guerre civile d'Espagne sont actuellement dans une phase de

déclin. Le travail de nos camarades en Espagne, même peu nombreux, a fourni à

tout le mouvement un matériel politique et organisationnel extrêmement riche.

Des camarades de plusieurs pays se sont rendus en Espagne. Les événements

d'Espagne ont permis une large vérification politique de nos conceptions, même

dans nos rangs. Si les résultats ont été insuffisants, cela est dû surtout à

l'évolution politique antérieure en Espagne, parmi nos amis. Le SI a joué un rôle

important dans le maintien des positions marxistes dans la révolution espagnole,

et a été seul à le faire.

b. URSS. Depuis deux ans, progrès énormes du bonapartisme stalinien. Les trois

procès ont marqué une étape de grande importance. Toute l'ancienne

génération dirigeante des bolcheviks ralliés à Staline a péri. Le SI et nos diverses

sections ont fourni un gros effort contre les procès de Moscou, qui a permis

d'élargir notablement l'agitation dans divers pays (France, États-Unis). Le

problème russe a été très discuté et a fait l'objet d'articles et de documents

nombreux parus dans notre presse.

c. L'expérience du Front populaire. Nos organisations, surtout en France et en

Belgique ont été amenées à intervenir dans les mouvements de grève, à

démasquer l'alliance bourgeoise du FP. Précisément, sur ce point, les thèses

internationales contiennent le fruit d'une expérience concrète de nos sections

européennes, et pas seulement des directives élaborées dans l'abstrait.

d. Le danger de guerre impérialiste. Depuis deux ans, ce danger a pris une forme

plus précise. La lutte pratique de nos sections contre le chauvinisme, l'Union

sacrée, les sophismes opportunistes a été tout à fait générale et elle aussi a été

appuyée, dans les principaux pays, sur l'expérience d'une lutte avec l'avant-

garde ouvrière. Les événements d'Extrême-Orient, d'Europe centrale, en

particulier, ont été étudiés.

Dans un rapport étendu, il conviendrait aussi de marquer toutes les magnifiques expériences de luttes des bolcheviks-léninistes indochinois, des organisations d'Amérique du Sud, en particulier.

Travail du SI — La conférence de juillet 1936 avait nommé un conseil général, organisme qui n'a jamais existé, et dont plusieurs membres nous ont quittés. En fait, c'est le Bureau international et le Secrétariat international (SI) qui ont travaillé.

Dans le BI et dans le SI, il y a eu des modifications dans la composition.

Le SI a assuré une direction internationale dans les questions essentielles ; Il a développé les liaisons, lutté pour le programme marxiste. Parallèlement, le bureau des jeunes, bien que restreint, a préparé une renaissance de notre mouvement dans les jeunesses.

Le SI de la IV° a maintenu une cohésion politique dans le mouvement alors que le Bureau de Londres s'est révélé depuis 1936 un lieu de passage et a été quitté par le parti ouvrier norvégien, passé à la IIe Internationale. Le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP), sous la pression de sa base, n'y a pas adhéré. Il n'y reste que l'Independent Labour Party (ILP) en passe de réintégrer le Labour Party. Le reste est composé de petits groupes sans programme politique défini. Dans la conférence restreinte qu'il a convoquée au printemps, ce bureau n'a même pas rompu explicitement avec la politique de Front populaire. Il s'est associé avec les brandlériens.

Stefan. — Demande s'il y a une augmentation du nombre de nos sections et un

examen de l'activité pratique du SI.

Vilain. — Répond qu'il y a une augmentation, et met en détail la conférence au

courant du travail pratique du SI, en particulier dans la situation espagnole

et française. Il souligne que le travail pratique ne peut être que ce que lui

permet la vitalité réelle des sections.

Boitel. — Demande comment s'est réglée l'invitation au PSOP. Ils ont accepté de

venir, mais les circonstances ont empêché leur participation. Il fallait leur

répondre officiellement ; ne pas le faire aurait été une erreur politique.

Clart. — Estime que la Conférence internationale est un succès politique, bien qu'il

s'agisse de partis de cadres. Politiquement, le Parti ouvrier d'unification

marxiste (POUM) a subi une déroute complète. Sneevliet en est réduit à

parler de manque de tact. Plusieurs de nos meilleurs camarades ont été

frappés par suite d'erreurs politiques ou d'organisation. L'unification des

groupes dans certains pays est très importante. La lutte contre le

centrisme doit être menée de façon positive. Faire des publications sur les

principales questions. Pour le PSOP et le POUM, on peut désigner une

délégation qui les rencontrera plus tard.

Speros. — Estime nécessaire d'en venir à la discussion sur le programme, qui est

insuffisante.

Vilain. — Donne communication des organisations affiliées ou en liaison avec le

Secrétariat international :

Organisations régulièrement affiliées

France : Parti ouvrier internationaliste, Jeunesse socialiste révolutionnaire.

Angleterre : Revolutionary Socialist League.

Belgique : Parti socialiste révolutionnaire ; Jeunesse socialiste révolutionnaire.

Allemagne : Communistes internationalistes d'Allemagne.

Pologne : Groupe bolchevik-léniniste.

États-Unis : Parti socialiste ouvrier ; Jeunesse socialiste.

Canada : Groupe bolchevik-léniniste.

Espagne : Groupe bolchevik-léniniste d'Espagne.

Hollande : Groupe bolchevik-léniniste.

Grèce : Ligue communiste internationaliste ; Union communiste internationaliste.

Suisse : Marxistische Aktion (liaisons).

Tchécoslovaquie : Groupe lskra-Banner.

Norvège : Groupe bolchevik-léniniste.

Roumanie : Groupe bolchevik-léniniste (liaisons).

Autriche : Communistes révolutionnaires (liaisons).

URSS : Opposition de gauche (bolcheviks-léninistes).

Mexique : Ligue communiste internationaliste.

Cuba : Parti ouvrier révolutionnaire.

Saint-Domingue : bolcheviks-léninistes.

Brésil : Parti ouvrier léniniste.

Argentine : Groupe bolchevik-léniniste.

Chili : Parti ouvrier révolutionnaire.

Bolivie : Groupe bolchevik-léniniste.

Uruguay : Groupe bolcheviks-léniniste.

Chine : Ligue communiste internationaliste. Indochine : Union des bolcheviks-

léninistes.

Australie : Parti ouvrier.

Afrique du Sud : Groupe bolchevik-léniniste.

Il existe en outre deux groupes en liaison avec le SI sans lui être affiliés, en Tchécoslovaquie (Proletar) et au Danemark.

Discussion du programme de transition

Questions syndicales, ouvrières, contrôle ouvrier

Stefan. — Le programme parle des grèves d'occupation d'une façon trop générale.

Elles ne sont pas forcément révolutionnaires, elles peuvent surgir dans une

période de désespoir. De même pour les comités d'usine. Ils peuvent surgir

dans une phase descendante ou ascendante. Ils peuvent avoir des

caractères éminemment réformistes. Il vaudrait donc mieux parler de

comités d'usine révolutionnaires.

Boitel. — Pense que l'objection est juste mais la proposition mauvaise. C'est

alimenter l'ultra gauchisme qu'on veut combattre, cela reviendrait à parler

de comités d'usine rouges.

Speros. — Estime que le programme parle insuffisamment des paysans, il manque

des mots d'ordre sur la dette agraire et les impôts, l'exploitation étatique

des paysans.

Julien. — Revient sur la question des comités d'usine et des occupations. Il s'agit de

mobiliser les ouvriers pour que les comités deviennent démocratiques.

Dans une situation aiguë, il n'est pas impossible que les comités s'opposent

aux sections syndicales, surtout si les sections syndicales ne groupent qu'un

parti, si elles sont bureaucratisées et ossifiées.

Craipeau. — Il faut dire clairement ce que les réformistes essaient de faire des

comités. Pour nous, aucune forme n'a de vertu spéciale. Elle ne devient

importante que dans une situation révolutionnaire.

Stefan. — Revient sur l'amendement polonais. Les camarades polonais veulent

souligner que la voie des comités d'usine ne peut prendre corps que dans

une situation révolutionnaire, mais cela ne signifie pas que nous sommes

contre toute création de comités en période normale : au contraire, ces

comités peuvent être un moyen de renaissance du mouvement ouvrier.

Vilain. — Estime que les camarades polonais ont mal compris le texte proposé du

programme. Il ne s'agit pas avec les comités de lutter contre les syndicats.

Mais, au cours d'une lutte même partielle, l'appareil des syndicats peut être

débordé. On ne peut donc pas se borner à indiquer comme objectif la lutte

contre la bureaucratie syndicale. Il faut prévoir aussi les formes différentes

de luttes. N'est-ce pas le cas lorsque le comité de grève prend la lutte en

mains ? Après la lutte, ces formes peuvent se résorber. Il ne faut pas

craindre de montrer le caractère relatif de l'importance des syndicats.

Clart. — Nous sommes partisans des comités indépendamment de la situation et de

la politique qu'ils mènent ; il s'agit d'un terrain de travail du parti. Des

comités larges ne pourront avoir de contenu révolutionnaire que par la

lutte du parti.

Gould. — Les comités d'usine représentent l'expérience la plus démocratique leur

contenu dépend de la mentalité des masses ; un comité réformiste peut

devenir révolutionnaire. Il est plus sensible que le syndicat aux variations

de la mentalité des ouvriers. Quant aux grèves d'occupation naturellement,

nous ne nous prononçons pas mécaniquement. La thèse insiste seulement

sur le sens général des occupations, qui mettent en cause la propriété

privée.

Lebrun. — Il y a des grèves d'occupation qui n'ont pas un caractère évident. Le

programme veut précisément mettre en avant les cas nouveaux. Exemple

au Brésil, en France. Il y a une échelle dans le contenu de cette lutte.

Julien. — Vous parlez de comités d'usine révolutionnaires ? Entendez-vous les

opposer aux comités démocratiques ? Pourquoi les opposer aux autres ? Au

cours d'une grève, nous proposons un comité de grève, nous voulons le

porter le plus possible en avant : avec l'action de classe, le mouvement et le

comité seront révolutionnaires mais il se peut que les objectifs soient

limités. Si vous proposez « comités révolutionnaires » comme une question

d'étiquette, la formule est fausse à 90 p. cent.

Stefan. — Ce qu'il faut, c'est souligner le rôle révolutionnaire que joueraient les

comités. Quant aux occupations d'usine, il y en eut en 1932 et 1933 en

Pologne, mais c'étaient des grèves de la faim, des gestes de désespoir, qui

ne mettaient pas en question la propriété privée et la gestion économique.

Boitel. — La grève avec occupation offre des possibilités révolutionnaires, selon la

situation objective. En France, aussi, en juin 36, les ouvriers n'avaient pas

osé établir une dualité de pouvoir. Mais la lutte aurait pu être portée à un

niveau supérieur. En Pologne, la situation ne permettait pas d'aller plus

loin.

Julien. — Les ouvriers polonais, désespérés, font la grève dans l'usine. Vous ne leur

dîtes pas : « Quittez l'usine », mais : « Ne faites pas la grève de la faim,

mettez-vous en liaison avec d'autres usines, etc. »

Vote de l'amendement présenté par le Comité central polonais (modifiant le passage correspondant du projet de programme) :

« Les bolcheviks-léninistes doivent non seulement s'efforcer de faire renouveler l'appareil syndical en proposant dans les moments critiques de nouveaux leaders, mais encore, repoussant tout ultimatum, sans sauter des étapes de l'enseignement des masses, dans certaines conditions — cela arrive généralement dans une situation révolutionnaire — en s'appuyant sur la volonté de la majorité du prolétariat, les bolcheviks-léninistes ne reculeront pas devant une rupture immédiate avec l'appareil syndical conservateur. »

Vote : pour, 1 voix ; contre, les autres ; abstention, 1 (Craipeau).

Sur la situation en URSS

Vilain. — Donne lecture d'un amendement transmis par le Comité politique du parti

américain, et qui n'est pas parvenu plus tôt au SI.

Le Comité politique du Socialist Workers Party demande la suppression

de la phrase suivante : « La bureaucratie et la nouvelle aristocratie

soviétique doivent être chassées des soviets. » Il demande que ce mot

d'ordre soit réservé et soumis à une discussion préalable. Sur le fond le CP

américain indique qu'on ne pouvait pas parler de retirer à la bureaucratie

et à l'aristocratie soviétique le droit de suffrage dans les soviets puisque le

programme admettait qu'une partie au moins de celles-ci rejoindrait, dans

la lutte, les rangs révolutionnaires.

Etienne. — Lit un extrait d'une lettre de Trotsky, en réponse à cet amendement, parue

dans le Bulletin russe.

Craipeau. — Estime que le temps fait défaut pour une discussion à fond ; il présente

une thèse qui résume l'opinion minoritaire française. Toutefois, il

souligne que l'amendement des Américains est inconséquent.

Etienne. — Il faut cependant situer en quelques mots la discussion pour répondre aux

thèses de Craipeau. Si la bureaucratie est une classe ascendante, comment

expliquer les procès, les exécutions de directeurs de trust, parce qu'ils

appartenaient à la vieille génération ? Parler de défaitisme en URSS cela

équivaut à considérer ce pays comme un impérialisme. Sur l'amendement

américain : il s'agit avant tout de se passer des bureaucrates. Mais il y a des

gens honnêtes, révolutionnaires, ils ne sont pas nombreux, mais ne

symbolisent pas la classe thermidorienne. Il faut mobiliser les ouvriers et

les paysans dans la lutte contre la bureaucratie. Comment alors admettre

les bureaucrates dans les soviets ?

Trent. — Demande que, sur cet amendement, on ajourne le vote de la partie de la

thèse qui demande le refus d'appartenir aux soviets pour toute la

bureaucratie. Cette formule n'est pas ancienne. C'est quelque chose de tout

nouveau. La réponse de Trotsky est satisfaisante sur un point : les soviets

renaissants en URSS surgiront contre la bureaucratie. Très juste. Mais on

ne peut dire a priori qu'on exclura à l'avance tels ou tels. Il est probable que

la bureaucratie n'entrera pas dans les soviets s'il y a lutte armée, mais on

ne peut dire à l'avance qu'on privera la bureaucratie du droit de suffrage.

On le fera peut-être ou probablement, mais on ne peut le dire. Dans son

livre contre Kautsky, Lénine souligne que la privation du droit de suffrage

aux bourgeois n’était pas un principe, ce n'était pas prévu par le

programme, que cela ne serait pas forcément le cas dans tous les pays. Il

faut laisser les mains libres. C'est une question qui mérite discussion en ce

qui concerne l'URSS actuelle.

Craipeau. — Estime qu'on peut bien trancher cette question, puisqu'on décide bien

sur la question plus générale des positions minoritaires. La bourgeoisie

détient encore un pouvoir économique après la prise du pouvoir, mais elle

sera dépossédée à la fois politiquement et économiquement. C'est un mot

d'ordre d'agitation important.

Fischer. — Les arguments américains ne sont pas justes. La formule du programme

est une formule de propagande. Les arguments de Lénine ne s'appliquent

pas. Si la bureaucratie est une clique criminelle, il ne s'agit pas de suffrage.

Ce n'est pas une question de demain, mais d'aujourd'hui.

Speros. — Il faut dire : nous ne pouvons pas tracer de cadres purs de la bureaucratie.

Cette position est contraire à la légalisation des partis soviétiques : nous ne

pouvons empêcher l'existence d'un parti soviétique, même comme parti

ouvrier-bourgeois.

Julien. — Ne s'oppose pas au renvoi. Après la prise du pouvoir la bourgeoisie peut

subsister comme force sociale : lorsqu'il s'agit de mener la lutte, nous ne

pouvons admettre la bureaucratie, mais une fois qu'elle a perdu le pouvoir,

elle n'a plus de raison d'existence, elle n'a plus d'existence séparée. Elle

peut subsister du souvenir du passé, mais elle n'a plus de fonction.

Craipeau. — Objecte que si l'on admet que la bureaucratie est une- classe, alors elle

n'a pas de place dans les soviets. Mais Trotsky est inconséquent lorsqu'il

admet que la bureaucratie n'est pas une classe, tandis qu'il l'exclut en

totalité des soviets. Et les koulaks ? On peut exclure certaines forces des

soviets.

Clart. — Il faut admettre un vote et procéder à une discussion internationale. D'après

les remarques des camarades américains, on ne saisit pas bien le caractère

des soviets. C'est l'instrument de lutte contre le pouvoir de Staline, pour

une révolution politique. Va-t-on admettre les ennemis les plus directs ? Le

droit de vote a une autre signification pour les classes déchues après la

stabilisation de la révolution.

Karl. — La conception de Craipeau doit être repoussée du commencement à la fin

parce que non marxiste. Quelle raison à l'existence d'une nouvelle classe

privilégiée. Mais la classe ouvrière n'est pas homogène. La IIe

Internationale n'est pas devenue capitaliste, bien qu'elle soit fondée sur

une couche privilégiée. Dans chaque classe il y a des éléments différents :

les plus riches penchent vers la bourgeoisie. On peut donc parler d'une

couche réactionnaire dans la classe ouvrière. On ne peut pas juger une

classe selon le degré de la richesse, mais selon un rôle dans la production.

Même si le capitalisme se rétablit en URSS, l'État ne cessera pas forcément

d'être ouvrier. Après Octobre, personne n'a cru qu'on pouvait

immédiatement établir le socialisme. Ce n'est que pendant la guerre civile

qu'on a établi le communisme de guerre. On a ensuite établi la Nouvelle

Politique économique (NEP). Pourtant le pouvoir soviétique n'a pas cessé

d'exister pour cela. Le point de vue qui part de la richesse est bakouniniste.

De ce point de vue on peut construire le socialisme dans un seul pays. Il

faut préconiser la même tactique que Marx a défendue en 1870. Mais Marx

a continué à lutter contre Bakounine. Pour l'amendement américain, il faut

le repousser. Le programme doit clairement désigner les catégories

sociales à chasser.

James. — S'oppose aussi aux conceptions de Craipeau qui ne sont pas marxistes. Il

faut montrer les conceptions progressives de l'économie contre la

propriété privée. Aussi, du point de vue international : si la révolution

internationale se développait, la question se poserait différemment.

Lebrun. — Personne ne peut comprendre ce que serait cette soi-disant classe-

avorton qui ne sort pas du mode de production, et qui est immédiatement

épuisée. Chasser la bureaucratie des soviets, c'est un mot d'ordre de

propagande révolutionnaire, compris dans un plan d'ensemble. Après la

chute de la bureaucratie, des anciens bureaucrates, individuellement,

auront leur place dans les soviets. La révolution politique se fera auto-

matiquement.

Trent. — Les objections m'ont convaincu que notre amendement est nécessaire. Il

faut une discussion. Nous sommes d'accord que la bureaucratie n'est pas

une classe ; malgré ses 15 millions de membres. Mais, en 1917, on disait de

ne pas voter pour les mencheviks ou les socialistes révolutionnaires,

cependant on ne les excluait pas des soviets. La lutte pour les soviets

renaissants sera dirigée contre la bureaucratie, mais toutes les couches

aisées se solidariseront avec les staliniens. Au premier stade même, les

soviets en comprendront beaucoup qui se sépareront du centre stalinien.

Nous ne proposons pas de voter contre, mais il faut une discussion.

Stefan. — La question semble se résoudre à notre attitude envers les différentes

couches de la bureaucratie. Il ne s'agit pas de savoir ce que nous ferons à

telle ou telle étape. Il est sûr que des couches importantes passeront aux

côtés du prolétariat. Mais ne devons-nous pas pour cela affirmer que nous

voulons chasser la bureaucratie des soviets ? Au contraire, car nous

définissons ainsi notre attitude générale. Il propose de voter pour le

programme. Gould. — La question est nouvelle, mais il accepte l'amendement, sans être d'accord

avec la façon dont le pose Trent. Il propose d'ajourner le vote, mais il faut

fixer un temps de discussion.

Vilain. — On pourrait trouver cinquante phrases que l'on désirerait éclaircir. Il s'agit

de thèses. On peut continuer une discussion, mais il faut voter.

Craipeau. — Estime qu'on ne peut voter, car on n'a pu discuter sérieusement la

question russe.

Vilain. — Lui répond que son objection n'est pas loyale. La discussion sur l'URSS est

ouverte dans toutes les sections nationales. Elle a fait l'objet de

publications nombreuses dans des bulletins intérieurs, dans la revue, dans

des livres de Trotsky.

Elle a déjà été sanctionnée dans plusieurs congrès nationaux. Contester le

droit de voter à la conférence internationale, c'est craindre pour ses

propres positions.

En conclusion, Craipeau soumet les thèses suivantes :

1. La bureaucratie soviétique a mené, au cours des quinze dernières années,

une lutte acharnée à la fois contre les restes de l'économie capitaliste privée

et contre le prolétariat. Elle a ainsi réussi, au cours d'une sourde guerre civile

et au moyen de violences gigantesques, d'une part, à monopoliser l'ensemble

des moyens de production et d'échange, d'autre part, à déposséder le

prolétariat de tout pouvoir politique, de tout contrôle économique et à

supprimer toutes les conquêtes fondamentales de la révolution d'Octobre.

2. Elle a ainsi progressivement cessé de jouer le rôle d'un simple parasite de la

dictature du prolétariat. Elle est devenue une classe dirigeante exploiteuse,

qui possède en commun l'ensemble des moyens de production et d'échange

et qui décide, à l'exclusion de tout autre, de la répartition du capital et de la

plus-value.

3. Elle constitue une classe originale par la forme du profit (sur-traitement) le

mode collectif de sa répartition et la structure planifiée nationalement de la

production sur laquelle elle s'appuie. Néanmoins, elle constitue

historiquement l'appendice de la classe capitaliste mondiale. Elle a introduit

une forme d'anarchie et de crise (dont les procès sont une conséquence) au

sein même de la production planifiée qu'elle entraîne ainsi, quoiqu’avec des

délais plus considérables, dans la décadence générale de l'économie

capitaliste.

4. L'État russe a cessé d'être ouvrier. Il est devenu le conseil d'administration

de l'oligarchie industrielle, des cadres supérieurs de l'armée et de la police ;

et en partie des hauts spécialistes. Cet État repose sur une société

profondément différenciée, l'aristocratie ouvrière (stakhanovistes, etc.)

aidant les classes dirigeantes à exploiter les travailleurs.

5. La classe ouvrière ne pourra reprendre le pouvoir que par une nouvelle

révolution sociale. La section russe de la IV° Internationale a pour tâche

essentielle de guider les masses vers l'insurrection.

Elle doit inscrire à son programme :

a. La dépossession de l'oligarchie et le retour des moyens de production à

la classe des ouvriers et de la ville et des champs.

Le rétablissement du contrôle de la production et de la répartition de

toutes les richesses.

b. La mise du plan au service non de l'aristocratie mais du prolétariat et son

orientation vers le socialisme.

c. La suppression des inégalités sociales, par l'abolition des privilèges, des

hiérarchies nouvelles, ainsi que du sursalaire des spécialistes, du travail

aux pièces, du stakhanovisme, etc.

d. La garantie politique maximale contre une nouvelle réaction par le

renouvellement permanent des cadres d'État, ainsi que par la

restauration intégrale de la démocratie soviétique (légalisation des

partis ouvriers, droit de presse, de réunion, libertés syndicales, etc.).

6. La lutte de classe des ouvriers russes contre leurs exploiteurs ne peut subir

aucune atténuation du fait de la participation de leur gouvernement à une

guerre impérialiste. Les revers militaires du gouvernement russe

constitueront, pour eux, le moindre mal en ouvrant la route au soulèvement

révolutionnaire.

7. La Russie est aujourd'hui intégrée dans le jeu des rivalités et des intérêts

impérialistes. Dans ces conditions, le mot d'ordre de « défense

inconditionnelle de l'URSS » perd tout sens prolétarien ou anti-impérialiste.

Il ne peut qu'enchaîner la classe ouvrière russe et internationale.

8. Aucune considération de défense de l'URSS ne devra amener les prolétaires

à suspendre ou à atténuer la pratique du défaitisme révolutionnaire de leur

pays et à interrompre la préparation systématique de la révolution dans leur

pays.

La seule stratégie doit rester pour eux le défaitisme révolutionnaire, la

fraternisation avec les soldats russes et le soutien de la révolution prolétarienne

en URSS.

Vote : pour la thèse de Craipeau : 1 voix ; contre, tous les autres.

Motion du Comité politique américain reprise par Trent : pour, 5 voix ; contre, 15 ; abstentions, 2.

Guerre et situation internationale

Rousset. — Estime que la thèse contient un passage équivoque lorsqu'elle parle du

caractère progressif du patriotisme des opprimés. Ne pense pas que cela

marque une déviation vers le social-patriotisme, mais exprime seulement le

recul du mouvement ouvrier et la volonté d'y rester accroché. L'idée de

patrie ne contient rien de progressif, sous aucun rapport. En outre, il ne faut

pas assimiler le pacifisme et le patriotisme. S'il y avait un patriotisme sain,

ce serait celui qui a trouvé son expression dans le Front populaire.

Clart. — Le patriotisme a été progressif durant une période. Le patriotisme des

peuples opprimés est progressif. La question se pose différemment dans le

cadre d'un pays impérialiste. Vous dites qu'il ne peut rien y avoir de

progressif dans le patriotisme. Mais le programme parle des opprimés. On

s'en aperçoit en période de guerre, où fait un amalgame avec la défense de

la démocratie. Il faut saisir ces nuances. Il faut alors aussi nous reprocher de

citer Lénine parlant du patriotisme des grands-russiens, mais complétant

son appel.

Boitel. — Il faut juger cette question en tenant compte du moment, de la politique

stalinienne dominante. La renaissance du patriotisme par les staliniens ne

fait que faire resurgir les préjugés bourgeois. Maintenir le texte, c'est créer

des dangers. Cela n'implique pas qu'on ne peut pas se saisir d'une action

modeste, gréviste, même si elle apparaît pour empêcher le sabotage de la

défense nationale.

Vilain. — Il y a tin demi-malentendu qui provient de l'utilisation du mot « progressif

». Il indique généralement une idée de progression sur le plan historique,

alors qu'ici il s'agit non de qualifier le patriotisme comme une idéologie

historique, mais dans certains de ses éléments particuliers du moment. On

peut améliorer la formule afin d'écarter l'équivoque, mais l'idée est juste et

on ne peut la masquer.

Julien. — Il s'agit de savoir prendre l'anneau pour aller plus loin. L'expression telle

qu'elle est semble juste. Nous devons aller devant les masses sans formules

abstraites. Nos explications théoriques n'auront aucune prise. Il faut

expliquer en partant des préoccupations réelles des masses. La patrie est un

fait, mais il faut la libérer de la domination des exploiteurs. Avec la modifi-

cation des conditions objectives, les idées des grandes masses changeront

aussi. Alors nous leur expliquerons tout le contenu de l'internationalisme.

Busson. — L'argumentation de Julien est dangereuse. Il faut distinguer où l'on

s'exprime. Il y a programme et programme. Il faut savoir parler à un ouvrier

arriéré. Mais il s'agit ici du programme. D'accord avec les propositions de

Vilain. Il faut simplifier la formule.

Craipeau. — Pense que la conférence doit faire attention à la question. Quand nous

aurons le pouvoir, nous n'aurons pas la nation. Modifier la rédaction sur le

pacifisme ; la distinction n'est pas suffisante. La distinction est dans les actes.

Il faut bannir le mot « progressif » du dictionnaire. Rousset. — Le patriotisme serait progressif s'il était lié à des actes de classes ? Mais

l'exposé de Julien est très dangereux. La propagande fasciste peut en faire

autant. Sur l'antifascisme, d'accord, parce qu'il y a au fond un contenu de

classe. Dans la situation actuelle en France, il faut s'appuyer sur l'instinct

économique des ouvriers et non sur le sentiment patriotique. Dans la mesure

où nous sommes en période de recul, nous devons mettre en avant notre

internationalisme.

Speros. — Est d'accord avec Rousset et Boitel. Même lorsque le prolétariat a vaincu,

c'est la révolution socialiste qu'il défend, et non la patrie.

Lesoil. — Il s'agit du programme et des mots d'ordre transitoires soumis à notre

attention pour répondre au courant développé dans la classe ouvrière. Au

premier abord, cette différenciation choque, embarrasse parfois devant nos

ouvriers. Mais le sentiment patriotique est aussi la crainte de la guerre. Il ne

suffit pas de dire « les ouvriers n'ont pas de patrie », mais de savoir

l'expliquer. Ce qui est progressif ne l'est qu'à condition que nous sachions

l'utiliser.

Gould. — Rousset et Boitel veulent éviter toute confusion avec le stalinisme ou le

fascisme. Mais ils y conduisent. Le but des staliniens, c'est d'utiliser les

sentiments patriotiques des masses au profit de ceux de la bourgeoisie. Nous

devons au contraire profiter de cette différence. Le danger chez nous n'est

pas le patriotisme. Nous avons été éduqués. Mais au contraire de ne pas

comprendre, d'être isolés des sentiments des masses. Aux États-Unis, le

même danger existe.

James. — Lénine disait : « Lorsqu'un pauvre dit : " Je veux défendre la patrie, " c'est

l'instinct de l'opprimé qui parle. » Demande l'adoption du texte tel qu'il est

dans la traduction française. En ce qui concerne l'Allemagne et la politique

du PC, il faut distinguer clairement cette politique.

Johre. — L'essentiel du texte débattu est que toute revendication, même insuffisante,

doit être utilisée.

Stefan. — Estime la formule du programme juste. Il ne s'agit pas d'apprécier

théoriquement la nation. Nous sommes dans une période de réaction, qui

dévoile l'instinct prolétarien. -Les sentiments prolétariens sont progressifs,

même dans une période de réaction. Il faut expliquer comment mener la

lutte contre l'Allemagne hitlérienne. Dépose un amendement complé-

mentaire sur l'antisémitisme :

« En combattant ardemment l'antisémitisme et la haine de race, les

bolcheviks-léninistes déclarent en même temps que le sionisme, prêchant la

constitution d'un État juif, en Palestine, ne pourra jamais résoudre la

question juive. Le sionisme, dans toutes ses nuances, joue le rôle d'un agent

de l'impérialisme anglais en Palestine et d'un pendant idéologique aux

théories antisémites de l'émigration, dans tous les pays de la Diaspora.

Freiner la vague antisémite, qui n'est qu'une des têtes de l'hydre

réactionnaire, rendre aux juifs les droits de l'homme et du citoyen, garantir

un libre développement de la culture des masses juives, seule la révolution

sociale peut le faire. Le prolétariat révolutionnaire abolira les injures

historiques qui furent depuis des siècles le lot du peuple juif. »

Vote : pour, 6 ; contre, 16.

Le vote contre signifie que le programme s'exprime suffisamment sur la question, et qu'un amendement sur le problème propre de la Palestine mériterait d'être plus approfondi. En définitive, l'amendement est renvoyé devant la commission de rédaction, qui verra comment améliorer le programme sur ce point.

James. — Propose d'ouvrir une discussion spéciale sur la question allemande (en

particulier sur les responsabilités staliniennes en 1933). Plusieurs

camarades (Craipeau, Julien) proposent également d'ouvrir une discussion

sur les points spéciaux de politique générale (Espagne, guerre, etc.). Il est

décidé que ces questions pourront être débattues ultérieurement, mais que

l'ordre du jour doit être suivi : examen des amendements déposés sur le

projet de programme et vote de ce projet.

Vote sur l'ensemble du projet de programme : pour, 21 ; contre, 1.

(Réserve faite de la conclusion sur la délimitation de la IV° Internationale, qui sera discutée avec les statuts.)

Déclaration du camarade Craipeau :

La minorité du Parti ouvrier internationaliste constate que la conférence

du mouvement pour la IVe Internationale se tient sans qu'ait eu lieu une

discussion internationale dans les différents pays et qu'il a pu seulement se

développer une discussion nationale dans quelques pays comme la France ou les

États-Unis.

La résolution, issue de la conférence ne correspond pas à l'élaboration de

toute l'organisation internationale. Nous sommes persuadés que les événements

obligeront avant peu l'Internationale à réexaminer la question et à réviser ses

positions. »

Plusieurs propositions de la délégation anglaise pour la commission de rédaction sont transmises.

Statuts

Le camarade Vilain, rapporte au nom de la commission préparatoire. Un projet de statuts a été élaboré. L'article premier implique ce qu'on appelle la « proclamation » de l'Internationale. Il serait plus juste de dire son organisation définie et sa discipline stricte. C'est donc le point essentiel sur lequel doit porter la discussion actuelle. Cette discussion s'est déjà poursuivie amplement, en particulier dans la commission polonaise, avec la participation des délégations allemande, polonaise, anglaise, américaine, française, sud-américaine, grecque. Il convient de rappeler que le règlement adopté à la conférence de juillet 1936 parle « des organisations associées à l'échelle internationale au mouvement pour la IV° Internationale ». C'est cela qu'il faut modifier, dans le sens proposé par le programme de transition.

Voici le texte proposé :

« Tous les militants prolétariens et révolutionnaires du monde qui acceptent et appliquent les principes et le programme de la IV° Internationale se réunissent en une seule organisation mondiale, sous une direction centralisée internationale et une même discipline. Cette organisation a le nom de... et est régie par les présents statuts. »

Karl. — On ne peut aborder la question de la IV° en dehors de la situation du

mouvement ouvrier. Le mouvement ouvrier passe par une période de

désagrégation et de dépression dans les pays fascistes. Dans les pays

démocratiques, la pression stalinienne fait reculer les ouvriers. Nous sommes

la partie la plus avancée de la classe ouvrière. On ne peut décider la IV°

Internationale que si les ouvriers surmontent la dépression. La Ire

Internationale s'est construite lorsque les ouvriers se sont remis de la défaite

de 1848, la IIe lorsque le mouvement s'est rétabli après la défaite de la

Commune et la création d'un mouvement ouvrier en Russie. La IIIe s'est créée

après la victoire de la révolution russe et avec un grand nombre de partis

communistes déjà formés. Bien qu'en 1919 la gauche zimmerwaldienne était

plus forte que nous aujourd'hui, les spartakistes étaient contre la

proclamation de la IIIe Internationale. Nous n'avons pas d'organisations

nombreuses. Les organisations n'ont pas d'influence de masse, surtout dans

les syndicats. La Ier Internationale a créé un mouvement de masse qui faisait

la terreur de la bourgeoisie. La IIe a mis en mouvement des masses immenses.

La IIIe a conduit des mouvements révolutionnaires des masses. Mais la

situation a changé. Les ouvriers subissent une répression énorme. Nous

n'avons pas la direction des masses. En proclamant la IV° sans être sûrs de la

réponse des ouvriers, nous en compromettons l'idée même.

L'avenir de l'humanité tout entière dépend de la IV° Internationale. On ne

peut pas créer une fiction, mais une véritable internationale. Malgré la

régression, la crise du capitalisme pose la question de la révolution

prolétarienne. C'est le prolétariat qui créera la IV° Internationale. Il faut

éclairer les ouvriers et préparer le mouvement. Si nous restons un

groupement de propagande, les ouvriers n'auront pas de grandes exigences

envers nous, mais, si nous sommes une internationale, les ouvriers exigeront

une direction et nous ne pourrons les conduire ; ils seront déçus. La I re

Internationale s'est appuyée sur les forces du prolétariat français et anglais.

La IIe sur les forces du prolétariat allemand. La IIIe sur les forces russes,

balkaniques, polonaises, allemandes. Aussi longtemps que la IV° n'aura pas

quelques partis de masses, elle ne pourra pas être proclamée. C'est pourquoi

nous sommes en désaccord avec le point 1 des statuts. Vilain. — Les arguments de Karl, résument l'ensemble des objections qui nous ont

été opposées au cours de la discussion. Ils sont historiques, non politiques. Au

lieu de tirer argument des analogies dans la succession des Internationales, il

faut voir les situations concrètes. La situation originale dans chaque cas. La

Ire est née du néant, le prolétariat s'affirma comme classe internationale ; c'est

tout. Elle ne dirigea aucune lutte et fut mêlée aux mouvements petits-

bourgeois. La IIe fut liée à des appareils d'État, n'avait pas de concurrentes,

ne se considérait d'ailleurs pas officiellement comme continuatrice de la 1re

Internationale. La IIIe n'a pas pu liquider la IIe.

Elle aussi est devenue un appendice étatiste. Elle subsiste côte à côte avec la

IIe. Voilà la situation de fait. C'est une situation unique qu'il faut analyser

comme telle. Il faut sortir de l'imprécision. Nous nous sommes définis à

l'échelle nationale, nous avons des partis, sections, ligues, etc. Le passage dans

la social-démocratie était épisodique. Nous voulons aussi être définis à

l'échelle internationale. Nous devons avoir une organisation délimitée et non

un champ de manœuvres pour tous les courants confus. Seront membres ceux

qui accepteront le programme, les statuts, les décisions. Ce n'est pas

l'Internationale « définitive ». Aucune n'est définitive. Nous ne proclamons

pas l'Internationale victorieuse. Nous voulons une figure nette, pour préparer

de meilleures conditions de lutte. Les Internationales ne sont pas des cadres

figés. Ce sont des organisations de lutte. Leur forme correspond à leur mission

dans un stade donné. Le nôtre dans la situation mondiale actuelle consiste à

faire cesser certaines équivoques, et à faciliter ainsi le rassemblement autour

de nous.

Stefan. — Nous sommes déjà, comme « mouvement », une organisation définie.

Proclamer une internationale, c'est modifier un état de fait. Or, cet état de fait

n'existe pas. Pour se délimiter des centristes un nom ne suffit pas. Il faut qu'un

renversement se produise au sein des masses pour que nous ne disposions

pas seulement d'idées, mais d'un levier puissant.

Trent. — Les analogies historiques sont fausses, non valables. Zimmerwald était plus

fort que nous, mais l'aile gauche était très restreinte, politiquement assez

confuse. Lénine a posé la question de constituer la IIIe dans une période de

réaction. Il ne l'a pas fait, espérant amener d'autres groupes, ce qui était notre

position en 1936. Au premier congrès de l'IC il n'y avait pas de PC de masse,

sauf le russe. C'étaient avant tout des émigrés à Moscou. Les spartakistes

étaient contre : avaient-ils raison ?

Lebrun. — Il faut d'abord s'organiser. La lutte d'envergure viendra avec le

mouvement des masses. Si les masses exigeaient de nous des décisions de

suite, étant donné notre nom, tant mieux, cela voudrait dire qu'elles sont

prêtes à marcher avec nous.

Boitel, puis James. — Soulignent que le travail dans la IIe n'est, en général, plus

possible. La IV° est dans l'esprit des ouvriers avancés. Il faut avancer ou

reculer.

Karl. — Conteste qu'il n'y ait pas eu de partis de masses au premier congrès de l'IC.

On ne construit pas une organisation internationale pour se délimiter, mais

pour mener des actions de masse. La création de la IV° est plus difficile que

les précédentes.

Votes. La délégation polonaise propose l'amendement suivant :

« L'organisation internationale bolchévique-léniniste surgit de grands événements : des plus grandes défaites du prolétariat dans l'histoire. La cause de ces défaites, c'est la dégénérescence et la trahison de la vieille direction. La IIIe Internationale aussi bien que la IIe sont mortes pour la révolution. Vive la IV° Internationale ! Les bolcheviks-léninistes ne forment pas en ce moment la IV° Internationale, cependant, ils proclament la nécessité de la créer. Nous formerons la IV° Internationale quand les conditions objectives de sa création deviendront mûres, c'est-à-dire avant tout quand nous deviendrons un mouvement de masse au moins dans certains pays avancés. »

Pour, 3 voix ; contre, 19.

Article I du projet de statuts : pour, 19 ; contre, 3. Le camarade Craipeau formule ainsi son vote :

« Considérant que la situation internationale peut nous imposer encore de nombreux tournants organisationnels en faisant lutter nos groupes nationaux dans les partis réformistes ou centristes ; qu'en conséquence et en fonction de la faiblesse numérique des groupes BL, le mouvement pour la IV° Internationale peut jouer seulement un rôle propagandiste ; je vote contre la proclamation formelle immédiate de la IV° Internationale. »

Les différents articles des statuts sont ensuite examinés et discutés un à un. Chaque point est adopté successivement. Sur l'ensemble intervient le vote suivant : unanimité, moins 3 abstentions.

La délégation polonaise déclare qu'après avoir défendu jusqu'au bout la position qu'elle considère comme juste, et qui a été élaborée avec le Comité central polonais, elle reste entièrement disciplinée à la nouvelle organisation avec laquelle elle collabore de façon étroite.

Élection du Comité exécutif international

La discussion s'engage sur la composition et le fonctionnement du CEI. En conclusion, quinze membres sont désignés pour constituer le CEI.

Rapports des commissions

Commission polonaise

La commission polonaise a consacré deux séances à examiner la situation des camarades polonais. Une situation nouvelle a été créée par la dissolution officielle du Parti communiste polonais. Deux résolutions sont présentées par la commission. La majorité estime que la nécessité du nouveau parti doit être proclamée, afin de rassembler tous les éléments qui se trouvent organisés soit dans les courants centristes, soit dans des organisations intermédiaires. Le camarade Karl, estime que l'heure n'est pas encore venue d'un tel tournant. Les camarades Julien et Lebrun pensent que Karl sous-estime la nouvelle étape, et manque de confiance dans les camarades. Karl considère que les camarades polonais ne veulent pas d'équivoque avec le réformisme, mais qu'ils veulent parvenir à un vrai parti et non à une fiction : ils doivent préserver leurs liaisons avec les masses. Il faut attendre. Trent est contre la proclamation d'un parti comme remplaçant du parti communiste polonais ; cependant, il faut préparer cette action inévitable.

Vote : la résolution de la majorité de la commission est adoptée par 11 voix, 6 contre et 2 abstentions.

Commission grecque

Les travaux de la commission grecque ont consacré la fusion des deux groupes qui se réclamaient de la IV° Internationale, la Ligue communiste internationaliste et l'Union des communistes internationalistes. La Conférence internationale adopte à l'unanimité la résolution présentée par la commission, en saluant la section grecque de la IV° Internationale, dont des dizaines de membres souffrent et luttent vaillamment dans les prisons et bagnes de Metaxás.

Le Secrétariat international est mandaté pour intervenir en cas de difficultés au cours des opérations de fusion.

Commission française

La commission française a étendu ses travaux sur une série de séances de travail. Une trentaine de délégués y ont participé. Au cours des séances, tous les aspects essentiels de la politique et de l'activité du Parti ouvrier internationaliste ont été examinés avec soin. En particulier, la commission a examiné les questions du front unique, celles du mouvement syndical, celle de la presse et celle du fonctionnement organisationnel du parti. Un projet de résolution servit de base à la discussion. La commission se préoccupa aussi du groupe « La Commune » et c'est avec son accord que le SI entreprit les démarches relatées d'autre part.

La troisième assemblée plénière de la Conférence internationale, après avoir entendu le rapport, décida de prolonger les pouvoirs de la commission, en lui demandant de terminer ses travaux par l'adoption d'une résolution définitive.

Commission anglaise

Le rapport enregistre le pas très important fait par l'unification des trois groupes qui se réclamaient de la IV° Internationale, dans la Revolutionary Socialist League (RSL). La conférence souligne que toutes les difficultés ne sont pas vaincues, en particulier que les questions relatives au travail dans les rangs du Labour Party n'ont pas reçu une solution définitive. Mais elle salue l'importante étape du développement marxiste en Angleterre. Des délégués des trois anciens groupes ont participé aux travaux de la conférence. Seul est resté en dehors de l'unification un petit noyau (groupe Lee) : le CEI est mandaté pour faire cesser l'équivoque de sa position, en lui offrant d'entrer dans le RSL.

Commission mexicaine

La commission pour les affaires mexicaines a fait un travail très approfondi sur la situation au Mexique et sur la crise de la Ligue communiste internationaliste. Elle a pris en détail connaissance des travaux préparatoires de la Conférence panaméricaine, ainsi que des documents, lettres, et bulletins soumis à la conférence par l'ancienne organisation dissoute. C'est sur la base de cet examen qu'elle a adopté une résolution qui permettra le redressement de notre mouvement au Mexique. La conférence a souligné que tous les camarades mexicains ont déclaré qu'ils acceptaient par avance les décisions internationales du mouvement auquel ils sont attachés. Sous l'impulsion des décisions de la préconférence américaine, la situation s'est déjà améliorée dans les directions suivantes :

a) élimination des querelles personnelles et élection de cadres dirigeants nouveaux ;

b) liquidation de l'orientation gauchiste et de l'isolement syndical ;

c) liaison étroite avec le mouvement panaméricain. La résolution est adoptée à

l'unanimité.

Décision annexe

Il est décidé de constituer auprès du Comité exécutif international une commission coloniale.

Séance du Comité exécutif élargi aux délégations de la conférence internationale

Formation du Secrétariat international

Vilain. — Fait une proposition tendant à désigner pour le SI des camarades susceptibles de travailler pour la plupart dans le même lieu. Les membres ne représentent pas des sections, mais doivent s'appuyer sur les sections les plus actives.

Après une discussion détaillée sur les possibilités de travail du SI et sur sa composition, cinq camarades sont désignés.

Sous-secrétariat américain

Le CEI décide de confirmer dans ses fonctions le sous-secrétariat panaméricain désigné à la conférence de New York, en y adjoignant un membre.

Statuts (fin de la discussion)

Après discussion, il est décidé que la mise au point rédactionnelle définitive sera confiée au SI, un vote étant déjà intervenu sur chaque article. Il ne reste qu'à fixer le nom de l'organisation. Après discussion, le nom adopté est : « IVe Internationale (Parti mondial de la révolution socialiste) ».

Solidarité Internationale

Il existe des organismes de solidarité, dans trois sections (France, Belgique, États-Unis). Il s'agit de fédérer ces trois organismes et d'aider au développement dans d'autres sections. On doit orienter ces comités essentiellement pour le soutien de notre mouvement, qui est le plus persécuté. Il ne s'agit pas tant de les utiliser pour la propagande politique que pour réunir des fonds et des actions pratiques de soutien de nos propres camarades. Il faut constituer un secrétariat auprès du SI, et inviter à créer des sections de secours dans tous les pays.

Trent. — On peut admettre dans les comités des non-membres du parti, mais, au

point de vue politique et organisationnel, nos partis doivent en prendre la

pleine responsabilité et le contrôle. Aux États-Unis, le comité officiel est

composé exclusivement de membres du parti, connus pour leur activité

dans ce domaine. Les socialistes ou staliniens sont secourus. Les nôtres ne

le sont pas. Il faut les aider. On ne peut pas créer une direction interna-

tionale, mais un centre qui puisse donner des informations, et constituer un

comité de patronage.

Lesoil. — Est d'accord avec la nécessité de développer le fonds de solidarité. La

propagande rentre aussi dans les attributions de la solidarité et les fonds

recueillis peuvent aussi y aider, sous un contrôle rigoureux.

Au cours de la discussion, on examine aussi la situation du Secours international en France, qui a été formé sur une base « large », c'est-à-dire en front unique avec d'autres organisations. D'une façon générale il faut s'efforcer d'unifier la forme des mouvements dans les différents pays.

Après discussion, le camarade Legrand est désigné pour rédiger une résolution et le SI est mandaté pour désigner un secrétariat qui assurera une liaison internationale.

Mouvement des jeunes

Une conférence des jeunes doit se tenir parallèlement à la conférence de la IV° Internationale. Une discussion de caractère général s'engagera sur un rapport du camarade Maurice. Julien. — Estime que les JSR font un bon travail pour les problèmes généraux, mais

sont faibles pour le travail pratique. L'activité des jeunes a une importance

primordiale, surtout dans les conditions de semi-légalité ou d'illégalité.

Stefan. — Attire l'attention sur l'importance des jeunes dans notre époque. Il parle

de la trahison des vieux partis. L'écroulement d'un parti comporte la

démoralisation de toute une génération. Il faut attirer l'attention de toutes

les sections là-dessus, et dresser une plate-forme des revendications de la

jeunesse, utiliser toutes les formes d'action (Auberges de la jeunesse)

d'éducation, d'agitation.

Gould. — On n'a pas assez considéré la question des jeunes. Le SI a négligé cette

question de telle sorte que dans certains pays des camarades dirigeants

sont contre une organisation spéciale des jeunes. Ne pas croire que le

capitalisme écarte la distinction entre jeunes et adultes. Ne pas vouloir faire

à tout prix des jeunes des cadres du parti adulte. Il faut redresser le courant

qui existe dans certains pays contre le travail de la jeunesse.

Lesoil. — La situation des jeunesses belges est grave. On a cessé la parution de

Révolution. Dans certaines régions (Borinage) on n'a pas compris la

nécessité de ce travail. Il faut redresser la situation par une explication

politique sérieuse.

Harber. — Expose la situation des jeunes dans le Labour Party et la nécessité de bien

étudier les mots d'ordre propres à l'Angleterre.

Une délégation de trois membres du Comité exécutif international a été désignée pour participer à la conférence des Jeunes.

Thèses présentées par la Conférence panaméricaine

Deux projets de thèse ont été présentés par la Conférence panaméricaine à l'examen de la Conférence internationale. L'une sur « la Situation en Extrême-Orient » et l'autre sur « l'Impérialisme américain et les colonies ».

Étant donné l'importance de ces documents et le fait que le délai de discussion a été insuffisant, il est décidé qu'ils seront adoptés comme matériaux de discussion, soumis à l'examen des sections et placés à l'ordre du jour de la prochaine réunion du Comité exécutif international.

Situation aux États-Unis

Une importante discussion se déroule dans le Socialist Workers Party au sujet de la tactique. La majorité préconise la lutte pour un Labor Party contre les partis bourgeois. La minorité est partisan du maintien de la plate-forme actuelle du SWP.

Étant donné l'importance de cette discussion pour toutes les sections, il est décidé qu'un bulletin spécial publiera les rapports principaux sur cette question.

Situation en Belgique

Le camarade Lesoil fait un rapport de la situation dans le PSR au lendemain de son congrès . L'erreur est de ne pas être passé à l'offensive contre Verecken, qui démoralisait toute l'organisation. Verecken a été invité au congrès. Sommé de défendre sa politique sur le plan international, il a préféré démissionner, déserter devant la bataille politique. On doit constater que, lorsque le parti s'est constitué, la venue de Verecken n'était déjà qu'un replâtrage. Ses projets consistent à « écrire pour les cadres du monde », (sic). Une quinzaine de membres du PSR l'ont suivi dans la retraite. La section belge se trouve maintenant devant des tâches importantes. Elle doit gagner en homogénéité, ne pas se confiner au Borinage, exiger une activité vraiment nationale des responsables.

Angleterre

La Conférence internationale, saisie d'un tract distribué par le groupe Lee (Angleterre), réclamant devant la conférence le droit pour lui seul de représenter la Conférence internationale, rappelle que le groupe Lee a refusé d'entrer dans l'unité des trois groupes, qu'il ne met en avant que des critères personnels pour justifier sa séparation ; que la porte de la Revolutionary Socialist League lui reste ouverte, mais que, désormais, seule la RSI est la section de la IV° Internationale et vue le groupe Lee, comme tout groupe dont l'isolement est le résultat de considérations de clique, sera combattu résolument. Le camarade Legrand est chargé de rédiger une lettre pour la section anglaise.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 1, p. 186–208 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

Une erreur sur cette page ?