(adopté par le bureau international pour la IV° Internationale le 2 décembre 1936.)
Depuis l'adoption des thèses « La IVe Internationale et l'URSS » par la conférence mondiale pour la IVe Internationale (de juillet 1936), de nouveaux événements importants se sont déroulés- qui permettent un examen des affirmations qui y sont faites, ainsi que de leurs conclusions.
a) Le procès de Moscou et l'exécution des seize accusés, le procès de l'espionnage
de Novosibirsk, ainsi que le procès contre les terroristes ensuite, les menaces, la
répression et la destruction des vieux bolcheviks (même de ceux qui s'efforçaient
de s'adapter complètement et de se conformer au régime bonapartiste, mais n'ont
pu être assimilés par l'appareil bureaucratique à cause de leur appartenance
passée, même passagère, à un groupe d'opposition ou simplement à cause de leur
passé révolutionnaire), tous ces crimes ont dressé une barrière sanglante entre
la bureaucratie bonapartiste et les véritables héritiers de la révolution d'Octobre.
Elle a montré qu'elle ne recule devant rien pour protéger son existence comme
caste privilégiée. Elle a ainsi écarté le moindre doute sur la possibilité de son
effacement volontaire, c'est-à-dire sans violence.
En détruisant systématiquement les anciens cadres révolutionnaires, la
bureaucratie s'est gardée les mains libres pour toute sa politique réactionnaire à
venir. Cela pose pour la Russie soviétique la nécessité de l'organisation des
bolcheviks-léninistes en un parti nouveau, sur la plate-forme de la IVe
Internationale, dont la tâche sera de renverser la bureaucratie à l'aide de la
violence révolutionnaire des masses laborieuses.
b) La révolution espagnole montre concrètement le caractère contradictoire de
l'URSS. Malgré les phénomènes de dégénérescence, l'URSS peut être utilisée
comme un facteur important dans la lutte de classe du prolétariat. Le caractère
conservateur de la bureaucratie soviétique correspond à son rôle ambigu :
protéger à la fois les cadres de la propriété étatique vis-à-vis du capitalisme
international, et détruire l'héritage de la révolution d'Octobre.
Ainsi, le gouvernement soviétique a poursuivi pendant des mois la politique
criminelle de « non-intervention », mais s'est vu finalement forcé, dans son
propre intérêt national, à un tournant et de livrer des armes. En même temps, il
mit tout en œuvre pour étouffer la révolution prolétarienne, en essayant
d'obtenir en échange de ses armes des garanties pour la conservation du régime
bourgeois démocratique en Espagne.
Mais, en fin de compte, la bureaucratie soviétique, par le seul fait de la livraison
d'armes, favorisa malgré tout la cause de la révolution prolétarienne sans le
vouloir. En effet, elle augmente la force de résistance matérielle des ouvriers et
paysans espagnols ; cela donne au prolétariat espagnol et international un répit
qu'ils peuvent utiliser pour rassembler leurs forces, rectifier leurs erreurs et
organiser la révolution prolétarienne. L'attitude pratique envers l'Union
soviétique résulte de cet état de choses le prolétariat espagnol doit accepter tes
armes soviétiques pour pouvoir battre la bourgeoisie réactionnaire, mais il doit
en même temps repousser la politique soviétique de conciliation avec la
bourgeoisie démocratique (Front populaire, Daladier, Herriot, Azana, Caballero
et Companys) pour pouvoir réaliser la révolution prolétarienne.
c) Le troisième fait d'importance décisive est la réintroduction du droit d'héritage
et de la propriété communale (non-étatique) dans la Constitution, par des
modifications apportées in extremis. : Cet acte prévu dans les thèses montre que
la tendance inhérente à la bureaucratie bonapartiste, à s'attaquer aussi au
fondement social de l'Union soviétique, devient de plus en plus fort, et en même
temps renforce le danger de la contre-révolution sociale pour la reconstruction
du capitalisme. Cependant, la définition de la propriété privée donnée dans le
même paragraphe de la Constitution : « qui s'étend aux revenus et à l'épargne »
provenant de leur travail, à la maison d'habitation et à l'économie domestique
auxiliaire, aux objets du ménage et d'usage quotidien, aux objets d'usage et de
commodité personnelle, montre clairement que la caste régnante en Union
soviétique ne peut pas renverser directement les conditions de production issues
de la révolution d'Octobre et menacées par sa politique.
Cependant, la remise de la propriété définitive des terres aux kolkhoses brise le
principe de la nationalisation de la terre, facilitera le retour à la propriété privée
du sol, base puissante du rétablissement du capitalisme.
(Service d'information et de presse,
édité par le SI pour la IVe Internationale, n° 15-16, 20 décembre 1936.)