EPETANT son agression d’août 1964, Pimpérialisme américain, en liaison avec Re laquais du Sud-Vietnam, à, par deux fois, bombardé des villages dans la République démocratique du Nord-Vietnam. Le Secrétariat Unifié de la IV° Internationale condamne ces bombardements de la manière la plus énergique comme des actes barbares d’agression caractérisée, ayant pour but d'intimider le peuple vietnamien en lutte pour conquérir sa liberté et son émancipation sociale. Cette tentative d'intimidation n’a aucune chance de réussir. Mais elle risque d’amener l'humanité, à travers une série d’ « escalades » successives, au bord d’un holocauste nucléaire mondial.
L’agression de limpérialisme américain s’est produite à un moment où les forces contre-révolutionnaires du Sud-Vietnam subissent défaite sur défaite, et où leur régime se trouve en pleine décomposition. Contrôlant déjà les trois-quarts du territoire sud-vietnamien, opérant en formations de plus en plus importantes, les héroïques guérillas du Front de Libération Nationale du Sud-Vietnam ont depuis plusieurs mois attaqué directement les bases américaines établies sur leur territoire, baptisés centres de « conseillers » militaires maïs comprenant, en réalité, 23.000 officiers et soldats des formes armées américaines engagées directement dans la répression féroce contre le peuple vietnamien,
Dans leur arrogance aveugle, les chefs du Pentagone s’imaginent peut-être effectivement qu’il suffirait de bombarder le territoire nord-vietnamien pour amener Hanoï et Pékin à « arrêter » les opérations des guérillas sud-vietnamiens contre les bases américaines, laissant le Pentagone libre d’écraser tranquillement la contre-révolution. Une semblable conception reflète non seulement une incompréhension de l’état d’esprit réel des forces anti-impérialistes dans le sud-est asiatique ; elle témoignerait surtout d’une ignorance totale de l’évolution en cours.
On ne se trouve pas, dans te pays, en présence d’une « conspiration » soigneuse-ment « manipulée » par les « communistes agressifs » de Pékin et leurs « alliés » de Hanoï. Il s’agit d’un véritable mouvement de masse. En fait, le soulèvement des paysans sud-vietnamiens, après la conférence de Genève, contre le sanglant régime diemiste et la confiscation des terres paysannes en faveur des propriétaires fonciers féodaux, est antérieur à la formation du Front de Libération du Sud-Vietnam lui-même,
La révolution vietnamienne est entrée dans un stade nouveau avec la mise en mouvement des masses urbaïnes, les manifestations des bouddhistes, les grèves d’ouvriers, les actions d'étudiants qui ont débuté spontanément avant que le FLN du
Sud-Vietnam ait donné un mot d’ordre d’action dans les villes. Même si le Kremlin ou Pékin voulaient sacrifier le Sud-Vietnam sur Pautel d’un compromis global avec Washington, ils n'auraient aucun pouvoir pour arrêter la révolution.
C’est la base populaire englobant l'immense majorité des habitants du pays qui rend ceite révolution invincible. Ce ne sont pas des « instructions » de Pékin qui sont à l'origine des attaques contre les bases américaines mais c’est la combativité et Vaudace des jeunes guérillas. Contre la force des masses révolutionnaires, Yimpéria-lisme, ses « conseillers » et ses bombardiers, sont impuissants. Ils peuvent massacrer des milliers d’innocents dans des actions de « représailles » inhumaines qui rappellent les représailles des nazis contre Lidice et Oradour ; ils ne peuvent détruire la révolution.
L'impérialisme français en a fait l'expérience avec l'Algérie. Pour se venger de Vaide tunisienne aux maquisards, les Français ont bombardé Sakiet, mais ces actes sanglants de vengeance n’ont pas empêché les combattants algériens de conquérir Findépendance politique de leur pays. En réalité, les bombardements américains du Vietnam du Nord contribuent à la défaite de leurs auteurs. Plus les militaristes américains se font inhumains et barbares, plus s’accroit l'indignation des masses, qui va de pair avec leur soutien à la révolution,
En fait, le bombardement des villages nord-vietnamiens ne fait qu'exprimer le dilemme devant lequel l'impérialisme américain se trouve placé dans le sud-est asiatique.
S'il durcit ses positions et passe de la politique d'intervention dans la guerre civile à « lPescalade » contre le Vietnam du Nord, voire aussi contre la Chine, les Etats ouvriers d'Asie ne manqueront pas d'augmenter leur soutien à la révolution sud-vietnamienne, en ayant recours à des moyens de plus en plus radicaux, pouvant aller jusqu’à l'envoi massif de volontaires.
L’impérialisme se trouverait alors placé devant la perspective d’une défaite immédiate sur le terrain, dans le Sud-Vietnam, s’il n’accroît pas à son tour l'engagement de ses forces armées, y compris de ses forces terrestres. Mais cet engagement signifierait simplement une nouvelle « guerre de Corée » sur le territoire du Sud-Vietnam, dans laquelle l'impérialisme s’enliserait de plus en plus, et qui épuiserait ses forces sans la moindre perspective de victoire. Dans cette éventualité, la bureaucratie soviétique, qui jusqu'ici a conservé une attitude de passivité criminelle devant les agressions impérialistes — notamment au mois d'août dernier — passivité qui encourageait Yimpé-rialisme à agir à sa guise et à multiplier les agressions, serait obligée, à son tour, de fournir son appui économique et militaire à la RD du Nord-Vietnam et à la révolution sud-vietnamienne, réduisant encore davantage toute chance de succès impérialiste dans cette partie du monde.
Cette « ligne dure » pour laquelle se prononcent certains cercles influents aux Etats-Unis, s’identifie avec la stratégie consistant à chercher une confrontation militaire avec la Chine avant que celle-ci ne soit devenue une puissance nucléaire de première grandeur. Un de ses objectifs serait le bombardement du centre nucléaire chinois dans le désert de Taklamakan. Qu’on y songe sérieusement dans les cereles de la Maison Blanche, cela est attesté par l’anxiété des journaux américains les mieux informés, qui, à la différence de l'attitude complaisante de la presse européenne et spécialement de la presse anglaise, se comportent comme si l'administration Johnson était sur le point d'adopter des décisions irréparables. 3
Si Fimpérialisme américain, reconnaissant l'impossibilité de consolider sa tête de pont dans le Sud-Vietnam, utilise la crise déclenchée par ses agressions récentes comme point de départ d’un « règlement pacifique » de la question vietnamienne, des conséquences fatales d’un autre genre peuvent en résulter. Dans ce cas, à travers l'épisode transitoire d’un « gouvernement d’union natioale » et d’un « régime neutraliste », la révolution sud-vietnamienne poursuivra sa marche en avant vers la destruction totale des vestiges semi-féodaux et du pouvoir impérialiste et du capitalisme indigène, ouvrant la voie à la construction d’un Sud-Vietnam socialiste. Le Laos et le Cambodge seraïent dans ce cas « perdus » pour l’impérialisme à brève échéance, La constitution d’un Front National de Libération en Thaïlande, coordonnant lactivité des partisans qui s'étend déjà dans ce pays, avertit dès maintenant l'impérialisme que la révolution thaïlandaise qui prendrait à revers la dernière position impérialiste solide dans le sud-est asiatique, celle de la Malaisie, suivrait la vicioire de la révolution au Sud-Vietnam, tout comme la révolution au Sud-Vietnam avait suivi la victoire de la révolution dans le Nord-Vietnam et l'accord de Genève de 1954.
Dans l'intérêt de la révolution et de toute l'humanité, il serait certes préférable que Flimpérialisme américain choisisse dès que possible la seconde voie, celle du retrait, même effectué par étapes.
Mais ce serait s’illusionner que de penser que ce choix est certain et inévitable, et que la « raison » amènera l’impérialisme chaque fois à reculer devant l'échéance la plus catastrophique. En vérité, les dernières agressions impérialistes contre le Nord-Vietnam et celles d'août 1964, comme l'agression impérialiste contre Cuba en octobre 1962, confirment que le premier réflexe de l’impérialisme américain, et avant tout des chefs du Pentagone, est de frapper, sans respecter une quelconque « légalité » nationale, ou internationale, Seule la réaction vigoureuse des masses révolutionnaires dans les pays du tiers-monde, des gouvernements des Etats ouvriers, de Yopinion publique internationale et des masses populaires aux Etats-Unis mêmes, peut le conduire à hésiter et à reculer provisoirement.
La récente agression contre le Nord-Vietnam — qui par l’engrenage qu’elle déclenche peut provoquer un affrontement direct entre l'impérialisme et la RP de Chine d’abord, l'impérialisme et l'U.R.S.S. ensuite — souligne l'avertissement que la IVe Internationale n’a cessé de lancer : la question du renversement du pouvoir de Vimpérialisme aux Etats-Unis, de la création d’une Amérique socialiste, est un problème de vie ou de mort pour toute lhumanité. Aussi longtemps que subsistera cet impérialisme doté d’une énorme puissance économique et technique, et des moyens capables de détruire le genre humain dans un holocauste nucléaire, le risque d’un cataclysme restera suspendu sur l'humanité. La lutte pour la victoire mondiale du socialisme n’est plus seulement une lutte pour une société meilleure. Elle est devenue littéralement une lutte pour la survie physique du genre humain.
Le Secrétariat Unifié de la IV° Internationale appelle les travailleurs de tous les pays à manifester énergiquement, par des actions, leur condamnation de lagres-sion impérialiste contre le Nord-Vietnam, leur solidarité avec la République Démocratique du Nord-Vietnam et avec les héroïques masses combattantes de la révolution sud-vietnamiennes.
Nous appelons les gouvernements des Etats ouvriers à constituer un Front unique inébranlable contre limpérialisme, pour la défense de la révolution vietnamienne, la division du front anti-impérialiste ne pouvant qu’encourager et faciliter les agressions du Pentagone.
Nous appelons les travailleurs britanniques à protester vigoureusement contre l’attitude honteuse du gouvernement travailliste Wilson, qui s’est fait le complice de l’agression impérialiste contre le peuple vietnamien.
Nous appelons les travailleurs des Etats-Unis à se dresser contre la clique militaire irresponsable qui a enlevé même aux organes traditionnels de la démocratie bourgeoise le pouvoir de décider de la politique étrangère de leur pays et qui est prête à précipiter le peuple américain dans la guerre et dans l’abîme.
Vive la solidarité internationale en faveur de la révolution vietnamienne ! Vive la lutte pour la victoire mondiale du socialisme !
Le Secrétariat Unifié de la IV° Internationale. 16 février 1965