Les desseins criminels de l'agression de l'impérialisme américain contre la révolution vietnamienne et la République démocratique du Vietnam se précisent chaque jour davantage.
Tout d'abord il prétendait « riposter » aux raids des combattants du Front de Libération sud-vietnamien contre des bases militaires américaines établies dans ce pays. Aujourd'hui, ce prétexte est abandonné. Des avions américains continuent à pilonner les villes, les villages, les ports, de la République Démocratique du Vietnam. Les marines américains sont engagés pour la première fois comme troupes d'infanterie contre les combattants de la libération sud-vietnamiens. La Septième flotte américaine se déploie le long de la côte nord-vietnamienne, pour y contrôler la navigation côtière et en bloquer les ports.
Ainsi se réalise méthodiquement le plan du Pentagone, ouvertement affiché dans la presse américaine, qui consiste à jeter progressivement tout le poids de l'impérialisme yankee dans la balance, en vue d'arrêter les progrès de la révolution vietnamienne.
Peu importe de savoir si le State Department poursuit parallèlement un dessein « secret » d'obliger la République Démocratique du Vietnam à négocier, car Washington refuse de reconnaître le Front de Libération Nationale du Sud--Vietnam comme le légitime représentant du peuple sud-vietnamien. Il brandit contre les combattants de la libération du Sud-Vietnam et contre le gouvernement nord-vietnamien à la fois son écrasante supériorité militaire et la menace de plonger le monde dans un conflit nucléaire. Il a maintes fois proclamé que la seule base de négociation pour lui « acceptable », c'est le « retrait » des combattants de libération du territoire de leur propre pays.
Seule” une propagande impérialiste éhontée digne d'un Gœbbels peut prétendre que les partisans du Front de Libération Nationale sont des « troupes étrangères » et mon d’'authentiques révolutionnaires issus du peuple du Sud-Vietnam lui-même, les meilleurs représentants des paysans et des ouvriers qui se sont dressés contre les propriétaires fonciers et la bourgeoisie compradore, contre leur politique de soutien, avec l'argent et les armes d'une puissance étrangère, de la dictature sanglante des Diem et des non moins sanglantes dictatures des généraux qui en ont pris la suite ! Comme si l'on pouvait imposer à une révolution soutenue par la grande masse du peuple, qui a arraché les neuf dixièmes de ses armes à l'ennemi qu'elle combat, de « stopper » ou de « renoncer » à un signal venu de Hanoï, de Pékin, de Moscou ou de n'importe où !
Dans cette situation où le danger grandit, le plus grave est l‘apathie manifestée par les directions des principaux Etats ouvriers, face à «l'escalade» échelon par échelon de l'intervention militaire américaine au Vietnam. Jusqu'à présent les dirigeants du Kremlin et des Partis communistes que celui-ci influence ou contrôle, ont déploré les agressions américaines comme une «menace sérieuse pour la consolidation de la paix ». Quelle « consolidation » ? Et quelle « paix »? La seule paix qui puisse être « consolidée » par les agressions militaires et les actions contre-révolutionnaires de l‘impérialisme, c'est la paix des cimetières et de l'esclavage. Les peuples du monde entier, aujourd’hui, ne sont plus disposés à l’accepter, quel que soit le prix qu'il leur faille payer. C'est un grand fait nouveau dans la réalité du monde et quiconque désire la paix doit le prendre pour base dans l'élaboration d'une politique internationale destinée à éviter une troisième guerre mondiale et un holocauste nucléaire.
Le gouvernement de la République Populaire de Chine semble être à présent préoccupé de rejeter sur Moscou la responsabilité d’une éventuelle défaite de la révolution au Vietnam. Mais, à moins que Pékin ne passe à l'action, son cours peut être interprété comme celui de vouloir se tenir à l'écart, tandis que le Pentagone avance. Les cris à l'adresse de Moscou ressembleraient alors à du verbiage pour couvrir une trahison. Si justes que soient les critiques de Pékin à l'égard de Moscou, Pékin a ses propres responsabilités dans la situation qui comporte la défense de la Chine nouvelle. Le gouvernement de la République Populaire de Chine ferait mieux de proposer aux héritiers de Khrouchtchev de prendre l'engagement public commun de protéger leurs intérêts communs et ceux de la révolution socialiste dans l’Asie du sud-est. Les travailleurs du monde entier jugeront ensuite la réponse !
Certains se laissent prendre à la propagande de l'impérialisme américain qui vise à convaincre ses victimes présentes et à venir qu'à moins que les militaristes du Pentagone n'obtiennent ce qu'ils veulent, il faut s'attendre à ce qu'ils déclenchent une guerre nucléaire, même si cela devait signifier la destruction totale des Etats-Unis. Qu'ils comprennent peu, ces « experts » facilement impressionnés, la nature réelle des « faucons » ou mieux des « vautours » de Washington. Une des raisons pour lesquelles ceux-ci procèdent à leur « escalade » marche par marche, c'est qu'ils veulent éprouver soigneusement la résistance de façon à être capables de s'arrêter ou même de reculer si celle-ci s'avérait plus forte qu'ils ne l'escomptaient. Au lieu d'être « provoqués » à une guerre nucléaire par une réplique effective à leurs provocations, les militaristes américains réestimeraient aussitôt la situation. Mais si la résistance s'avère plus molle qu'ils ne s'y attendent, ces mêmes militaristes procéderont avec encore plus d'effronterie. C'est précisément là que réside l‘un des plus grands dangers. Enhardis, la Maison Blanche et le Pentagone pourraient se trouver pris dans un cours où, étant davantage engagés, la retraite leur serait rendue de plus en plus difficile. Là pourrait se trouver « l'erreur », « l'accident », qui les ferait franchir le bord de l'abîme et plonger dans la troisième guerre mondiale.
Le seul langage que l'impérialisme entende et respecte est celui d'une action suffisante pour lui faire comprendre les forces réelles auxquelles il a à faire face. Les protestations verbales indignées ou lar-moyantes n'engendrent que le mépris chez ces dirigeants du monde capitaliste. Les cris et les lettres polies ou désagréables ne sont pour eux que des signes indiquant qu'ils peuvent poursuivre leurs plans avec confiance. Ils deviennent de plus en plus agressifs, car l'agression ne leur a rien coûté; en fait, de leur point de vue étroit, elle est « payante ». La seule manière de bloquer « l'escalade » et de l'arrêter avant qu'il ne soit trop tard, c'est de montrer à l'impérialisme, sur les lieux mêmes, que son cours est plus dangereux qu'il ne le croyait, que ses calculs sont faux et que son agression militaire, loin de payer, promet bien pis si elle est poursuivie.
L'impérialisme yankee ne se trouve pas dans une situation désespérée, le dos au mur, dans des conditions où il serait prêt à risquer sa propre destruction parce qu'aucune autre issue ne lui resterait ouverte, même à courte échéance. Il dispose d'une puissance militaire et économique sans précédent dans le passé. Il connaît des conditions de prospérité aux Etats-Unis. Même si les capitalistes sont disposés à risquer de 70 à 140 millions d'Américains dans un conflit nucléaire, pourquoi ris-queratent-ils leurs profits actuels, leur bien-être actuel et les plaisirs de leurs derniers gadgets? Leur action au Vietnam n'est pas le produit de la folie du désespoir, mais le résultat d'un calcul froid et délibéré, dans lequel ils estiment que les risques sont faibles et en tout cas mesui-rables au fur et à mesure qu'ils avancent. Ils tablent sur la faiblesse des directions des Etats ouvriers, en particulier de la direction de l'Union soviétique. Ils comptent sur des divisions, notamment sur des divisions au niveau gouvernemental entre l'Union soviétique et la République Populaire de Chine. Ils espèrent que tout cela préviendra et stoppera la ré. ponse qu'ils auraient normalement escomptée à leur décision monstrueuse d'élargir leur intervention dans la guerre civile au Sud-Vietnam en une guerre contre le Nord-Vietnam et, si cela se montrait réalisable, en une attaque militaire dévastatrice contre la République Populaire de Chine. S'ils se heurtaient dès le début à une vigoureuse riposte, Washington verrait dans les résultats de ce test, un signal pour procéder à un réexamen. Les besoins élémentaires d'autodéfense entraîneraient le retrait d’une aventure de suicide tangible.
C'est à cela que se référait indiscutablement Fidel Castro dans son discours du 3 mars quand il a dit : « Nous devons montrer aux impérialistes que nous n'avons pas peur d'eux. Si vous ne leur résistez pas, ils continuent ; mais si vous leur résistez ils s'arrêtent. »
C'est ce que voulaient dire les étudiants afro-asiatiques et la poignée d'étudiants soviétiques qui s'étaient joints à eux dans leur démonstration devant l'ambassade des Etats-Unis à Moscou, pour protester contre l'agression au Nord-Vietnam, quand ils criaient aux autorités du Kremlin qui usèrent de la violence contre eux : « Traitres ! Vendus aux impérialistes ! »
C'est la volonté que montrait l'avant-garde de plusieurs pays en participant à des manifestations de solidarité envers la révolution vietnamienne.
Il y va non seulement du sort de cette révolution, mais du sort de toute la révolution coloniale. Ce que l'impérialisme yankee désire établir au Vietnam, c'est un précédent, quelque chose de nouveau son « droit » d'intervention avec des bombes, du napalm, des troupes d'infanterie, partout où il lui plairait, et quand il le lui plairait dans le monde. 11 cherche à établir l'impérialisme américain comme la loi suprême, le juge ultime des destinées de tous les pays et de toute l'humanité. Il se propose d'établir son « droit suprême » de supprimer les révolutions par tous les moyens, partout où elles exploseraient ou partout où elles muri. raient, partout, du Brésil ou du Congo au Vietnam !
Si la suppression de la révolution coloniale est le but immédiat de cette « doctrine » Johnson, l'objectif final en est les Etats ouvriers, y compris l'Union soviétique. Si l'impérialisme américain peut impunément détruire sous les bombes et le napalm les villes et les villages de la République Démocratique du Vietnam, son appétit de soumettre à une épreuve semblable la République Populaire de Chine en sera férocement accru. Déjà certains thèmes de propagande apparaissent dans la grande presse des Etats-Unis sur l'opportunité de frapper « avant que la Chine ne possède un arsenal nucléaire » et sur les « intérêts communs » des Etats-Unis et de l'Union soviétique à « contenir » la Chine révolutionnaire. Souvenons-nous que Hitler avait des « intérêts communs » avec Staline dans la période où il préparait son invasion de l’Union soviétique.
Pour bloquer « l'escalade » dangereuse commencée par Johnson dans le sud-est asiatique, toutes les mesures possibles doivent être prises immédiatement pour renforcer la révolution au Sud-Vietnam et fortifier la défense du Nord-Vietnam. Il faut une aide matérielle immédiate sur une vaste échelle et l'ouverture d'une campagne de propagande socialiste révolutionnaire effective en direction des forces américaines. Rappelons l'exemple des débuts du premier Etat ouvrier, quand Lénine et Trotsky s'adressèrent directement aux-troupes envoyées contre eux. Les tracts bolcheviks appelant à la fraternisation avec la révolution firent autant pour affaiblir les forces impérialistes d’invasion que la défense militaire remarquable de l'Armée Rouge nouvellement formée. Ensei-gnons aux impérialistes américains aujourd’hui le vrai danger vers lequel ils courent en s'engageant sur le continent asiatique. Suivre un cours de capitulation devant le chantage ne fait qu'encourager les bellicistes, que les inciter à une nouvelle extension des aventures militaires et qu'augmenter le danger d’un holocauste nucléaire.
Il est particulièrement urgent que les gouvernements de l'Union soviétique et de la République Populaire de Chine s'unissent devant le danger commun. Cela ne signifie pas renoncer aux divergences idéologiques et politiques ; celles-ci peuvent être poursuivies et discutées au niveau des partis. Mais que les gouvernements serrent les rangs ! Une déclaration commune doit être faite qui avertisse clairement et solennellement l'impérialisme de la solidarité des deux pays et de leur intérêt commun dans la défense de leurs économies planifiées et des autres conquêtes révolutionnaires face à la menace actuellement dirigée contre eux sous la forme la plus claire par le bombardement du Vietnam et les engagements militaires croissants de l'impérialisme américain sur le continent asiatique.
Il est également urgent que les deux gouvernements s'unissent dans une claire déclaration de leur intention de protéger à la fois le Nord-Vietnam et la révolution au Sud-Vietnam et qu'ils montrent par l'action, d'une manière très concrète, que cette défense a commencé, qu'elle sera améliorée aussi rapidement que possible et qu'elle sera poursuivie avec une détermination réellement léniniste.
Il est urgent que, dans tous les pays, les travailleurs, les jeunes, les étudiants, les femmes, se dressent par milliers et par millions pour mani- £ester leur préoccupation devant l'agression criminelle de l'impérialisme américain. Qu'ils crient « halte ! » à Johnson dans des manifestations de solidarité avec l'héroïque peuple vietnamien et sa révolution.
A bas l'impérialisme et sa politique de sang et de mensonge !
Vive la solidarité internationale des travailleurs envers la révolution vietnamienne et la République Démocratique du Vietnam menacées !
Vive la révolution socialiste mondiale, seul moyen de libérer définitivement l'humanité du cauchemar d'un holocauste nucléaire !
11 mars 1965. Le Secrétariat Unifié de la IV° Internationale.