de 12 Révolution coloniale
LES CAUSES QUI SOUTIENNENT L’ESSOR DE LA REVOLUTION COLONIALE
La montée continue de la Révolution coloniale pendant la dernière décade, a contrasté de manière frappante avec la stagnation prolongée du mouvement ouvrier révolutionnaire dans les pays capitalistes avancés.
L'essor de la évolution coloniale dans cet après-guerre est soutenu par une série de causes qui manquaient ou qui ont cessé d'exister avec la même intensité qu'auparavant dans les pays capitalistes avancés.
Le processus de stabilisation capitaliste relative dans ces pays est allé de pair avec l’aggravation de la situation économique et financière de la plupart des pays coloniaux et semi-coloniaux.
Le capitalisme, dans les pays avancés, a profité d'injectiens massives du capital américain et des énormes besoins mondiaux en matière de reconstruction et de développement industriel créés par la guerre, pour déclencher un nouveau cycle d'expansion sur un niveau supérieur de productivité. Les pays coloniaux et semi-coloniaux, par contre, ayant épuisé rapidement les capitaux accumulés pendant la guerre et les premières années qui ont suivi celle-ci, se voyaient de plus en plus distancés par les progrès absolus et relatifs que réalisent les pays avancés.
L'évolution économique des pays coloniaux et semi-coloniaux, caractérisée par un processus d’industrialisation qui, quoique saccadé et inégal, ne manque pas d'être, en moyenne, continu, favorise l'expansion industrielle des pays capitalistes avancés.
En même temps, ceux-ci profitent aussi bien des progrès technologiques et scientifiques pour accroître leur indépendance relative de cértaines importations de produits agricoles et de matières premières, que de la baisse des prix de ces importations, pour s’assurer une balance commerciale favorable par rapport aux pays dépendants et une meilleure protection contre l'inflation.
Par contre, les pays dépendants voient leur balance commerciale se détériorer et ïls se débattent contre les poussées fiévreuses d’une inflation endémique.
Le décalage entre pays avancés et pays dépendants s'aggrave aussi bien en production absolue qu’en production, par tête d’habitant, la population des pays dépendants augmentant à un rythme plus rapide que leur production.
À la base de ce développement résident la structure sociale et économique différente et le retard historiquement pris par les pays dépendants.
Pour qu’un pays puisse rattrapeu le développement, actuel des pays capitalistes avancés, il est nécessaire de partir d’une infrastructure économique développée, d'une main-d'œuvre technologiquement qualifiée, et d’un taux d’investissement par habitant très élevé.
Cr, les pays dépendants sont handicapés structurellement dans cette course.
TIls manquent d’une infrastructure économique adéquate, disposent d’un revenu national relativement bas, et accumulent insuffisamment, aussi bien à cause de leur revenu actuel limité que du fait de l'envoi dans les pays impérialistes d’une grande partie de la plus-value réalisée, et de la disposition orientée vers l'usure, le profit commercial, ou la rente, d’une grande partie des capitaux appartenant aux oligarchies indigènes.
De toute manière, le taux d’accumulation de 15 à 25% du revenu national jugé nécessaire pour une industrialisation en grand s'avère dans ces pays au-dessus de leurs possibilités pratiques actuelles.
Même ce taux, Gans la plupart de ces pays, à revenu national t insuffisant s’il n'était épaulé par d’autres ressources.
Dans le cas de pays à structure encore capitaliste, ces autres ressources devraient venir normalement du capital étranger, sous forme d’investissements d'ordre public (pour l'infrastructure) ou privé avec réinvestissement sur place
De telles ressources, même si elles se trouvaient — maigré les réticences du capital pour des placements ne rapportant pas le taux de profit moyen — devraient être énornément supérieures au total des dépenses annuelles actuelles (UR.S.S. comprise) qui vont aux pays « sous-dévelcppés » : de 4 milliards de dollars environ à plus de 20 milliards, sinon considérablement davantage (i).
Il est exclu que le capitalisme puisse consentir un tel effort. Dans ces conditions — et sans minimiser du tout de nouvelles tentatives de l'impérialisme d« aider » sur une plus grande échelle les pays dits « sous-développés » (Inde, Amérique latine, Afrique, pays arabes) — il faut plutôt prévoir que le décalage absolu et relatif (dans le sens indiqué) de ces pays, par rapport aux pays avancés, s'aggravera dans les années à venir.
Ce qui signifie que le développement économique et industriel de ces pays, qui ne cesse pourtant d’être continu, se fera dans des conditions hautement explosives et très différentes de celles des pays avancés : véritables crises économiques et non pas simples récessions, chômage, inflation.
C'est cette situation économique différente, résultant à la fois du retard historique des pays dépendants par rapport aux pays avancés lancés dans un nouveau cycle d'expansion, et des obstacles que dresse à leur développement leur structure économique et sociale féodo-capitaliste, sinon, par endroits, tribale à infiltration capitaliste, qui explique fondamentalement le décalage entre lac révolutionnaire puissante, sans cesse renouvelée, des masses des pays dépe faible, serait et le déclin du mouvement ouvrier révolutionnaire dans les pays ceapi avancés. Une autre se qui attise actuellement l'essor de la Révolution coloniale est évidemment le déclin de l'impérialisme par rapport à la force montante des Etats s et les nouveaux rapports établis dans cet après-guerre par les couches dirigeantes de la Révolution coloniale, avec l'impérialisme d’un côté et la bureaucratie des Etats ouvriers de l’autre.
Ces couches dirigeantes, fonction bonapartiste, mposées principalement d'éléments aspirant à un développement national, profitent de l’existen £ J i accrues des Etats iers, ainsi que de 1 iE ): directe de 1
La Révolution coloniale ne s’épuise pas par l'atteinte du but primordial de l'indépendance formelle par rapport à lim
Æile continue par la recherche d'une véritable liquidation de toutes les séquel-les de Tir ialismé et des entraves économi iales structurelles à un di! loppement économique rapide et à lin in essentiel, senti d'une manière sans cesse plus impérieuse et irrésistible par les masses des ayS dépendants, est d'accéder rapidement au niveau des pays industriels avancés et de combler leur retard historique.
C'est pour cette raison que, de façon générale, la phase anti-impérialiste nationale de la Révolution coloniale pendant laquelle des dire:tions bourgeoises ou petites bourgeoises ont pu jouer un rôle dirigeant, est actuellement en train de céder la place à une phase supérieure mettant en avant les impératifs économico-sociaux de l’évolution des pays dépendants. C'est le cas plus particulièrement pour les pays formellement indépendants de l'Amérique latine, les pays du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, l'Inde, lo Pakistan l'Indonésie, Ceylan, etc. A Cuba, la logique du processus de la révolution permanente a déjà fait que la révolution brise le cadre du capitalisme.
Dans ces conditions, la Révolution coloniale occupe la place d'avant-garde de la révolution mondiale et agit comme force principale, y compris pour le réveil de la lutte révolutionnaire dans les pays avancés.
() Les experts de l'O.N.U. ont avancé que la somme annuellement nécessaire pour Promouvoir en 8% ans le doublement du niveau de vie des populations disposant de moins se ur dollars par tête et par an (soit 1.600 millions d'hommes) s’élèverait À 20 milliards e dollars. , Mais d’autres évaluations portent cette somme à 50 sinon à 60 milliards de dollars et même davantage.
Far le fait du retard historique pris par la révolution dans les pays capit--listes avancés, qui est le résultat de l'interaction dialectique de la trahison des directions et de la nouvelle évolution économique du capitalisme, la Révolution coloniale est objectivement la force motrice de la révolution mondiale, combinée à la force montante des Etats ouvriers.
Le réveil de la révolution dans les pays capitalistes avancés, de l’Europe en particulier, à toute chance d'apparaître historiquement comme le résultat, en partie au moins, de la pression exercée de l'extérieur de ces forces combinées, dans une nouvelle conjoncture économique moins favorable qu'actuellement au capitalisme dans ces pays.
LA REVOLUTION COLONIALE ET L'IMPERIALISME
Sous la poussée irrésistible des masses portant la Révolution coloniale sans cesse sur une position plus avancée, l'impérialisme se voit obligé d’avoir recours à des formes de dépendance plus indirectes et plus souples.
Tous les exemples donnés par les impérialismes anglais, français et belge montrent clairement cette tendance : promotion des territoires, hier encore coloniaux, au statut d’autogouvernement ou de dominion au sein d’une association de plus en plus souple avec la métropole ; Htats formellement complètement indépendants.
L’impérialisme — au moins son aile la plus clairvoyante — cherche actuellement à sauvegarder l'essentiel de ses positions économiques à travers la passa-tion du pouvoir à des élites indigènes, qu’on s’efforce de développer et de corrompre, grâce au pouvoir politique et économique.
Cette aile est consciente de l'impossibilité de gouverner longter la forme de la domination européenne directe, soit sous la forme, gouvernements indigènes non largement indépendants.
Partout où des élites indigènes existent — intellectuets et diverses autres catégories d'éléments bourgeoïs ou petits bourgeois de fait où potentiellement — l'impérialisme s'efforce de s'appuyer sur elles en leur cédant le pouvoir politique, immédiatement ou par étapes, et en les corrompant par Fassociation à l'exploitation économique commune de leurs pays respectifs.
Mais la grande difficulté pour l'impérialisme dans cette entreprise est le manque de couches indigènes suffisamment développées pour assumer un tel rôle, face au mouvement impétueux des masses, qui exigent désormais des conditions de vie que le capitalisme ne peut assurer.
Ta position plus précise de chacun des principaux impérialismes dépend de sa force et de la situation concrète qu’il à à traiter. L'’impérialisme anglais, qui s'est dégagé à temps de l'Asie, tout en réussissant à sauvegarder l'essentiel! de ses intérêts dans des pays comme l'Inde, le Pakistan, Ceylan, la Malaisie même. s'efforce actuellement de réaliser la même opération en Afrique tout en tenant compte des situations particulières dans ce continent : Afrique Centrale, Afrique du Sud, à forte implantation européenne, avec de très gros capitaux investis en jeu.
9 Mais même dans ces territoires l'impérialisme envisage maintenant froidement le jour où la politique explosive du colour bar et de la suprématie dictatoriale des minorités européennes, sera obligée de céder la place au pouvoir de la majorité indigène, malgré la résistance farouche et prolongée qu'il faut prévoir de la part de ces minorités.
L’impérialisme français lui-même est actuellement obligé de brûler les étapes passant de l’Empire à la « Communauté » paternaliste, et de celle-ci à la Communauté < rénovée », à savoir une association d'Etats plus ou moins formellement indépendants comme ceux en cours d’accession à la « souveraineté internationale ».
Il ne résiste désespérément qu’en Algérie, terre de forte implantation européenne et dotée des richesses inestimables du Sahara.
l'impérialisme portugais qui sait que l'indépendance de ses colonies sonnera le £las du régime dictatorial aussi bien par le fait qu’elle démontrerait la faiblesse du régime que par le tarissement d’une grande partie des ressources économiques et financières de celui-ci, résiste encore, défendant son style esclavagiste de domination.
Mais c’est une raison de plus pour que, dans le contexte actuel, international et africain, sa chute inévitable se fasse plus violente.
Quant à l'impérialisme américain, sa politique coloniale est pius variée.
ps, soit sous pius souple, de
Evitant la domination directe, sauf le cas de Porto Rico, il n'hésite pas à appuyer des régimes dictatoriaux indigènes brutaux dans toutes les parties du monde où il possède des intérêts économiques et stratégiques très considérables {Amérique centrale, Vietnam, Corée du Sud, Siam, etc.).
En Afrique, par contre, où il a à lutter contre de vieux adversaires impérialistes, compromis par la domination directe, il se pare du masque du « libérateur » et du « libéral », en s’efforçant de gagner les bonnes grâces des couches bourgeoises indigènes en formation, au moyen de son «€ aide » matérielle.
Pour l'impérialisme, l'importance économique et en partie stratégique des pays coloniaux et semi-coloniaux, ne cesse jamais d'être vitale (aussi bien pour son approvisionnement en matières premières, que pour l'exportation de ses produits industriels et même de ses capitaux, l'importance de ce dernier facteur avant cependant quelque peu provisoirement diminué par rapport aux deux autres).
D'autre part la stratégie de la guerre atomique, qui favorise l'attaque par surprise et pose le problème de la survivance, favorise la dispersion des bases de par le monde.
Dans la course décisive dans laquelle, par la force des choses, l'impérialisme se voit lancé contre les Etats ouvriers, le maintien de son influence sur les pays dépendants acquerra une importance encore plus grande que par le passé. Car cette compétition, à supposer qu’elle se maintienne « pacifique » pour une période implique une course plus acharnée que par le passé à la puissance économique, dont la réserve la plus importante reste toujours les ressources et l'industria-lsation des pays dépendants.
L'impérialisme dans la décade qui s'ouvre engage cette course handicapé de plusieurs points de vue : compromis par son passé aux yeux des masses; incapable par sa structure d'accorder une aide efficace ; divisé dans ses propres rangs entre puissances qui ont rétabli et dépassé leur potentiel d'antan et se lancent dans une concurrence avivée précisément dans le domaine par excellence de Yaccumulation : l'industrialisation des pays dépendants.
La seule chance de l'impérialisme dans ce domaine réside dans l'aide que pourrait lui apporter la bourgeoisie coloniale en formation.
L'étape prochaine de la Révolution coloniale dépend de la course de vitesse engagée entre la formation d'une telle couche à laquelle l'impérialisme tend par tous les moyens, et le mouvement révolutionnaire des masses en quête de solutions radicales, et par conséquent d’une direction radicale.
Mais, même la transition à travers une direttion néo-kbourgeoise indigène ne peut que s'avérer historiquement de courte durée et, en définitive, économiquement ruineuse, elle aussi, pour l'impérialisme.
Car tout développement important d'une bourgeoisie indigène ne peut que diminuer à la longue la part de plus-value encore accaparée par l'impérialisme.
LA REVOLUTION COLONIALE ET LES ETATS OUVRIERS
Dans la phase historique actuelle de la formation, à côté du capitalisme, d'un système international d'Etats ouvriers, l'alliance entre la Révolution coloniale et ce système d'Etats ouvriers, devrait g'établir de manière toute naturelle et quasi automatique. La convergence d'intérêts, dans la lutte commune contre l'impérialisme est évidente et devrait donner lieu à un appui actif et incondi-Hionnel de la part des Etats ouvriers à cette lutte.
D'autre part, dans le domaine des échanges économiques, les Etats ouvriers auront progressivement la possibilité de remplacer avantageusement « l’aide » accordée par l'impérialisme et de détourner vers leur orbite les circuits actuels avec l'impérialisme.
Les Etats ouvriers peuvent accorder une aide financière et technique bon marché pour le développement économique réel des pays indépendants, et sans imposer de conditions politiques.
Ils peuvent, d'autre part, établir, sans que le cas soit général, des rapports commerciaux sur la base de la complémentarité de leurs économies : produits agricoles et matières premières en provenance des pays dépendants contre dau matériel d'équipement industriel en provenance des Etats ouvriers.
Le développement, dans une perspective historique, de tels rapports avec les pays dépendants fait clairement apparaître les possibilités énormes que les Etats ouvriers possèdent potentiellement dans ce domaine et les risques mortels que l'impérialisme encourt dans l'éventualité d'une « compétition pacifique » prolongée. Ce n'est que la nature du régime politique des Etats ouvriers actuels, dégénérés ou déformés par la bureaucratie, qui restreint les possibilités exploitables, handicape et déforme l'alliance de fait entre la Révolution coloniale et les Etats ouvriers.
On ne saurait naturellement faire d'objection à l’aide économioue que la bureaucratie de l'URSS. ou des autres Etats ouvriers accorde aux régimes bourgeois des pays dépendants pour qu'ils résistent momentanément à l'impérialisme, cu qu’ils se développent plus librement. ;
Maïs dans la mesure où cette aide est accordée en échange de la politique « neutraliste >» de la bourgeoisie coloniale, et que les partis communistes dans les pays indépendants se voient obligés de subordonner leur politique autonome de classe aux impératifs de la diplomatie des Etats ouvriers, ceci risque d’aboutir pratiquement à la consolidation de régimes bourgeois se tournant invariablement contre le mouvement ouvrier de leur propre pays, et, à une étape plus éloignée, contre les Etats ouvriers eux-mêmes.
De ce point de vue, les exemples donnés récemment par Neïru, Sukarno. Nasser, Kassem et autres bénéficiaires de l’aide des Etats ouvriers, sont éloquents.
Toutefois l’aide des Etats ouvriers peut objectivement aider le processus de maturation des masses et par conséquent apparaître comme une menace objective pour le capitalisme. Cela explique entre autres l'attitude de certaines bourgeoisies comme celles du Brésil et de la Bolivie. î
L'alliance objective entre la révolution coloniale et les Etats ouvriers s’est exprimée avec tout son dynamisme dans le cas de Cuba où la bureaucratie soviétique s'est vue obligée de passer par-dessus la politique de cœxistence pacifique ir ses fusées pour la défense de la révolution. Dans sa phase nouvelle, tion coloni anit dans les faits avec les Etats ouvriers, les efforts de la Eureauc e soviétique et des directions petites bourgeoises pour tenter de l'empêcher. . liance doit être stimulée sur tous les terr: IV° Internationale devr. ts, des organisatio ‘s, en tant -que èrement parmi des centrales iè avec leg or r cette alliance.
LE ROLE DE LA BOURGEOISIE NATIONALE
Les oligarchies indi de la rente fonc sont des du dévelopr conomique riel de ‘ces p: Ce sont couches qui, d t ou par leu accaparent à ape actuelle la ction de la Révolution
L'importance de ces couches dites de bourgeoisie nationale est fort variable dans les différents pays dépendants, selon le degré de développement écenomique atteint. y
Dans des cas comme celui de l'Inde, de l'Ars s'agit déjà d’une véritable classe suffisamment mer le pouvoir politique direct, même si elle ue de le perdre momentanément au profit d'autres fractions, plus liées à l'oligarchie et à l'impérialisme. Dans le cas d'autres pays asiatiques et latino-américain: l'importance de la bourgeoisie nationale par rapport à l’oligarchie compradore est moindre.
Dans certains cas l'exercice de son pouvoir se fait souvent à travers des régimes politiques bonapartistes (comme Sukarno, Nasser, Kassem, Nkrumah etc.) qui agissent historiquement au profit de la bourgeoisie nationale. :
Dans d’autres cas, qui peuvent s'avérer fréquents en Afrique, la très faible formation d'élites indigènes, autres que les chefs tribaux et les fonctionniires au service de l’impérialisme, pourra donner naissance à une nouvelle bourgzoisie cempradore étroitement associée à l’impérialisme pour la coexploitation économique de son pays d’origine.
Partout l'instrument principal pour le développement de la bourgeoisie natio-male s'avère être le pouvoir politique bonapartiste. C’est grâce à ce pouvoir qu'il est possible de faire face à la fois à l’obligarchie, à l'impérialisme, aux masses. de trouver les capitaux importants qu’exigent la construction de l'infrastructure et le financement d’entreprises d'envergure.
entine, du Brésil, du Chili, il issante et cons: e pour assu-
D'autre part, c'est par l'exercice du pouvoir politique et les fonctions éco-miques de l'Etat que se forment en partie les cadres de cette bourgeoisie, par Yenrichissement des fonctionnaires, leur infiltration dans les entreprises, leur corruption, etc.
T'Etat bonapartiste devient dans ces conditions la véritable @éveloppement capitaliste dans les pays dépendants.
L'idéologie qui correspond le mieux à l'Etat bonapartiste est la dictature de fait du Parti unique, ce dernier se résumant à sa direction assumant le pouvoir.
Dans le cas où il s'agirait d'un Parti vraiment prolétarien et socialiste, par son programme et son idéologie, une telle dictature, appuyée sur les masses organisées en Comités, ou Communes démocratiques, aurait incontestablement un sens historique progressif. 2
Mais le prétexte de la soi-disante société coloniale sans classe que certains utilisent actuellement en Afrique, pour justifier la dictature bonapartiste du Parti unique, engagée dans un développement économique capitaliste, et sans contrôle démocratique des masses organisées, est à rejeter.
S'il est vrai qu'on ne saurait transplanter dans une société à peine sortie du tribalisme, tel quel, le régime multi-parti de la démocratie socialiste, on ne saurait pour autant négliger la nécessité pour le Parti unique éventuel d’avoir un caractère de classe à idéologie et programme prolétariens et de s'appuyer sur les masses démocratiquement organisées en Communes paysannes et Comités “urbains qui contrôlent le gouvernement et assument le pouvoir.
De toutes façons l'Internationale ne saurait renoncer à la conception d’après laquelle le droit à plusieurs partis ouvriers représente une garantie essentielle d'une véritable démocratie socialiste.
Aucune illusion n’est permise sur les véritables tendances de la bourgeoisie nationale. Si à sa formation elle est obligée de lutter jusqu’à une certaine mesure contre l'impérialisme et l'oligarchie, de s’allier au prolétariat et à ses _organisations syndicales, de préconiser et de pratiquer même pour toute une période des nationalisations et une économie « mixte », elle tend invariaklement, précisément par son renforcement, à agir comme la bourgeoisie classique des pays avancés : à se retourner contre le mouvement ouvrier, et à se rapprocher de l'impérialisme aussi-bien par la « libération » de son économie « mixte » (afin d'attirer les capitaux étrangers et de stimuler l'initiative capitaliste indigène privée) que par son alignement diplomatique avec l'impérialisme. L'Inde de Nehru, un des premiers pays qui a acquis son indépendance et où s’est formée une importante bourgeoisie nationale, est le miroir dans lequel se reflète déjà clairement l’évolution historique régressive et contre-révolutionnaire inévitable, relativement à courte échéance, de la bourgeoisie nationale. (Autres exemples : la Tunisie, TEgypte, le Ghana, l'Argentine, le Brésil, etc.).
Le plus grand danger qui guette les masses coloniales en révolution, c'est de s’endormir dans la mystique de l'unité nationale avec leur bourgeoisie et de sacrifier à cette mystique leur politique et leur organisation de classe autonome.
pinière du
VOIE CAPITALISTE OU VOIE SOCIALISTE ?
L'aspiration des masses coloniales à l'indépendance politique et à un développement économique rapide est partout profonde et irrésistible.
La bourgeoisie nationale s'efforce de remplir cette mission, aussi bien pour en profiter elle-même que pour apaiser les masses. 1
Mais elle trébuche sur l'impossibilité d’atteindre l'objectif du développement économique rapide par des voies capitalistes.
La bourgeoisie nationale se montre partout incapable de nationaliser en définitive (après quelques étapes qui peuvent s'avérer nécessaires), l'essentiel de Ja plus-value extorquée par les impérialistes dans les pays dépendants, ainsi que Ja rente foncière des féodaux indigènes, et de valoriser l'énorme ressource que représente la main-d'œuvre inemployée de ces pays. Nulle part elle n’a pu, ni voulu, exproprier sans indemnisations les entreprises impérialistes, agricoles, minières, commerciales ; exproprier sans indemnisations les féodaux et donner la terre aux paysans ; nationaliser, planifier l’économie et mobiliser à son service les masses du pays.
Or, la question agraire est partout fondamentale. La terre, dans sa plus grande partie, est partout aczaparée par des féodaux indigènes, des colons et des entreprises impérialistes étrangères, une partie seulement de la terre (dont l’importance diffère selon le cas concret) étant cultivée à titre privé par des paysans indigènes, ou collectivement, dans les réserves de lAfrique Noire, par exemple.
Même ces paysans libres, ni serfs, ni métayers, ni ouvriers agricoles, sont pour la plupart des paysans pauvres comparés aux standards des paysans des pays Capitalistes avancés, et ont désespérément à lutter pour subsister en tant que paysans.
D'où l'importance primordiale d’une réforme agraire radicale, accompagnée de l'aide effective, matérielle et technique, d'un véritable Etat prolétarien.
La ‘réforme agraire, c'est avant tout la disposition de la terre selon la volonté libre de ceux qui la travaillent.
Selon le cas concret, elle peut prendre la forme de la distribution des terres des féodaux et des colons aux paysans sans terre ou avec très peu de terre, accompagnée de l'aide efficace de l'Etat aux coopératives paysannes. Ou bien da forme, d’une gestion collective dès le début de la terre par les Communes »“villageoises (ou plus étendues), ét les collectifs des ouvriers agricoles et des Dons des grandes plantations et domaines ; ou, le plus souvent, d’un système mixte.
La bourgeoisie nationale ne compte pour le développement économique que sur l'apport principal dés capitaux étrangers. Or la masse et lés conditions d'octroi et d'opération de ceux-ci, rendent illusoire une industrialisation tant soit peu rapide des pays dépendants, qui rattraperait les pays avancés.
L'exemple comparatif de la Chine et de l’Inde devient décisif dans ce domaine (sans insister sur celui de l’'U.R.S.S.).
L'exemple de la Yougoslavie l'est aussi. L'expérience chinoise est absolument valable en tant qu'indication d'une voie précise pour le développement économique rapide et équilibré d'un pays colonial partant d’un très bas niveau des forces productives. È
L'organisation en Communes des masses paysannes, contient des éléments qui pourraient s'appliquer avec profit dans d’autres cas, spécialement là où les traditions communautaires des paysans sont encore relativement fortes.
L'organisation politique et économique de la Commune permet d'employer productivement toute la masse travailleuse disponible, en utilisant les moyens et les forces productives sur place ct d'amorcer ainsi le développement économique rapide et équilibré du pays.
On ne saurait critiquer l'institution des Communes en général qu’en ce qui concerne leur administration bureaucratique éventuelle, qui aurait tendance à ne pas tenir suffisamment compte des conditions de vie des masses et de la nécessité d’une adhésion volontaire à ce type nouveau d'organisation économi que et sociale.
Mais dans le cas où les excès bureaucratiques pourraient se trouver limités principalement grâce à l'organisation démocratique des masses gérant les Communes — les Communes en tant qu’institution pourraient s'avérer historiquement comme une forme valable pour le développement économique rapide, équilibré et plus productif des p: sous-développés, utilisant pleinement et judicieusement toutes les ressources disponibles, et comme l’école d'une vie sociale plus communautaire.
L'exemple yougoslave de son côté est valable en tant qu'expérience de développement rapide d'un pays sous-développé dans lequel prédomine la petite propriété agricole privée, grâce à une économie qui, teut en ayant un caractère ouvrier, reste ouverte aux avantages du marché mondial, grâce également à l'association démocratique, étroite, des producteurs au contrôle et à la gestion même de l'économie (Conseils ouvriers).
Les pays sous-développés, loin de se trouver enfermés dans le dilemme — .développement de type capitaliste grâce à l'apport des capitaux étrangers ou stagnation — ont la possibilité réellg d'emprunter, selon leur cas concret, « la voie chinoise » ou « la voie yougoslave » ou toute combinaison de l'une et de l’autre, débarrassée de leurs éléments négatifs.
Mais la condition primordiale d’un tel développement possible est la mise en place de structures économiques et sociales nouvelles de type socialiste. Ce qui signifie que la lutte pour la libération réelle de l'impérialisme, et pour le développement économique et l’industrialisation est inséparable de la lutte pour la Révolution socialiste. Seuls les pays dépendants qui ont su combiner la lutte anti-impérialiste à la lutte pour la Révolution socialiste ont pu se détacher réellement du système impérialiste et ouvrir largement la voie à leur développement rapide et à l’industrialisation.
LE CARACTERE PERMANENT DE LA REVOLUTION COLONIALE
Instinctivement, les masses lancées dans la lutte anti-impérialiste contre la domination impérialiste directe ou indirecte, sont poussées vers des objectifs qui dépassent celui de l'indépendance formelle. Dans le contexte international et national actuel de la Révolution coloniale, celle-ci a inexorablement tendance à se développer en tant que Révolution permanente, mettant de plus en plus en première ligne les objectifs économiques et sociaux des larges masses paysannes et ouvrières qui la portent : réforme agraire, nationalisation et planification ñe l’économie, émancipation des femmes. %
Dans ce processus, le choc avec la bourgeoisie nationale devient également inévitable à une étape donnée de la lutte. Si celle-ci commence inévitablement dans une sorte de front unique de fait de toutes les classes sociales des pays dépendants (à l'exception des féodaux et de la bourgeoisie compradore) contre la domination impérialiste directe ou indirecte, l’approfondisséement de la lutte différencie non moins inévitablement le front selon des lignes de classe. La bour- &geoisie nationale se trouve vite aux prises avec le radicalisme du mouvement des masses paysannes et ouvrières qui aspirent à la réforme agraire, à la nationalisation et à la planification de l’économie, à l'émancipation des femmes. tous okiectifs incompatibles avec le règne de la bourgeoisie nationale.
Ce qui oblige celle-ci à se tourner contre le mouvement des masses ét à avoir recours à un régime ouvertement ou non dictatorial.
Le prestige acquis par la bourgeoisie nationale pendant la phase de la lutte anti-impérialiste unie, en l’absence d’un véritable parti révolutionnaire des masses, peut lui accorder un crédit auprès des. masses, et lui permettre d'arrêter momentanément à mi-chemin la révolution (Nehru, Sukarno, Bourguiba, Nasser, Kassem, Nkrumah, etc.).
D'où la nécessité de ne jamais subordonner le mouvement révolutionnaire autonome des masses à la direction politique de la bourgeoisie nationale, de ne jamais l'embellir, de ne jamais gesser de la critiquer et de la démasquer, tout en acceptant d'appuyer de manière critique toutes les meures concrètes anti-impérialistes qu'elle pourrait être amenée à prendre, pour autant qu'elle conserve un crédit auprès des masses d'ouvriers et des paysans pauvres. Les marxistes révolutionnaires n'excluent pas dans des circonstances exceptionnelles le front unique avec les partis de la bourgeoisie nationale sur des objectifs précis qui permettent la progression de la révolution. Mais le front unique anti-impérialiste est généralement la règle lorsqu'il s'agit de mouvements révolutionnaires dirigés par des forces non bourgeoises ou petites bourgeoises.
Le rôle proéminent que jouent actuellement la bourgeoisie nationale, ou les formations petites bourgeoises à idéologie en définitive kourgeoise, dans la Révolution coloniale, est en partie le résultat de la politique du stalinisme qui a subordonné le mouvement révolutionnaire autonome des masses. soit aux intérêts de la bourgeoisie métropolitaine, soit à ceux de la bourgeoisie coloniale nationale.
Si l'on ne s'oppose pas radicalement à cette politique et si on continue à traiter le mouvement révolutionnaire des masses comme une simple force d'appoint dans le jeu de la bourgeoisie et de ses rapports avec la bureaucratie stalinienne, on risque de retarder énormément la progression de la Révolution conloniale vers un niveau supérieur. Les éléments marxistes révolutionnaires qui agissent dans les pays dépendants n’ont pas toujours la possibilité de s'opposer de l'extérieur, et de manière complètement indépendante, aux mouvements nationaux existants, à direction ou idéologie bourgeoise. Ils risqueraient dans ce cas de se couper des larges masses et de rester pratiquement inefficaces.
Tout en assumant partout la tâche d'édition de publications marxistes révolutionnaires cuvertes, qui clarifient les problèmes et tracent une perspective claire, ils peuvent se trouver dans l'obligation d'agir pour l'essentiel au sein des mouvements nationaux existants à caractère de masse et révolutionnaires, et de promouvoir dans leur sein une aile à orientation prolétarienne et socialiste. Cette orientation peut prendre par endroits la forme transitoire d’un Parti de classe, du Parti ouvrier de masse, basé sur les syndicats.
La politisation des syndicats dans plusieurs pays dépendants peut jouer aussi bien pour le mouvement ouvrier révolutionnaire, que pour la bourgeoisie nationale.
Celle-ci s'efforce de domestiquer les syndicats en tant que force politique dirigeante, aussi bien pour son combat contre les autres fractions des féodo-bourgeois compradores que pour son développement économique
D'où la possibilité et la nécessité d'orienter la force organisée du jeune et dynamique prolétariat des pays dépendants vers l’idée transitoire du Parti ouvrier basé sur les syndicats.
Mais toute orientation exclusive vers le prolétariat qui néglige de fait la paysannerie dans les pays dépendants peut s'avérer fatale pour une issue victorieuse du combat révolutionnaire. Outre la nécessité d’un programme adéquat sur la question agraire, tenant compte des particularités de chaque cas, il est nécessaire de lier constamment les luttes ouvrières aux luttes des paysans, et d’enraciner l’organisation révolutionnaire dans les campagnes, par un travail quotidien.
Dans plusieurs pays dépendants, les conditions sont propices pour l'organisation et le maintien d'une guerilla, nourrie par l'apport des forces paysannes, et par l’aide et la protection de la population paysanne.
La combinaison adéquate de la lutte armée des paysans avec la mobilisation ouvrière dans les villes, peut énormément renforcer la vigueur et l’efficacité du combat révolutionnaire et accélérer la chute des régimes impérialistes ou compradores dans les pays dépendants.
La maturité et l'efficacité d'une direction révolutionnaire, dans plusieurs cas actuels, doit se démontrer par son esprit d'initiative, sa capacité, son audace à saisir une occasion pour commencer une lutte armée des paysans afin d’épauler, de stimuler le mouvement révolutionnaire national, et de ne laisser aucun répit à l'adversaire pour reconsolider ses positions.
La réappréciation des possibilités révolutionnaires de la guerre des pavsans, à la lumière de l'expérience aussi bien de la Chine que de l'Algérie, de Cuba, et ailleurs, est un devoir pour toute direction placée dans des conditions analogues, et une des leçons les plus valables, et les plus importantes à assimiler à fond de l'expérience de la Révolution coloniale,
Le Parti révolutionnaire moderne, dans plusieurs pays dépendants, doit être celui qui s'avère l’audacieux organisateur de la lutte armée des paysans, vortant du coup tout le processus révolutionnaire dans le pays à un niveau supé en l’engageant vers la prise du pouvoir.
IX
Les divers épicentres de la Révolution coloniale êt leurs particularités
INDE ET INDONESIE
Dans les pays dépendants en Extrême-Orient, le pouvoir politique direct se trouve actuellement aux mains de la kourgeoisie nationale (Inde) ou de zouver-nements bonapartistes qui agissent pour son compte (Indonésie, Birmanie) ou de cliques compradores étroitement liées à l'impérialisme (Vietnam, Camhodge, Siam, Ceylan, Malaisie, Corée du £ud). Lans tous les cas où nous avons maintenant affaire à des Etats formeliement indépendants, l'incapacité organique de la bourgeoisie d'achever la révolution, y compris la révolution démocratique-Eourgeoise (la réforme agraire, en particulier) est patente. L'exemple le plus criant est celui de l'Inde, le pays de loin le plus développé. :
L'Inde, loin de progresser sur la Voie d’une économie de plus en plus « socialiste », nationalisée et planifiée, d'une réforme agraire radicale, et d’une réelle unification nationale, jetant ainsi les bases d’un développement économique rapide, va en réalité en sens contraire.
Son économie « mixte » développe surtout son secteur privé à nouveau largement ouvert aux capitaux étrangers, tandis que ni le Community Project National Extension Services programme, ni le mcuvement non offici gifts » de Vinoba Bhave, n'ont résolu ia distributien effective de la terre aux paysans, et, ensuite, leur organisation efficace en cocpérative.
Far le fait que la structure surannée de l'Inde n’a pas pu encore être fondamentalement bouleversée, les objectifs éconémioues du gouvernement de la bourgéoisie restent limités et subordonnés à l'aide capitaliste extérieure. Ce qui fait que le taux de développement économique du pays aussi bien sur le plan industriel qu'agricole reste bas, et même retarde par rapport au taux de développement de la population.
Le faible développement économique du pays et sa structure de classe féodo-capitaliste peu bouleversée empêchent d'autre part de liquider les antagonismes régionaux, et les obstacles d'ordres divers, coutumiers, linguistiques, religieux, etc. qui se dressent sur la voie d’une véritable unification nationale du pays. À son tour, cet état de choses entrave le développement économique et culturel rapide du pays.
Comme dans le cas de l'Indonésie, de diverses régions de l'Afrique et même de l'Amérique latine, c’est l'absence d’une révolution radicale dans l'Inde qui perpétue les séquelles des modes de vie et de barbarie précapitalistes enchevêtrées dans celles de la domination impérialiste, aggravées par celle-ci, et qui entravent à la fois le processus d’unification nationale par-dessus les frontières surannées ou artificielles du régionalisme, du communalisme, du tribalisme, ou de l’impérialisme, et l’essor économique et culturel.
D'où la perspective d’une évolution explosive dans les années à venir, qui fait que le pouvoir de la bourgeoisie, après une période où,.il s’est maintenu avec une façade parlementaire et démocratique, s'oriente vers une dictature plus ouverte.
£ous la pression conjuguée du décalage alarmant entre l'augmentation de la production et celle de la population, et de l'influence révolutionnaire des succès que remporte sans cesse la Chine, la bourgeoisie indienne envisage dès maintenant le jour où le prestige aceumulé par le Parti du Congrès et Nehru personnellement dans la période de la lutte contre l'impérialisme britannique, sera complètement épuisé.
T''éclatement qui a commencé, du Parti du Congrès et la cristallisation sur sa droite de formations féodo-capitalistes et pro-impérialistes plus militantes sont un signe d'une évolution qui pourrait bien conduire à une dictature ouverte analogue à celle que connaît déjà le Pakistan.
Ainsi la preuve sera faite dans le cas de l'Inde également que le régime de la bourgeoisie nationale est voué partout à la même banqueroute économique et politique. En Indonésie, autre pays où l'importance de la bourgeoïsie nationale et de ses leaders tient aux défaillances du Parti Communiste pendant la guerre, ceux-ci ont su acquérir un prestige national peu mérité. Les exercices parlementaires périlleux de la bourgeoisie se sont terminés par l'instauration de son pouvoir tonapartiste ouvert appuyé sur l’armée.
C'est la politique traître du P.C. indonésien qui a permis au « héros » de la faible bourgeoisie nationale indonésienne, Sukarno, de survivre à travers toutes les graves crises qui se sont succédé dans ce pays depuis 1945, et de consolider actue'lement son pouvoir bonapartiste, avant qu'il ne se retourne de manière plus décisive contre les masses et contre les partis ouvriers.
Certes, même aujourd’hui, le pouvoir de la bourgeoisie indonésienne reste faible, face aux problèmes non résolus du pays (réforme agraire, unification nationale réelle, liquidation effective de toutes les séquelles économiques de l’impérialisme, industrialisation) et au mécontement des masses, qui voient leur niveau de vie s'abaisser par l'insuffisance du taux de développement économique, l'inflation et le chômage.
Un changement radical de la politique des directions ouvrières par rapport à la kourgeoisie nationale pourrait faciliter énormément des nouvelles vagues de luttes révolutionnaires à une échéance relativement courte aussi bien en Inde qu'en Indonésie. Cette éventualité étant peu prokable, les organisations comme le Paiti Communiste Révolutionnaire Indien et le Partai Acoma d’Indonésie ont d'autant plus la tâche d'élaborer un programme de transition concret qui démasque complètement le pouvoir de la bourgeoisie et oriente toutes les forces révolution naires vers la lutte pour le gouvernement cuvrier et paysan.
La défense de la Révolution chinoise et la popularisation de toutes les réalisations valables de celle-ci (y compris de la conception des Communes) sont non seulement un devoir, mais une arme très puissante aux mains des marxistes révo-Htionnaires agissant dans ces pays.
D'autre part une politique léniniste de front unique entre le parti marxiste révolutionnaire, le P.C. et les autres tendances ouvrières est nécessaire aussi bien pour mener une lutte efficace contre la bourgeoisie que pour provoquer une diffé-rensiation idéologique inévitable dans les partis ouvriers traditionnels.
La Révolution indienne et la Révolution indonésienne sont les deux grands nements à affronter dans les années à venir, et il faut se préparer pour eux avec un sérieux extrême dès maintenant.
Malgré les différences qui existent dans le développement économique respectif de l'Inde et de l'Indonésie, la force relative de la bourgeoisie, la structure dans les campagnes, les facteurs équivalents décisifs dans les deux cas sont es suivants : Aussi bien en Inde qu'en Indonésie, les masses ont acquis une expérience considérable du règne direct de la bourgeoisie nationale, de son incapacité à résoudre la question agraire, la question de l'unification réelle et de l'industrialisation, face à une population qui augmente ; de son évolution vers la dictature également. L’impasse à laquelle conduit cette politique, qui contraste de plus en plus avec les réalisations révolutionnaires de la Chine et avec le contexte international, ne peut que conduire à une explosion.
C'est probablement l'éclatement de la crise révolutionnaire dans un de ces deux pays qui déclenchera une nouvelle avalanche révolutionnaire dans toute une série d’autres pays de l'Extrême-Orient actuellement sous la domination de cliques compradores activement appuyées par l'impérialisme américain.
La Révolution ceylanaise pourrait constituer une exception déjà avant, par le fait de l'existence dans ce pays du L.S.S.P. qui a une solide kase de masse.
Mais pour que le L.S.S.P. joue pleinement son rôle il doit raffermir sa structure bolchevique et mieux se lier aux masses paysannes, grâce à un travail s
D'autre part les marxistes révolutionnaires doivent être conscients qu'une Situation favorable àäune lutte révolutionnaire se précise dans le Vietnam-Sud, ou à l'étape actuelle existent des foyers révolutionnaires qui s'étendent dans plusieurs régions et qui sont plus ou moins autonomes, sous la direction de cadres moyens déjà expérimentés dans la lutte contre l'impérialisme français. La tâche des marxistes révolutionnaires est de participer à cette lutte armée qui, dans la situation spécifique du pays. peut ouvrir le chemin vers la conquête du pouvoir et la réunitication du pays.
LE PACIFIQUE SUD
Bien que la population des îles de cétte région soit faible et n'ait eu q développement minime sur la voie capitaliste, la Révolution coloniale se produ sant ailleurs y a eu ses effets.
Le principale caractéristique économique de la région est une économie agri le se suffisant à elle-même, divisée dans une mesure plus ou moins grande par le capitalisme marchand qui y exploite dans une petite mesure les productions tropicales, principalement le coprah. Politiquement elles sont administrées colo-nialement à travers des chefs tribaux.
Cependant il y a quelques exceptions importantes à ce retard économique général. H :
Premièrement, dans la colonie britannique des îles Fidji, il existe une industrie sucrière développée, dirigée par des propriétaires paysans, mais contrôlée effectivement par le monopole sucrier australien, les raffineries de sucre coloniales. La majorité de la population d'origine indienne ressent particulièrement l'influence de la révolution coloniale mondiale. Sous une direction nationaliste petite bourgeoise, les syndicats qui sont bien organisés ont, l'an dernier, engagé une lutte vigoureuse contre le gouvernement: colonial. De nouvelles explosions auront lieu en 1961, à moins qu'il y ait une sorte d'accord entre la direction petite bourgeoise et le gouvernement colonial, c'est-à-dire,à moins qu’une sorte d'indépendance soit obtenuc.
Deuxièmement, dans la colonie française de la Nouvelle-Calédonie, il existe un assez fort prolétariat travaillant dans les mines de nickel et dans les usines de traitement. Une paysannerie francaise très misérable existe, vivant au niveau de la population indigène. Il y a eu des revendications épisodiques de nationalisation. La population indigène a aussi une tradition de lutte militante contre les F7 çais, jusqu'à une époque toute récente.
Troisièmement, dans queiques îles (Tahiti, Samoa), une lutte se développe contre l'administration colon ‘amoa occidental deviendra formellement indépendant en 1961, bien que la direction effective se trouve dans les mains des ch Mais cela sert d'exemple.
Quatrièmement, dans la Nouvelle-Guinée politique. La lutte pour l’Irian par l'Indonési ralienne, il y a des signes d'éveil soulève la question de la moitié qui se trouve sous direction australienne. Il faut considérer sérieusement l’incorporation de toute la Nouvelle-Guinée dans l'Indonésie.
Le centre du soulèvement révolutionnaire dans le Pacifique Sud sera très probablement les Fidji. Ce soulèvement aura des effets politiques importants aussi bien en Australie qu'en Nouvelle-Zélande.
La IV° Internationale doit soulever la question des Etats-Unis Socialistes du Pacifique Sud comme seule solution à l'isolement géographique des diverses îles. L'impérialisme tentera de limiter cette intégration politique et s’efforcera particuliérement d'isoler les régions de soulèvement révolutionnaire possible. Le mot d'ordre des Etats-Unis Socialistes du Pacifique Sud jouera un rôle décisif dans le développement de la révolution socialiste dans le Pacifique sud.
LA REVOLUTION ARABE DU MOYEN-ORIENT
A' l'autre extrêmité de l'Asie, dans les pays du Moyen-Orient, se détache actuellement l'épicentre de la Révolution irakienne. Celle-ci fait plus particulièrement partie de la Révolution arabe. ao ù
Après avoir avancé pendant touté une période, réalisant des mesures importantes dans l’expropriation de quelqués positions impérialistes, là réforme agraire, l'émancipation des femmes, l’organisation syndicale et militaire des masses, elle marque depuis un certain temps déjà le pas et régresse même.
Comme dans d'autres cas analogues, la Révolution irakienne a porté au pouvoir une équipe d'officiers « nationaux », d'origine petite bourgeoise, aspirant à un développement économique plus rapide, débarrassé du contrôle et des entraves de l'impérialisme. ÿ S ;
De ‘tellés équipes sont prises entre les forces sociales adverses, caractéristiques deS pays arabes du Moyen-Ofriént : les féodaux et la bourgeoisié mercantile ét usurière compradore, les couches réstreintes de la bourgeoisie nationale ét de la petite bourgeoisie citadiné (artisans, employés, fonctionnaires, intellectuels), la paysannerie et'le prolétariat révolutionnaires, et acquièrent un caractère bonapartiste prononcé. En tant que-telles, ‘elles sont cependant vouées soit à suc-comher en définitive, à nouveau sous l'influence des féodo-bourgeois, soit dans le meilleur des cas à devenir l'instrument de la politique et des intérêts de la bourgeoisie industrielle nationale et de la petite bourgeoisie acquise aux mêmes buts.
L'évolution de Kassem plus rapide que celle de:Nasser est à ce propos caractéristique. Û
Afin de consolider son pouvoir bonapartiste, Kassem a été obligé pendant toute une période non seulement de tolérer le mouvement révolutionnaire dans les villes et les campagnes, et les organisations se réclamant de lui, mais aussi de s'appuyer en partie sur eux afin de faire face aux féodo-hourgeois compradores et aux milieux pronasseristes qui visaient à le renverser.
Kassem est devenu progressivement l'instrument de la politique des milieux dirigeants irakiens qui pensent exploiter pour leur propre compte les richesses considérables.du pays et. qui, en connivence avec d’autres milieux dirigeants arabes, de la Syrie en particulier, disputent à la bourgeoisie égyptienne, rangée derrière Nasser, la suprématie dans le Moyen-Orient.
La rivalité Kassem-Nasser, ainsi que celle qui oppose Nasser à Bourguiba, détruit le mythe d’une unité arabe placée au-dessus des antagonismes entre classes ct démontre que la recherche historiquement progressive de l'unité effective de la nation arabe ne sera pas l’œuvre de la bourgeoisie arabe, mais des masses révolutionnaires arabes engagées dans le combat contre l'impérialisme, et à une étape donnée également contre leurs propres classes dirigeantes, y compris contre la bourgeoisie nationale. à
La consolidation relative du pouvoir de Kassem a été grandement favorisée par la politique traître du PC. irakien, qui a embelli Kassem, qui a énormément aidé à bâtir son prestige, qui a subordonné la politique et l'organisation autonomes du mouvement révolutionnaire à la direction de Kassem, et qui n'a pas su exploiter ce mouvement pour porter la révolution à un niveau supérieur. Comme dans le cas de Nasser et du Parti Communiste égyptien qui a glorifié pendant toute une période Nasser et son régime, comme dans le cas également du Farti Communiste marocain envers le roi, la monarchie et son régime, le Parti, Communiste irakien recueille actuellement le mépris et la répression de l'idole adorée.
C'est pourquoi,-s'il est. juste et nécessaire. de soutenir critiquement Kassem et
Nasser contre l'attaque de l'impérialisme ou des féodo-bourgcois indigènes, il est vital de dissiper les illusions des masses à leur sujet et de promouvoir une politique de classe autonome orientée vers le gouvernement ouvrier et paysan.
Le remplacement d'un programme de transition qui lie les revendications économiques et politiques élémentaires des masses, aux revendications transitoires proprement dites et à la perspective du gouvernement ouvrier et paysan, par un programme simplement démocratique bourgeois, assurant le développement économique du capitalisme, ne peut que conduire à la défaite certaine du mouvement révolutionnaire et au règne dictatorial de la bourgeoisie ou même des féodo-bourgeois compradores.
Car seule la direction prolétarienne du mouvement révolutionnaire des masses, instaurant un gouvernement ouvrier et paysan, peut résoudre les tâches démocratiques-bourgeoises dans les pays dépendants (réforme agraire, liquidation des séquelles de l'impérialisme, unification nationale réelle) et lancer l'industrialisation sur la base d'une économie nationalisée, planifiée et mobilisant productivement toute la main-d'œuvre inemployée du pays.
Après l'expérience Mossadegh en Iran, après l'expérience de Nasser en Egypte, l'expérience de la Révolution irakienne constitue la pointe la plus avancée atteinte jusqu'ici par la Révolution coloniale dans le Moyen-Orient.
Cette expérience démontre également que, sans direction prolétarienne et <o-cialiste du mouvement révolutionnaire des masses, la révolution n’a aucune chance de résoudre les tâches démocratiques-bourgeoises et d'entamer sérieusement l'industrialisation.
Au contraire, les équipes bonapartistes au pouvoir succombent fatalement devant les forces indigènes réactionnaires et l'influence de l'impérialisme, et se retournent côntre les masses, afin de maintenir léur mouvement dans le cadre d’un développement capitaliste du pays, basé sur l'apport essentiel de capitaux étrangers et la surexploitation des masses indigènes.
Le pouvoir de Kassem est cependant encore faible et le potentiel révolutionnaire des masses irakiennes, bien qu’atteint, n’est pas épuisé. Le redressement de la situation reste possible à condition que le mouvement des masses clarifie sa position envers le pouvoir bonapartiste bourgeois de Kassem, rompe l'alliance permanente subordonnée à sa direction, et ouvre la perspective du gouvernement ouvrier et paysan en Irak.
Plus généralement, les marxistes révolutionnaires devront se battre pour la constitution aussi bien d'une République socialiste unifiée de l'Orient arabe que d’une République socialiste maghrébine, premières étapes vers la constitution d'une République socialiste arabe.
LA REVOLUTION ALGERIENNE
Fresque à l’autre extrémité du monde arabe, la Révolution algérienne continue son combat, vieux déjà de plus de six ans, contre l'essentiel des forces répressives de l'impérialisme français.
ù Le monde arabe se trouve ainsi pris entre ces deux foyers révolutionnaires actifs, de l'Irak et de l'Algérie, mais qui, outre leurs propres difficultés internes de développement, doivent compter avec lPhostilité de l’impérialismé, l'intérêt très relatif de la bureaucratie soviétique et l’attitude des bourgeoisies tunisienne, marocaine et égytienne.
k L’aile bourgeoise de la Révolution arabe se trouve considérablement renforcée ; laissée à sa propre dynamique, elle maintiendrait la révolution sur un niveau analogue à celui des pays semi-coloniaux de l'Amérique latine.
Fa révolution algérienne est à l'heure actuelle une force plébéienne non encore domestiquée par la bourgeoisie maghrébine ou par un impérialisme quelconque. e . Malgré l'existence d’une classe féodale fortement entamée et d'une petite bourgeoisie urbaine et rurale relativement importante, la profondeur du processus révolutionnaire fait que la base paysanne et prolétarienne de la révolution algérienne exerce toujours une influence prépondérante par rapport aux quelques éléments DA du sommet et aux éléments petits bourgeois qui truffent l'appareil du
Mais un danger sérieux découle de la structure de cette organisation, son appareil politique formé dans l'émigration étant insuffisamment lié aux forces Militaires de la Révolution et insuffisamment contrôlé par celles-ci.
On ne saurait combattre une telle évolution que par l'apport d'une aide prolétarienne efficace, en premier lieu en France même, et par la création au sein du FLN. d'une tendance à orientation prolétarienne et socialiste précise, liée à la base militante de la Révolution, aux combattants de l'intérieur et à la population, à l'immigration prolétarienne en France.
Pendant plus de six ans, la Révolution algérienng a sacrifié une grande partie de ses forces vives dans un combat inégal contre un impérialisme puissant, presque sans aide substantielle de la part du prolétariat mondial.
En même temps, elle a su gagner dans le combat un müûrissement incontestable, créer des cadres, étendre lé réseau de sa propagande internationale, frapper l'opinion publique, plus particulièrement celle des pays arabes et africains, et soumettre l'impérialisme français à un effort matériel et militaire qui handicape gravement ses intérêta et ses plans dans divers domaines.
Actuellement, pour qu’elle puisse affronter éventuellement une nouvelle longue période de lutte avec l'impérialisme français, elle a besoin, outre l’aide des Etats ouvriers, du prolétariat international et des peuples arabes et africains (sous forme d'aide matérielle, diplomatique et. morale), de hisser l'organisation qui la dirige à un niveau politique et organisationnel supérieur.
Sinon, les pertes immenses, l'usure, la fatigue du combat pourraient amener non pas la défaite de la lutte pour. l'objectif de l'indépendance, scus une forme ou ‘une autre, mais de la Révolution pour l'objectif d’une indépendance réelle ouvrant la voie au développement économique industriel rapide du pays.
De toute manière, la base plébéienne de la Révolution algérienne a acquis déjà une telle expérience, qu'on peut exclure l'éventualité d’une évolution kour-guibiste pure et simple de la Révolution.
La différenciation idéologique et l'éclatement du F.L.N. en deux tendances, une bourgeoise, bourguibiste, qui s’efforcerait d’accaparer la direction du pays sur la base d’un compromis avec l'impérialisme, et l'autre plus prolétarienne est possible, sinon inévitable à la longue. Dans ce cas, le processus qui a lieu avec l'Istiqlal au Maroc, aura lieu également avec le F.L:N., avec cette différence que la tendance bourguibiste s’avèrera plus faible dès le début, tandis que la tendance de gauche s'avérera beaucoup plus radicale que la gauche marocaine et pourra s'orienter vers un parti de masse basé sur les syndicats.
Les mouvements de masse de décembre 1960 ont marqué une nouvelle étape: de la révolution caractérisée par a) La mobilisation active des masses dans les villes ; b) la spontanéité des mobilisations qui ont débordé largement des cadres et la direction du FLN. c) la participation des générations nouvelles qui se sont formées pendant la guerre et n’ont connu aucune expérience politique antérieure ; et l’éclosion de cadres nouveaux issus de ces couches jeunes ; d) la participation massive des femmes qui ont joué un rôle extrêmement important dans la lutte ; e) le fonctionnement de comités embryonnaires qui assuraient la direction de fait du mouvement.
Tous ces facteurs conjoints font que la tendance de gauche plébéienne du
FLN. sort renforcée de cette nouvelle étape et dispose par conséquent d'atouts grandissants, même dans l'hypothèse qu’un accord soit réalisé entre la direction du FLN. et de Gaulle (cet accord ne pouvant de toute façon impliquer une capitulation du F.L.N. dans les conditions objectives actuelles). : La Révolution algérienne stimule puissamment non seulement la Révolution arabe toute entière, mais également et plus particulièrement toute la Révolution africaine. En l'absence d’une aide efficace de la part du prolétariat français et européen, ce sont encore les progrès de la Révolution africaine qui, plus que tout autre facteur, pourraient influencer les äéveloppements ultérieurs de la Révolution algérienne.
D'autre part, la Révolution algérienne fait partie intégrante de la révolution maghrébine, Gont les rebondissements proches dépendent dans une large mesure des développements de la lutte en Algérie. Dans le cadre général du Maghrek, un rôle de toute première importance sera joué par la révolution au Maroc. Dans ce pays se trouve la classe ouvrière la plus importante numériquement, la plus concentrée, la mieux organisée, la plus combattive, et les classes féodo-capitalistes ont en réalité pris le pouvoir après une lutte 4 contre elle (contrairement à la Tunisie, où la bourgeoisie est arrivée au pouvoir avez l'appui des forces populaires). Plusieurs facteurs indiquent que les forces de classe en présence sont en train de se préparer pour une confrontation décisive et-que cette confrontation pourra avoir lieu à une échéance même rapprochée,
Quel que soit l'avenir de la révolution algérienne et du FLN, on ne saurait se contenter de critiquer de l'extérieur une telle organisation, sans s’efforcer avant tout d'apporter une véritable aide internationale à la Révolution et de travailler dans les rangs mêmes de cette organisation. Après les journées de décembre 1960, les marxistes révolutionnaires doivent en particulier tâcher de se lier aux cadres moyens issus du mouvement, qui représentent sous une forme embryonnaire des premiers noyaux de direction prolétarienne.
AFRIQUE NOIRE
Les développements les plus spectaculaires dans l’évolution récente de la Révolution coloniale ont lieu en Afrique Noire.
Avec une vitesse stupéfiante, les territoires sous contrôle colonial direct de cette région, brülant les étapes, accèdent à l’autogouvernement et même à l’indépendance formelle.
L'impérialisme anglais, ainsi que les impérialismes français et belge, se voient obligés soit de reculer ici et là devant le mouvement déclenché par les masses réclamant leur libération du joug colonial direct, soit de devancer même l'éclatement de tels mouveménts, en passant le pouvoir formel à des élites indigènes. Il n'y a encore que l'Afrique Centrale, l'Afrique du Sud et les territoires sous contrôle portugais qui retardent sur une telle évolution.
Les raisons qui poussent l'impérialisme à cet assouplissement sont diverses :
Le réveil des masses africaines, # la suite des événements de la guerre et depuis (le renforcement des Etats ouvriers, l’'U.R.S.S. en tête, la victoire de la Révolution chinoise, la Révolution arabe, et algérienne en particulier) a été favorisé davantage par le développement de l’économie capitaliste en Afrique, l'urbanisation, la détribalisation, l'insécurité introduite dans la vie économique et sociale des sociétés autarchiques de jadis, la naissance d’un prolétariat concentré, dynamique, et de couches d’intellectuels, et par endroits d'éléments économiquement potentiellement bourgeois aspirant à gérer eux-mêmes le pouvoir. D'autre part, l'Afrique toute entière, et l'Afrique Noire en particulier, contenant des richesses minérales, énergétiques et agricoles très considérables et quasi encore inexploitées, est devenue, depuis la guerre, la réserve coloniale principale de l'impérialisme. Ses positions stratégiques en ont également augmenté l'intérêt pour l'impérialisme . #
Enfin, les rivalités entre les puissances impérialistes qui se disputent le continent, ainsi que l’antagonisme Est-Ouest,: ont favorisé la confiance des élites indigènes en leur possibilité d'exploiter, la situation pour accéder au pouvoir direct. L'orientation, maintenant suffisamment claire, aussi bien de l'impérialisme anglais que des impérialismes français, belge et américain en Afrique, est d'accélérer la formation d'élites indigènes restreintes, de leur remettre le pouvoir politique et de les associer, en les corrompant, à la coexploitation économique de l'Afrique. En l'absence d’une structure de classe de type classique, d’une bourgeoisie et même d’une petite bourgeoisie organiquement structurée, les élites restreintes qui existent, quelques intellectuels, quelques fonctionnaires, quelques cadres syndicaux, quelques commerçants et hommes d'affaires, constituent potentielle-ment, sinon déjà de fait. des couches nouvelles dé compradores, sur lesquelles se base l'espoir de l'impérialisme de les voir se développer et se stabiliser en tant que telles. :
Mais, d'autre part, la faiblesse, économique et politique, encore extrême, de ces élites restreintes, face à un, mouvement de masses puissant, avide de réformes et de solutions radicales, ainsi que la conscience de ces élites de leur possibilité de miser sur les rivalités des impérialistes, et sur l’antagonisme Est-Ouest les poussent à un rôle sui generis non seulement politique, mais également socinl, dans le sens plus précis suivant :
N'ayant pas encore pris forme et racine dans la société africaine en transformation rapide, ces élites constituent, à l'étape actuelle, plus que l'embryon d'une classe néo-bourgeoise ; c’est l'embryon d’une bureaucratie d'Etat manœuvrant entre la masse plébéienne de la société africaine actuelle et l'impérialisme.
Ce n'est que dans des cas comme le Ghana et la Côte d'Ivoire, où la pénétration capitaliste dans l’agriculture a créé déjà une paysannerie et une petite bourgeoisie citadine (truffée de quelques éléments véritablement bourgeois), mercantiles l’une et l’autre, qu'on trouve l'embryon d’un pouvoir indigène bourgeois.
Ce rôle social spécifique propre à la société africaine actuelle peut aussi bien évoluer vers un caractère nettement bourgeois, que vers un caractère quasi-prolétarien, selon la force du mouvement des masses, et les rapports avec l’impérialisme et les Etats ouvriers. La Guinée de Sekou Touré est l'exemple le plus avancé à l'heure actuelle de ce phénomène. Le Kenya de Jomo Kenyatta peut s’avérer demain un exemple analogue, ainsi que le Kamerun, les territoires sous contrôle portugais et autres.
Dans tous ces exemples, l'élément fondamental de l’évolution future est l’Htat et la couche qui l’administre.
Dans le cas où on oriente l’économie vers la nationalisation des quelques entreprises. clés (minières, agricoles ‘et commerciales), et la collectivisation da l'agriculture sur la base du village tribal, ou de Communes plus larges, et la structure de l'Etat sur les Communes paysannes et urbaïnes, on amorce le développement d’un Etat ouvrier basé essentiellement sur une économie nationalisée #* planifiée.
La nationalisation des entreprises étrangères peut, du reste, se faire par ‘tapes, à condition qu’elles n’expatrient qu’une partie restreinte du profit, qu’elles Finvestissent l'autre sur place, et au’elles se soumettent au contrôle de l'Etat et & Jeurs travailleurs organisés en Conseils.
La collectivisation de l’agriculture peut s'avérer énormément facilitée par la survivance en Afrique Noire des mœurs tribales communautaires, particu-livement fortes dans ce domaine.
L'aide essentielle de l'Etat pour l’agriculture, afin de lutter efficacement coitre les conditions climatiques adverses, et d'augmenter les rendements (aide scèntifique, technique, matérielle), peut également faciliter énormément une tells orintation collectiviste de l’agriculture dès le début. La ressource la plus impor-tañne dans ces pays pour leur développement économique rapide réside dans l'ut'isation productive de toute la force de travail disponible, jusqu'ici grandement inenployée.
Mais une telle mobilisation est impossible sans le climat d’une véritable révo-lutin, d’un véritable gouvernement ouvrier et paysan, sans le cadre d’une éco-nom nationalisée et planifiée.
etes il ne s’agit pas de viser à la construction d'une économie « socialiste » autirchique, qui ne pourrait que maintenir les masses à un niveau de vie très kas,2t faire dégénérer le régime politique vers une dictature bureaucratique.
1 s’agit de profiter largement de toutes les possibilités du marché mondial, aussi bien de son secteur capitaliste que socialiste, ainsi que du développement du mirché et du commerce inter-africain.
T1 Révo'ution socialiste en Africue Noire présentera nécessairement des par ticulaïtés par le fait que nous y avons affaire à un niveau économico-social! infériar à celui des pays dépendants d’autres parties du monde, à structure féodo-capta'st:, de l'Amérique latine ou de l'Asie,
E1Afrique Noire, nous avons sénéralement à faire avec des structures plus spéc figies, d’une société en‘ore largement tribale, aui se désagrège sous la péné‘ra'on de l'impérialisme et du capitalisme, détruisant l’économie autarchique de subsstance, commercialisant la petite production agricole indigène à côté de la er°nie prodvetien agrico'e capitaliste, et provoquant la concentration dans les villes les centres miniers et les plantations agricoles impérialistes, de la main-d'œuvre léxawée par la dislo‘ation de l’économie naturelle traditionnelle.
Par e fait que ce degré de déveloprement économique n’a pas dégagé des classes il gènes dirigeantes, les minorités européennes restreintes avaient jusqu’à encoe très récemment administré ct dirivé elles-mêmes l'économie, tandis qu'elles cafiaient l'administration civile locale aux chefs traditionnels et à leurs propres foictionnaires. La socié*‘é actuelle en Afrique Noire est une forme spécifique fe Cveloppement combiné des stru tures d'économie naturelle, d'économie marchands simple et d'économie impérialiste. Ier chaînons d’une économie féodale, ou crp'talise indigène, y manquent encore totalement ou largement (1).
D'où lerô'e spécifique de la couche indigène restreinte qui accède au pouvoir e° contrô'e lEtat, dans un contexte international et national également spécifique, inconnu danile passé.
C2t'e c°iche détient une force en soi, l'Etat, sans subir l'influence précise, ni le cont"6k d’une c'asse dirigeante, dont elle serait le mandataire.
C'est par la gestion de l'Etat cue cete couche se développe et acquiert une importance soia'e, et non pas par les besoins intrinsèques de la production ni par son 10e ns la production. Dans les conditions historiques qui prévalaient
(1) A l'exception toutefois de certaines régions où domine la propriété agricole féodale, comme le nord du Nigéria.
sans le passé, et jusqu'à la dernière guerre, une telle couche, avec une telle fonction, ne pouvait qu'évoluer vers une bourgeoisie cempradore au service de
Mais, dans les conditions précises actuelles, où elle subit nécessairement l'influence du puissant mouvement des masses, de la force montante des Etats ouvriers, et où elle sait qu’elle peut profiter de l’antagonisme Est-Ouest, cette couche acquiert un rôle bonapartiste qu’elle imprime à l'Etat tout entier, dont les structures économiques et sociales ne sont pas encore définitivement orientées vers un développement nécessairement capitaliste classique.
Les frontières des Etats africains actuels sont artificielles et absurdes, et correspondent aux lignes de partage des zones d'influence, partage pratiqué par l'impérialisme vers la fin du siècle passé (Congrès de Berlin de 1885).
Il est nécessaire de procéder à un regroupement des Etats existants en de formations plus larges, en direction de l'Etat africain fédéral, groupant tout » peuple négro-hammite au sud des pays arabes de l'Afrique du Nord.
Ce peuple n’est pas strictement homogène du point de vue origine ethniqu, langue, religion.
Mais il s’est forgé des coutumes, une civilisation, une destinée communs, sur la base d’une organisation économique et sociale tribale identique à travrs les siècles de son exploitation esclavagiste par les blancs et les mercenaires irii-gènes à leurs ordres, et maintenant le début d'une conscience nationale commine africaine, à travers la lutte qu’il mène pour sa libération du joug impérialiste, Le panafricanisme qui anime les élites africaines et qui emporte de plus en lus les couches d'avant-garde entrant dans la lutte décisive contre l’impérialime, correspond à une recherche confuse de l'unité nationale africaine, forgée par des origines communes, une destinée, une lutte communes. -
Certes, le panañfricanisme peut également devenir l'idéologie de la bourgoisie africaine en formation pour éclipser les différences et la lutte de classe, et pour exploiter pendant toute une période, à son profit de classe, le potentil révolutionnaire et la force de travail des masses.
Le panarabisme connaît une telle destinée aux mains d’un Nasser et d’utres porte-paroles de la bourgeoisie arabe montante.
Il est nécessaire de distinguer entre le panafricanisme dans la bouch d’un Nkrumah et le panafricanisme en tant qu’idée d'unité nationale de tout le xeuple africain noir, puissante force révolutionnaire animant les masses africaine dans leur lutte contre l'impérialisme.
On ne saurait dès maintenant prévoir et préconiser les étapes concertes de regroupement, par fusion ou par fédération, de la nation africaine.
Mais on eut dire que la tendance à l'unification doit être partout fæorisée, encouragée, inscrite dans le programme du Parti Révolutionnaire African. Si le rayonnement de la Guinée de Sékou Touré est destiné à s’accroître das toute l'Afrique du Sud, l’Angola et le Mozambique, l'Afrique Centrale, le Kaya, les foyers révolutionnaires à enregistrer dans les années à venir en Afriqie Noire sont l'Afrique du Sud, l’Angola et le Mozambique, l'Afrique Centrale, k Kenya, le Congo, le Nigéria.
La révolution commencée en Afrique du Sud a toute chance de se évelopper dans les années à venir, comme une deuxième guerre d'Algérie, à l’aure extrémité du continent.
Cette lutte, combinaison d’une guerrilla et d’une mobilisation révoutionnaire du prolétariat dans les villes et les mines, aura le soutien actif de tout l'Afrique Noire qui constitue l’arrière-pays.
Les réserves humaines paysannes, ainsi que les avantages géogr:phiques du pays sont extraordinairement favorables pour la guerrilla.
D'autre part, le prolétariat industriel, agricole et minier de ‘Afrique du Sud est vital pour l’économie du pays.
Une levée révolutionnaire des masses sud-africaines, basée sur ine véritable organisation révolutionnaire à caractère national, est capable de vnir relativement vite à bout de la résistance a:harnée de la minorité europênne. Mais il faut en tout cas tenir compte de cette résistance inévitable, ne pa: la minimiser et se préparer en fonction de celle-ci.
La Révolution sud-africaine tendra nécessairement à prendre l'aspect d’une révo'u‘ion prolétarienne et socialiste, renversant le régime esclwagiste, racial, sui generis, d'un capitalisme économiquement le plus avancé de tute l'Afrique.
Aussi bien pendant sa phase de lutte'que par la significatior et les résultats de sa victoire, la Révolution sud-africaine entraînera toute l’Arique Noire sur un niveau supérieur de son développement révolutionnaire. Ce œi est nécessaire actuellement en Afrique du Sud, c'est de construire nationalement une organisation révolutionnaire des masses non européennes qui, tout en partant des reven-
‘ dications nationales, économiques et politiques de ces masses, s'oriente vers le soulèvement armé et la révolution prolétarienne,
Sans action décisive dans ce sens, sans participation à toutes les mobilisations des masses, sans tactique souple, pour ne pas se couper des masses, même dans leurs faux pas, le risque est grand que le potentiel révolutionnaire des masses sè dépense pendant toute une période dans des explosions sans lendemain, 2t que leur direction effective passe à des éléments activistes incapables de sou- ‘enir une lutte à long terme, nationalement organisée et s’élevant sans cesse à tes niveaux supérieurs.
Comme dans les cas des pays arabes, et par endroits même davantage, dans l cas également des pays de l'Afrique Noire l’organisation de la tendance marxiste rwolutionnaire, qui est partout nécessaire, aura à travailler pour l'essentiel et, pendant toute une période, au sein des mouvements nationaux de masse existants et des syndicats là où ceux-ci existent.
Son but général sera la création de partis. de classe à caractère de masse, basés sur les syndicats, à organiser partout.
Ces partis auront à élaborer un programme de transition, correspondant aux coitions spécifiques de chaque pays, tout en tenant compte de leur regrou-penent et de leur orientation vers l'Etat africain fédéral (ou vers les Etats-Unis Socalistes d'Afrique Noire).
L'organisation des- syndicats et leur Fédération autonome sur le plan pan-afriain, est une tâche à poursuivre partout avec ardeur, les syndicats étant appelés à représenter partout la force organisée principale que les gouvernements (ains, du reste, que les partis nationalistes de la bourgeoisie en formation) s’ef-forceont de domestiquer à leur service.
LA NOUVELLE PHASE DE LA REVOLUTION LATINO - AMERICAINE
Les causes de l'instabilité en Amérique latine
La Révolution en Amérique latine est en train d'accéder au niveau le plus élevé aïteint par la Révolution coloniale à l’étapa actuelle, ayant dépassé la phase de lin&pendance formelle et. acquis une expérience considérable de l’oligarchie compratore et même de la bourgeoisie nationale. À
Le éveloppement capitaliste de l'Amérique latine est le plus avancé de toutes lé régions dépendantes, et, dans certains cas, comme celui de l'Argentine, du Brési, du Chili, du Mexique, il a même déjà atteint un niveau qui rapproche ces paysdes Etats capitalistes, en retard certes par rapport aux pays capitalistes avancés Caujourd’hui, mais considérablement proches du niveau capitaliste moyen davant-gterre. Cependant, même dans ces cas, l'emprise impérialiste est encore forte, aïini que celle de l’oligarchie terrienne et commerciale compradore, ce qui implique ne structure combinée de ces pays, pleine de contradictions, avec des discontinuiés et des déséquilibres caractéristiques de leur développement économique.
‘Le pr&essus d'industrialisation de l'Amérique latine s’est considérablement accéléré du'ant la guerre et depuis, et ne cesse, malgré son caractère saccadé, d'être contüu.
T*Amérque latine a reçu la plus grande partie des investissements d’origine européenne it nord-américaine placés dans toutes les régions dépendantes.
Mais c'ist d'elle également que l'impérialisme a extorqué la plus grande partie de la plus-value, dépassant de loin le total de son « aide », et sans réinvestissement productif sur place.
Ce sont kbs conditions de l'exploitation impérialiste des ressources agri-oles, énergétiques © minières énormes de l’Amérique latine, combinées à celle de l'oligarchie paasitaire terrienne et commerciale, qui retardent le développement économique de cette région et causent les discontinuités, les crises et les déséquilibres caraCtristiques de ce développement.
La. formation d’un capital réinvesti productivement sur place est entravée par le retrait de laolus grande partie de la plus-value extorquée par les entreprises impérialistes, mhières, pétrolières, agricoles et au‘res; par l'orientation spéculative des placemnts de l'oligarchie ; par le très faible taux d'épargne indigène, dû au très bas reveiu actuel de la population. L'importance de ce dernier facteur, pour la formation des capitaux, est cependant limitée par rapport aux deux autres facteurs.
Aussi longtemps que les exportations agricoles et minières de l'Amérique latine profitaient de la pénurie du marché mondial, durant la guerre et immédiatement après, la formation de capital monétaire indigène était ascendante et considérable.
Ce qui, avec d’autres facteurs, a favorisé une industrialisation accélérée.
Mais depuis que ces exportations souffrent de la baisse des prix et même relativement de leur volume, cette source de formation de capital indigène diminue.
Les structures féodocapitalistes et impérialistes surannées de l'Amérique latine empêchert d'autre part l'élargissement équilibré du marché intérieur. Ia majorité paysanne de la population est sans terre, ou avec peu de terre, sas aide adéquate de la part de l'Etat. Les salaires ouvriers sont généralement bis, tandis que manque une infrastructure développée (communications, énergie, cois tructions utilitaires diverses, etc.).
D'où un marché intérieur à la fois limité et désarticulé.
D'autre part, par le fait que l’économie dépend souvent de l’exporta‘ion d'une gamme très limitée de produits, sinon principalement d’un seul praiuit agricole ou minier, ces päys ressentent les récessions du marché mondial conme de véritables crises économiques et se débattent dans les affres d’une inflition chronique. È
Ce qui n'est pas fait pour élargir le marché intérieur, ou pour favorigr la formation et l'investissement des capitaux indigènes.
Les frontières artificielles, héritage de la colonisation et de la domiration impérialistes et des intérêts régionalistes de l’oligarchie compradore, empéchent également que le marché s’élargisse selon l'ampleur de son cadre natrrel Amérique latine tout entière, sinon pour commencer l'Amérique du Su d'un -côté, l'Amérique Centrale, le Mexique et les Caraïbes, de l’autre.
C’est l'impérialisme nord-américain qui s'oppose avec la plus ferme dtermi-nation au libre développement de la Révolution latino-américaine.
Les ressources agricoles, énergétiques et minières de l'Amérique lafïine, du Mexique à la Patagonie, en passant par les richesses du Vénézuela et du Brésil, constituent pour son économie développée, qui est en train d’épuiser ses propres ressources nationales, des réserves absolument nécessaires.
D'autre part, l'Amérique latine est le plus important débouché our les produits industriels et les capitaux de l'impérialisme américain.
Son intérêt stratégique est également vital pour celui-ci.
C'est l'impérialisme américain, ayant progressivement et granderent supplanté les impérialismes européens en Amérique latine, qui est devenu la force réactionnaire principale, alliée à l’oligarchie compradore, entravant le développement économique libre et équilibré de cette région et son industrialsation, et maintenant les structures sociales anachroniques, ainsi que la balkansation extrême de cette région.
Cependant son emprise sur elle depuis la guerre ne cesse de rentontrer opposition violente et parfois victorieuse des forces nouvelles montintes de la Révolution latino-américaine. La concurrence interimpérialiste avivéé ainsi que celle commencée de la part des Etats ouvriers, minent également cete emprise.
Dans la mesure où, malgré tout, le développement économique e! l’industrialisation de cette région sont continus et s’accelèrent même depuis à guerre, la configuration sociale de ces pays se trouve sérieusement modifiée, & est de loin différente, plus développée, que dans les autres régions dépendants du monde.
Outre la paysannerie — métayers, ouvriers agricoles ou paysais pauvres — qui constitue toujours la très grande majorité de la population et outre également la petite bourgeoisie citadine considérable — intellectuels, enployés, fonctionnaires, petits commerçants et artisans — il s’est formé un prdétariat industriel concentré et dynamique, particulièrement en Argentine, au Frésil, au Chili, au Mexique, ainsi que dans les centres miniers ou pétroliers du Cili, de la Eoli-vie, du Pérou, du Venezuela.
D'autre part, à côté de l’oligarchie terrienne et commerçale compradore classique, se sont formées des couches nouvelles de bourgecisie nationale industrie!le. qui aspirent à un développement économique plus libre, noins entravé par l'impérialisme et l’oligarchie. Ce sont ces couches qui, dans dvers pays latino-américains, directement, ou par l'intermédiaire de régimes politiues bonapartistes, s'efforcent d’accaparer et de conserver le Pouvoir politique, st de canaliser à leur profit le puissant mouvement anti-impérialiste et révolutinnaire des masses de la paysannerie, du prolétariat et de la petite bourgeoisie citadine radicalisée.
Mais la résistance de l'impérialisme et de l’oligarchie à de telles expériences est toujours très puissante. D’autre part, la bourgeoisie nationale elle-même est trop effrayée pour se fier à l'appui des masses révolutionnaires et est incapable de s'opposer radicalement à l'impérialisme et à l'oligarchie. Ce facteur politique, en interaction avec les difficultés économiques, l’acuité des contradictions sociales, et la puissance du mouvement révolutionnaire des masses, est à la base de l'instabilité chronique et de la crise révolutionnaire quasi permanente qui caractérisent les pays latino-américains à l'étape actuelle. , L
La dictature des régimes de l’oligarchie compradore, appuyée sur l'armée et la police, s’avérant, dans la plupart des cas, désormais impossible ou inopérante, et le pouvoir de la bourgeoisie nationale pris entre l'opposition de l'impérialisme, de l'oligarchie, et du radicalisme du mouvement de masse, étant profondément instable, la crise politique en Amérique latine devient endémique. Elle reflète ainsi sur le plan politique la transformation révolutionnaire en cours de la société latino-américaine, pleine de contradictions, de discontinuités, de déséquilibres, dans le contexte international actuel de crise générale de l'impérialisme, de montée de la puissance économique et militaire des Etats ouvriers, de montée internationale de la Révolution coloniale. Le prolongement de l'instabilité et de la crise révolutionnaire des pays latino-américains, est, d'autre part, l'expression du retard ou, plutôt, d’une non maturation adéquate parallèle d’une direction prolétarienne révolutionnaire, capable de donner dans l'immédiat une issue victorieuse à cette crise.
Mais les conditions objectives sont éminemment favorables pour un tel müûrissement rapide et pour la formation d’une direction prolétarienné révolutionnaire “le masse. -
La situation objective révolutionnaire qui caractérise actuellement plus où moins de façon générale l'Amérique latine, se reflète clairement aussi bien dans la puissance du mouvement révolutionnaire des masses, que dans l'extrême division et l’acuité des antagonismes dans les classes dirigeantes.
La lutte ininterrompue du prolétariat argentin depuis la chute de Péron, le maintien des conquêtes fondamentales de la Révolution bolivienne depuis 1952, la montée de l'influence des Partis ouvriers au Chili, la chute des dictatures en Colombie, au Pérou, au Venezuela, la Révolution cubaine, la lutte commencée contre la dictature au Paraguay sont autant d'indices éloquents de l'extrême puissance montante du mouvement révolutionnaire des masses.
D'autre part, les divisions dans les classes dirigeantes en Argentine, au Brésil, au Chili, en Bolivie et ailleurs, ‘ainsi que l'incapacité de l’armée, instrument traditionnel de la dictature réactionnaire dans ces pays, d'intervenir efficace-ment et de dénouer la crise chronique, son% également des indices significatifs de: la profondeur de l'instabilité et de la situation objectivement révolutionnaire qui caractérisent l'Amérique latine.
Le programme de transition et les principaux problèmes de la Révolution latino-américaine
Le niveau auquel atteindra à l'étape prochaine la Révolution latino- ‘américaine dépendra de la formation d’une direction prolétarienne révolutionnaire de masse capable de remplacer les équipes bourgeoises ou petites ‘bourgeoises qui dirigent le mouvement révolutionnaire des masses.
Cette tâche est actuellement possible à condition que la tendance marxiste révolutionnaire opère avec audace et ingéniosité dans le mouvement des masses, en tenant compte des conditions particulières qui règnent dans chaque pays.
Combinant partout l’activité indépendante avec un travail entriste dans les formations prolétariennes ou même plébéiennes de masse à caractère révolutionnaire, elle aura pour tâche d'élaborer et de défendre un programme de transition au gouvernement ouvrier et paysan et au socialisme, qui comporte en particulier une réforme agraire radicale, distribuant la-terre aux paysans qui la travaillent, et une aide étatique efficace aux organisations coopératives de ceux-ci . un plan de développement économique et d’industrialisation sur la base d’une économie fondamentalement nationalisée et planifiée qui tienne compte des ressources du marché mondial et plus particulièrement du marché latino-américain znifié, de l’aide et des échanges avec les Etats ouvriers.
Sur le plan général latino-américain, le mot d'ordre des Etats-Unis Socialistes æAmérique latine doit être inlassablement propagé.
Ce qui est partout nécessaire, ce n’est pas une propagande abstraite pour lé pouvoir prolétarien et la Révolution socialiste, mais une réponse concrète aux problèmes vitaux de chaque pays à résoudre par le gouvernement ouvrier et paysan, appuyé sur les organisations ouvrières politiques et syndicales, et sur l'organisation des masses en milices et comités.
La réforme agraire doit tendre à distribuer ies terres de l'oligarchie terrienne aux paysans qui les travaillent et à n’envisager dès le début leur exploitation collectiviste que dans les cas précis où des mœurs communautaires encore vivaces facilitent cette solution, ainsi que dans le cas des plantations que l'Etat transforme en exploitations collectives modèles gérées par le collectif de leurs travailleurs.
La réforme agraire, d'autre part, doit être accompagnée d’un programme d'aide précise de la part de l'Etat ouvrier, sur le plan technique et financier, favorisant l'exploitation coopérative des paysans.
Quant aux nationalisations, si celles des banques, des transports, des quelques entreprises clés et du commerce ‘extérieur sont dès le début indispensables, on procèdera, pour le reste, selon le critère de la continuité et de l'augmentation dela production, en se contentant éventuellement d’un contrôle de l'Etat sur les entreprises (y compris les entreprises étrangères).
Comme pour les pays dépendants moins développés que ceux de l'Amérique latine, dans cette région également une des principales ressources pour accélérer le développement économique et l’industrialisationn selon un plan, est la mobilisation productive de l'immense main-d'œuvre d’une population actuellement Jargement inemployée et qui augmente à un taux des plus élevés du monde.
Or, seule la révolution radicale, conduite par le prolétariat, sous le pouvoir du gouvernement ouvrier et paysan, peut créer le cadre moral et pratique néces-sairo pour une telle mobilisation.
L'élaboration du Programme de Transition politique concret doit aller de pair avec la recherche de la voie organisationnelle transitoire vers le Parti révolutionnaire de masses.
Le but dans ce domaine doit être actuellement partout en Amérique latine, de former des organisations politiques de classe, ayant une influence de masse, distinstes des formations les plus avancées de la ‘bourgeoisie nationale ou de 1 petite bourgeoisie radicale, qui accaparent la direction de la révolution. Une caractéristique de la Révolution latino-américaine, plus accentuée qu'ailleurs, est le rôle important, y compris le rôle politique, joué dans plusieurs pays latino-américains par le mouvement syndical (Argentine, Bolivie, Chili en particulier).
Dans tous ces pays la bourgeoisie nationale a cherché à domestiquer les synd.cats en tant que force pour lutter contre ses adversaires et pour se développer. Four contrecarrer cette tendance et pour exploiter pleinement l'importance sociale et politique acquise par les syndicats, il est nécessaire de propager s tématiquement l'idée du Parti ouvrier de musse basé sur les syndicats et du Gouve nement orcrien basé sur les syndicats (là où existent les conditions objectives pour wn tel mot d'ordre).
D'autre part, afin de renforcer la puissance propre du mouvement syndical, il faut. pré:omser l'unification syndicale dans chaque pays (un seul syndicat par branche industrielle, une seule Centrale syndicale) et lutter pour elle ainsi que pour la création d’une centrale unique révolutionnaire des travailleurs de l’'Amérique latine.
i’agitation pour le Front Unique anti-impérialiste, toujours combinée avec celle pour le Front Unique prolétarien, constitue l'agitation correspondant aux nécessités de cette période.
Le potentiel révolutionnaire énorme de la paysannerie latino-américaine sans terre, s’est démontré aussi bien en Bolivie, qu'au Brésil, en Colombie, en Amérique Centrale, et surtout à Cuba.
L'Alliance ouvrière-paysanne est le facteur décisif pour la victoire de la révolution dans ce pays.
La mobilisation révolutionnaire des paysans est possible sur la base d'une propagande systématique du programme d’une réforme agraire radicale et d’un travail non moins systématique parmi eux, qui enracinera l'organisation révolutionnaire dans les campagnes et créera des cadres paysans. Mais surtout il es: nécessaire de saisir un moment politique propice, pendant la période de fermentation révolutionnaire aiguë pour organiser et déclencher audacieusement une lutte armée des paysans pour la terre et pour la lier aux mobilisations ouvrières.
Far la suite, la guerrilla paysanne peut s'avérer comme un puissant stimulant durable des luttes ouvrières et enlever à l'ennemi de classe l'avantage d'une éventuelle défaite partielle ou d’une récession du mouvement ouvrier.
La tendance marxiste révolutionnaire possède en Amérique latine un terrain plus propice qu'ailleurs pour son développement rapide. Le -
Malgré les conditions objectives favorables, ni les Partis socialistes existants, ni les Partis communistes, n’ont pris profondément racine dans les masses, à la seule exception du Chili. +
Au Chili, sous la pression des masses, le Parti Socialiste (dont la composition de classe et l'influence sont tout à fait différentes des autres P.S. d'Amérique latine) et le Parti communiste (qui a maintenu une base importante) ont constitué un Front Unique. (FRAP). L'action de l'aile gauche socialiste au sein de laquelle le trotskysme a joué un rôle décisif, a contribué également à rectifier partiellement la ligne du P.C. d'appui à la bourgeoisie nationale.
La politique opportuniste, timorée, à la remorque de la bourgeoisie, ne correspond pas aux aspirations révolutionnaires des masses latino-américaines et à l'urgence d'une solution radicale.
Sous la poussée du puissant mouvement révolutionnaire des masses, les divisions et la crise au sein des.classes dirigeantes, l’affaiblissement international de l'impérialisme, la puissance’et le prestige ascendant des Etats ouvriers, certains Partis socialistes développent actuellement des ailes centristes de gauche importantes (Chili, Uruguay, Argentine).
Les Partis communistes, par contre, sont axés sur le but d'exercer une pression sur l'impérialisme américain au profit des intérêts momentanés de la diplomatie soviétique en misant exclusivement sur l’antagonisme tout relatif entre la bourgeoisie nationale et cet impérialisme. D'où l'abandon de leur part de toute politique autonome de classe, et le déploiement d'une politique ultra-opportuniste qui les relègue au rôle de comparses impuissants, sans prestige et invariablement « trahis », des différents politiciens de la bourgeoisie, en quête d’une couverture 3. « gauche » très appréciée.
Les situations particulières
Dans le contexte actuel, généralement objectivement révolutionnaire, de l'Amérique latine, se détachent les situations plus particulières de l'Argentine, de la Bolivie, du Venczuelu, de Cuba.
En Argentine, la combativité spontanée de la classe ouvrière depuis la chute de Péron n'a d'égale que celle des masses au Japon.
Dans ces conditions la stabilisation du régime est constamment remise en cause, mais également sans que les masses arrivent à donner une issue révolutionnaire à la crise chronique du pays. Seule la création d'un parti politique de classe basé sur les syndicats, qui saura saisir un moment propice pour organiser les masses en Comités et en Milices, mobiliser les paysans et le prolétaria* agricole et orienter toute la lutte vers le gouvernement ouvrier et paysan, peut sortir le pays de l'impasse.
A divers moment, dans la situation créée par la mobilisation révolutionnaire du prolétariat argentin sont apparus des éléments, potentiellement du moins de ñoub'e pouvoir, qui vont également très probablement apparaître à nouveau.
Il faut œuvrer pour que ces éléments prennent une forme organisationnelle précise (Comités, Milices, Guerrilla). La propagande décuplée dans une telle situation pour le parti cuvrier basé sur les syndicats peut alors donner des résultats plus substantiels, basculant l'aile radicale des syndicats péronistes dans cette direction, ce qui accélèrerait par interaction tout le processus révolutionnaire dans le pays.
Car se trouvant actuellement ankylosé dans l'impasse d’une activité de type largement syndicaliste révolutionnaire, du point de vue politique il risque à la longue d’épuiser, au moins momentanément, l'intérêt activiste des masses, et de provoquer une stabilisation temporaire et toute relative de la dictature ouverte ou camouflée appuyée essentiellement sur l'armée.
En Bofñvic, on assiste à un nouvel essor relatif du mouvement révolutionnaire des masses qui s'exprime dans les sanglantes défaites subies aussi bien par la Rosca que par l'aile droitière du M.N.R. parmi les paysans et les mineurs. Mais faute d’un affermissement suffisant du parti révolutionnaire re nouvel essor risque d’être accaparé encore une fois par l'aile centre gauche du M.NR. (Paz
Esténsoro), secondée par la direction centriste de la C.O.B: (Lechin), gauche du
C'est la puissance du mouvement révolutionnaire des masses qui à permis ie maintien des conquêtes fondamentales de la Révolution, et qui a repoussé jusqu'ici victorieusement tous les assauts de la réaction ouverte et de la droite pro-impérialiste du M.NR.
C'est la faiblesse du parti révolutionnaire qui a empêché que la Révolution aboutisse au gouvernement ouvrier et paysan.
Dans la perspective d’un retour au pouvoir de l'alliance centriste Paz Estensoro-Lechin et du contexte favorable actuel latino-américain, une nouvelle montée des masses est inévitable.
Il faut profiter de cette situation pour faire passer toute l2 région minière sous une gestion ouvrière effective (Comités et Milices) et pour généraliser à réforme agraire sous la pression des milices et des syndica's paysans, et pour imposer un plan économique tenant compte des ressources réelles du pays, ÿ compris de sa force de travail, de l’aide des Etats ouvriers et des échanges avec eux.
Le mot d'ordre du Congrès Extraordinaire de la CO.B. + régler, avec l'aide des Comités et des Milices, la question du pouvoir, de ia réforme agraire et du plan économique, peut dans ces conditions redevenir a. La clé de ce développement possible et nécessaire reste cependant l’affermissement du Parti sur l'échelle nationale, et particulièrement parmi les mineurs et les paysans où doit résider l'essentiel de son activité quotidienne, et de sa direction.
Au Venezuela, le parti porté au pouvoir par les masses révolutionnaires doit faire face à la pression impérialiste et à celle venant des masses avides d’une transformation radicale, d’un aboutissement réel de la révolution commencée. L'expérience du passé dans ce pays a démontré qu'invariablement tous les sou-vernements, aussi « révolutionnairement » qu'ils aient commencé leur carrière, succombent à la pression de l'impérialisme yankee et de ses intérêts énormes dans les richesses pétrolières et minières fabuleuses du Venezuela.
L'Action Démocratique est une formation hétéroclite, rappelant l'APRA ou le M.N.R., à direction petite bourgeoisie radicale, et qui se différencie déjà entre une aile réactionnaire et pro-impérialiste et une aile plus perméable à l'influence de sa base radicale.
Sans l’organisation de Milices ouvrières et paysannes et de Comités, il s’avèrera impossible d’obliger ce parti et le gouvernement d'élargir les conquêtes de la révolution, de procéder à une véritable réforme agraire, de nationaliser les richesses pétrolières et minières du pays, de promulguer un plan de dévelcppe-ment diversifié et rapide de l’économie, bénéficiant des ressources financières considérables du pays, et de défendre ainsi efficacement la Révolution contre les nouveaux assauts inévitables de l'impérialisme et de la réaction.
Le travail entriste de la tendance marxiste révolutionnaire au sein de l'aile gauche de l’A.D. doit tendre à préconiser la formation d’un Parti ouvrier basé sur les syndicats.
Cuba
Les réalisations et les enseignements de la Révolution cubaine, pointe avancée de toute la Révolution latino-américaine, sont déjà nombreux et importants.
La Révolution cubaine a démontré l'efficacité de la guerrilla basée sur ie soutien actif d’une paysannerie pauvre avide d’une réforme 2graire radicale, combinée à la mobilisation des masses prolétariennes et petites bourgeoises des centres urbains, y compris à une étape donnée sous forme d'action armée par des équipes restreintes entourées de la sympathie et de la protection de la population.
La Révolution cubaine, sous l'impulsion des masses révolutionnaires paysannes, prolétariennes et petites bourgeoises citadines radicalisées, et devant la compromission extrême des forces compradores avec la dictature sanglante qui à cté renversée, évolue rapidement et puissamment en tant que Révolution Permanente, malgré sa direction officielle disparate et le manque d’un Parti révolutionnaire de masse.
La direction de la Révolution cubaine, épurée de toute une série d'éléments carrément bourgeois-libéraux, est à l'étape actuelle une équipe jacobine soumise, à des degrés divers, à l'influence révolutionnaire des masses. ° ue ser me équipe qui, malgré son origine sociale et sen idéologie non
] ienne, s’est vue obligée d'aller au-delà du cadre capitaliste min! sérieusement l'équilibre de celui-ci. “ ce ge
Par l'ampleur déjà prise par la réforme agraire, par les quelques mesures de nationalisation des entreprises impérialistes étrangères, par l’épuration profonde de l'appareil étatique, par la création des Milices et des Tribunaux Populaire, etc., la Révolution cubaine est déjà largement sortie du cadre capitaliste, sans l'avoir encore complètement brisé et remplacé par un Etat de type nouveau. basé sur une économie nationalisée et planifiée.
Ce qui importe à l'étape actuelle n'est pas tellement le parachèvement des mesures économiques et sociales qui scelleront le renversement du rime féodo-capitaliste, mais l’organisation d’un pouvoir politique prolétarien, par l'extension ét l'institutionalisation des Milices, des Tribunaux Populaires, et l’organisation des Communes et des Comités, en tant qu'organes de pouvoir local.
Les mesures économiques et sociales, dans le sens d’une économie nationalisée et planifiée cffective, peuvent dans ce cas s’échelonner selon le renforcement intérieur et international de la révolution, sans provoquer des réactions prématurées de l'impérialisme yankee, et sans que la production en souffre démesurément. Lx clé de l’évolution victorieuse de la Révolution cubaine réside, à l’intérieur, dans la formation rapide du Parti révolutionnaire de masse à programme prolétarien et socialiste clair, intégrant tous les éléments révolutionnaires valables du pays, et. à l'extérieur, dans l’organisation internationale de la défense de la Révolution cubaine, particulièrement dans les pays de l'Amérique latine.
L'écho et les répercussions de la Révolution cubaine dans toute cette région sont déjà énormes et iront croissant.
Des efforts acharnés de la part de l'impérialisme yankee et de l’oligarchie compradore latino-américaine sont donc à prévoir en vue d’abattre par tous les moyens le régime révolutionnaire cubain, ou de l’amener à capituler et à s’embour-gesiser.
Four cette raison, le salut de la Révolution cubaine se trouve en définitive dans le maintien d’une défense effective de celle-ci dans les pays latino-américains, dans une claire indication à l'adresse de l'impérialisme yankee que toute intervention militaire de sa part à Cuba, soulèverait un véritable ouragan dans toute Amérique latine, dans l'extension enfin de la Révolution à d’autres pays de YAmérique latine.
Le mouvement d'organisation des Comité de Défense de lu Révolution cubaine. ainsi que des Z'orps de volontaires, doit s'étendre rapidement dans toute l'Amérique latine,
XII
La Révolution coloniale et la IV: Internationale
Un des aspects les plus positifs de la Révolution coloniale est le fait que des masses énormes de l'humanité, misérables, incultes, passives, hier encore rasées par l'exploitation de l'impérialisme et des classes dirigeantes compradores, se sont mises en mouvement irréversible et irrésistible pour la conquête d'un niveau matériel, culturel et social, conforme aux possibilités actuelles de l'humanité.
Le ce point de vue une transformation qualitative s’est déjà produite dans Fhumanité par le réveil révolutionnaire aux aspirations civilisatrices les plus élevées, et par les conséquences sociales de ce réveil sur le statut par exemple de la femme, de la famille, qui est en train de changer radicalement. ’humanité tout entière profite déjà de cette transformation qualitative par la révolution des masses qui ont si longtemps vé:u à la périphérie de la civilisation et accélère. de ce fait, son mouvement général vers la nouvelle civilisation socialiste. En fait, les masses ouvrières et paysannes des pays coloniaux et semi-coloniaux sont en train d'accomplir leur maturation politique par bond en brûlant rapidement les étapes. Foussées par leurs propres expériences, stimulées par les succès obtenus par des secteurs de masses d’autres pays arriérés, par les victoires de la révolution en cours, par les progrès économiques des Etats ouvriers et particulièrement de la Chine, les masses coloniales (de plus en plus susceptibiles de s'orienter vers las idées du trotskysme et notre mouvement) trouveront la voie pour un progrès rapide de leur conscience polique et des couches importantes de leur avant-garde feront directement le saut vers les, idées et le programme le plus avancé de l’au-manité : les idées et le programme de la IV* Internationale,
Certes, il n'est pas question d’embeilir exagérément le fait que la Révolution coloniale occupe à l'étape historique actuelle l'avant-garde de la révolution mondiale.
Les marxistes révolutionnaires sont également. pleinement conscients des inconvénients que comporte le retard de la révolution socialiste dans les pays capitalistes avancés par l'élévation du niveau idéologique des masses, la création de véritables Partis marxistes révolutionnaires de masse, pour surmonter les phénomènes de bureaucratisation dans le mouvement et les Etats ouvriers, et pour construction rapide du socialisme qui soit immédiatement profitable aux mas et non pas dans uñ avenir lointain.
Mais il s'agit de toute facon de partir des réalités historiques actuelles et d'en tirer le meilleur parti.
Il est maintenant clair que le processus de la Révolution mondiale se développe de la périphérie des pays coloniaux et dépendants, ainsi qu’en partant des Etats ouvriers existants, vers les pays capitalistes de l'Europe et très probable ment vers les Etats-Unis en dernier lieu.
La IV* Internationale, héritière des traditions et des principes révolutionnaires de la III‘ Internationale de Lénine et de Trotsky, ne peut, dans ces conditions, qué porter chaque fois tout naturellement l'éssentiel de son activité dans le domaine vivant Ge la Révolution là où luttent les masses et les peuples les plus opprimés et les plus exploités du monde.
" Pour des raisons historiques valables, la IV* Internationale s’est développée pendant toute une période, étant axée surtout sur les pays capitalistes avances considérés jusqu'à la veille de la dernière guerre comme l’épicentre n° 1 de la révolution mondiale.
Actuellement, il est nécessaire que la IV: Internationale réorganise ses activités en tant qu'Internationale en fonction du secteur principal de la révolution mondiale qui est la Révolution coloniale et porte dans ce domaine, et pendant toute une période, l'essentiel de ses efforts.
L'avenir immédiat de l’Internationale réside dans des pays et des régions comme l'Inde, l'Indonésie, les pays arabes, l'Afrique Noire, l'Amérique latine, et par ailleurs le Japon, où des gains importants et rapides sont possibles.
La IV' Internationale doit se montrer capable d'organiser dans tous cs domaines des forces valables qui, en dehors de tout sectarisme, se lient au mouvement révolutionnaire des masses et répondent efficacement à ses aspirations. En réalité, la IV‘ Internationale joue dès maintenant un rôle important, bien qu'encore limité, dans divers centres de la Révolution coloniale. L'action dynamique de La IV* Internationale dans son appui théorique et pratique à la Révolution algérienne la pousse aux niveaux les plus hauts. À Cuba, l'action de la section cubaine, de la délégation trotskyste au Congrès latino-américain de la Jeunesse et l'action de J'Internationale, ont permis à notre mouvement de gagner une influence importante, bien que diffuse, au sein de la révolution cubaine et ont contribué à son progrès. En Argentine, la section s’est fusionnée, dans les dernières élections, avec un coùrant importante du mouvement ouvrier péroniste. Tout ceci montre ‘que, dans la prochaïne période, la IV° Internationale a la possibilité de se fusionner avec d'importants mouvements de masses et de se mettre à la tête ou de participer avec d'autres courants à la direction de mouvements révolutionnaires dans certains pays ou régions de la Révolution coloniale.
La dégénérescence opportuniste extrême de la social-démocratie à la remorque de Fimpériälisme moribond, et du stalinisme à la remorque de la bureaucratie soviétique conservatrice, laissent le domaine de -a Révolution coloniale grands-ment ouvert à l'audace stratégique et pratique, à l’ingéniosité tactique des organisations révolutionnaires de la IV‘ Internationale.
C'est par sa fusion intime totale avec la lutte litératrice des masses et des peuples les plus déshérités du monde que la IVe Internationale prouvera sa pleine justification historique et imposera son rôle d'avant-garde révolutionnaire. dirigeante.